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Full text of "Revue hispanique; recueil consacré à l'étude des langues, des littératures et de l'histoire des pays castillans, catalans, et portugais"

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REVUE HISPANIQUE 



MAÇON, l'ROTAT lUÉKI'.S, IMPRIMEURS. 



REVUE 
HISPANIQUE 

Recueil consacre à V étude des langues, des littêraiures et de l'histoire 
des pays castillans, catalans et portugais 

PUBLIÉ PAR 

R. Foulché-Delbosc 



PREMIÈRE ANNÉE 
1894 






PARIS 

ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS 

Libraires des Archives nationales et de la Société de l'Ecole des Chartes 

82, Rue Bonaparte, 82 

1894 



Ko' 

6.1 



LES LANGUES LITTÉRAIRES 
DE L'ESPAGNE ET DU PORTUGAL 



Des trois langues littéraires qui, avec leurs dialectes et leurs 
variétés, se partagent, à l'exclusion du basque, la Péninsule hispa- 
nique depuis dix siècles, le castillan et le portugais sont devenus, 
sous des formes spéciales, les idiomes officiels de deux nations 
qui ont joué un grand rôle dans l'histoire au commencement de 
l'âge moderne; la troisième, le catalan, subit le même sort que 
sa sœur jumelle en France : elle a été sacrifiée à son émule, le cas- 
tillan, comme celle-là le fut à la langue d'oïl; et quoique tou- 
jours plus ou moins cultivée dans un but purement artistique, 
elle a eu son expansion naturelle arrêtée, tandis que ses deux 
rivales se répandaient au dehors, spécialement dans le Nouveau- 
Monde, où elles ont toute chance de progresser et de se créer un 
champ d'action de plus en plus vaste, le castillan surtout. Celui- 
ci aurait de même éclipsé sans doute le portugais, si le Portugal 
n'avait pas recouvré en 1640 l'indépendance politique qu'il avait 
perdue en 1580 par son union avec l'Espagne. 

Toutes trois issues du latin vulgaire, introduit dans la pénin- 
sule occidentale de l'Europe par les légions et les colonies 
romaines, et modifié au contact des différents langages qui y 
étaient parlés, ces langues possèdent un fonds de vocabulaire 
latin, en grande partie commun, accru par des subsides d'ori- 
gines différentes, germanique, arabe et autres qui, pendant le 
moyen âge, les ont enrichies également sans en altérer le type. 

Revue hispanique. I 



A. R. GOXÇALVES VIANNA 



Plus tard, dès le XV e siècle surtout, le portugais et le castillan, par 
leur épanchement indépendant, ont obtenu, chacun pour son 
lexique, de nouvelles richesses empruntées aux langues des 
peuples avec lesquels ils se sont trouvés en contact; et ce trésor 
de nouveaux vocables, usités principalement dans les colonies du 
Portugal et de l'Espagne, s'est lui aussi, dans une certaine mesure, 
généralisé en grande partie dans leurs domaines européens. 

Les influences littéraires et scientifiques, venues d'abord de la 
Provence et de l'Italie, puis surtout, dès le XVIII e siècle, de la 
France, influences toujours croissantes, mais qui, de nos jours, 
ont pris un développement extraordinaire, aidées qu'elles ont été 
de tout temps par les études classiques, ont rempli le vocabu- 
laire de ces langues de nouveaux termes, et les ont poussées, 
spécialement les deux premières, à en emprunter, plus ou moins 
correctement, un grand nombre au latin et au grec. Une partie 
considérable de ces vocables nouveaux sont devenus d'un usage 
général, maintes fois au préjudice du génie des langues hispa- 
niques. Leur grammaire même, la syntaxe surtout, mais parfois 
aussi la morphologie, a été légèrement entamée, principalement 
dans le langage littéraire et dans celui de la conversation des 
hautes classes des villes, particulièrement des deux capitales 
Madrid et Lisbonne. Cette altération et ce trouble n'ont heureu- 
sement envahi que très légèrement jusqu'à ce jour le langage 
populaire; il en est cependant menacé par l'agent puissant qu'est 
la presse journalière dont la propagation s'est augmentée depuis 
une vingtaine d'années au delà de toute prévision. 

Des trois idiomes qui font le sujet de cet aperçu, le portugais 
est celui qui, comme langue littéraire, a le plus souffert de ces 
influences perturbatrices, et dans une proportion telle que, de nos 
jours, il est peu d'écrivains qui n'aient subi l'effet de ce fade cosmo- 
politisme et ne s'en fassent même une gloire, non seulement par 
l'adoption inutile de mots français, mais aussi par l'emploi d'une 
syntaxe et de tournures que le langage populaire méconnaît et 
désavoue. On ne doit pas s'en étonner, puisque dans les hautes 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL 3 

classes et les classes moyennes des principales villes portugaises 
tout le monde connaît et parle plus ou moins bien le français, 
la littérature française y étant plus répandue que la précieuse 
littérature nationale, tant ancienne que moderne. Il faut cepen- 
dant reconnaître que, depuisune dizaine d'années, surtout sur la 
scène, il s'est heureusement produit une réaction salutaire contre 
l'invasion outrée, sous la forme de mauvaises traductions, des 
comédies et des drames français, et que le théâtre franchement 
portugais y est maintenant le plus goûté. On doit avouer aussi 
que les éditions des bons auteurs de ce siècle se multiplient 
chaque jour, ce qui prouve que la littérature nationale est tou- 
jours estimée. 

Si de ces éléments du langage — lexique, morphologie, syn- 
taxe — nous passons à celui dont l'action est toujours conco- 
mitante et dominatrice, et qui, quoique inaperçue du plus grand 
nombre, n'en est pas moins persistante et efficace, — la pho- 
nologie, — nous voyons qu'elle a pris en castillan, en portugais 
et en catalan des développements entièrement indépendants de 
toute influence étrangère. Pour les deux premières de ces langues, 
ce développement s'est produit de telle façon qu'elles sont deve- 
nues de plus en plus distinctes, soit dans ce qu'elles ont perdu, 
soit dans ce qu'elles ont acquis de nouveaux matériaux et de 
nouvelles lois. 

Je laisserai de côté pour le moment le catalan, dont l'évolu- 
tion phonétique paraît être moins considérable si l'on en com- 
pare les anciennes formes aux formes modernes, toutes dégui- 
sées qu'elles soient par l'orthographe traditionnelle et avec 
quelque peu d'évidence qu'elles se présentent à un étranger qui, 
comme moi, n'ayant pas eu le loisir d'habiter le pays, ne peut, 
faute de travaux sûrs dans ce domaine si important, se foire une 
idée très nette de l'évolution qui a dû se produire là comme 
ailleurs. Je remets donc à plus tard de dresser l'inventaire des 
faits caractéristiques se rapportant à l'évolution phonétique du 
catalan, et je vais jeter un coup d'œil plus attentif, quoique 



A. R. GONÇALVES VIAXXA 



rapide, sur la phonologie des deux idiomes officiels de la pénin- 
sule. 

Un fait est évident. Plus on descend dans le passé, plus le 
matériel phonétique des deux langues se ressemble. Cette res- 
semblance, toutefois, n'est pas si grande qu'elle puisse justifier 
l'hypothèse d'une langue commune, d'une phase romane his- 
pano-portugaise, dont les deux idiomes seraient issus. En effet, 
la ressemblance que nous pouvons constater se retrouve surtout 
dans le système des consonnes, celui des voyelles se présentant 
à nous toujours distinct, aussi loin que nous puissions remonter. 

L'orthographe, variable et individuelle avant l'introduction 
des livres imprimés, était sous la plume des scribes du moyen 
âge, on le reconnaît aujourd'hui, basée sur la représentation, plus 
ou moins fidèle, des sons du langage parlé, troublée quelquefois, 
il est vrai, par des velléités étymologiques dues à l'usage du latin 
comme langue écrite. Vers la fin du siècle dernier, l'Académie 
espagnole a très judicieusement proscrit l'étvmologie à outrance 
comme régulatrice suprême de l'écriture, tandis que l'influence 
de l'orthographe française et le désir de faire des savants et des 
littérateurs une classe à part dans la société portugaise amenaient 
la nouvelle Académie de Lisbonne à suivre la route opposée, 
c'est-à-dire à perpétuer et à ériger en principe, en en tirant 
toutes les conséquences extrêmes, une tradition pédantesque 
de l'orthographe étvmologique qui s'était lentement propagée 
dans la langue écrite, depuis l'introduction de l'imprimerie en 
Portugal, et y avait exercé, aussi bien qu'en Espagne, une action 
prépondérante dont l'Académie de Madrid sut se débarrasser à 
temps. En effet, quoique, en Amérique, on travaille toujours à 
l'amélioration de l'orthographe espagnole, et bien qu'elle soit 
susceptible de quelques perfectionnements, on peut avec raison 
la classer parmi celles qui sont réglées par la prononciation : à ce 
point de vue elle est, parmi les langues romanes, à peine infé- 
rieure à l'italienne, sur laquelle cependant elle a l'avantage d'un 
tème plus parfait d'accentuation graphique. On doit seule- 



LANGUES LITTÉRAIRES DE L'ESPAGNE ET DU PORTUGAL 5 

ment regretter' que l'Académie espagnole n'ait pas, lors de là 
réforme, cherché à mettre un peu plus d'accord l'alphabet espa- 
gnol avec la valeur que certaines lettres de l'alphabet romain 
avaient acquise dans les différents idiomes qui s'en servent, et 
qu'elle n'ait pas eu plus d'égards pour l'histoire du développe- 
ment de cet alphabet dans le castillan même. Cette circonstance 
fâcheuse devient plus importante lorsqu'on prête à d'anciens 
textes les traits de cette orthographe réformée, faussant ainsi 
l'expression phonétique en même temps que l'écriture de ces 
documents. Si l'Académie, par exemple, avait adopté le x de 
préférence au ; pour la nouvelle gutturale qui s'était produite 
en castillan, et le ç au lieu du ~ pour la linguale, elle ne se serait 
pas mise en opposition avec l'orthographe portugaise, catalane 
et française, et en même temps avec sou ancienne orthographe. 

L'orthographe portugaise, de son côté, n'a fait récemment 
qu'accroître ses difficultés, et l'on ne peut raisonnablement savoir 
gré aux grands écrivains de la renaissance portugaise dans ce 
siècle de ne s'être pas délivrés de cette incommode façon 
d'écrire les mots les plus usuels du vocabulaire, lourdement 
chargés de lettres inutiles et qui n'ont jamais eu aucune valeur 
dans la langue prononcée. Ils n'ont même fait qu'augmenter le 
mal, et quelques efforts isolés qui, courageusement, ont voulu 
mettre un terme à ces orthographes déréglées et aristocratiques, 
n'ont, hélas, pas eu de succès. 

L'orthographe catalane aurait certainement gagné, elle aussi, 
à se rapprocher un peu plus de celle de sa rivale, qu'elle n'a 
imité, on peut le dire, qu'à son désavantage. C'est ainsi qu'elle 
aurait dû bannir certaines particularités traditionnelles ou capri- 
cieuses qui la mettent en désaccord avec l'orthographe acadé- 
mique, telles que // pour / + / et / palatal, ny pour n, ch final 
pour c (==k), tandis que l'explosive palatale affriquée, repré- 
sentée en castillan par ch, y est figurée par tx, ig, etc., ou plutôt 
n'a pas de représentation fixe. D'un autre côté, son imitation 
servile d'autres traits de l'orthographe académique y nuit, parait- 



A. R. GONÇALVES VIAXXA 



il, à la représentation fidèle de certains accidents phonologiques, 
tels que la prononciation double des explosives qui, à en croire 
quelques grammairiens ', s'y est maintenue jusqu'à nos jours. 

Le système de consonnes des trois langues littéraires de la 
Péninsule hispanique est actuellement le suivant, en omettant 
plusieurs phonèmes, qui ne se trouvent que dans quelques 
dialectes : 

Consonnes Sourdes Sonores Nasales 

Pharyngiennes — /; 

Vélaires — x 

Postéro-palatales k — S S — ^ 

Antéro-palatales c x g j y l n 

Cacuminales — se — — £ r f 

Alvéolaires t s — d â ^ $ n 

Labio-dentales — / — v — 

Bi-labiales p — b % w m 

Le système des voyelles y est : 

à 

— à a 

— a — 

è e — — ô 

i — — — u 

Dans ces deux tableaux je me suis servi de signes diacritiques 
arbitraires, conservant, autant que possible, les lettres elles- 



i. Rofarull y D. A. Blanch, Gramàtica de la lengua catalana, pp. 94-96. 
Barcclona, 1867. 



LANGUES LITTÉRAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL 7 

mêmes. Voici la valeur des caractères dont la signification pour- 
rait offrir quelque doute. 

.y : fricative gutturale sourde, très profonde, représentée en cas- 
tillan par j. 

c : ch castillan ou anglais, à peu près tch français. 

x : ch français, mais un peu plus palatal, le x portugais, asturien, 
galicien et catalan. 

g : j anglais, à peu près dj français. 

/ : // castillan et catalan, Ih portugais, ill du français du Sud. 

/'/ : h castillan, ny catalan, nh portugais, gn français. 

ç : ~ castillan, à peu près //; anglais de thanh. 

s, ~ : s et % prononcés avec le bout de la langue contre la partie 
la plus bombée des gencives, presque s + ch et ~ -j-/. 

r : r prononcé très faiblement du bout de la langue. 

f : r prononcé du bout de la langue, mais fortement roulé. 

/ : / gutturalisé, ressemblant un peu à ou français, f polonais. 
Il se trouve en portugais lorsque le / forme une syllabe 
avec la voyelle précédente. 

n : n guttural, prononcé sur le même point que k, ng anglais, 
c'est-à-dire un ;/ prononcé avec le dos de la langue contre 
la limite postérieure du palais dur. 

g, d,t> : g, d, b fricatifs, à peu près^ allemand de tage, th anglais 
de then, iv dialectal allemand de wind; les sons péninsu- 
laires, cependant, ne sont pas aussi ouverts, c'est-à-dire 
se rapprochent davantage des explosives £, d, b. 

à : moyen entre a et d français de patte et pâte. 

a : a français de pdte\ il se trouve en portugais devant / et dans 
la diphtongue au. 

à : a de patte légèrement assourdi. 

a : a anglais de arise, presque eu fr. très ouvert. 

e : e français de le. 

i : son très faible, rappelant le y polonais, la voyelle repré- 
sentée par l'apostrophe dans le mot cl) val pour cheval. 

è, d : à peu près e, o ouverts du français fer, sort, moins pro- 
longés cependant. 



A. R. GONÇALVES VIANNA 



è, ô : e, o moyens. 

C, ç : c, o fermés. 

/ : i de l'anglais bid, entre é et i français. 

ï, il : demi-voyelles du français païen, oui. 

i : i français très bref. 

u : ou français; g, ou français très bref. 

Les autres lettres ont à peu près le même son qu'en français; 
il faut néanmoins se rappeler que la prononciation des consonnes 
n'est pas aussi énergique, et que la distinction de quantité dans 
les voyelles est beaucoup moins sensible que dans la prononcia- 
tion française, surtout celle du Nord. La seule exception est le r 
initial ou double (rr), qui est toujours fortement roulé, toute 
confusion entre r médial et rr étant par là impossible. Dans 
toutes les langues de la péninsule, y compris les dialectes 
basques, r est toujours différent de r. 

De ces phonèmes le castillan possède aujourd'hui : 
â, ù, i, ô, u; i, ù, représentés par a, e, i, o, u; i, u. 
x; h, g, g, h; c, y, /, //; /, d, d, c, s (ou s), /, r, f, n;f; p, 
b, t>, iv, m, représentés par j g; c qu, g gu, n; ch, y, //, f/ ; /, d, 
~ c, s, 1 r, rr, n; j; p, b v, ha, m. 

Le portugais, de son côté, en possède les suivants : 
à, a, (i, è, ( i, i, i, /, ô, o, o, u, 1, ù, représentés par â, â c, 
é, c, i, e, ô, ô, u ; i, e, o, u ; h, g, g, H; x, j, l, n; t, d, d, s, ^, l, 
/, r, r, n; f, v, p, b, b, m, représentés par c qu, g gu, n; x ch, 
jg, Ih, nh; t, d, s, %, l, r, rr, n;f, v; p, b, m. 

L'orthographe portugaise étant étymologique, plusieurs de ces 
phonèmes v sont représentés autrement que dans ce tableau. 
En castillan, aussi bien qu'en portugais, g d b sont des variétés 
de g d b, en général entre deux voyelles, qui peuvent être rem- 
placées par ces explosives sans que les mots s'en trouvent déna- 
turés, les individus qui parlent ces langues spontanément n'ayant 
pas conscience de cette distinction, toute physiologique. Il en est 
de même de la nasale n, qui ne se trouve que devant J: g (et 
aussi devant .y en castillan). Parmi les voyelles, / et //, c'est-à- 



LANGUES LITTÉRAIRES DE l' ESPAGNE ET DU PORTUGAL 



dire les deux demi-voyelles palatale et labiale sont aussi regardés 
comme i, u très faibles, assyllabiques. 

Par son système de voyelles et de consonnes, le catalan se 
rapproche beaucoup plus du portugais que du castillan moderne, 
surtout si l'on compare son système de consonnes à relui du dia- 
lecte portugais de Trds-os-Montes, que je vais mettre sous les 
yeux du lecteur, parce que, plus que tout autre, il reproduit 
l'ancien système commun aux trois langues. 

Système transmontain Système catalan 

Postéro-palatales : k g H k g H 

Antéro-palatales : c — ù x / c g n x l 

Apicales : t à n s s su l i r f t an s ~ 1 r f 

Labio-dentales : / f 

Bi-labiales : p b m p b m 

Parmi ces consonnes, le catalan représente dans son ortho- 
graphe usuelle h par c, cb, qu; g par g, gît ; n par u ; c par tx, 

in s P ar tg; i p ar W; « p ar *y > x P ar x - 

Dans le dialecte portugais de Trâs-os-Montcs, ch représente 
c; s, s et %; ç, s; ^, %; toutes les autres consonnes y sont repré- 
sentées comme dans le portugais littéraire. 

D'un autre côté, le système vocalique du catalan ressemble au 
portugais en ce qu'il distingue nettement e et o fermés de e et o 
ouverts, et aussi parce qu'il admet une voyelle sourde ou neutre 
£, qui y répond aux deux voyelles portugaises i et a (des mots me, 
para), et qui paraît avoir un son un peu moins ouvert que Va 
portugais, c'est-à-dire plus près de œ ou eu ouvert français de seul, 
tantôt représenté par a, tantôt par e, atones. Va catalan tonique 
paraît être, lui aussi, plutôt Yà portugais que l'a castillan, que 
nous retrouvons en portugais dans quelques parlers du Minho, 
aussi bien qu'en Galice. Une autre conformité entre la phoné- 
tique portugaise, galicienne et asturienne et la phonétique cata- 
lane, constatée par Mild y Fontanals, c'est l'obscurcissement en u 
(ou français) de Yo atone, que l'on retrouve aussi en provençal 



10 A. R. GONÇALVES VTANNA 

moderne avant la tonique, mais qui, dans ces autres langues 
embrasse la presque totalité des o atones, exception faite des dia- 
lectes brésiliens du portugais, et de certains parlers de la Galice. 
En catalan toutefois, cette particularité paraît ne pas être géné- 
rale. Je représente par o cet o atone, identique à u très bref. 

J'ai dit que les phonétiques du castillan et du portugais, diffé- 
rentes dans leur phase moderne, se ressemblaient à un tel point 
dans leur phase ancienne qu'on pourrait les considérer comme 
identiques en ce qui concerne leur système de consonnes. En 
effet, par la description de ces consonnes faite par les grammai- 
riens des deux nations depuis le XVI e siècle jusqu'aux premières 
années du siècle dernier, aussi bien que par les traits de la 
phonétique espagnole, que nous révèlent d'abord la littérature 
aljamiada et la transcription des écrivains arabes, puis les deux 
curieux ouvrages de Pedro de Alcalà r , on constate en castillan 
l'existence des fricatives sonores £, %, / (ou g=dj), lesquelles 
ne se sont assourdies que plus tard, ainsi que celle de la fricative 
x. On y constate également l'absence de la fricative gutturale 
sourde .y (/ d'après l'orthographe actuelle), dont la valeur a, 
plus tard, aussi remplacé à elle seule les deux fricatives pala- 
tales sourde et sonore, .v, j. 

On en peut dire autant de l'apicale ç (;(, ce, ri de l'orthographe 
moderne), car le ç de l'ancienne orthographe y était probable- 
ment identique au ç portugais, c'est-à-dire d'abord à Is, puis, par 
l'absorption du /, à s (s français à peu près 2 ). D'un autre côté, 
le portugais du Sud a dû, comme celui du Nord, posséder jus- 
qu'au xvin c siècle les consonnes s (différente de ç) et ~ (différente 



i. Vocabulista aràbigo en letra castellana, et Arte para aprender ligeramente la 
hfigita aràbiga. 

2. On sait que le nouveau phonème r acquis au castillan a non seulement 
remplacé l'ancien Ç = S dans la nouvelle Castille, mais aussi, dans la vieille 
Castille et dans une partie de l 'Aragon, le d final, égal à et ou nul ailleurs, des 
mots tels que Cid, salud, tisted v étant prononcés çiç, sctlnç, iislcr. C'est là 
encore l'assourdissement d'une ancienne fricative sonore, comparable à celui de 
S pour £ 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL I I 

de %), comme c'est le cas encore aujourd'hui dans les parlers 
populaires de Tras-os-Montes et d'une partie du Minho. Les 
études sur ces dialectes publiées jusqu'ici, principalement dans la 
Revista Lusitana, l'ont mis clairement en évidence. Il en est de 
même en ce qui concerne le ch = c = l\. La seule consonne qui 
faisait une distinction entre le système portugais et le système 
castillan était donc le /; qui, comme on le sait, y a remplacé le 
/initial roman et primitif, aussi bien que celui qui tenait lieu 

des fricatives gutturales verae arabes — - r , du ^ 9 ou /, dans 

les mots empruntés à cette langue, tant à l'initiale qu'à la 
médiale. Ce /;, prononcé d'abord dans tout le domaine castillan, 
a fini par devenir nul, exception faite de l'Andalousie, où il se 
maintient sous la forme .y ou quelque chose d'approchant ', 
faisant concurrence au /. 

Par rapport au portugais du Sud, on pourrait ajouter un trait 
caractéristique, la distinction entre b et v, qui le séparerait de 
celui du Nord aussi bien que du castillan, s'il était parfaitement 
avéré que, du moins pour le Sud de l'Espagne, la confusion, 
actuellement générale, de ces deux consonnes s'était déjà pro- 
duite, car la distinction entre b et b n'a rien à voir avec cette 
confusion, que l'on constate aussi partout dans le Nord du Portu- 
gal et en Galice, et qui pourrait bien être un trait de la phoné- 
tique péninsulaire d'une grande ancienneté, puisqu'on le retrouve 
aussi en basque. 

On ne saurait néanmoins regarder comme un trait castillan le y, 
c'est-à-dire la fricative médio-palatale sonore qu'il possède, et qui, 
en portugais, est remplacé par î, car la prononciation du y varie 
d'un dialecte à l'autre depuis l'Andalousie jusqu'à l'Aragon et la 
Vieille Castille, tandis que, en Portugal, on ne retrouve cette 
fricative que dans le mirandais, et peut-être aussi dans les deux 
autres langues de la frontière, le riodonorês et le guadnviiilcs, dont 
le domaine est borné à deux petits villages, à ce qu'il paraît. 

1. Là, comme le^ en Galice, /; et; ont la valeur du /; polonais. V. plus loin. 



12 A. R. GONÇALVES VIANNA 

Nous avons vu que le système des vo}'elles était différent dans 
les deux langues. Outre les distinctions que nous avons déjà 
signalées, il y en a encore une qui rapproche d'une manière 
étrange le système de vovelles du portugais de celui du français : 
c'est l'existence des vovelles nasales qui, du Nord au Sud, y sont 
de plus en plus faibles. En France aussi, la nasalité n'en est point 
partout la même. 

Les vovelles nasales portugaises, si l'on y comprenait celles qui 
se retrouvent dans les dialectes du Nord, et qui probablement 
faisaient partie de son svstème primitif, seraient des plus nom- 
breuses : à, à, c, < , 1, ;, ô, o, il, neuf en tout. 

Ces voyelles nasales, dans les dialectes du Sud, se trouvent 
actuellement réduites aux suivantes : à (seulement dans les crases 
de a -f- à atones), à, è, 1, à, il. 

Dans la prononciation actuelle, on ne les rencontre pures que 
finales ou devant des fricatives (.v, ;', s, %, f, v) ', lorsqu'elles sont 
suivies d'une consonne explosive (k, g, l, d, />, />), il se produit, 
entre la voyelle nasale et la consonne explosive une consonne 
nasale de transition, s'accommodant à l'organe auquel appartient 
cette explosive, an}, fini, àiup, par exemple. Dans l'ancienne 
langue, toutefois, elles se retrouvaient aussi devant une consonne 
nasale suivie de voyelle, c'est-à-dire appartenant à la syllabe sui- 
vante, âna, ùfia, àma, par exemple, fait bien connu en ancien 
français. 

Comme finales, dans les dialectes du centre, à, 1, ù sont seules 
d'un usage plus fréquent, Ô, l v étant devenues le plus souvent 
des diphtongues nasales du, ci (écrites ào, eni). Cette diphtongai- 
son est si commune qu'on y trouve rarement ô, jamais <\ 

Un autre trait aussi caractéristique du portugais est l'abondance 
de diphtongues orales, et la présence de diphtongues nasales. 
Nous laisserons de coté les diphtongues croissantes, qui n'y sont 
pas regardées comme de vraies diphtongues et qui, en grande 
partie, sont communes aux trois langues, quoique ic, ite, si régu- 
liers en castillan pour r, ô haïs latins, soient étrangers au portu- 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL 13 

Dans cette langue, les diphtongues décroissantes ont pour 
voyelles faibles i ou û, et elles sont orales ou nasales. Dans le 
dernier cas les deux cléments de la diphtongue sont des voyelles 
nasales ai, âù, par exemple. 

Diphtongues orales : 

Subjonctive i : ai, al, èi, ci, ôl, oi', ni. 
Subjonctive ù : au, èù, eu, où. 
Diphtongues nasales : 

Subjonctive i : ai êï, Il oi, în. 

Subjonctive ù : (au) ait (eii) (ou). 

Les diphtongues âù, eu, dû et ii ont disparu de la langue litté- 
raire, et ne se sont conservées que dans les dialectes du Nord; la 
diphtongue iïi est aussi très rare. Dans la plupart des parlers 
portugais, y compris ceux de Lisbonne et de Coïmbre ci et ci ont 
également disparu et y ont été remplacées par ai, ai. Il en est de 
même de la diphtongue çù, qui est devenue g dans les dialectes 
du centre par l'absorption de 17/. Cette diphtongue devient ou 
dans les parlers de Tras-os-Montes, pour se réduire, par l'absorp- 
tion de ù à g dans ceux de Beira Baixa et dans les parlers insu- 
laires 1 . La diphtongue àù parait n'avoir jamais appartenu à tous 
les dialectes du portugais. Dans la plupart des dialectes ou alterne 
avec oi, quelle que soit d'ailleurs son origine. Prenant comme 
exemple un mot assez usuel, voici l'évolution de la diphtongue : 

Latin au ru m, roman * auro : Minho où 

Minho, Douro et Beira-Alta où 

Sud p, oi 

Tras-os-Montes où 

Beira-Baixa, Açores et Madère Q 

De la sorte, dans le portugais littéraire, ou ne se distingue plus 
de Yo fermé, si ce n'est que celui-ci devient, comme tous les 0, 



1. g, c'est le ô allemand ouvert de hôlle. La diphtongue ou a, dans Tris-os- 
Montes, la prononciation de Vow du mot knoiv dans l'anglais du Sud. 



I_| A. R. GONÇALVES VIANNA 

(u = ou français) en devenant atone, tandis que la diphtongue 
garde le son de o, lors même qu'elle cesse d'appartenir à la 
syllabe tonique. Il faut toutefois remarquer que, dans la pronon- 
ciation populaire du Sud, cet ou atone devient à, et aussi o dans 
quelques mots, tels que apoquenlar, que l'orthographe usuelle 
écrit déjà sans Vu. A cette unification on peut comparer celle qui 
s'est produite dans le français moderne où au et ô sont devenus 
tous les deux g. 

Les diphtongues èi, bl à leur tour ne se retrouvent que très 
rarement, hors le cas où elles sont le résultat de la chute de / 
médial, comme dans les mots painèis, socs (au singulier painel, 
sol), cette chute, ainsi que celle de ;/ médial avec la nasalisation 
très fréquente de la voyelle précédente étant, comme on sait, 
deux traits caractéristiques particuliers au portugais. 

Nous avons vu plus haut que l'un des traits les mieux caracté- 
risés du portugais, du moins dans sa phase moderne, est l'assour- 
dissement des voyelles atones, qui d'ailleurs paraît être très 
ancien. Outre les voyelles atones g, i et g, on y remarque aussi 
un i très bref, i, valeur que prend tout e sourd (/) et tout i 
atone devant ou après les consonnes palatales .y, y, /, //, s'il n'est 
point précédé ou suivi de r ou /, et devant tout s palatal (=.v, /'), 
quelle que soit l'autre consonne avec laquelle Ye sourd se trouve 
en contact; ex. : mexer, desejar, engelhar, engenhar, prononcés, 
dans le Sud surtout, mixer, dj^ijar, ïji'lar, ïjiiïar; desdar, Icslar, 
prononcés ciijdar, tixlar; mais gérai, ehgcr, prononcés jircil, 
ilijcr. Cet i est chuchoté, et il en est de même de o et de la 
diphtongue croissante /<> à la fin des mots, lorsqu'ils se trouvent 
en contact avec des consonnes sourdes. L7, ou e sourd, est 
supprimé à la lin des mots devant un repos, s'il est précédé 
d'une consonne explosive sourde (k, I, p), laquelle devient par 
là aspirée; elle le devient également lorsqu'elle est suivie de o, 
/o; ex. : toco, toque, toque-o, ate, ato, ate-o } lape, tapo, tape-o, pro- 
noncés tàkho, tbkh, lokl.uo, lui), àthç, àthîo, tàph, làpho, tàphîç. 

Une autre loi non moins intéressante est celle qui règle la pro- 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL I 5 

nonciation de 17 d'une série de syllabes où il suit toujours la 
voyelle : dans une suite de ces syllabes atones, lorsque 17 n'est 
pas précédé ou suivi d'une consonne palatale, il devient i dans 
toutes ces syllabes, la dernière exceptée; ainsi, le mot dividir se 
prononce dividir, privilégia se prononce privilèjio. Il y a cependant 
des exceptions. Cet assourdissement de 17' doit être très ancien, 
car il se trouve représenté par e dans des mots appartenant au 
fonds primitif de la langue, veçinho, menistro, écrits aujourd'hui 
vi^inho, ministro, mais toujours prononcés vifinho, ministro, toute 
autre prononciation étant pédantesque et inconnue au peuple, 
pour lequel elle est on ne peut plus ridicule. L'assourdissement 
de l'e atone a, comme conséquence inévitable, due à son peu de 
sonorité, sa chute toutes les fois qu'il se trouve entre deux con- 
sonnes semblables, ou dont la différence consiste simplement dans 
la présence ou l'absence de la voix ; les deux consonnes qui, par 
cette chute, se trouvent en contact, se prononcent alors comme 
le redoublement de la deuxième, surtout d'un mot à l'autre, par 
exemple : aima de Deus, passe-se, qui sont prononcés aima ddefix , 
passi; pede fit, prononcé pèth't. 

Cette assimilation, dont le résultat est l'existence de consonnes 
redoublées en portugais, y doit être très ancienne, car nous voyons 
que, pour éviter ce redoublement, on a eu recours dans bien des 
mots à un changement de la voyelle atone, le plus souvent o ou 
/ pour i : sossegar pour sessegar, et des formes populaires telles 
que pipino, didal, pour pepino, dedal. Quelquefois aussi on a évité- 
la suppression de 17 par la dissimilation des deux consonnes 
semblables, comme dans la forme populaire Ce^ilia pour Cecilia. 
On a ainsi évité la perte de la syllabe initiale, car ces mots 
ne pouvant pas, d'après la phonologie de la langue, com- 
mencer par une consonne redoublée sans le changement de la 
voyelle atone, ils se trouveraient réduits à segar, pi no, dal, 
Cilia. En effet, si la contraction ou la perte de syllabes à l'inté- 
rieur ou à la fin du vocable est très fréquente en portugais, elle 
y est, pour le moins, assez rare au commencement. Il est permis 



l6 A. R. GONÇALVES VIANNA 

d'attribuer la même origine aux formes anciennes et encore 
populaires buber, somana,' pour beber, semana. On explique ordi- 
nairement ces formes par l'influence de la labiale b ou m. Je crois 
que le choix de la voyelle g pour e a cette origine, mais il me 
semble aussi que ce changement est dû, comme dans les mots 
cités plus haut, au désir d'empêcher la chute de la syllabe atone 
initiale, maintenant de la sorte l'intégrité du vocable. 

Une autre particularité non moins intéressante de la phono- 
logie des voyelles portugaises, en tant que voyelles toniques, se 
retrouve dans le fait que cette langue présente dans tous ses dia- 
lectes (ceux de Tras-os-Montes exceptés), un parallélisme ou une 
homophonie des voyelles, la valeur de la voyelle tonique des 
paroxytons se réglant en certains cas sur la voyelle finale atone, 
dans les conditions suivantes : 

Voyelle finale atone sombre g, o (= //) : Voy. tonique fermée e i ç u. 
Voyelle finale atone claire e (=/) : Voy. tonique ouverte ê à. 

Cette homophonie, dont il serait trop long d'exposer toutes 
les lois minutieuses et tous les accidents, affecte la flexion des 
verbes aussi bien que la flexion des noms, et ne se trouve dans 
aucune autre langue romane poussée à un aussi remarquable degré 
de précision. C'est ainsi que les verbes des deux conjugaisons en 
~çr et en -ir nous offrent un changement de la voyelle radicale 
tonique des plus frappants : 

V h I l ^ v - r ' "' ! ''' ,, '' ^Wj dêve; cgçer : cç%p, cçn@; cb%e. 
( fçrir : j'irg, firçi ; jerc ; fugir : fnjo, fujç ; fôge. 
Adjectifs : formçso ; formosos ; forniôsa, formbsqs. 
Substantifs : çvç; àvçs, àvç } ôvçs. 

Les verbes de la première conjugaison, celle en -.<//-, échappent 
aux lois de rhomophonie, mais ils sont soumis à une autre règle 
tout aussi curieuse : leur voyelle tonique radicale, e ou o, y est 
toujours ouverte, tandis que celle du nom verbal est fermée si la 
voyelle finale y est o, ouverte si elle v est a, quelle que soit 
d'ailleurs la qualité de IV ou de ïo tonique du nom dont le verbe 



LANGUES LITTÉRAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL I "J 

puisse dériver; ex. : cgmeçar : g cgmeço, eu cgmêço; rodar : g roda, 
g. roda, eu roda; regar : g regg, g rêga, eu règg; trgcâr, g trgcg, g 
trbcg, eu tràcg. 

Après avoir parcouru rapidement le système vocalique du 
portugais, qui, comme on vient de le voir, s'éloigne si considé- 
rablement de celui du castillan, disons quelques mots des con- 
sonnes. 

Le système primitif des consonnes a dû, pour les langues 
issues du latin vulgaire parlé dans la Péninsule hispanique, pré- 
senter une assez grande analogie avec celui que nous retrouvons 
dans les dialectes transmontains, exception faite du // initial (/ 
palatal, /), qui s'est produit en castillan pour des groupes romans 
à / subjonctif (pi, cl, fi), et en catalan pour / initial latin. Ce 
système commun aux trois langues y a-t-il été altéré par le con- 
tact des langues germaniques et de l'arabe ? En ce qui concerne 
les premières, il se peut qu'elles aient contribué un peu à former 
ce système, et peut-être pourrait-on en dire autant des langues 
pré-romaines, telles que le basque et les idiomes celtiques. Pour 
l'arabe, nous voyons que les langues péninsulaires n'ont adopté 
aucune des particularités phonétiques qui le caractérisent, dans le 
millier de mots qu'ils lui ont emprunté. On lui a, il est vrai, 
attribué à tort la valeur actuelle du / castillan, qui ne date que 
de trois siècles. On pourrait également y chercher l'origine de la 
prononciation c donnée à l'ancien ç; cette prononciation, cepen- 
dant, n'est probablement pas aussi ancienne que l'altération subie 
par le x et j, car dans l'Andalousie, où l'arabe s'est fixé plus 
longtemps, le ç n'existe pas, assimilé qu'il y est au s en un son 
unique, qui est celui de Ys français et portugais du Sud, le 
domaine de IV des dialectes du Nord et du basque commençant 
au nord du Tage en Espagne et au Nord du Mondego en Portu- 
gal ; à cette différence près qu'en Espagne il paraît y avoir une 
région où, ainsi que dans une partie de la Galice, le s coexiste 
axec le ç, la différente faite ailleurs entre ç = r et s = s s'y main- 
tenant sous la formule s : ,r : : ç : ç. 

Revue hispanique. X 



l8 A. R. GONÇALVES VIANNA 

Si maintenant on jette un regard sur les parlers du Sud de 
l'Espagne, on est bien obligé de reconnaître que l'andalou est à 
son tour un des dialectes les plus remarquables du castillan, et 
par là du roman dans la Péninsule hispanique. On y constate 
d'abord l'absence de distinction entre s et ç, confusion qui se 
retrouve depuis plus de deux siècles dans le Sud du Portugal; 
puis la présence des fricatives sonores % et A', représentées dans 
l'orthographe commune par s et j entre deux voyelles; puis 
encore la suppression du d intervocalique, qui a amené celle de 
la voyelle suivante lorsque celle-ci est a, et qu'un autre a précède 
le d (joa pour toda, alabâ pour aîabada, na pour nada) ; puis enfin 
le changement de bù en gtl, comme dans gïieno pour bueno, et le 
remplacement de / (/ palatal) par y Çpoyo pour poyo et polio du 
castillan). A ces particularités vient s'ajouter l'affaiblissement de la 
vélaire x (j castillan) en une sorte de /; aspiré (sourd ou sonore g), 
affaiblissement qui est le résultat d'un rapprochement des organes 
facteurs moindre que celui qui produit le x, phénomène que 
l'on observe aussi dans quelques parlers galiciens où le g devant 
a, o, u, r est aussi un x affaibli. 

Un autre fait depuis longtemps indiqué comme une caracté- 
ristique des parlers de l'Andalousie est la valeur de ce nouveau 
phonème prêtée non seulement au h muet de la langue litté- 
raire, mais aussi au s final ou suivi d'une consonne, le son /; 
étant dans ce dernier cas encore plus faible. Cette dernière pro- 
nonciation, enfantine, bégayée, se retrouve également dans les 
basses classes madrilègnes où elle a été vraisemblablement intro- 
duite par les toreros, Andalous pour la plupart, et s'est répandue 
à la faveur de Yaficiôn, comme cela s'est aussi produit à Lisbonne 
pour cette prononciation confuse et mâchée (masligada), en usage 
parmi les fadislas repoussants, et qui rappelle en un certain sens 
celle des cockneys londoniens. 

Le portugais du Sud, de son côté, offre dans la prononciation 
de Ys à la fin d'une syllabe une palatalisation qui frappe toute 
oreille étrangère. L's final d'un mot suivi d'un repos ou d'une 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL 19 

consonne sourde, même à l'intérieur d'un mot, prend le son 
d'un x affaibli ; si, dans les mêmes circonstances, il est suivi 
d'une consonne sonore, il devient sonore lui-même et se pro- 
nonce alors comme un / également affaibli. Lorsqu'il est suivi 
d'une voyelle il devient ^, tout comme en français. Ces ss pala- 
talisés le sont davantage lorsque la voyelle qui les suit ou les 
précède est elle-même palatale, e ou i ; il en est de même pour 
x, j en contact avec ces voyelles. 

Cette palatalisation semble n'être qu'une permutation de son 
simplement imitative, x, j y ayant remplacé s, £ de l'ancien por- 
tugais et des parlers du Nord, parce que l'effet acoustique en est 
presque semblable. Us final de syllabe a échappé de la sorte à 
cette assimilation au ç et au ^ qu'il a subie dans les parlers du 
Sud devant une voyelle ou entre deux voyelles. Cette hypothèse 
est d'autant plus vraisemblable que dans le Nord même, à Oporto 
par exemple, le s et ~ ne se retrouvent qu'à la fin d'une syllabe, 
le s initial, aussi bien que ss et ç, s'y prononçant comme s, et le 
£ et le s entre voyelles comme ;(, tous les deux, cependant, bien 
plus sifflants qu'à Lisbonne, à Coïmbre, ou dans l'Alemtejo et 
l'Algarve. 

J'ai fait allusion plus haut à un dialecte du castillan, l'anda- 
lou. Parmi les dialectes du portugais, un surtout, parce qu'il est 
parlé en Espagne, mérite encore une mention spéciale dans cet 
exposé. Personne ne doute aujourd'hui que le galicien ne forme 
avec l'ancien portugais une langue unique. Actuellement même, 
il est très difficile de reconnaître à son langage si un individu est 
né en Galice ou sur la frontière septentrionale portugaise. Les 
seules différences que l'on puisse constater en ce qui concerne la 
prononciation sont peut-être la valeur de x, ou plutôt d'une sorte 
de /; aspiré, donnée en Galice au g devant a, o, n, r, et la présence 
de la fricative sonore i du côté du Portugal. On peut aussi 
ajouter l'aspiration de p, t, k devant une voyelle tonique, en 
Galice. Des deux côtés on retrouve le s, le a ouvert devant une 
nasale, les diphtongues bu, 01, le b pour v, etc. 

Maintenant, le galicien, du moins celui de la frontière, a-t-il 
les voyelles nasales, qui sont une caractéristique si remarquable 



20 A. R. GOXÇALVES VIANNA 

du portugais? Cette question est restée jusqu'à présent sans 
réponse, malgré l'intérêt qu'y attachait feu le prince L.-L. Bona- 
parte. Les voyelles devant les groupes formés par ///, n, n, suivis 
d'une consonne y sont-elles nasalisées ? Un n final précédé d'une 
voyelle, an par ex., est-il prononcé an, an, an, an ou bien à? 
C'est là une question de fait, et pour la résoudre il faudrait se 
rendre en Galice ou l'étudier sur des Galiciens de la frontière 
résidant, par exemple, en Portugal. A priori, cependant, nous 
pourrions supposer que le galicien a partagé avec le portugais la 
nasalisation des voyelles, parce que ses diminutifs en -iho doivent 
avoir la même origine que ceux en -inho du portugais, c'est-à- 
dire -ino à travers -lo, -li'io, le phonème ;'/ après i ayant été le 
plus souvent précédé de la nasalisation de la voyelle : vinho > 
vïûo^> vlo^> vino; minha > mïïia > mïa >> mia > mïa (écrit mha 
au moyen àge)>- meâ. 

Il me reste encore quelques mots à dire sur la quantité des 
voyelles et l'accentuation des trois langues qui font le sujet de 
cette étude. 

La quantité prosodique y est peu sensible. Le castillan, et 
peut-être aussi le catalan, sont néanmoins différents du portugais 
en ce que, pour celui-ci, la voyelle tonique est toujours un peu 
plus longue que les voyelles atones, lors même qu'elle est la 
finale du mot, ou qu'elle est suivie d'une consonne dans la 
même syllabe, exception faite des cas où la voyelle atone est due 
à une crase consciente, soit à l'intérieur du mot, soit d'un mot 
à l'autre. Dans le castillan, au contraire, la voyelle tonique est 
brève, tandis que la voyelle de la syllabe finale atone est allon- 
gée lorsqu'elle se trouve devant un repos quelconque. L'extrême 
brièveté des voyelles toniques suivies d'une consonne à la fin 
d'un mot est bien connue en catalan. 

L'accentuation d'intensité est la même dans les deux langues, 
castillane et portugaise, hormis quelques vocables et la différence 
due à ce que la syllabe forte d'un radical de verbe est toujours 
la dernière en portugais, lors même qu'elle n'est formée que 
d'une simple voyelle, i ou u, c ou o, ce qui bien souvent n'arrive 
pas en castillan, surtout par rapport à 1'/; ainsi, tandis que le 



LANGUES LITTERAIRES DE L ESPAGNE ET DU PORTUGAL 2 1 

Castillan dit yo principio « je commence », le Portugais prononce 
eu principio. 

Cette coïncidence de l'accentuation dans les deux langues est 
pour beaucoup dans l'intelligibilité mutuelle des individus des 
deux pays, quel que soit d'ailleurs le dialecte qu'ils parlent et le 
vocabulaire spécial qu'ils emploient. Un changement de syllabe 
tonique y rend les mots plus méconnaissables que toute autre 
altération qu'ils puissent subir. 

De tout ce qui vient d'être énoncé rapidement nous concluons 
à l'indépendance de formation des trois langues littéraires de la 
Péninsule hispanique. En ce qui concerne le catalan, personne 
n'a jamais prétendu qu'il ne fût une langue différente du castillan. 
Par rapport au portugais, on est cependant accoutumé à le ranger 
en un seul groupe avec le castillan et ses dialectes. A mon avis 
on a tort de le faire. Nous venons de voir qu'il a dû être de tout 
temps indépendant, car on ne saurait foire dériver ces deux 
langues l'une de l'autre, ou d'un seul type antérieur autre que le 
latin, les particularités du système vocalique du portugais s'y 
opposant. Le traitement des consonnes latines, lui aussi, est bien 
différent dans les deux langues, quoique leur matériel phoné- 
tique primitif ait été à peu près identique en ce qui concerne les 
consonnes. 

Tout effort pour les rattacher l'un à l'autre, même au moyen 
d'un dialecte, serait aussi vain ; ni le transmontain ou le galicien 
parmi les dialectes portugais, ni Yestremeno ou l'andalou parmi 
ceux du castillan, ne sauraient se prêter à cette hypothèse. On 
peut en dire autant de l'expédient, qui paraîtrait avoir quelque 
chance de succès, d'avoir recours aux co-dialectes appelés linguas 
raianas « langues de la frontière », tels que l'asturien en Espagne 
ou le mirandais en Portugal, qui ne sont apparemment que des 
variétés d'une forme commune, indépendante elle aussi. 

A. R. GONÇALVES VlANNA. 



LA TRANSCRIPTION 

HISPANO- HÉBRAÏQUE 



On évalue à environ trois cent mille le nombre de Juifs qui, en 1492, furent 
chassés d'Espagne par Ferdinand et Isabelle. Les uns allèrent en Afrique, d'au- 
tres en Italie où ils s'établirent , notamment à Ferrare, à Florence, à Venise et 
à Naples; d'autres passèrent en Portugal ; d'autres enfin trouvèrent en Turquie 
une assez large hospitalité. 

De même que, sous la domination arabe, les Juifs d'Espagne parlaient et 
écrivaient l'arabe, de même, sous la domination castillane, ils parlaient et écri- 
vaient le castillan. Brusquement transplantés dans des pays où ils furent sou- 
mis à des lois d'exception, leur isolement maintint chez eux l'usage presque 
exclusif de la langue qu'ils parlaient dans la péninsule 1 . En Turquie, au Ma- 
roc 2 , en Algérie', en Tunisie*, en Tripolitaine, à Vienne, les descendants des 
expulsés de 1492 parlent encore le castillan du XV e siècle, mais non dans toute 
sa pureté, il faut le reconnaître, altéré qu'il a été par de multiples contacts avec 
la langue ou les langues dominantes de chaque pays. En Turquie, les Juifs es- 
pagnols sont en très grande majorité ; on peut en compter approximativement 
cent trente mille dans la Turquie européenne d'aujourd'hui > et la Bulgarie- 
Roumélie. Beaucoup d'entre eux ignorent le turc. 



1. Les Juifs de Russie et de Roumanie, descendant de Juifs allemands, parlent encore 
l'allemand, à côté de la langue du pays où ils résident. 

2. Au Maroc les Juifs se disent eux-mêmes Guerouch Castilla, « Exilés de Castille. » 
Ceux de Fez et de Meknès parlent arabe ; les autres parlent espagnol. (F.lisée Reclus, Nou- 
velle Géographie universelle, t. XI, p. 698). 

3. En Algérie, beaucoup parlent l'arabe et un très grand nombre le français. 

4. En Tunisie, les Juifs expulsés d'Espagne et de Portugal, ainsi que tous ceux qui 
ont immigré pendant ces derniers siècles, sont généralement désignés sous le nom de 
Grana, — c'est-à-dire Livournais, — Gourna ou Livourne ayant été le principal marché 
des Juifs ebassés de l'Ibérie (Elisée Reclus, Semelle Géographie universelle, t. XI, p. 198; 
d'après II. von M.ihzau et Ernest Desjardins). 

5. Les centres les plus importants sont : Salonique, 60.000; Constantinople, 50.OOO; 
Andrinople, 15.000. A Salonique, il y a trente synagogues, autant que de mosquées; les 
Juifs y forment à eux seuls près de la moitié de la population : ce sont de beaucoup les 
plus actifs et les plus riches de tout l'Orient. 



LA TRANSCRIPTION HISPANO-HEBRAÏQUE 23 

Depuis plusieurs années, toute une presse judéo-espagnole a été créée en 
Orient ' ; le castillan v est imprimé en caractères hébraïques 2 . Il faut citer aussi 
des éditions de l'Ancien 5 et du Nouveau Testament * et un certain nombre de 
brochures. C'est pour faciliter l'étude de ce rameau du castillan qu'a été com- 
posé le présent travail. 



La transcription hispano-hébraïque est une transcription essentiellement pho- 
nétique, reproduisant non les lettres au moyen desquelles on écrit un mot, 
mais les sons au moyen desquels on le prononce. Le castillan, de son côté, s'or- 
thographiant à peu près phonétiquement au moyen des caractères latins, il en 
est résulté une similitude presque complète des deux systèmes de graphie. 

Les caractères généralement employés pour la transcription hispano-hébraï- 
que sont les caractères dits rabbiniques ou rachi > ; on ne se sert des caractères 
dits carrés que pour les titres, les en-tête, etc../' 

Les caractères hébraïques n'étant pas assez nombreux pour rendre tous les 
sons du judéo-castillan, il leur a été ajouté cinq lettres : ce sont des lettres hé- 
braïques surmontées d'un petit demi-cercle nommé rafé. Ces lettres sont 2 (v), 
S (<//', tch), ~\ (th anglais), i (<//), £ (/"). Le rafé se place également au dessus 
du £" (ch). 



1. Je connais une trentaine Je journaux judéo-espagnols, mais plusieurs n'ont eu qu'une 
existence éphémère. Je publierai plus tard une notice sur ces feuilles. — Le Lu^ero de 
Paciencia qui était publié à Turnu-Severin (Roumanie) et qui a paru de 1885 à 1889 était 
imprimé en caractères latins. Cette tentative ne semble pas avoir eu de succès. 

2. Le gouvernement ottoman défendit jadis aux Juifs l'emploi des caractères arabes. 

6;o pp. in-8, 1873. rTET'ClN'CD^p 
C'est, à peu de chose près, la reproduction de la célèbre Bible de Ferrare. 

4- b\x yiin YnNitaxD in tpi^d itcdwi: h ïtsifDK'PDi'Q "avu b\x 

.nSEircix'crrp — .-;-; nx-;:^ xS h i-n-n'^xtc : rwn 

664 pp. in-8, 1S77. ^5n"13 .- ,n H nxn^^x^DW 

5. Ainsi nommés de Rabbi Salomon ben Isaac, de Troyes, dit Rachi (1040-1105), un 
des commentateurs les plus remarquables que le judaïsme ait produits. Ce surnom de 
Rachi est une abréviation formée par la réunion des initiales du nom complet "Ql 

6. Dans la présente étude j'ai préféré employer les caractères carrés. — Dans la plupart 
des publications judéo-espagnoles, par suite de nécessités typographiques, quand on 
emploie les caractères carrés (dans les titres, les en-tête, etc.), au lieu de les surmonter 
du rafé, on les fait suivre d'une apostrophe tracée de haut en bas et de droite à gauche : 
'2 — 'à — - '1 — '?— - 'S. 



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Fac-similé du journal constantinopolitain El Telegrafo (Échelle 1/3). 



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. p'ush pi7h-p3i:h pirrpft >i -h pun-pj-h 

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P7'P Pîl P PÏP'B 'p lV7*0 - 7 'BIP ,ih"7'P51*h 

rh è":i"ppiT^ pp , 7hi3"j pi 7iD PBT'iip 
-P'3-d ih phlhr-iph ph»ip phi oiip 7*ift 
p:'-h» Pi'7 i**7**jp*: , l) ifi ,P77'J Pi'7 V'7'U 
-3113) rh-Ti'isrh Pi-7 \i-'phii3P':'»ih pih "6 
,•3-3 pnp3hyp phi "7 î-Tisp-j-:) i-h.^.-ftn 

-pb-, OlDhp Pli -h!)71P3'h ,PB3'Bip*P3ip V ft 
500 *7 Pt>-l)Wt> Pi 'P P1W))61376B*7 PU) 
-*i 410,000 '7 P-*p 7»lh Pi chTi i'1) 
46000 'b P7TJ pi'7 i"-.'VP'j';> 3"h IIP pt>7 

Pi-7 pwup'j'jj cii '7 uift rlhp rh phTi 
. rh-ri-ï-h pi*i -n rsoha 
-3'h p'3i"P'3 - 7i3:ip phi '7 ii"pp»V7 Pi— 
7'piTi *7 v"P*' ! orp ri ii'h Ph'Jh pftsp-7'7 
-•5 'h ph"io pni ojip psBvj '7 pti'7'7 pib 

76133*3 7*rh *7 vch ,7lih5 *7 piï'Î3'B pip 
piisp-n *73ip pp*tph*p -p *p P73h3h7i3ip pi 

.Cliip'1376 

-yp3 - 6 oi îrh ib-^'cu-n rft*7*j*p3f>p ri 

•73MJ 7'3*ï '".'hlP 13 Bill*)) PBB'6 -p ll"ph3 

-hn phi *7 iv*pp*T7 ri îs^i'h "h lïp-p-h 
. vsp'ftip ri i3*hi3 -7 ih'HiïP'fi ^b phs 

'7 v'phisp'j'DTh ri-7 ph7h7B3'h ph:— 



Fac-similé du journal constantinopolitain El Tiempo (Echelle 1/2). 



2 6 R. FOULCHÉ-DELBOSC 

Par contre, cinq caractères hébraïques représentent des sons inexistants en 
judéo-castillan. Ce sont les caractères 3, "J, *J, XU, T\. On ne les emploie que 
dans la graphie de mots d'origine non castillane. 

VOYELLES MÉDIALES ET VOYELLES FINALES 

Les voyelles placées entre deux consonnes ou à la fin d'un mot après une 
consonne se transcrivent de la manière suivante ' : 

X (alef) correspond à a; mais, à la fin d'un mot, a est toujours transcrit par 
n (hé). Ex.: n"1NS para — rrnxSxE païavra. 

La préposition à se transcrit par ,~!X. Il en est de même de ha (du verbe 
baver). 

i (iod) correspond à la fois à e et à i. Ex.: "IIQITS tenter — yiQ mil — "PJP3 
venir — "INpH'HS predicar — CJ'DVE persigues — 'SiWHS principe. 

Quand c ou i suivent immédiatement // ou n, on ne les transcrit pas, //, lie, 
lli étant uniformément représentés par "nb et h, ne, ni étant uniformément re- 
présentés par **;. 

1 (vav) correspond à la fois à o et à u. Ex.: ÎQTlS porto — ■ mQlp comodo 

— mi3 mudo — m: nudo — nTraiTO tortura. 

VOYELLES INITIALES 

Au commencement d'un mot, 1 et 1 sont toujours précédés d'un X. Ex.: 
1DT>SJ'N enferma — C'X es — 13XDTN S'N el (fyermano 1 — "INTO^N entrar 

— INTnipDW escuridad — "|\N îr — irx (V)ijo — \\ y — IN à — nialN 
otro '"ÎIIDIX (h)ombre — ""x uno — 1NT331N untar. 

Quand un mot commençant par l ou 1 devient le second élément d'un mot 
composé, il conserve son x préfixé. Ex.: IXZPXO'H desechar — "llNSlplNDH 
desocupado — "WIJlND'n desQi)onrar. 

Exception : Toutes les fois qu'un mot commence par 11 (voir plus loin 
voyelles jointes), on ne préfixe pas x. Ex.: "\2~\li yerno — rS" (h)ielo — 
T1N11 ya-er — *" yo — VT** lulio. 

Au commencement d'un mot, X correspondant à a n'est précédé d'aucune 
lettre. Ex.: nQ7N aima — n"X asna. 



1. A la suite de chaque lettre hébraïque et entre parenthèses j'ai indiqué son nom tel 
que le prononcent les Juifs d'Orient. 

2. h castillan est presque toujours muet en judéo-espagnol et n'est pas transcrit, par 
[uent; il n'est aspiré que dans haragan et un nombre très restreint de mots. Dans ce- 
cas il est transcrit par ]-| (bel). 



LA TRANSCRIPTION HISPANO-HEBRAÏQUE 2J 



CONSONNES 
(L'ordre ndopté est celui de l'alphabet hébreu. ) 

2 (bed) se prononce b. Ex.: 71130*0 baston — TaU lever — y>2 bien — 
1212 bivo— r\TÛ.boda— ip:xSl blanco. 

2 (ved) se prononce v. Ex.: DTlOirD vosotros — 71"1**3 varon — TQ.'h Uvro 

— "IN3''blN olivar — 11N2K avaro — in*$J nave — 7N~2"D civdad — i"tt3*ip 
cavsa — n*T2H devda. 

5 (guitnel) se prononce comme g dur. Il représente : 

io g devant a, o, u ou une consonne. Ex.: rUlAWD sinagoga — 13H digo 

— ÎTTUN agora — nMND sangre — -nblJ golor — Tû^NlMIN ungûento; 
2° gu devant e, i. Ex.: mu ?uer(f)a ; 

3° /; devant m> (on sait que &we initial castillan se prononce à peu près^w, 
le son du g étant plus ou moins perceptible suivant les contrées). Ex.: ID'NU 
gûeso — 113T>Nia gûerto — UnS"'13T»*{13 gûertelano. 

73 se prononce g%. Ce groupe représente x lorsque x a le son g%. Ex.: 
Tl3Dna ,| .*î existir. 

j (djimel) se pronoce tantôt </y tantôt tcb : 

Quand il se prononce dj il représente soit g devant e, i, soit y. Ex.: T3-N 
fl»o-c/ — V7D3WT»5 gerenancio (genêt acion) — VCNISy'/Zf/o — VaSi jue\ — 
Vliifudio — D113Jia/««/05 — .-pm^N injuria; 

Quand il se prononce tcb il représente cb. Ex.: IJIE mucbo — 1JIN31D mu- 
chacho — IJfH'H derecho — IJU noche — ÎJH dicho — IJ^S /v<7jo. 

7 (Jr//c(/) se prononce d. Ex.': T1D swd — DlXT*rPp quedadvos — 7*nb**E 
maldad. 

1 (dhaled) se prononce à peu près comme th anglais ; cette lettre représente 
le d intervocalique des participes passés en ado et ido , le d final des mots en 
dad et le d d'un certain nombre de mots. Ex.: 17ND** amado — 7*nT»3 verdad 

— 7N731D civdad — *7xS lado — 17N13Dlp costado — TpTTJO ladrou — 
vS^I^nS ladrillo. Remarque. Dans la Bible judéo-espagnole imprimée à 
Constantinople en 1873 et dans le Nouveau Testament judéo-espagnol imprimé 
dans la même ville en 1877, il n'est pas fait usage du 7 ; on l'a toujours rem- 
placé par un 7 . 

7 (gain) se prononce comme 1 français et correspond : 

1° à % espagnol. Ex.: 713 ve% — 7lS lui — TTH de^ir — 7NE pa% — 7N 
(b)ai — Vitàjuez; 

2° à s intervocalique Ex.: H7Xp casa — 17l73"H^S péligroso — !T ,,, D2'>'?'H3 
preseticia ; 

3 à s précédant certaines consonnes. Ex.: H7H desde — -|N7N~>7NTe tras- 
ladar — 107^12 mismo — ~"N asna. 



28 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



7 (djairî) se prononce dj et représente/ on g devant e, i. Ex.: n^PTN oreja — 
"l>ttN"l*n barajar — H71N (J))oja — T^ID mujer — îflp cogi — TlTÏ'l regi- 
dor — *7\\ (J))ijo — Hnj. viejo — I^DIIp consejo. 

Pi (het) se prononce comme un /; fortement aspiré. Ex.: TNiNINTI haragan 
inNQ wfl^o (mou) — 'U'i'îxn ftop«o (malade, de l'arabe ,.^ j-^ triste, affligé) 
— "TI^N" ba^inora (maladie) — TX2"lxnx aharvar (frapper). 

13 (Jed) se prononce /. Ex.: "IN12 X'2 matar — *T2:XT2 tanto — "ïaMan'lS tes- 
tigo. 

S (lamed) se prononce /.Ex. : Sx al — Tn la — ITDJKIH delante. 

ir-j représente les // mouillés du castillan et se prononce de même. Ex. : 
"OtnîO'b lîamar — 1NT1"S llorar — YPpib'>2N"!Na maravilloso — vS'lDDNp 
castiïïo. Remarque : iii est une graphie uniforme pour //, lie, lli, Ici, lie et li 
devant a (ia formant diphtongue). Ex.: "\2Hj lleno — 1X2 1 'H llevar — l'HNp 
calle — iiSn alli — "S ley — wb lien\o — m'^N'CX Italia. 

Q {mon) se prononce m. Ex.: "ix?2 mar — "H7XÏ2 madré — lJf.lD mitcho. A 
la fin d'un mot, S prend la forme D. 

; (noun) se prononce ». Ex.: îTTiU nada — "UIM^ ninguno — M no — 
npJIJ nunca. A la fin d'un mot, : prend la forme "J. Ex.: "jXE pan — 7TY12N3 
patron. 

iï; représente n et se prononce de même. Ex. : niX'f-X^ maiïana — 
Sx-I'C seùal — rplj'a vina — "P^IXl dafio — TP^'D senor. Remarque : 112 
est une graphie uniforme pour », îie, ni, net, nie et ni devant a ( ia formant 
diphtongue). 

D (sameh) se prononce comme s initial français. Il correspond : 

i° à c devant e, i. Ex.: npTD cerca — D^DNS faces — 1TDTT3 tercero — 
S'D"lNp carcel — n^DI^C" 1 licencia — SlDXS facil — HD'D^N encinia — 
*p; 7 D cinco; 

2° à ç devant a, o, ». Ex.: "INdSn alçar — "IND'SniSJTN entropeçar — 
HDJX^CD semejança — 1D1T3 moço — 1DK13 braço — "pDXTlp coraçon; 

3° à se devant e, i. -- Ex.: 'h'Z"D'~ discipuh — H;' ,1 D' ! ~ desciende. Re- 
marque : Dans un mot composé, s dernière lettre du premier composant et c 
première lettre du second sont représentés par DD. Ex.: DIISj^DDII doscientos; 

4° à i" au commencement ou à la fin d'un mot. Ex.: H32ND sangre — DU 
nos — DNTON auras ; 

5° a s précédé ou suivi d'une consonne. Ex.: 1J22H ansi — "INTSD'W espirar, 
' - INïZNbpD^N esclamar — rcS*,2 boisa; 

6° à ss. Ex.: "INTDJIDN assentar — nr ,N 2"^E promessa — "1XDXE passar. 

£ ( pé) se prononce/'. Ex.: 'S^D^IS principe — T»S^S propio — HinS 
prova. A la fin d'un mot, £ prend la forme tv Ex.: cp«p Yus(e)p. 

£ (fê) se prononce/. Ex.: nU'SIIS projeta — THS1D sitfrir. A la fin 
d'un mot, £ prend la forme n surmontée du rafê. 



LA TRANSCRIPTION HISPANO-HEBRAÏQUE 29 



p (cof) se prononce k. Il correspond : 

1° à c devant a, 0, u ou une consonne. Ex,: iJIKp carne — IpND saco — 
"PD'Hp crimen ; 

2° à <;« devant e, i. Ex.: >p que — "IKCp quitar — ipx aqui ; 

3° à k dans certains mots étrangers. Ex.: DIT 11 Fori. 

Dp se prononce kç. Ce groupe correspond : 

10 à ce devant e, i. Ex.: vejH^DplN Occidente; 

2° à x dans les mots où x se prononce fep. Ex.: rVYTJNDp'HN Alexandria. 

"I (ra//) se prononce r. Ex.: "|ND tnar — i'£~\"Z norte. 

U? (chiti) se prononce comme les ch du mot français chercher. Il correspond : 

10 à x de l'ancien castillan. Ex.: ï&H <&œ — "lt&H dùo — 1NUH *.w — 
"1n£\N2N abaxar — irN2H rfétoo — DT&">b ^'.vo5 — IJNUn /cvaho — 
lSsnii&JiN enxemplo — pni'&'nTa truxeron — "pT^'B texierou — TPItfï'O 
/&w7/o — lUlp coxo — "!N3V£*"N enxugar ; 

2° à 5 dans certains mots où 5 est suivi du son Z.\ Ex.: "INpUIH fawaw — 
"|Np»&'3 pescar; 

3° à w final des deuxièmes personnes du pluriel des verbes , quand is est 
précédé d'une voyelle : Ê'NQN amais — U^CU temeis — UN'C'H dexais ; 

4° à is dans le mot 'C'iC sets. 



Outre les consonnes qui viennent d'être étudiées, il convient d'en citer cinq 
autres qui ne sont usitées que dans des mots d'origine non castillane. 

3 (caf) se prononce k. Ex.: D^ïSD Oipros. A la fin d'un mot, Z prend la 
forme "i. 
I "J (ain) a le même son guttural que le r, turc, son beaucoup moins rude, 

C ^ . 

par conséquent, que le r. arabe. Ex.: ipi\N"l2y hebraico — ■ "pyD'tt/" Simon. 

S (sadï) se prononce ts. Ex..: ]V2 Sion. A la fin d'un mot , 'J prend la 
forme V. 

\1' (««) a ^ e même son que D (samek). Les Juifs d'Orient ne font aujourd'hui, 
dans la prononciation, aucune différence entre ces deux lettres. Ex : yc w" Satan. 

n (/<«•) a le même son que 12 (ted). Les juifs d'Orient ne font aujourd'hui, 
dans la prononciation, aucune différence entre ces deux lettres. Ex.: ni"IT2 
Martha — Cl^SlNT! Theofihs — np'JlbNDT Thessahmica — rP 1 E\S" , n\N 
Ethiopia — DVn:mp Corinthios — riDin Thoma. 



CONSONNES DOUBLES 



On ne redouble généralement pas les consonnes. Ex. : ni^tS tier(/)a — 
m'lM r ) fl -WlN ar(r)iva — "INTD cer(r)ar — nmp cor(f)er. Cependant 
on trouve quelquefois le redoublement : mi»!: tierra — HITS guerra, etc.. 



R. FOULCHE-DELBOSC 



LIGATURE 

La seule ligature employée dans la transcription hispano-hébraïque est àlef- 
îatned ; mais l'emploi n'en est pas obligatoire. 

VOYELLES JOINTES 

Groupes de deux voyelles dont aucune n'est i. 

Quand deux voyelles se trouvent l'une à côté de l'autre, si la seconde n'est 
pas a, un x les sépare : 

,;-• ixx Ex. : TXXHI2 traer — IICD'XX'Z maestro; 

ao 'xx Ex. : -ixaiXN aQîpgar — mixx a(h)ora; 

au 1XX Ex. : 11XX ami — "1XT2^~2*XX aumentar — nuSxTGDlXX Aus- 
tralia ; 

ee ixi Ex. : "xnp crée — iTX"Hp encré — DV2\S'iSi£ peleemos; 

eo ixi Ex. : "x ,; 2 veo — yiWS peor — 1X1Ï21DX açoteô; 

eu ixi Ex. : IplJlxiX eiuiuco ; 

oe ixl Ex. : DixlSx alocs; 

ue "X" Ex. : IIPXID fuego — DWSDH despues — HDJ'NiaT'2 verguença ; 

uo 1X1 Ex. : 1X1^X12 fraguô. 

Quand la seconde voyelle est a, on n'emploie pas le x intermédiaire si les 
deux voyelles ne terminent pas le mot ; mais on l'emploie si les deux voyelles 
sont les deux dernières lettres du mot. Dans ce dernier cas, a final est, on l'a 
déjà dit, transcrit par n. 

Dans le corps d'un mot : A la lin d'un mot : 

ea 1713*013 teatro — "WUNTD bor(f)achear — 
■jxzx , ~"" 1 rodeavan; 

ua DX" X aguas — ITJXlp cuamlo — 111X15X13 
fraguador. 

Groupes de deux voyelles dont l'une est i. 



nxiC sea; 

nxiax agua — nx'pcxE 
Pascua. 



groupes et et ie formant diphtongue sont transcrits uniformément par n 
ei "■! ley - - "INJ^I reinar ; 
ie lis pie — "jiip quien — iSuc cielo — ITCjiHX adientro — i:"|ii yerno — 

(h)ielo — ÏÏ2')Vi (]})ierva. 

Toutes les fois que i suit ou précède une des voyelles a, o, u et forme 
diphtongue avec elle, il est transcrit par n. 

ai lïN Ex. : »N Q))ay — HJiHX (b)aiga — il-iX aire; 

wnonfinal x" Ex. : "WSQibN alimpiad — "WHii yaqer; 

la final n"i Ex. : rpi va — n^DN Asia — riiiC'Sx^ màlicia; 



LA TRANSCRIPTION HISPANO-HEBRAÏQUE 



oi ni Ex, : iilD soy — HTeD\N estoy — W1H oigo — ïvin (h)oy — 

1VD voy; 

io Vi Ex. : il"! yo — "PH Dio — ViVD medio — IHDnSnS pàlacio 

— T^SkD salià — pilDJiT3JiN intention — lllîijlN 
envia ; 

ui 111 Ex. : nm inuy — "iNT'np a«<far — VTNTnip cuidado; 

iu "|ii Ex. : liiSln Iulio. 

Quand les huit groupes de voyelles que l'on vient d'énumérer ne forment 
pas diphtongue (chaque voyelle appartenant à une syllabe distincte), i est 
transcrit par un seul i et est séparé de l'autre voyelle par un N. Il convient 
toutefois de ranger à part le groupe ta. 

ei îN'i Ex. : DlQWIp creimos — itODiiOlp creiste; 

ie \\i Ex. : SwSjfeJ — SiN'E^N infici ; 

ai inn Ex. : n~;iNNl dainda : 

oi \\*1 Ex. : "PN"IN oïr — VPNlN oido — UH2D1N1N oisteis ; 

io Mil Ex. : 1N17N2 va%io — iN'i^JiN envio — INIQ mio — "llN'lTSlD 
super ior ; 

ui \x"1 Ex. : *PN1*N3DH destruir — "piDWlS juicio. 

A la fin d'un mot, ia (ne formant pas diphtongue) est transcrit par HNi. 
Ex. : HN'il dia — nt02N (Ji)avia — HN'ifK (h)ti^iu. Dans le corps d'un mot, la 
(ne formant pas diphtongue) est transcrit par JO. Ex. : DNH dias — 7N1ZX 
(li)avian — DlQtfi3>* (h)avianios — 7Ni~i"T deçian — iSîixH diavlo — 17N12 
viaje — HDZNif Jlp confiança. 



Pour que l'on puisse mieux saisir l'application des règles précédentes, je 
reproduis ici les premières lignes de la Genèse d'après la Bible judéo-espa- 
gnole imprimée à Constantinople en 1873 ', et un article du journal El 
Telcgrafo, en date du 23 janvier 1894. 

DlS VH SiN lN'Hp 1H21DJ11S SiN VU En el principio criô el Dio los 
niniD nS IX. mua nS \S' DiSud cielos y la tier(f)a. Y la tier(f)a 
"TN*P"npCiN in ; rWTN3 1 N n;xz HTN era vana y vatfa : y escuridad 
-DUN* Sh DlDNS Ciih i"121D n2N12D\X estava sovre las faces del abis- 



1. Il ne sera pas sans intérêt de copier ici les premières lignes de la Bible de Ferrare : 
En Priçipio crio el Dio : à los çielos, y à la tierra. Y la tierra era vana y vazia, y 

escuridad, sobre faces del abysmo : y espirito del Dio se movia, sobre faces de las aguas. 

Y dixo el Dio, sea luz : y fue luz. Y vido el Dio, à la luz, que buena : y aparté el Dio, 

entre la luz, y entre la escuridad. Y llamô el Dio à la luz, dia ; y à la escuridad, llamô 

noche : y fue tarde y fue manana, dia uno. 



R. FOULCHE-DELBOSC 



*r lui Sll ViZ'^'ED'X pH ix : 1C tno : y el espirito del Dio se 
.DN13.N DnS H DiDNS DX; ilîllD iltfiiilD tnovia sovre las faces de las aguas. 
'X'Z "X 7*'^ ïIJOD VH S\N IT&n ">X Y dixo el Dio, sealu^, y fui 
7WH ip "îlb nS VT S\X 1T3 'X ."m Z«^. Y vido el Dio la lui que era 
vyQVH Vi~ b\X TC1N3N \X : n;\x*2 buena : y aparté el Dio entre 
S\X "ICNnS \X .IxmipDiN nS \X ~lS nS lalu\y la escurîdad. Yllamô el 
-7"TlpDiN nb HX itf nx 1 " TtS H; Î1X lui D/'o a /a Z«^ dia, y d la escuri- 
1N HINC nS \\13 \X : IJU lON^i; TXT dad llamô noche : y fui la tarde y 
.HX"! "px riJNHJNQ nS Ai manana un dia, 

lbi"CD*X ITODiNlJ Nuestro estilo 

-HZ"2 r'Z *p ''WDNpJîOS DlDXATliaN Atorgamosfrancamenteque nos topa- 
WVZ CxS 0X1112 lDNlîOQiN S^X "PX Dl*2 mos en elembaraço todas las ve%es 
i"12lD !"lTlp njljSx "11 7H H ni2X"H2 1D ip quesetratadede^iralgunacosa sovre 
-VT£ D1112D\X12 Sxlp nS H nTJNn ÎTJ la maner a de la cual nuestros perio- 
-T7X "IIS 1iD"liDi"13DpiN "î^in DUlDDil distas deven exprimirsen por (h)a%er- 
~S ipTiS DilTCpiS D1D il "IHJIIDJIN TiD rera entender de sus leclores porque la 
if iS2i"l2SiDlD 1D1*1N3 D1J *: ■jV'CD'X'p cuestion no nos parece susceptivle de 
11112 ilîllD \X "pUDlTID H31X "PIliDil recivir una solucion y sovre todo 
Sx niNplbVnS piiDNiai^N nS ip miXX a(h)ora que la agitacion provocada al 
.niND^Np nuS D\X n ,, 'S , X n UTTOJiN entorno de élla es lia (ya) calmada. 
-DiN-lNml Sx HJiXl3,i112N 13 "PX 11112 Todo en no atrtbuendo al judeo-es- 
-nSs 'D' Di:iaSx ip D^lTaTâ CxS SlnjXE /whoZ Aw virtudes que algunos se pla- 
D1DKDJ1S DTTOTîlJ ,i ;"PDl"pi"l HX "T^T ^'» à reconocerle, nosotros pensamos 
il i;2iDl£ D\X D13 II ip 13QH1D 1T12 ip que todo tiempo que no nos esposivlede 
DNT3D111HT3 DlTCCNi: ,lS"ix:ii:X2X abandonarlo, nuestros periodistas 
-'".T.'t^Z il "pDlNDTNlSDiN 7X11211 devrian esfuerçarsen de perfection 
H lllNpTDN nx HJXpi&ia "PX ,lblX3 narlo, en buscando à acercarlo de 
•j'X : naiTl SiN Sxlp ilS H nxi:rS nS Ai lengua de la cual èl dériva, eu 
lbbV>DiDpN ,, ^x":: ,:i 1D Tin H iTQDi3 wsta d« renrf«r i« lenguaje accesivl 
il IN DilTDpiS D1D H HONG nS 7\X à la masa de sus lectures y de 
ClS H nuiNliTSib IiSnÎI "^ "'X"^:^21XX aumentar la valor literaria de los 

."pIlTH r"""' - "x ip D"*'iX , 'l &n'w <///.' r/Aw redigen. 
-iSsn r - : D11T3171J ,D1J H D\X ip iS 113 Por/o que es de nos, nosotros nosapli- 
-r^rx ■";": '" Dil23N TD nx DiailNp caremos à ser antes de todo enten- 
-ibsDiN VU IpiSaiS "* ,- l2- , x": il DIIH didos de nuestro publico en emple- 

*x r 3NSD1N DN'IÎInSnS 113QHD *~:x ando siempre palavras espahol 

-D31p H; DNDN1S DNliaDiNU nx 11JN1 dando à nuestros frasas la cons- 
/""IN'îl'n "j" , *r"' , w~ truccion espanol. 



LA TRANSCRIPTION HISPANO-HEBRAÏQUE 33 

"IH\N12 H ï'pïD^'D'HS rh DIO^IS M No teuemos la pretension de pueder 
-p'STS 71p "l'D'HpDlN HN IN'^IIN 1D2N ansi arrivar à escrivir cou perfec- 
11 ,« DïTDaiOTD » H rWWH nS "J111D cio« fa laigna de « Cervantes », rfe 
, « rW-â H 'Su » n 1 N* « ïlinSKp » «Calderon » y Je « LopedeVega». 
-in DNG 71 D D'WDJilMW DN"TCD\Si: Nuestras intenciones sou mas mo- 
-n'N H D\N TamSIlS ÎTOÛ^U .DN73DH i«to. Nuestro proposito es de em- 
-J'Unn VTHDWJ INp^niE nx DIJIN^S plearnos à purificar nuestro jerigon- 
y& DND H lS'l"T:N , 7 , 'Sv:NEC 1 N 7^n m ça en espanoliqmdolo de mas en 

R. Foulché-Delbosc. 



Revue hispanique 



ÉTUDES 



SUR 



LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIÈCLE 



JOVELLANOS 1 

La plus grande partie de la vie de Jovellanos appartient au 
xvin e siècle, mais il a exercé une influence si considérable sur la 
génération du début du siècle suivant , il a soulevé et essayé de 
résoudre tant de problèmes dont la solution devait passionner 
ceux qui vinrent après lui r qu'il doit nécessairement figurer au 
début d'une étude sur la civilisation moderne de l'Espagne. Alors 
même que nous nous renfermerions dans les limites un peu 
étroites d'une étude strictement littéraire, Jovellanos forme, avec 
Meléndez, Quintana et Moratin, un groupe d'écrivains qui permet 
d'étudier à différents points de vue ia transition entre les deux 
époques. Je dis un groupe, et non une école, car il y a des diffé- 
rences très sensibles, non seulement dans leur talent, mais encore 
dans leurs principes littéraires. Cependant ils ont tous ceci de 
commun, c'est qu'ils essaient, avec plus ou moins de décision 
et de succès, d'introduire dans les anciennes formes littéraires 
des idées modernes, et d'unir aux inspirations traditionnelles 
l'esprit nouveau, dont la France avait été la principale introduc- 
trice en Espagne. 



i. Cet article a été rédigé d'après des notes d'un cours professé à la l'acuité 
des Lettres de Toulouse. 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 35 

Quoique nous n'ayons rien à ajouter de nouveau à la biogra- 
phie de Jovellanos 1 , nous ne saurions la passer absolument sous 
silence, car il est de ceux dont on a pu dire que leur chef-d'œuvre 
était leur vie elle-même. Il a réalisé, dans la mesure de ses forces, 
l'idéal qu'il avait exprimé dans ses œuvres, et les événements 
ont donné à son existence quelque chose de grand et de drama- 
tique. 

Gaspar Melchor de Jovellanos (ou Jove-Llanos) naquit le 
5 janvier 1744 à Gijôn, province d'Oviédo, dans les Asturies. 
Il termina, par des études de droit à l'Université d'Alcalâ, son 
éducation commencée ou poursuivie à Gijôn, à Oviédo et à 
Avila. Après quelques velléités d'entrer dans la carrière ecclésias- 
tique, dont on le détourna sans beaucoup de peine, il fut nommé 
alcalde de la Sala del crimen à l'Audience de Séville. L'unique 
recommandation que fit le ministre d'Aranda au jeune magistrat, 
lorsque ce dernier vint prendre congé de lui, paraît singulière, 
mais elle cache plus de sens qu'elle n'en a l'air tout d'abord : 
« Croyez-moi, Monsieur, lui dit-il, ne vous coupez pas vos beaux 
cheveux... Faites-vous les friser sur le cou, et commencez, par 
votre exemple, à bannir ces toisons (çomience â desterrar taies 
%aJeas) qui n'ajoutent rien au respect ni à la dignité de la toge. » 
D. Francisco Silvela 2 assure que c'est depuis lors que les magis- 
trats espagnols ne portent plus perruque. Tfakalde de crimen, 
Jovellanos devint bientôt oidor. Nous le voyons à cette époque 
très mêlé à la société dont le célèbre Pablo de Olavide était 
rame. Dans ce milieu, si favorable aux idées réformatrices et aux 
innovations de toute sorte, Jovellanos s'occupe avec une égale 
ardeur des choses les plus diverses, mais surtout d'économie poli- 
tique et de poésie. En même temps qu'il étudie la culture de 



1. Ceân Bermûdez, Mémoires de Jovellanos, 1814. — Cindido Nocedal (Obras 
de J. dans la Bibl. de Aut. Esp.). — Julio Somoza, Jovellanos, 1885. 

2. Franc. Silvela, Jovellanos, conferencias del Ateneo, t. II (1887), p. 37. 



36 E. MÉRIMÉE 



l'olivier, les filatures, les prairies artificielles, l'organisation des 
hospices, il entretient des relations suivies avec les poètes de 
Salamanque, compose des idylles, des drames tels que Y Honnête 
criminel CEI delincuente honraào} , ou Pelayo. Lorsqu'en 1778, 
nommé aïcalde de Casa y Corte à Madrid, il dut quitter Séville, ce 
ne fut pas sans un déchirement de cœur qu'il se sépara de ses 
amis. « Loin de toi, ô Séville, loin de vous, ô mes amis, com- 
ment mon cœur pourrait-il s'ouvrir à la joie ? » Il resta, à Madrid, 
ce qu'il avait été à Séville, et nous le voyons écrire, tout en fai- 
sant une enquête sur un vol, cette Epistola ciel Paular, l'une de 
ses meilleures inspirations poétiques. Ces années de Madrid sont 
parmi les plus fécondes de sa vie : membre de la Société Écono- 
mique, de l'Académie de l'Histoire, de l'Académie Espagnole, 
de celle de San Fernando , et de Jurisprudence ; il n'est aucune 
forme de l'activité intellectuelle qui lui reste étrangère. Il com- 
pose, en 1788, l'Éloge de Charles III, rédige le Rapport sur la Loi 
agraire , la Consulta sur la Juridiction temporelle du Conseil des 
Ordres, dont il était membre, le Règlement du Collège impérial de 
Calai rava. Jovellanos partagea, en 1789, la disgrâce de son pro- 
tecteur Cabarrus. Exilé à Gijôn, sous prétexte d'un rapport à 
faire sur des mines de charbon, il s'acquitte de sa mission, orga- 
nise Y Institut royal Aslurien , rédige des mémoires sur Y ouverture 
de la route de Léon a Oviédo ou Sur la police et l'origine des spectacles 
publics en Espagne. Au début du règne de Charles IV , le Prince 
de la Paix, sur les sollicitations de Cabarrus, nomma Jovellanos 
ministre de la Justice, mais il ne réussit pas à faire du trop per- 
spicace homme d'Etat un partisan aveugle de sa politique. Il ne 
lui pardonna pas son manque d'enthousiasme, ni même, paraît-il, 
son manque de complaisance pour des amours royales 1 . Exilé 
de nouveau, Jovellanos fut emprisonné le 13 mars iSor, conduit 
à Majorque et emprisonné successivement dans la Chartreuse de 



1. Voy. sur ce point Blanco-White, Letters front Spahi, p. 346, cité par 
Mcnéndez Pelayo, Heterodoxos, III, p. 294. 



ETUDES SUR LA. LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 37 

Valdemuza et au château de Bellver. Il n'y resta pas inactif: 
c'est de là que sont datées de nombreuses poésies, son Mémoire 
sur le château de Bellver, une volumineuse correspondance et son 
Traité sur l'Education publique. Il n'en sortit que le 22 mai 1808, 
pour rentrer en Espagne au moment où les événements les plus 
dramatiques s'y déroulaient. Murât, Sébastiani, Napoléon lui- 
même lui firent les avances et les offres les plus séduisantes, 
estimant sans doute que le libéralisme de ses idées aussi bien que 
le ressentiment des persécutions subies le désignaient comme 
l'un des soutiens de la dynastie nouvelle imposée à l'Espagne. 
Jovellanos n'eut pas un moment d'hésitation. « Quand bien 
même, disait-il, la défense de la patrie serait aussi désespérée 
qu'ils le pensent, ce serait la cause de l'honneur et de la loyauté, 
et celle que doit suivre, coûte que coûte, tout bon Espagnol. » 
De toutes les pages écrites par Jovellanos, — et elles sont nom- 
breuses, — je n'en sais pas qui lui fasse plus d'honneur que sa 
lettre du 24 avril 1809, en réponse à des offres nouvelles de 
Sébastiani. 

Le choix que firent de Jovellanos ses compatriotes des Asturies 
pour les représenter, en septembre 1808, à la Junte suprême de 
gouvernement, fut une juste récompense de la netteté de son 
attitude. A la Junte centrale aussi bien qu'aux Cortes, il se signala 
par la fermeté et par la modération de ses opinions aussi éloi- 
gnées de l'absolutisme des uns que des exagérations révolution- 
naires des autres. On sait quel sort attendait les membres de la 
Junte : indignement calomniés et poursuivis, ils durent fuir et 
attendre, pour se justifier, des temps meilleurs. Comme il regagnait 
les Asturies par mer, Jovellanos fit naufrage à Muros de Noya, 
près de la Corogne. Il y reste un an, non sans être vivement 
inquiété par les émissaires du gouvernement. Ce fut pendant cette 
retraite forcée qu'il écrivit son éloquent Mémoire en défense de la 
Junte centrale, si précieux pour sa biographie. A peine était-il de 
retour à Gijôn, en juillet 181 1, que les troupes françaises enva- 
hissaient de nouveau les Asturies. Jovellanos s'efforça de réveiller 



38 E. MÉRIMÉE 



l'enthousiasme patriotique de ses concitoyens, et les excita à la 
résistance : 

i A las armas, validités Astures ! 
Empunadlas con nuevo vigor, 
Que otra vez el tirano de Europa 
El solar de Pelayo insultô. 

Mais les temps de Tyrtée étaient passés : il fallait fuir de nou- 
veau devant les Français victorieux. Jovellanos reprit donc préci- 
pitamment la mer, mais sa barque naufragea à Vega, et ce fut là 
que mourut, le 27 novembre 181 1, celui que l'on devait appeler 
bientôt le Père de la Patrie. 

Quelque rapide qu'il soit, le résumé de cette vie si bien remplie 
suffit à montrer qu'il y eut tout à la fois en Jovellanos un homme 
d'Etat, un économiste, un écrivain, et c'est en effet à ce triple 
point de vue qu'il mérite d'être étudié. Le politique, l'écono- 
miste paraissent nous échapper et rester en dehors de notre sujet, 
mais tout se tient si bien dans cet esprit sagement équilibré, qu'il 
semble que l'écrivain n'existerait plus s'il n'était inspiré, soutenu 
sans cesse par son idéal politique et social. Ce serait donc le 
rabaisser, le découronner, en quelque sorte, que de ne voir en 
lui que l'artiste. 

Mais avant de le suivre dans l'exposition de ses idées politiques 
ou économiques, essayons de dire quelle fut la marque distinc 
tive et caractéristique de son esprit. Que l'on considère ses idées 
ou ses actes, on s'aperçoit bientôt qu'il tend toujours vers le vrai, 
le juste, le pratique, et que pour lui vérité, justice, utilité ne sont 
que les trois faces d'une même chose. Son but, vers lequel il 
marche avec l'enthousiasme confiant de la plupart de ses contem- 
porains, c'est le bonheur de l'individu, de la nation, de l'huma- 
nité, trois termes qui ne s'opposent point les uns aux autres, 
mais qui marquent les trois étapes d'une évolution fatale. Ht pour 
réaliser un jour ce bonheur définitif, la vraie méthode, c'est 
l'observation scientifique des faits moraux, historiques et sociaux. 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 39 

Car l'homme ne doit pas attendre le bonheur du hasard des évé- 
nements ou d'un don gratuit de la Providence : il peut, autant 
que son imperfection le lui permet, se l'assurer lui-même en se 
soumettant aux prescriptions de la raison , dont la science lui 
formulera les lois. Ainsi me paraît pouvoir se résumer la philo- 
sophie sociale de Jovellanos, mais je dois dire que nulle part il 
ne l'a formulée en termes exprès : sa doctrine, si tant est que ce 
mot convienne ici , se réduit à un mélange assez incohérent de 
Locke, de Hume et de Condillac 1 . Il est avant tout estadista. Au 
lieu de partir de principes abstraits pour aboutir à des conclusions 
qui, malgré la rigueur logique des déductions, se trouveront peut- 
être en contradiction avec la réalité des faits , c'est au contraire 
des faits particuliers qu'il s'élèvera jusqu'à la constatation d'une 
vérité sociale ou d'une loi économique. Il est de la même famille 
d'esprits que Montesquieu, bien plus que de celle de J.-J. Rous- 
seau. Si son nom est moins illustre que celui de l'auteur de: 
Y Esprit des Lois, c'est qu'il s'appliqua plutôt à faire passer dans 
la pratique les réformes suggérées par l'observation qu'à réunir 
en un majestueux ensemble les faits que son expérience ou celle 
d'autrui lui fournissaient. 

Mais ce qui paraît, dans l'histoire des idées en Espagne, plus 
nouveau encore que la méthode, c'est l'esprit qui inspire cette 
philosophie sociale de Jovellanos. Bien des moralistes avant lui, 
depuis Ferndndez de Navarrete , avaient essayé de déduire de 
l'observation des faits les principes de la science sociale; ce qui 
est particulier, si je ne me trompe, c'est que ce patricien, non 
plus par élan de générosité, ni par charité chrétienne, ni par 
quelque réminiscence de philosophie stoïcienne, mais par une 
conviction fondée sur les données de l'histoire et de la philo- 
sophie, oriente résolument sa politique dans une direction 
nouvelle : le peuple, entre les diverses classes duquel il n'y a 



1 . Voy. une ingénieuse Vindicaciôn de l'orthodoxie de J. au tome III, livre VI, 
ch. III, des Hcterodoxos de M. Menéndez Pelayo. 



4 o 



E. MERIMEE 



désormais d'autres différences, selon lui, que celles justifiées 
par la diversité des mérites , ou consacrées par l'intérêt histo- 
riquement reconnu de la communauté. Voilà qui commence à 
bien marquer l'originalité propre a Jovellanos. 

Je sais bien qu'à mesure que l'on pénètre plus avant dans l'his- 
toire un peu confuse de la société espagnole au xvm e siècle, cette 
originalité de Jovellanos paraît moins grande. Beaucoup d'esprits, 
amis du progrès ou simplement aventureux, avaient, sous la 
double influence des encyclopédistes et des économistes anglais, 
propagé en Espagne ces idées nouvelles, essayé même des réformes 
pratiques. On retrouverait assez facilement les principales idées de 
notre auteur chez Campomanes, Penaflorida, Olavide, Cabarrus 
et quelques autres. Mais Jovellanos me paraît avoir apporté, dans 
l'exposition de ces nouveautés, plus de mesure, plus de désinté- 
ressement et plus de précision, de telle sorte que l'opinion, qui 
ne juge qu'à distance et en gros, lui en fait volontiers honneur. 



L'œuvre maîtresse de Jovellanos homme d'Etat, c'est le Mémo- 
rial pour la Junte centrale. Il dut naissance à l'un de ces événements 
qui font époque dans la vie d'un peuple. Il est à remarquer d'ail- 
leurs que le hasard des événements ou quelque impulsion reçue 
du dehors, plus encore que le développement régulier de sa pen- 
sée personnelle, ont dicté à Jovellanos ses œuvres caractéristiques. 
Après la disparition tragique de l'ancienne monarchie qui, en face 
de l'envahisseur, laissait l'Espagne sans gouvernement, sans 
direction, il fallait refaire l'édifice, ou du moins approprier les 
éléments encore utiles de ce dernier à ce qu'on allait mettre à sa 
place. Nous n'avons pas à rechercher ici comment les hommes 
appelés à l'honneur redoutable de foire face à cette situation sans 
précédents furent amenés à créer de toutes pièces cette Consti- 



ÉTUDES SUR LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIÈCLE 41 



tution de Cadix qui, en dépit de ses insuffisances, de ses contra- 
dictions, de ses naïvetés, témoigne de leur honnêteté et de leur 
largeur d'esprit. Jovellanos prit une part des plus actives aux tra- 
vaux de la Junte centrale, et il est facile de marquer dans quel 
sens s'exerça son influence, soit par les procès-verbaux des déli- 
bérations, soit, plus commodément, en lisant le Mémorial, qu'il 
rédigea, de juillet à septembre 1810, dans les rares moments de 
tranquillité que lui laissèrent la guerre ou les persécutions de ses 
ennemis. 

Le gouvernement qu'il eût voulu donner à ses concitoyens ne 
diffère pas beaucoup, au fond, de la monarchie constitutionnelle 
et représentative, telle à peu près qu'elle existait en Angleterre, 
avec séparation très nette des trois pouvoirs exécutif, législatif, 
judiciaire, et garanties constitutionnelles, destinées à éviter les 
conflits et à assurer l'indépendance à chacun de ces pouvoirs, 
dans sa sphère d'action. Parmi ces garanties, Jovellanos comptait 
un corps intermédiaire, ou Sénat, et la responsabilité ministé- 
rielle. Cette conception de l'Etat moderne n'était certes pas une 
nouveauté, mais jamais elle n'avait été formulée en Espagne avec 
autant de netteté. On sait quel avenir lui était réservé. Il est 
permis de conclure des lamentables événements qui déchirèrent 
la péninsule pendant la période suivante, qu'elle heurtait encore 
trop violemment les traditions et les habitudes pour qu'elle pût 
passer, sans secousses, du domaine spéculatif dans la réalité. Il 
semble que Jovellanos en ait eu le pressentiment. Mieux avisé 
que beaucoup de ses concitoyens , — parce qu'il voyait plus 
loin, — il ne prétendit point réaliser sans retard ni tempérament 
tout ce que lui dictait la raison, et c'est peut-être ce qu'il y a de 
plus admirable dans son action politique. Au lieu d'accuser les 
différences entre l'ancien et le nouveau régime, il s'applique à 
faire voir que l'ordre de choses à établir ne devait pas être un 
divorce ni constituer une révolution, mais sortir naturellement 
de l'antique constitution espagnole, et qu'il avait ses précédents, 
sa raison d'être, et, par suite, sa légitimité, dans les entrailles, en 



_|2 E. MERIMEE 



quelque sorte, de la vieille loi nationale. Il pensait, à peu près 
comme M. Taine, que cet organisme infiniment compliqué et 
délicat qu'on nomme la constitution ou le régime politique , 
produit, par son développement normal à travers les siècles, 
une certaine manière d'être qui devient la vie propre de la nation, 
et que si, par suite d'excès ou d'infidélités à la loi fondamentale 
de son existence, cet organisme dépérit, ce n'est pas en lui infu- 
sant brutalement une sève étrangère, un sang emprunté, qu'on 
lui rendra la santé, mais en éliminant, par une hygiène attentive, 
les éléments morbides qui s'y sont introduits, et en te ramenant 
à sa pureté originelle. Il ne faut pas détruire, répète-t-il sans 
cesse, il faut guérir, améliorer, et le remède est dans l'étude de 
la constitution du corps malade. 

Cette manière de voir explique la répulsion, l'antipathie de 
Jovellanos pour les constructions à priori , à la manière de 
Rousseau, antipathie qui se manifeste, par exemple, à propos du 
prétendu contrat social, ou des droits préhistoriques du citoyen, 
ou même de la maxime que tous naissent libres et égaux. De là 
encore, dans l'ordre des faits historiques, sa sévérité contre la 
Révolution française. La façon dont il en parle parfois l'a fait juger 
sévèrement par certains critiques; elle étonne en effet chez un 
esprit si capable d'en comprendre l'idée généreuse, chez un 
homme d'Etat qui, en somme, aboutissait sur bien des points à 
des conclusions analogues. Ce sont ses excès, il est vrai, plus que 
ses principes, qui excitent son indignation. (Ct. la Oda Sâjïca, à 
Poncio.) 

De là enfin ses efforts pour concilier le passé historique de la 
nation avec les exigences de la civilisation moderne, et pour 
établir, entre le droit d'autrefois et celui d'aujourd'hui, une suite 
ininterrompue, gage et condition du développement pacifique de 
ses destinées. Ce sage mais difficile tempérament entre la révolu- 
tion et la tradition constitue la véritable originalité du rôle poli- 
tique de Jovellanos : il explique aussi la diversité des jugements 
qu'il a inspirés. Tous les partis, Cristinos ct carlistes, libéraux et 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 43 

traditionnalistes, le revendiquent également, et tous prétendent 
trouver dans ses écrits de quoi justifier leurs prétentions. C'est 
qu'à ne tenir compte ni des dates ni des circonstances, ses opi- 
nions paraissent parfois inconsistantes, voire même contradic- 
toires. Le jeune magistrat de Séville, séduit par les nouveautés 
philosophiques et économiques à la mode au four de lui, ne 
parlait ni ne pensait comme le prisonnier de Majorque ou le 
constituant de Cadix. L'expérience, la réflexion calmèrent l'en- 
thousiasme trop prompt de la jeunesse, mais elles n'enlevèrent 
jamais à l'homme mûr cette passion généreuse pour la liberté, 
pour la justice sociale, cette foi dans les progrès de l'humanité, 
qui étaient le fond de son caractère. C'est pourquoi les prétentions 
des uns et des autres, de M. Nocedal ou de M. Azcarate, ne me 
semblent fondées qu'en partie : Jovellanos n'appartient exclusive- 
ment ni au parti de la tradition ni au parti de la révolution, 
parce que ce sage, ce modéré, a cru de bonne foi à une concilia- 
tion possible entre ces deux choses peut-être inconciliables. 

Tel est, dans ce qu'il a d'essentiel, le principe sur lequel repo- 
sent toutes les conceptions politiques de Jovellanos. Il ne peut 
être question ici d'en suivre le développement dans le détail, ni 
d'énumérer les solutions qu'il a données aux nombreux problèmes 
de la politique pratique. Je n'ajouterai que deux remarques sur 
ce point. La première, c'est que par tournure d'esprit, peut- 
être aussi par suite des habitudes contractées dans sa vie de 
magistrat et de ministre, Jovellanos s'attarde peu dans le domaine 
de l'abstraction : il va droit à la réalité concrète, à la difficulté de 
fait, à la solution pratique. En second lieu, sa méthode à la fois 
historique et critique, qui dans les faits s'efforce de saisir la loi, 
constituait une nouveauté et un progrès dans la science politique 
espagnole; elle rattache Jovellanos à notre siècle. Cependant, 
tout en accordant leur importance aux faits historiques, tout en 
fondant sur eux la légitimité des institutions nationales, il est 
trop de son siècle pour aboutir à une sorte d'indifférence éclec- 
tique ou de scepticisme, sans principes comme sans idéal. Soit 



44 E. MERIMEE 



qu'il ait subi l'influence des doctrines de Condillac et de Condor- 
cet, soit que sa confiance dans l'efficacité de la science écono- 
mique, alors dans toute la fraîcheur de la jeunesse en Espagne, 
suffise à expliquer son enthousiasme, ses illusions, il estime que 
c'est le bonheur des individus et des nations que les Constitutions 
ont pour but d'assurer, et qu'en se rapprochant de plus en plus 
de cet idéal, elles amèneront un jour sur la terre pacifiée le règne 
de la vertu, et avec la vertu, la félicité universelle. On peut voir 
l'expression naïve de cet espoir dans YEpître à Inarco (Moratin) : 
« O société, ô lois, ô noms cruels, qui promettez protection au 
monde trompé et ne lui donnez que guerres, effroi, oppression 
et larmes! Mais il viendra, ce jour, il viendra, Inarco, pour 
éclairer le monde et pour consoler les chagrins des mortels. 
Alors ce nom fatal de propriété, ce nom détesté sera oublié. Mot 
infâme et funeste..., etc. » Cette vision, assez inattendue, d'un 
communisme qui s'ignore nous fait vaguement songer à celui de 
Dupont, dans la fantaisie de Musset : 

De magistrats néant, de lois, pas davantage ! 

ou, si ce rapprochement paraît irrévérencieux, rappelons-nous le 
rêve du mineur Etienne dans Germinal , de Zola : « ....Tout le 
malheur disparaissait, comme balayé par un grand coup de soleil, 
et, sous un éblouissement de féerie, la justice descendait du ciel. 
Une société nouvelle poussait en un jour, ainsi que dans les 
songes une ville immense d'une splendeur de mirage, où chaque 
citoyen vivait de sa tâche et prenait sa part des joies communes.. » 
Jovellanos se fait de bonne foi l'ouvrier de ce bonheur qu'il 
goûte par avance : il est persuadé qu'il y travaille efficacement 
en perfectionnant, par exemple, les moyens de .production ou en 
répandant l'instruction dans les masses. « Qui ne voit, s'éçrie- 
t-il, que le progrès même de l'instruction conduira quelque jour, 
d'abord les nations éclairées de l'Europe, et enfin celles de la terre 
entière à une Confédération générale, qui aura pour objet d'as- 
surer à chacune d'elles la jouissance de ses avantages naturels, 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 45 

de maintenir entre toutes une paix inviolable, de réprimer — 
non par des armées ni à coups de canon , mais par l'autorité de 
ses ordres, plus forte et plus redoutable — le peuple téméraire 
qui oserait troubler le repos et le bonheur du genre humain ? » 
Ces rêveries sentimentales paraîtront peut-être bien démodées, 
et il serait facile de tourner en ridicule l'expression naïve de cet 
optimisme, qui fut pourtant celui des grands esprits de l'époque. 
Si toutefois nous nous replaçons en imagination dans le temps 
et dans le milieu où elles furent écrites, peut-être nous laisserons- 
nous toucher par cette philanthropie , dont l'expression a pu 
vieillir, mais qui n'est point un simple artifice de rhétorique : 
on y sent l'accent d'un sentiment sincère et d'une passion réelle 
pour les intérêts de l'humanité. Songeons que c'était au bruit 
du canon, dans des gîtes de hasard, au fond d'un pays envahi, 
dévasté, asservi, que l'auteur écrivait ainsi. Cette vaste sympathie 
pour la misère universelle, ce cosmopolitisme généreux, si étran- 
ger jusque-là aux préoccupations des penseurs espagnols, ne 
devait pas, ce me semble, être oublié dans une étude sur Jovel- 
lanos : elle forme l'un des traits caractéristiques de cette figure. 



il 



Lorsque l'on réfléchit à l'idée que les politiques espagnols , 
depuis Charles Quint et Philippe II, se faisaient des devoirs 
des gouvernants, il semble qu'ils se soient crus responsables 
du bonheur de leurs sujets uniquement dans l'autre monde. 
Leur politique, du moins, tant extérieure qu'intérieure, 
paraît une application constante de cette pensée. Ce n'était point 
celle de Jovellanos. Il estimait, au contraire, que le rôle du 
gouvernement était d'abord d'assurer, dans la mesure du possible, 
la félicité de la nation sur cette terre, de s'occuper de ses intérêts 
matériels, du développement de sa richesse commerciale, indus- 



46 E. MÉRIMÉE 



trielle et agricole. Par ses travaux et par ses écrits, il a fait autant, 
pour pousser l'Espagne dans cette voie, si nouvelle pour elle, 
que les Aranda, les Olavide, les Floridablanca , les Cabarrus. 
Non seulement, comme ministre ou comme simple particulier, 
il continue l'œuvre de ces derniers, mais comme écrivain, par 
une foule de mémoires, de rapports, de projets, il lance ces idées 
dans la circulation. Ce poète, cet auteur dramatique, cet artiste 
a par dessus tout le sens du réel, du pratique, du positif : c'est à 
la fois sa force, et, dans un sens que j'expliquerai tout à l'heure, 
son infériorité. Le « berger », le mayoral Jovino, comme l'appe- 
laient ses amis de Salamanque qui nous le représentent chantant 
sur ses pipeaux le long des rives du Bétis ou du Tonnes, est en 
réalité ingénieur, minéralogiste, agronome, industriel, péda- 
gogue. On le croit occupé à rimer des endechas ou des bouquets 
à Chloris : il rumine les moyens d'améliorer la filature de la soie, 
ou de développer l'industrie des mousselines ; il calcule le tracé 
d'une grande voie qui, reliant la Castille aux Asturies, servira de 
débouché aux produits de la première de ces provinces, lesquels 
se perdent sur place. 

Il fera mieux. Comme Olavide avec ses colonies agricoles 
ou Penaflorida avec ses sociétés d'Amis du pays et son Ecole 
patriotique de Vergara, bravement, à ses risques et périls, il 
donnera l'exemple de l'initiative privée et fondera, à Gijôn, 
YInstitut Asturien, sorte d'école pratique et professionnelle d'où 
sortiront des ingénieurs et des officiers de marine. Le but qu'il 
se propose par cette création originale, il l'a exposé souvent 
lui-même : « C'est de vulgariser les connaissances utiles pour 
développer les arts productifs, pour fournir des aliments nouveaux 
au travail honnête, pour donner de nouveaux débouchés au 
commerce et à la navigation, pour augmenter la population et 
l'abondance et pour fonder sur une même base la sûreté de l'Etat 
et le bonheur de ses membres. » La -devise qu'il donne au nouvel 
Institut est celle qu'il avait choisie pour lui-même : Quidverum, 
quitl sit utile : vérité et utilité ! Lui-même en rédigera les règle- 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 47 

ments par le menu : nous les avons, et ils mériteraient une étude 
spéciale. Ses mémoires sur différents points d'économie politique 
sont très nombreux : il faut laisser aux gens du métier le soin de 
les apprécier. Je ne saurais dire à quelle école se rattache exacte- 
ment Jovellanos, ni même s'il se rattache à aucune des sectes 
françaises ou anglaises qui se disputaient alors la prépondérance. 
A vrai dire, je ne vois pas qu'il ait exposé nulle part la théorie 
de la science économique telle qu'il la comprenait, ni qu'il ait 
tenté, comme Quesnay, Smith, Turgot ou Say, d'appuyer sui- 
des principes abstraits et des déductions philosophiques cette 
« science du bonheur ». Ce qui importe ici, ce me semble, c'est 
moins la valeur philosophique que la portée pratique de ses 
réformes. Or il est manifeste que les tentatives de Jovellanos, si 
elles n'eussent pas été si malheureusement entravées par les évé- 
nements, étaient de nature à modifier la situation de l'Espagne 
et à lui faire prendre rang parmi les nations qui se disputent la 
suprématie commerciale ou industrielle. Cette gloire en vaut une 
autre. Et pour montrer avec quelque précision combien Jovella- 
nos a de titres à cette gloire, pour prouver aussi que tout en se 
méfiant des généralisations ambitieuses, il prétendait appuyer ses 
plans de réformes sur le fondement de la vérité et de la justice, 
on me permettra de prendre quelques exemples, entre beaucoup 
d'autres. 

J'emprunte le premier au célèbre Rapport sur la Loi agraire 
(Informe sobre la Ley agraria). L'auteur se proposait d'y présenter 
au roi Charles III quelques observations sur la Constitution ou 
Code de l'agriculture, que ce monarque réformateur voulait 
édicter. Ce Rapport, qui est peut-être le principal titre d'honneur 
de l'homme d'Etat, rappelle à la fois les mémoires de Turgot (et 
il serait instructif de pousser plus à fond ce rapprochement), les 
cahiers généraux de notre Tiers-Etat et la Déclaration des Droits 
de l'homme. C'est en réalité , sous des apparences modestes et 
une forme précise, la Charte constitutionnelle d'un régime nou- 
veau. L'auteur énumère dans trois chapitres les obstacles poli- 



48 E. MÉRIMÉE 



tiques ou légaux, les obstacles moraux, enfin les obstacles phy- 
siques ou matériels que rencontre le développement de l'agri- 
culture en Espagne. 

Les obstacles politiques et civils que les lois ou les coutumes 
lui opposent ce sont : les baldios ou terrains en friche qu'il faut 
aliéner et mettre en vente par parcelles; les tierras concejiles ou 
biens communaux, qui sont abandonnés, et que l'industrie privée 
peut seule mettre en valeur (il faut les vendre ou les louer avec 
bail emphytéotique); la abertura de las heredades ou autorisation 
de pâturer dans les propriétés privées; le caprice des protections 
à telle ou telle culture aux dépens des autres ; les privilèges de la 
Mesta, qui doivent disparaître, à l'exception des canadas ou sen- 
tiers de passage pour les mérinos; enfin les biens de main- 
morte, tant du clergé séculier et régulier que des Grands et des 
Mayoraçgos. Jovellanos traite ce point capital avec autant de dexté- 
rité que de fermeté. Il signale l'insatiable ambition de certains 
ordres mendiants, « esta portentosa multiplication de conventos. » — 
« Quelles barrières pourraient résister aux entreprises de la cupi- 
dité et de la religion coalisées ? Que barreras podrian bastar contra 
los esfuer^os de la codicia y de la dévotion reunidos ? » Quant aux 
majorats, « c'est une institution qui répugne aux principes d'une 
législation sage et juste, et la première mesure réclamée par la 
nation, c'est l'abolition de toutes les lois qui permettent de sub- 
stituer les biens d'une famille aux aînés. » — Faudra-t-il donc 
dépouiller violemment ces derniers ? Non, la propriété est sacrée, 
alors même que cette propriété ne résulte que d'un contrat qui 
peut être considéré comme caduc, l'une des parties ne remplissant 
plus les conditions du contrat. Mais le principe est tellement 
nécessaire, qu'il ne faut rien faire qui puisse l'affaiblir. Jovellanos 
compte sur les dispositions législatives nouvelles et sur les privi- 
légiés eux-mêmes, qui comprendront sans doute leurs véritables 
intérêts. Nous sommes loin, on le voit, de Ylipilrc à Inarco. 

Le commerce intérieur des grains et autres produits du sol 
doit être libre. « C'est se faire illusion que d'attendre le bon 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 49 

marché d'autre chose que de l'abondance , et l'abondance que 
du libre trafic des fruits de la terre. » Et ailleurs : « Il convient, 
Sire, d'établir la liberté du commerce intérieur par une loi perma- 
nente qui réveille l'intérêt individuel , oppose le monopole au 
monopole, et mette fin à ces affaires suspectes qui se trament à 
l'ombre des lois prohibitives. » La seule restriction à ce principe 
de liberté s'applique au commerce extérieur des blés. Les désa- 
vantages de l'échelle mobile sont exposés avec précision ; il faut 
prohiber l'exportation et permettre l'importation sous conditions. 

Un dernier obstacle que l'agriculture rencontre dans les lois, 
— et l'un des plus graves assurément , — c'est l'inégalité de 
l'impôt. Cette inégalité est un mal et une injustice. « L'égalité, 
que la justice exige par dessus tout, doit se manifester de deux 
manières. Il faut, en premier lieu, que tous les citoyens, sans 
aucune exception, contribuent aux charges publiques, ainsi que le 
proclamaient déjà les Lois Alphonsines et les Cortes de Guada- 
lajara, et comme le veulent l'équité et la raison. Puisqu'il s'agit 
en effet du bien général, aucune classe, aucun citoyen ne peut, 
sans injustice, s'exempter de ce devoir. Il faut, en second lieu, 
que tous contribuent proportionnellement à leurs ressources, car 
l'on ne peut réclamer autant du pauvre que du riche. D'ailleurs 
si ces bienfaits que l'Etat assure s'appliquent à toutes les classes 
de la société, il est clair que ceux-là surtout pourront en jouir 
qui ont plus de fortune, et que conséquemment ils doivent con- 
tribuer proportionnellement à cette fortune. » 

Les obstacles moraux proviennent de l'abandon dans lequel 
l'Etat laisse les intérêts de l'agriculture, et de l'ignorance des 
agriculteurs, auxquels l'Etat devrait assurer l'instruction élémen- 
taire et l'enseignement technique. « Daigne Votre Altesse multi- 
plier partout l'enseignement primaire; qu'il n'y ait point d'en- 
droit, de village, de paroisse qui en soit privé; qu'il n'y ait point 
de citoyen, si pauvre, si misérable soit-il, qui ne puisse recevoir 
cette instruction facilement et gratuitement ! Alors même que la 

Revue hispanique. 4 



50 E. MERIMEE 



nation ne devrait pas ce bienfait à tous ses membres, bienfait par 
où se manifeste surtout sa protection et sa sollicitude, elle se le 
devrait à elle-même, car c'est le moyen le plus simple d'augmenter 
sa puissance et sa gloire. Eh quoi ! n'est-ce pas le témoignage le 
plus honteux de notre négligence que de voir ainsi abandonnée 
et négligée une branche d'instruction d'une portée si générale, 
si nécessaire, si profitable, au moment même où nous multi- 
plions avec tant d'ardeur les foyers d'enseignement partiel, inutile 
souvent et dangereux ? » 

Quant aux obstacles naturels que l'agriculture rencontre dans 
les choses, Jovellanos les groupe sous les titres suivants et les 
examine successivement : manque d'irrigations , manque de 
communications par terre ou par eau , manque de ports. Il pro- 
pose un ensemble de mesures pratiques pour remédier à ces 
maux et termine en étudiant les ressources budgétaires qui 
doivent faire face aux dépenses. Il recommande rétablissement — 
avec comptabilité distincte — d'un budget général ou national, 
d'un budget provincial et d'un budget municipal. 

Tel est, dans ses lignes générales, ce célèbre Rapport, dont 
l'importance saute aux yeux, et dont les conclusions dépassaient 
singulièrement ce qu'on en pouvait attendre. C'était une belle 
préface à la Constitution de Cadiz. Linguet s'est moqué quelque 
part de ce beau zèle des réformateurs : « Si l'Espagne, dit-il, 
s'imagine repeupler ses champs avec les belles phrases qu'a consi- 
gnées sur le papier un agriculteur théorique, elle se trompe fort. 
Si elle s'imagine que ses manufactures vont renaître parce qu'une 
brave fille, dirigée par un économiste enthousiaste, au lieu de 
l'être par son confesseur, file, en un an, deux ou trois livres dé- 
plus que sa voisine, elle ne se trompe pas moins. Le temps que 
l'on donne à la théorie est perdu pour la pratique. » N'en déplaise 
à ce critique chagrin, avant de faire passer les réformes dans la 
pratique, il fallait y habituer les esprits, en montrer l'utilité, la 
nécessité, triompher des résistances acharnées, convaincre le 
public, et cette tâche, personne n'était plus apte à la remplir que 



ÉTUDES SUR LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 5 I 



Jovcllanos. Le meilleur éloge de son œuvre, je le trouve dans ces 
lignes de M. Nocedal : « Après tant d'années, tant d'expériences, 
tant de leçons et d'excès, nous en sommes revenus à ce que pro- 
posait Jovellanos : à lo que proponia Jovcllanos, hemos venido à 
parar. » 

L'originalité de Jovellanos ne se montre pas moins en matière 
d'enseignement public. Ses écrits relatifs à l'instruction , les 
plans, les règlements concernant les trois ordres d'enseignement 
fourniraient ample matière à une étude qui mettrait en lumière 
cette curieuse Hgure de pédagogue homme d'Etat. On peut avancer 
que personne en Espagne, ni Campomanes, ni Olavide, ni Roda, 
n'avait montré à un tel degré un tel souci de l'instruction publique 
et que nul éducateur, jusqu'à Pablo Montesino, n'a eu sur ce sujet 
des idées plus nettes et plus fécondes. C'est ce que l'on montre- 
rait suffisamment en résumant, parmi tant d'autres écrits, les 
quatre suivants : i° Règlement littéraire et pédagogique du Collège 
impérial de Calatrava, à Salamanque; 2° Cours d'humanités et Règle- 
ment pour l'Institut Asturien; 3 Principes pour la formation d'un plan 
général d'Instruction publique; 4 et surtout, Mémoire sur V Educa- 
tion publique, écrit pendant la captivité de l'auteur à Bellver. 

Ce souci de l'instruction des classes moyennes et populaires 
est l'un des indices de la formation d'une société nouvelle. A vrai 
dire, presque tout était à faire en Espagne à ce point de vue : 
de la base au sommet l'édifice était à restaurer, sinon à recon- 
struire. En dépit de quelques tentatives de réformes, telles que 
celles qui révolutionnèrent un moment Salamanque, les grandes 
universités étaient immobilisées dans des programmes et des 
méthodes qui dataient de plusieurs siècles. Les témoignages de 
Torres Villaroel et d'Olavide, ou, si ces derniers inspirent quelque 
défiance, ceux d'hommes modérés tels que Pérez Bayer, sont ins- 
tructifs sur ce point. Il n'y avait, en matière d'enseignement 
secondaire ou primaire, aucune suite, aucune unité de vues, 
aucune coordination. Ce fut sur ces deux derniers points que 



52 E. MERIMEE 



Jovellanos concentra ses efforts : c'est là aussi que ses vues 
paraissent le plus originales. 

Il part de ce principe, qui, depuis le suffrage universel, semble 
évident, à savoir que l'instruction de l'individu est une nécessité 
sociale, et que conséquemment c'est le devoir de l'Etat d'assurer 
cette instruction, dans la mesure qui convient aux intérêts et au 
salut communs. L'Etat doit donc multiplier les écoles populaires 
où Ton enseignera la lecture, l'écriture, le calcul, les éléments 
de la religion. On apportera un soin particulier à l'éducation 
physique en instituant des exercices de gymnastique et des exer- 
cices militaires. Il faut « habilitât- los ninos para la defensa de la 
patria, cuando fuesen llamados A ella ». Et comme ce devoir est le 
même pour tous, tous indistinctement seront soumis à ces exer- 
cices. On fondera dans ce but des écoles de tir, comme en Suisse. 
L'enseignement moral et civique doit surtout être confié au père 
de famille, mais il sera bon de rédiger des Manuels pour préciser 
ces notions, qui restent vagues dans l'esprit populaire : « Esios 
libros deberân contenir un cueso abreviado de doctrina natural, civil y 
moral, acomodado à la capacidad de los ninos. » L'éducation reli- 
gieuse devait, en Espagne, occuper une place importante dans 
tout système d'éducation générale. Jovellanos propose d'y consa- 
crer un jour par semaine, le dimanche, et naturellement de le 
confier au prêtre. En même temps que les écoles de garçons , 
l'Etat multipliera les écoles de filles, distinctes et également gra- 
tuites. De même il établira, au dessus de ces dernières, des collèges 
où l'on recevra, moyennant finances, une instruction plus com- 
plète. 

On remarquera que sur la double question de l'obligation 
et de la gratuité, Jovellanos, pour son propre compte, n'hésite 
pas : Tune et l'autre conclusion découlent naturellement de son 
principe. Dans le Rapport à la Junte constituante } il laisse à cette 
dernière le soin de trancher la question, quoique ne dissimulant 
point son opinion personnelle. Cabarrus, son protecteur et son 
ami, dans une série de lettres à lui adressées en 1792, allait réso- 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 53 

lument jusqu'au bout et réclamait la laïcité. Jovellanos n'ose le 
suivre jusque-là : il déclare, au contraire, que l'instituteur le 
mieux situé et tout naturellement désigné, c'est le curé. D'ailleurs 
il a conscience de la grandeur de la tâche entreprise, et l'on n'est 
point surpris de trouver, au milieu de ses plans et de ses règle- 
ments, des appels émus au dévouement des éducateurs du peuple : 
« O mes amis du pays de Majorque, si vous désirez le bonheur 
de notre patrie, si vous êtes bien convaincus que le gage le plus 
sûr de ce bonheur c'est l'instruction, faites le premier pas dans 
cette voie ! Réfléchissez que l'instruction élémentaire, c'est la clef 
de toute instruction, et que les progrès de tous les autres ensei- 
gnements dépendent delà façon dont celui-là est organisé. Songez 
que c'est celui-là seul que pourra recevoir la grande masse de vos 
compatriotes. Appelés par leur condition à travailler dès la jeu- 
nesse, leur temps sera consacré au labeur et non à l'étude. Réflé- 
chissez surtout que sans cela la majeure partie de cette foule 
restera éternellement vouée à l'ignorance et à la misère, car dans 
un pays où la propriété publique et commune est à peine connue, 
où la propriété individuelle est accumulée dans quelques mains 
et répartie en vastes domaines que leurs propriétaires exploitent 
à leurs risques et périls, à quoi peut aspirer un peuple sans édu- 
cation, si ce n'est à la condition servile et précaire de journalier ? 
Eclairez-le donc, apprenez-lui les connaissances indispensables, 
donnez-lui l'instruction dont il a besoin : nous aurons ainsi la 
véritable éducation populaire. Ouvrez-lui la porte des carrières 
industrielles, mettez-le sur le chemin de la vertu et du bien-être. 
Instruisez-le, et pour lui avoir ainsi donné le droit d'être heureux, 
vous aurez assuré votre gloire et celle de votre patrie ! » 

C'est en matière d'enseignement secondaire que l'initiative de 
Jovellanos paraît surtout originale et hardie. Conséquent avec ses 
habitudes d'esprit et fidèle à sa méthode habituelle, il ne prétend 
point cependant bouleverser le vieil édifice qui menace ruine, 
mais il en veut reprendre les fondements en sous-œuvre, de telle 
sorte que, lorsqu'il s'écroulera de vétusté, il se trouvera bientôt 



54 



E. .MERIMEE 



remplacé par un édifice solide, commode, mieux adapté aux 
besoins de la société nouvelle. Pour parler sans métaphore, ce 
que Jovellanos recommande surtout, ce qu'il a même créé avec 
ses seules ressources, c'est un type absolument nouveau de collège 
secondaire, qui fait songer à notre enseignement spécial ou moderne. 
On y apprendra les sciences, si dédaignées dans les vieilles uni- 
versités, la langue castillane, dont l'étude scientifique n'était pas 
moins négligée (a-t-on fait sur ce point beaucoup de progrès 
depuis Jovellanos?), l'histoire et la géographie, le dessin (cuya 
grande utilidad asi para las ciencias como para las artes général mente 
esta reconocida), enfin les langues vivantes. 

Notre temps n'a pas tout inventé : les mêmes questions qui 
sont aujourd'hui si débattues l'étaient déjà en Espagne dans les 
dernières décades du xvm c siècle, et, sur la plupart d'entre elles, 
Jovellanos avait pris une attitude aussi résolue que tel ou tel de 
nos contemporains. Il tient pour la substitution des langues et 
des littératures modernes aux langues anciennes. Feijôo avait 
déjà proposé de remplacer l'étude du grec par celle du français. 
Jovellanos est plus radical, et je ne sais si, depuis, les partisans des 
humanités modernes ont trouvé beaucoup d'arguments nouveaux. 
« On a cru jusqu'à présent, et peut-être croit-on encore que 
l'étude des langues grecque et latine et celle des préceptes de la 
rhétorique et de la poétique constituaient le fonds des humanités, 
mais cette croyance, qui a pu être légitime, et qui, à coup sûr, 
a été très profitable, est devenue maintenant funeste à l'éducation 
générale, etc.. Les langues vivantes, que l'on pouvait mépriser 
dans leur enfance et dans leur période de formation, sont éman- 
cipées aujourd'hui. Elles ont fait leurs preuves, elles sont éduca- 
trices autant que les anciennes et suggestives comme elles... Au 
lieu de copier les Grecs, faisons comme eux, qui étudiaient 
surtout la nature et le cœur humain. D'ailleurs il faut se résigner 
à faire un choix : on ne peut tout apprendre. » 

Entre autres questions que le constituant posera à la Junte 
centrale de 1808, je relève celle-ci : « Comment éviter la surcharge 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 5 5 

dans r éducation de la Jeunesse? » Pour lui, son sacrifice est fait. 
« Parmi les connaissances qu'il faut sacrifier, la raison désigne 
dès à présenties langues mortes... L'étude des langues vivantes 
est plus utile et plus nécessaire : cl estudio de las lenguas vivas es 
mâs provechoso y necesario. » Est-ce donc qu'il faille abandonner 
absolument les premières? Non, répond Jovellanos, mais ni les 
limites assez étroites où il les confine, ni les raisons d'utilité 
professionnelle qu'il fait valoir en leur faveur, ne satisferaient, 
j'en ai peur, les défenseurs de l'ancienne culture classique. « Cette 
étude, dit-il, restera toujours nécessaire pour le théologien, le 
canoniste, peut-être le juriste et le médecin : elle doit être libre 
pour les autres. » Il proposera plus tard à la Junte centrale de 
déterminer par règlement les carrières où les langues mortes sont 
nécessaires. Dans tous les cas, il faut commencer par réformer 
les études antiques elles-mêmes. Mais il est raisonnable, il est 
nécessaire de donner cet enseignement en espagnol et non plus 
en latin. Au surplus, si ces études ont besoin d'être fortifiées, il 
y aurait danger à trop les répandre, « pour ne pas donner aux 
jeunes gens appartenant à la classe industrielle la tentation d'en 
sortir, ce qui serait aussi désastreux pour eux que pour l'Etat, 
con tan poco provecho suyo como grau daùo del Estado. » 

Entre les langues vivantes, le choix, au temps de Jovellanos, 
n'était pas difficile. L'italien, le français, l'anglais, ces deux der- 
nières langues surtout, s'imposaient. Il serait intéressant — si 
nous pouvions nous arrêter aux détails de son plan d'études — 
de discuter les raisons par lesquelles Jovellanos établit l'utilité 
relative de chacune de ces langues pour ses compatriotes, raisons 
tirées des services variés qu'elles pouvaient rendre comme de 
leur plus ou moins de rapport avec la manière de penser natio- 
nale. On ne saurait nier sur ce point la compétence de l'auteur : 
il a rédigé lui-même, en même temps qu'une foule de manuels, 
deux petites grammaires, française et anglaise, pour ses élèves 
de l'Institut Asturien. Quant à l'enseignement de la philosophie, 
il le réduit beaucoup et le découronne, en le bornant à la logique 



56. E. MÉRIMÉE 



(no esta lôgica escolâstica y abstracta de nuestras universidades), et à 
la morale, efficace protection des principes fondamentaux de la 
Société : « Si algûn dique se puede oponer â este mal (l'impiété et 
l'anarchie) es la buena y sôlida instrucciôn. » 

Je crains de trop m'attarder sur ce sujet, mais je ne rendrais 
pas justice, ce me semble, à l'originalité de vues et à la perspica- 
cité de cet éducateur, si je n'avais indiqué, au moins par quelques 
détails, avec quelle netteté se posait pour lui la question de l'édu- 
cation moderne. Que de points intéressants il traite en passant, 
sur lesquels il présente une solution pratique, la surcharge, l'imité 
des livres et des manuels, les examens de passage, les examens de 
sortie, etc., etc. ! Parmi ces questions il en est une sur laquelle ses 
opinions se rapprochent singulièrement de celles des meilleurs 
pédagogues modernes : c'est celle de Yinîernat. Il est absolument 
opposé au régime de l'internat, pour des raisons qui étaient déjà 
les mêmes à son époque qu'à la nôtre. Cependant les internats, 
ou les séminaires, comme il les appelle, sont nécessaires pour 
certaines catégories d'étudiants dont la famille est éloignée. 
Jovellanos recommande donc le développement des pensions 
de famille, pupilajes, et il n'avait point besoin, sur ce point, de 
demander des modèles à l'Angleterre universitaire : l'institution 
était vieille de plusieurs siècles en Espagne. 

Ce plan, si complet, d'enseignement public, se termine par cette 
déclaration, bien digne de l'auteur : « La liberté de penser, d'écrire 
et d'imprimer, prudemment réglée, doit être considérée comme 
absolument nécessaire au progrès des sciences et à l'instruction 
des peuples. » 



III 



Jovellanos fut, avant tout, un homme d'Etat et un réformateur. 
Mais notre étude demeurerait incomplète, si nous passions sous 
silence les mérites de l'écrivain. Au surplus, quoique son activité 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 57 

littéraire soit de moindre portée, il n'est pas sans intérêt 
d'essayer de la définir. 

Par un contraste qui n'est pas rare, — et qui paraîtra plus 
frappant encore lorsqu'on étudiera Quintana, -- cet esprit, si 
libre ailleurs, nous paraît timide, arriéré, en matière de théories 
littéraires. N'a-t-on pas fait la même remarque à propos de 
Voltaire ? En ce qui concerne Jovellanos, j'ai hâte d'ajouter 
d'abord que ce respect trop scrupuleux de la tradition classique 
s'attache beaucoup plus à la forme extérieure (mythologie, 
phraséologie de convention, périphrases, etc.) qu'aux idées elles- 
mêmes, et, en second lieu, que l'originalité d'une pensée qui essaie 
de briser ces liens, se manifeste de plus en plus à mesure que 
l'auteur avance dans sa carrière. La première période, celle de 
la jeunesse, peut être négligée, sans préjudice pour sa gloire. Elle 
comprend des poésies lyriques, des pastorales surtout, claires 
mais froides et d'une fadeur aujourd'hui insupportable. C'est 
chez Meléndez qu'il faudra étudier cette société de bergers poètes, 
ainsi que leurs bergères. Ces bucoliques, très à la mode alors, 
semblent plus puériles encore sous la plume du grave Jovino. 
Mais, à l'approche de la Révolution, l'Europe semble une vaste 
Arcadie où flûtes et pipeaux se mêlent au lointain roulement du 
tonnerre. De temps à autre, quelques-uns de ces bergers s'inter- 
rompaient inquiets, et semblaient dire, comme dans la chanson : 

Voici venir l'orage, 
Voici l'éclair qui luit ! 

Jovellanos était un de ces derniers, et le ridicule de cette poésie 
inopportune ne lui échappait point. « En vain de mon cœur, 
attentif aux rumeurs du forum, ému des pleurs de l'opprimé, 
de la veuve et de l'innocent orphelin, je prétendrais tirer de doux 
accents, ma lyre, autrefois harmonieuse, mais maintenant désac- 
cordée, ne résonnerait plus sous mes doigts. 

Que en vano de mi pecho, penetrado 
Del forense rumor y conmovido 
Al llanto del opreso, de la viuda 
Y huérfano inocente, presumiera 



58 E. MÉRIMÉE 



Lanzar acentos dulces, ni mi lira, 
Otras vcces sonora y ahora falta 
De los trementes armoniosos nervios , 
Al acordado impulso respondiera. » 

La tragédie de Pelage (1769) appartient encore à cette première 
période. Elle est scrupuleusement construite sur le modèle clas- 
sique, ou, pour parler plus exactement, sur le patron taillé par 
Racine et revu par Voltaire. « Si Horace vivait aujourd'hui, disait 
l'auteur, probablement nous conseillerait-il de lire Racine et 
Voltaire. » Mais si la forme manque décidément d'originalité, le 
choix du sujet est louable. Jovellanos, qui se moque volontiers de 
LaHuerta 1 , tient, comme lui, pour le théâtre, ou, du moins, pour 
les sujets nationaux. S'il blâme les classiques espagnols dans son 
opuscule sur les Divertissements publics, ce n'est point précisément 
qu'ils soient trop espagnols : c'est qu'ils lui paraissent trop peu 
moraux 2 . « Pourquoi chercher des arguments dans l'histoire des 
autres nations, quand la nôtre nous en offre tant de si heureux 
et de si sublimes? 

Vea... el pueblo hispano 
En sus tablas los héroes indigenas. » 

Sur ce point du moins, Jovellanos, parfois si dur pour les 
dramatiques de l'âge d'or, était dans la vieille tradition espagnole. 
Depuis Castro et Lope de Vega jusqu'à La Huerta, l'histoire natio- 
nale avait alimenté le drame et inspiré bien des chefs-d'œuvre. 
Il faudrait, certes, beaucoup d'indulgence pour ranger le Pclayo 
parmi ces derniers. Il n'est point difficile assurément d'y signaler 
quelques situations dramatiques, d'en extraire quelques beaux 
vers, ceux-ci, par exemple, que les Espagnols asservis pouvaient 
répéter pour leur propre compte : « Voici l'instant du suprême 



1. Voy. dans ses poésies, sa satire contre ce dernier. 

2. Memoria sobre los Espcctâados... primera parte, Pro/anos. 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 59 

péril : nous y touchons. Toute porte nous est fermée; plus 
d'autre ressource. Il n'en est plus qu'une : combattre pour la 
patrie, et acheter avec ce qui nous reste de vie la mort ou la 
victoire ! 

Es el ûltimo instante del peligro ; 
Ya nos vemos en él ; esta cerrada 
La puerta â otros recursos. Uno solo 
Nos queda, el de lidiar por nuestra patria, 
Comprando con el resto de las vidas 
La muerte ô la Victoria... » 

Mais ce qui manque dans cette tragédie, c'est l'intérêt, la 
passion, la vie. Les personnages sont de pures abstractions, des 
types dessinés sur un modèle de convention. Munuza, c'est « le 
tyran », Pelayo « le libérateur », Rogundo « l'amant », Dosinda 
« la fiancée ». Ils n'ont pas plus de personnalité que le milieu 
où ils se meuvent n'a de couleur locale. Et cependant Covadonga 
et les montagnes des Asturies formaient un décor capable de 
tenter le poète, mais ce dernier avait plus de raison que d'imagi- 
nation et de fantaisie. 

D'ailleurs « l'art pour l'art » était un principe incompréhen- 
sible pour Jovellanos '. Le réformateur, qui avait pris pour devise : 
quid utile, quid vent m, devait surtout considérer la littérature 
comme un moyen d'agir sur les esprits ou sur les mœurs, et le 
magistrat qui, au grand scandale de ses collègues, fut le premier 
juge espagnol sans perruque, devait comprendre le vide de cette 
poésie de convention. Aussi se sent-il bientôt attiré vers les Jeux 
genres qui ont le plus de rapports avec la réalité et l'action, la 
poésie didactique et le drame à thèse. C'est là que sont ses titres 
littéraires les plus sérieux. Ses satires, qui sont au nombre d'une 
dizaine, sont particulièrement intéressantes, par leur mérite 
propre et par les renseignements qu'elles fournissent sur la 



1. En littérature, tout au moins, car il juge plus librement des beaux-arts. V. 
le fragment imprimé au vol. L de la Bibl. de A ut. Esp., p. 544. 



éo E. MÉRIMÉE 

société du temps. Elles me semblent d'autant meilleures que le 
sujet en est plus précis et moins général. Voyez, par exemple, 
dans la Deuxième Satire à Arnesto, sur la noblesse dégénérée, le 
portrait du patricien ignorant, livré aux valets et vivant avec les 
toreros, les manolas, les picaros de toutes sortes, 

...Sus dedos y sus labios 
Del humo del cigarro encallecidos, 
Indice de su crianza. Nunca pasô 
Del be a ba. Nunca sus viajes 
Mas alla de Jetafe se extendieron... 

Oye y dirâte 

Quién de Romero ô Costillares saca 
La muleta mejor, y quién mas limpio 
Hiere en la cruz al bruto jarameno... etc. 

Toute cette satire, de même que l'ode sur le lamentable état 
de l'Espagne de Godoy, sont d'un beau mouvement. Dans ces 
pièces la colère échauffe et aiguillonne un peu la Muse : facit 
indignatio versum. Mais les inspirations ordinaires du poète sont 
la Raison et la Vertu. Jl aime à moraliser à la manière d'Horace. 
« Tu seras savant et heureux, si tu es vertueux, car la vérité et 
la vertu sont unes; celui-là seul qui les possède est heureux; 
elles peuvent assurer à votre âme la paix de la conscience, la 
modération des désirs, la joie, la douceur de bien faire : le reste 
n'est que vent, vanité, misère, lo demàs viento, vanidad, miseria. » 
{Epitre a Bermudo = Ceân Bermûde^.) Ce qui seul donne quelque 
intérêt à ces lieux communs, c'est que l'auteur, lorsqu'il les écri- 
vait, était lui-même malheureux, calomnié, emprisonné. A 
défaut du coup d'aile, la justesse, la noblesse des idées n'y 
manquent jamais. 

Ces mérites nous font pardonner, parfois même oublier, ce 
que ses vers ont souvent de pénible, de sec et de prosaïque. 
Jovellanos est certainement un médiocre versificateur. « Son 
style, disait déjà Quintana, est plutôt une prose noble, élégante, 
qu'une diction véritablement poétique. Les vers sont courts, 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 6l 

mal construits, sans grâce, sans cadence et sans harmonie. » 
M. de Cueto confirme ce jugement sévère : « Comme versifica- 
teur, Jovellanos n'est pas un modèle : il abuse des licences poé- 
tiques; il lutte sans cesse contre l'accent, les césures, les syna- 
lèphes, et il ne sort pas toujours vainqueur de cette lutte. » Si 
j'osais, j'ajouterais ici, pour ma part, que le prosateur lui-môme 
me semble un modèle suspect. C'est en vain que le grammairien 
Salva, élevé sans doute à cette école, le cite volontiers parmi les 
maîtres de la langue; son style me paraît plein de gallicismes, 
de tours nouveaux, d'accords insolites, qui trahissent la fréquen- 
tation assidue d'auteurs étrangers. Jovellanos est l'un des écri- 
vains espagnols dont la phrase se plie le mieux à la pensée fran- 
çaise, mais donne en même temps l'idée la moins favorable de 
la richesse de vocabulaire et de tours de la langue castillane. Au 
surplus, il ne se fait pas illusion sur le mérite de ses vers tout au 
moins : il les juge au contraire à leur juste valeur, en reconnais- 
sant que, s'ils sont pleins d'idées sensées et de sentiments hon- 
nêtes, ils manquent un peu trop de grâce et d'aisance : 

Alla van à tus manos 
Mis versos, oh Paulino, 
Mis versos mal limados, 
Mis versos bien sentidos. 
De afecto y verdad llenos 
Si de primor vacios. 

Ce sont encore de très nobles paroles, attendries par une émo- 
tion vraie, que les variations sur V Impavidum ferient ruina, par 
lesquelles Jovellanos, emprisonné depuis sept ans à Bellver, char- 
mait sa captivité : 

Que el alto estruendo de la horrenda ruina 
Escucharâ impertérrita mi aima l . 



i. A Posidonio, Bellver, 8 août 1802. 



62 E. MÉRIMÉE 



A force Je raison et de stoïcisme, le prisonnier de Bellver, 
comme jadis celui de Saint-Marc de Léon, Quevedo, touche à la 
véritable poésie. Mais, si l'on osait s'exprimer ainsi, c'est cette 
même raison qui coupe les ailes du poète, ou, plutôt, qui les 
empêche de pousser. Il n'a besoin de personne certes pour être 
vertueux : il l'est plus qu'Horace à coup sûr. Il semble cepen- 
dant que, sans ce dernier, il ne saurait exprimer ses nobles sen- 
timents. Il n'a pas la splendida bilis de Juvénal, son modèle, ou 
de Chénier, son contemporain. Dans son Epître à Poncio (Ponce 
Vargas), il raconte son voyage de Léon à la Rioja. Ce qui le 
frappe, ce qui l'inspire, ce ne sont ni les beautés naturelles, ni 
les grands souvenirs historiques, ni le pittoresque des mœurs et 
des costumes, ce sont les diverses manières de cultiver les terres, 
les productions spéciales à chaque pays, les efforts de l'industrie. 

Si dans le poète nous retrouvons trop l'économiste, il n'est 
pas moins facile de reconnaître le législateur philosophe dans 
l'auteur dramatique. Dans son drame célèbre, YHonnêtc criminel 
CEI delincuente honrado), il prétend montrer « la cruauté des lois 
qui, sans distinguer entre le provocateur et l'insulté, punissaient 
indistinctement les duellistes de la peine capitale ». Ces ordon- 
nances avaient été renouvelées récemment par Charles III. Pour 
les besoins de sa thèse (et n'est-ce pas la grande objection contre 
ce genre de pièces ?) Jovellanos imagine une intrigue très roma- 
nesque, dans laquelle le beau rôle appartient naturellement au 
meurtrier involontaire du provocateur. Si l'on ajoute que ce 
meurtrier, Toreuato, épouse la veuve du mort, et qu'il se trouve 
être le fils naturel du juge (D. Justo), forcé de l'envoyer à l'écha- 
faud, on devinera que ce n'est pas le pathétique qui manque à ce 
drame. Le juge D. Justo, c'est Jovellanos lui-même. Il estime 
qu'une législation qui ne serait faite que pour des philosophes 
serait inapplicable : summum jus, summa injuria. Elle doit, dans 
une certaine mesure, tenir compte des traditions, des mœurs, du 
milieu, voire des préjugés. Les tirades sur les exigences tyran- 
niques de l'honneur (Actes I, 4, et IV, 6) rencontraient sans doute 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 63 

autant d'écho chez le public espagnol que celles du Cid chez les 
contemporains des Montmorency et des Bouteville. Il est assez 
piquant d'ailleurs de voir un magistrat plaider pour l'équité véri- 
table contre la loi écrite. « Oui, je le sais, le véritable honneur 
est celui qui résulte de l'exercice de la vertu et de l'accomplisse- 
ment de nos devoirs. Le juste ne doit pas se soucier des préjugés 
vulgaires, mais, par malheur, la solidité de cette maxime échappe 
à la foule. Chez un peuple de philosophes, la loi qui punirait 
sévèrement celui qui accepte une provocation serait excellente, 
car à leurs yeux ce serait un crime. Mais dans un pays où l'édu- 
cation, le climat, les coutumes, le caractère national, la consti- 
tution elle-même inspirent à la noblesse ces sentiments fougueux 
et jaloux que l'on nomme le point d'honneur, dans un pays où 
le plus honoré est le moins patient, dans un pays où la sagesse 
se nomme lâcheté, et la modération pusillanimité, sera-t-elle 
juste cette loi que seuls pourront respecter les saints ou les 
lâches? » 

Peut-être l'auteur a-t-il raison, mais il devrait garder quelque 
peu de cette condescendance pour les préjugés ou les goûts de la 
foule lorsqu'il juge le vieux théâtre national, écrit non pour des 
philosophes, mais pour des Espagnols du xvi e et du xvn e siècle. 
« La réforme des mœurs, dit-il dans son Mémoire sur les divertis- 
sements publics, doit commencer par le bannissement de tous les 
drames, non seulement ceux qu'un goût barbare et sot met 
aujourd'hui en faveur, mais ceux qui ont été justement célèbres 
chez nous, et qui, considérés à la lumière des préceptes et sur- 
tout de la saine raison, sont remplis de vices et de défauts que la 
morale et une sage politique ne peuvent tolérer. » Ici, Jovella- 
nos ne trouve plus de circonstances atténuantes, pas même dans 
le charme de ce théâtre dont il déclare faire ses délices, los dra- 
mas de Calderôn y Moreto que son hoy... nuestra delicia. Il n'en trou- 
vera pas davantage, lorsque, dans ce même Mémoire, il parlera 
des Courses de taureaux. Tout à l'heure, il s'appuyait sur les 
mœurs populaires contre la sévérité d'une loi, interprète trop 



64 E. MÉRIMÉE 



absolue de la pure raison. Il s'appuiera maintenant sur la raison 
pour proscrire le divertissement national par excellence. « Croire 
que l'audace et l'habileté d'une douzaine d'hommes, élevés dès 
l'enfance à ce métier, familiarisés avec ses dangers et qui y 
périssent ou s'en retirent estropiés, peuvent être données à l'Eu- 
rope comme une preuve de la valeur et de l'intrépidité espagnoles, 
c'est une absurdité. Et soutenir que l'interdiction de tels diver- 
tissements, interdiction qui peut amener d'heureux résultats, cau- 
serait quelque perte réelle à la nation, au point de vue de la 
morale ou d'une juste police, c'est certainement une illusion, un 
préjugé, une folie '. » 

Mais je reviens à YHonnéte Criminel. Cette pièce, représentée 
avec un grand succès en 1784, fut l'une des premières apparitions 
sur la scène espagnole du drame sentimental importé de France. 
L'auteur reconnaît de bonne grâce qu'il n'a pas inventé ce genre, 
mais il semble fier de l'avoir introduit dans son pays. Dans le 
Cours d'humanités qu'il écrivit pour l'Institut Asturien, il cite lui- 
même sans embarras le Delincuente honrado comme modèle de 
cette comédie nouvelle, « qui développe dans les cœurs les utiles 
sentiments d'humanité et de bienveillance. » Et il profite de 
l'occasion pour exposer une fois de plus l'idée qui lui tient à 
cœur, à savoir que « l'amour de la vertu et l'horreur du vice 
sont la fin principale que se doit proposer tout poète drama- 
tique, et même tous ceux qui cultivent un genre quelconque de 
poésie ». 

Pour achever par un dernier trait cette figure si complexe de 
Jovellanos, il faudrait, après le politique, l'économiste, le poète, 
l'auteur dramatique, étudier le critique d'art, montrer qu'il a 
senti et analysé les beautés artistiques mieux que la plupart de 
ses contemporains, et qu'il a, l'un des premiers, introduit dans 
la littérature espagnole un sentiment assez rare jusque-là. 



1 . Cf. la lettre à José Vargas Ponce Sobre fiestas de toros. 



ÉTUDES SUR LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 65 

MM. Fortunato de Selgas et Menéndez Pelayo ' ont très bien mis 
en lumière ce côté intéressant de l'activité intellectuelle de Jovel- 
lanos. La tâche était d'ailleurs rendue facile par le grand nombre 
de discours ou d'écrits de notre auteur, relatifs aux Beaux-Arts. 
Eloge des Beaux-Arts, 14 juillet 17S1 ; Rapport sur les monuments 
de Cor doue et de Grenade, 14 mai 1786; Mémoire descriptif sur le 
Château de Bellver; Mémoire sur les couvents de Santo Domingo et 
de San Francisco de Palma; Description de la Lonja, de Palma; 
Eloge de D. Ventura Rodrigue^, 19 janvier 1788; Réflexions et con- 
jectures sur l'ébauche originale du tableau de Felâ^que^, Las Meni- 
nas; Correspondance avec Fr. Manuel Bayeu, avec Antonio Ponz, 
avec Cedn Bermûdez, etc., etc. 

Ce qui caractérise surtout Jovellanos critique d'art, c'est l'in- 
dépendance relative de ses idées, moins assujetties aux tradi- 
tions strictement classiques qu'en matière littéraire. Malgré cer- 
taines précautions oratoires, qu'il est parfois obligé de prendre, 
surtout dans ses discours officiels, il n'est pas dupe des conven- 
tions académiques ni des théories étroites qui avaient cours 
parmi les admirateurs de Mengs, ni A plus forte raison des fan- 
taisies extravagantes de Churriguera. Son culte sincère pour 
Velâzquez, Murillo et les grands maîtres de l'Ecole nationale lui 
montrait clairement la fragilité de ces théories et le formalisme 
creux de ces conventions. Aussi a-t-il semé ses écrits spéciaux de 
pensées où l'on sent des aspirations nouvelles, contenues encore 
par la tradition et par l'idéalisme classiques. « La vérité est le 
principe de toute perfection : la beauté, le goût, la grâce ne 
peuvent exister en dehors d'elle. Cherchez-les dans la nature. » 
Mais il se hâte d'ajouter : « Choisissez ce qu'elle vous offre de 
plus parfait, les formes les plus belles..., » et il ajoute encore une 
note pour atténuer l'audace du conseil : « Si la peinture idéaliste 



1. Menéndez Pelayo, Iclcas esteticas, t. III, vol. II, p. 453 et sv. — Fortunato 
de Selgas : Joveïïano considerado cotno crltico de Artcs, in Rcv. de Espana, 28 avril, 
13 mai 1883. 

Revue hispanique. S 



66 E. MÉRIMÉE 



cause plus d'admiration, dit-il encore, la peinture naturaliste 
cause plus de plaisir; et d'ailleurs l'admiration que la première 
excite est le privilège d'un groupe restreint, tandis que le plaisir 
que la seconde provoque est ressenti par la grande majorité, 
sinon par la totalité des hommes. » Partant de ces principes, il 
rend pleine justice aux grands maîtres espagnols et parle de ces 
admirables artistes avec une sympathie éloquente : « Que d'autres, 
dit-il à propos de Velâzquez, célèbrent cette beauté idéale que 
poursuivent vainement ceux qui prétendent corriger la vérité et 
la nature; applaudissons à leurs efforts, soit ! mais, en attendant, 
accordons à Velâzquez la gloire d'avoir su reproduire cette vérité 
et rendre la nature. Quel peintre eut jamais un coloris plus juste, 
un clair-obscur plus vigoureux, une expression plus simple, des 
types plus variés, plus vrais, plus profondément étudiés? » — 
« O grand Murillo, s'écrie-t-il ailleurs, j'ai vu dans tes œuvres 
les miracles de l'art et du génie : j'y ai vus peints l'air, l'atmo- 
sphère, les atomes, la poussière, le mouvement des eaux et jus- 
qu'aux lueurs tremblantes de la lumière du matin. » Et sur 
Ribera : « Qui a manié le pinceau avec plus d'énergie que Ribera? 
Qui a traité avec plus de vigueur les lumières et les ombres ? 
Qui a su exprimer plus vivement les misères de l'humanité, 
affaiblie par la vieillesse, épuisée par les macérations, pantelante 
et moribonde dans l'agonie et les tortures ? » Si je cite ces passages ', 
ce n'est pas qu'en eux-mêmes ils aient rien de particulièrement 
remarquable ou qu'ils expriment rien qui n'ait été depuis redit 
cent fois, et même avec une intelligence plus pénétrante du génie 
de ces artistes, mais, à l'époque où ils furent écrits, ils durent 
paraître plus hardis, plus originaux, car alors l'enseignement offi- 
ciel s'inspirait presque exclusivement de doctrines d'un idéalisme 
étroit. Sous prétexte de poursuivre la beauté parfaite et absolue, 
on négligeait l'étude scrupuleuse de la nature, comme si l'art 
pouvait vivre d'abstractions. Aussi ce dernier s'affadissait, se 



i. Déjà cites par McnOndez Pelayo, op. cit. 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 6j 

subtilisait, s'académisait : il était urgent de rappeler les artistes 
de cette poursuite stérile d'un idéal sans consistance à l'imita- 
tion directe de la nature et de leur montrer que l'exactitude, la 
conscience dans l'étude de la réalité avait fait surtout la gloire 
des maîtres espagnols. Ce fut le mérite de Jovellanos. 

De même, comprendre et expliquer, avant Chateaubriand, 
avant Victor Hugo, le genre de beauté spécial de l'architecture 
gothique, n'était point encore devenu une idée banale. Jovellanos, 
tout en émettant sur les origines, d'ailleurs si discutées, du style 
ogival, des théories très aventurées, tout en multipliant les res- 
trictions, parle du moins avec intelligence de « ce respect silen- 
cieux et profond qui s'empare de nous dans les églises gothiques 
et qui nous dispose doucement à la méditation des vérités éter- 
nelles ». Sans doute, les proportions violent les règles classiques, 
« mais quelle splendeur, quelle délicatesse, quelle auguste gravité 
dans les célèbres églises de Bûrgos, de Tolède, de Léon et de 
Séville! » Les ruines, les monuments, les pierres avaient pour lui 
un langage et une âme : elles évoquaient dans son imagination 
la vision des temps passés; elles lui ont inspiré quelques-unes de 
ses œuvres les meilleures, telles que sa Description du Paular, qui 
est peut-être son chef-d'œuvre poétique, ou ses Notices sur la 
Lonja de Pal ma, et le Château de Bellver. « Qui donc peut con- 
templer ces monuments, qui ont survécu aux siècles, sans se voir 
assailli de toutes les idées que provoque naturellement la compa- 
raison entre cet âge lointain et le nôtre ' ? » Et en efîet, dans la 
belle notice sur la forteresse qui lui servit si longtemps de prison, 
tout s'anime, tout prend une forme vivante ; les ruines retrouvent 
leur jeunesse et se peuplent de chevaliers, de pages et de nobles 
dames, comme au moyen âge : c'est le cadre qui a inspiré le 
tableau. Jovellanos, chez qui l'idée pure trouvait rarement une 
forme véritablement poétique, a été poète cette fois, c'est-à-dire 
créateur. De là à en faire un précurseur du romantisme, il y a 

i. Description de Bellver, Bibl. de Aut. Esp., tome XLVI, p. 395. 



68 E. MÉRIMÉE 



loin, je l'avoue; mais enfin, toute proportion gardée, l'antique 
forteresse féodale a été pour lui ce que, quarante ans plus tard, 
Notre-Dame de Paris devait être pour Victor Hugo. 

En résumé, si Jovellanos n'est ni un très grand écrivain, ni un 
poète supérieur, ni un moraliste ou un économiste dont les idées 
aient laissé une trace bien profonde, il a, dans presque toutes les 
voies ouvertes à l'activité de l'esprit humain, devancé ses compa- 
triotes. Mais, en même temps, — et c'est le trait saillant de sa 
physionomie, — tout en indiquant des routes nouvelles, où 
d'autres iront plus loin que lui, il a deviné les écueils, signalé les 
périls, donné quelques conseils qui auraient pu épargner bien 
des erreurs et éviter bien des retours en arrière. 

Quintana, très digne, il est vrai, de comprendre Jovellanos, 
a résumé en une phrase cette noble et féconde existence. 
« L'éloquence réclame Jovellanos pour ses beaux Eloges, l'his- 
toire pour ses Discours sur les spectacles et mille recherches 
curieuses et érudites sur nos antiquités, les Beaux-Arts pour sa 
passion, son goût exquis, la protection qu'il leur accorda, l'éco- 
nomie pour son admirable Loi Agraire, la politique pour ses 
éloquents Mémoires, les sciences pour l'Institut qu'il fonda, la 
philosophie pour l'esprit élevé qui anime tous ses travaux, la 
vertu pour les exemples de dignité, de justice, d'intégrité, de- 
patriotisme, d'humanité qu'il prodigua pendant toute sa vie avec 
le zèle le plus ardent et la constance la plus généreuse. » 



H. MERIMEE. 



UNE POÉSIE INÉDITE 



De Rodrigo COTA 



La Bibliothèque Nationale de Madrid possède, sous la cote K. 97, un recueil de papiers 
divers du commencement du xvi° siècle, à la page 94 duquel se trouve la très curieuse 
poésie que je retranscris plus loin. Les strophes 51, 52 et 53 font allusion à des événe- 
ments des années 1470, 1471 et 1472. La lecture de cette poésie est fort pénible ; les feuil- 
lets sont rongés par endroits. Certains mots sont complètement inintelligibles; néan- 
moins, je n'ai écrit en italique que ceux dont la lecture pouvait présenter quelque doute. 

R. Foulchh-Delbosc. 

Diegarias, contador mayor de los Reyes Catôlicos, casô un hijo ô sobrino 
con una parienta del cardenal don Pero Gonçalez de Mendoça. Conbidô para 
Segobia todos sus deudos : olvidôse 6 hi'çose olvidado de Rodrigo Cota el Viejo, 
natural desta ciudad de Toledo. Sentido délia, celebrô la boda con ese epitala- 
mio. Leyéndole la reyna dona Ysavel, dijo que bien parescia ladron de casa. 



4- 



Pergonçalez, Pergonçalez, 5. 

no sabeys donde batalla 

saveys do bino esta habla 

de Aquel que os guarde de maies. 

Entre Vos, hermano, y yo, 6. 

bino aqueste topamiento 

por algun buen casamiento 

que quiso juntar el Dio. 

Dad aca con vendiçion, 7. 

casemos a vuestra hija, 

queste coraçon me aguija 

por ganar este jubon. 

Pues luego si Vos quisierdes, 8. 

revolvelda con Manuel : 

tal sea el ano cual es el 

en quanto mano pusierdes. 



Unas acelguillas llevo ; 

ya hablallo he con mi hermana 

si esgradare del mançevo 

yo os responderé manana. 

Si esgradare, me decis, 

duelo bino en don Abrahan 

para el Dio siete letran 

con seys mill maravedis. 

Dolor he de Alvendalon 

floxo xende Alvendama 

solo en botas y jubon 

farre aca, farre aculla. 

Con el deseo quel toma 

de aquel frito de sarten 

badeando agua daten 

en un charco se nenfoga. 



70 



R. FOULCHE-DELBOSC 



9. Yolvamos a nuestro hecho 
es un mançevo sin mal 
de muy honrado cahctl 
arrendador de cohecho. 

10. De un agùelo Avenzuzen 
y del otro Abenami^s 

de la madré Sophomias 
del padre todo Cohen. 

1 1 . Sobrino de Avençavoca 
negro nieto de Confrel 
guarde el Dio callad la boca, 
negro sea quien mal le quier. 

12. Ah ! Judi hi del Açaque 

el que va y viene a Valencia 
haze cuenta con Maguaque 
con Hervor y con Hemençia. 

1 3 . Barravas son aparceros 

y que tienda y que caudal 
los mejores recepteros 
que hay ahora de su ygual. 

14. Juan Gonçalez nuestros deudos 
estos que viviendo mueren 
cuerdos son y aun no los quieren 
cuanto mas locos o beudos. 

15. Quando os vieredes en sala 
entre los nobles barones 
asentaos, que Dios os vala, 
que dizen en hora mala: 
quien lo hizo? los ratones. 

16. Ajuar quier que le den 

lo ques da a un confesohonnrado 
su cedaço y su sarten 
y su caldcra tanbien 
para guisar jamilado. 

17. Porque un malo Pormalvar 
dixo que comiô tocino 

y no vcays mas pesar 



que él lo oliô ni viô el mezquino, 

18. due comiendo una adafina 
entré a su casa el odrero 
ciego que no ve un dinero 
le levante tal résina. 

19. Hanme dicho que se trata 
con la hija de Çorrillo 
pues porque se desvarata 
porquesverguença deçillo. 

20. Una malvada vezina 
a su casa a verla vino 
vido un poco de ceçina 
levante que era tocino. 

21. Jurô al Dio non lo faria 
fasta apurar esta fama 

y aun por vida del Aljama 
ques una grande falsia. 

22. Que persona tan aguda 
que no tiene de seso onça 
si supies cual es Aldonça 
él la tomaria desnuda. 

23. Vivame cual es Aldonça 
si es hermosa, yo lo se, 
que pareçe en su almenen 
hija de los deMendoça. 

24. Bonita y de buen aseo 
blanca como un alcanfor 

con que gracia v con que aseo 
jura ansi : viva senor. 

25. Guayas de blanca y de flor 
v de sus negros maçales 
guayas de Clara ' Gonçalez 
guayas que harâ mayor. 

26. Vereys que dos javatillas ; 
guardeos Dios de tal pililla! 
florenquin y camarilla 

fide traga tajadillas. 



1. Dans le mss. on a raturé Clara et écrit au dessus Elvira. 



UNE POESIE INEDITE DE RODRIGO COTA 



71 



27. Aldonça que vos vivays 

y viva nuestro senor 
l por cual razon lo Jejays 
o porque ya no os casays 
como lo manda el Criador? 

28. Un exemplo oy contar 

j parayso liaya mi madré! 
que la hija sin la madré 
siempre queda por casar. 

29. Por el Dio quehegran dolor 
como de las hijas mias 

de vos y de vuestro honor 
que chica, grande, y mayor 
se os van en balde los dias. 

30. Délias veays placer bueno 
j hdgalas Dios maridadas ! 
que como vezino bueno 
os doleys del mal ajeno 
pareçe quien soys a osadas. 

3 1 . No fueron taies mis hadas 
que venga en miente a mi padre 
que mis yguales casadas 
tienen ya hijas prenadas 
j asi el Dio os guarde, compadre ! 

32. Quitaos esas gramavas 
y serbinos de altamias 

que ansi me andava yo en sayas 
quando era de vuestros dias. 

33. Y tomad esa altamia 

y llevadsela a la no via 
y decid que se la envia 
su tia que vien de Segovia. 

34. Hu que guesmo y que guisado 
nuncas mançilla en su cara 
siempre los del almanjara 
hazen esto jamilado. 

35. Daca mas almocarrado 
por vida de Juan Gonçalez 
daca hinche esos briales 
de la miel de las atacas. 

36. Que tardanças, que paranças 
en fretir siete bunuelos 



moços, moças, diablos duelos 
vino para harba dan cas. 

37. Venga ya el armin tostado 
y el toston frito en sarten 
y a vos le dexo acabado 

y es muy contento y pagado 
que el Dio le ha quesido bien. 

38. En la boda desta aljama 
no se comiô peliagudo 
ni pescado sin escama 

con quanto el marido pudo ; 

39. sino mucha berengena 
y açafran con acelguilla 
quien Jesu diga en la çena 
que no coma alvondiguilla. 

40. Casamiento que hecistes 
bueno tal sea vuestra vida 
veys aqui Aldonça parida 
despues que la bendijistes. 

41. Un fijuelo llorador 
luengo como un filisteo 
que en el duysca si non creo 
que ha de ser arrendador. 

42. Asi era su padre agudo 
con unas gramayas rotas 
que por atacar las botas 
al alvor saliô desnudo. 

43. Desganavas sobre un figo 
negro arrendador de çiençia 
que jamas hizo avenençia 
sin gallina, queso, o trigo. 

44. Por el lodo quel cubriô 

que es hoy viernes quel saba 
quiso sorber al abba 
solo porquel guisopo. 

45. Es un huerco baratero 
que vende iongos y salsa 
del lodo haze dineros 
vende jerapliega falsa. 

46. Vende mucho, vende caro, 
repica bien de almirez 
conoceys Anton de Faro, 



I* 



R. FOULCHE-DELBOSC 



a ese quita la vez. 

47. Saveys que hacia el mançel 
al escreuir lo pagado 
echava queso rallado 

par aflecho en el papel, 54. 

48. porque viniesen ratones 
a fazer en ello estrago 

en guis que los maharones 

dos vezes hiziesen pago. 55. 

49. Yo le vi a Manuel y a el 
por el siglo quesperamos 
vender vadeas entramos 

a las puertas de Xocrel. 56. 

50. Y despues por nuestra ley 
aun no pasô un aiïo entero 
yo le vi a tienda de Rey 

con criraya despeçiero. 57. 

5 1 . Yol vi el aiïo de setenta 
trafagando y con que acucias 
arrendador de minuçias 
sobre si toda la renta. 

52. Y aun el bien aventurado 58. 
sin tenerarrimo alguno 

ano de setenta y uno 
arrendô carne y pescado. 

53. No direis Aldonça en que ano 



si dire ansi vivays vos 
ano de setenta y dos 
cuando feçimos los dos 
al del garico el engaiïo 
Miembraseos de la merienda 
de alla del soto del lobo 
quando travaron contienda 
Manuel y el hijo del Hobo. 
Quiça se me accordara 
quando el hebre de Alcalâ 
se travô de los cabellos ; 
i que negros tiempos aquellos 

Y la negra sabrosia 
de la Roscadeça maya 
mientra el otro en la porfia 
nos comimos la alcalaya. 
Ques de aquellas corunbias 
de en cas de nuestras agùelas 
aquellas alcominias 

el placer las donosias 
aquel hervir de caçuelas. 

Y de aquel negro atayfor 
de Pero Lopez Momen. 
Bendicto nuestro senor 

que vive por siempre. Amen. 



LOS BESOS DE AMOR 

ODAS INÉDITAS DE DON JUAN MELÉNDEZ VALDÉS 



Dans le tome premier du Catdlo^o de la Biblioteca de Sàlvâ figure l'article 
suivant : 

316. POESIAS EROTICAS de varios autores de fines del siglo XVIII y principios del 
XIX. Manuscrite en 4 . 

Comprende este legajo composiciones de diferentes poetas modernos : entre ellos 
descuellan D. Tomas de Iriarte, D. Juan Meléndez Valdés y D. Leandro Fernandez 
Moratin. La mayor parte son inéditas y dificilmente venin la luz pùblica por ser dema- 
siado obscenas. 

Cette liasse de manuscrits m'appartient depuis peu. La lecture attentive de 
ces poésies m'a convaincu de l'injustice du jugement de Salvd : sans doute 
quelques-unes ne pourraient être que difficilement publiées, mais la plupart, 
tout en étant d'un genre badin ou même léger, sont loin de mériter le 
reproche d'obscénité que leur a adressé le célèbre bibliographe. 

J'ai eu le plaisir de trouver, parmi les pièces qui composent ce recueil factice, 
une série de 23 odes de Meléndez Valdés, formant un cahier de 42 pages 
(206x146 millim). Le premier feuillet porte au recto l'inscription suivante : Los 
Besos de Amor De Juan Segundo Traducidos par el D< Z> Juan Melénde^ l'aidés. 
Malgré ce titre explicite, placé là comme pour dérouter le lecteur, ces odes ne 
sont pas la traduction des Basia de Jean Second. Que le poète espagnol se soit 
inspiré de l'œuvre latine, la chose n'est pas douteuse ; mais il n'a ni traduit 
ni même imité : dans ses 23 odelettes on ne retrouve que de loin en loin 
une concordance avec tel ou tel passage d'un des 19 Basia. 

11 eût été très regrettable que les Besos de Amor fussent demeurés inconnus ; 
je les considère en effet comme un des chefs-d'œuvre de la poésie anacréon- 
tique espagnole. A l'inverse du poète silésien Gùnther qui ne sut pas être 
décent dans sa traduction des Baisers de Jean Second, Meléndez Valdés s'y 
révèle comme le plus chaste des chantres delà volupté. 

Sans avoir de données sur l'époque de la composition de ce petit poème, 
j'incline à croire que le poète espagnol l'écrivit dans ses jeunes années. Jean 
Second n'avait pas vingt-cinq ans quand il mourut ; c'était peut-être l'âge de 
Meléndez quand il s'inspira de son célèbre devancier. L'un et l'autre auraient 
pu donner pour épigraphe à leurs poésies ce vers de Mimnerme : 

T 1 '? oé ft.o;, Tt oe teo-vÔv %-.iz ypudéTjç '.Vf poo;T7]ç ; 

R. Foulché-Delbosc. 



74 



JUAN MELENDEZ VALDES 



LOS BESOS DE AMOR 



mis labios,.. ay! se oprimen 
pues con los que te he dado 
mi sed no satisfice. 



lte, agite ac pari ter sudale medullis 

Omnibus inter vos ; non murmura vestra 

\coluniba 

Brachia non hederœ , non vincant oscula 

[coucha'. 

Fragm. Epithal. 

Imper. Gallieni. 

Al lecho, al lecho; y en arâiente fuego 
los miembros se os derritan ; 

no los arrullos del palomo ciego 
con los vuestros compitan; 
no los amantes bravos 

la hiedra envidieu en sus dulces la^os ; 

ni las couchas del mar innumerables 

excedan vuestros besos incesables. 



ODA i» 



Los besos regalados 
que en medio de iaslides, 
dulcisimas de Venus 
mil veces recibiste ; 
los que à tus dulces labios 
besdndome apacibles 
mas dulces que las mieles 
robe tambien felice ; 
en numéros sonoros, 
mi musa los repite, 
y mi amor, Galatea, 
te los consagra humilde. 
Ôyelos pues, y afable 
porque su ardor alivie 
à darmelos de nuevo 
querida te apercibe, 
que ya de mil m illares 



ODA 2* 

Quando la vez primera 
di a Nise un dulce beso, 
florido amomo y casia 
respiraba su aliento, 
y de su dulce boca 
mis labios recogieron 
tan dulce miel quai nunca 
la diô el collado hibleo ; 
asi por apurarla 
con hidrôpico anhelo, 
mil, y mil, y mil veces 
cada dia la beso , 
y el numéro acabado, 
torno à darla de nuevo 
mas besos que â su Adonis 
dar pudo la aima Venus. 

ODA s* 

Quando mi blanda Nise 
lasciva me rodea 
con sus nevados brazos, 
y mil veces me besa ; 
quando a mi ardiente boca 
su dulce labio aprieta 
tan del placer rendida 
que casi a hablar no acierta : 
y yo por alentarla 
corro con mano inquiéta 
de su nevado vientre 
las partes mis sécrétas ; 
y ella entre dulces ayes 
se mueve mas, y alterna 
ternuras y suspiros 
con balbucicntc lengua ; 



LOS BESOS DE AMOR 



75 



ora Hijito me llama, 
ya que cese me ruega, 
ya al besarme me muerde, 
y moviéndose anhela. 
Entonces j ay ! si alguno 
contô del mar la arena, 
cuente, cuente, las glorias 
en que el amor me anega. 

ODA 4* 

Juguemos, Nisa mia, 

y quando el sol dorado, 

forme el rosado dia, 

é lo esconda inclinado 

en las esferias olas, 

hallenos siempre à solas 

en retozos y en juegos. 

Yo enamorado y ciego 

te dire... j ay ! Palomita, 

y tu con voz blandita 

me diras : Pichon mio, 

y quando en el exceso 

de mi furor te diga 

dame, Paloma, un beso, 

tu a mi cuello enredados 

los dos brazos, amiga, 

mil y mil delicados 

y otros mil bas de darme, 

y vibrando de prisa 

la lengùita al besarme, 

me herirâs de un muerdito, 

diciéndome : jay ! i no es Nisa 

tu Palomita, hijito, 

tu miel y tu dulzura ? 

tuya soy j que ventura ! 

mâs mas bésame y mira 

quai bullen descubiertos 

mis pechos tan cargados 

por ti, que ya retiran 

la holanda en que guardados 



estaban. i Ay ! ; do vas? dônde 

tu dedo j ay ! . . . i ay !.. se esconde 

lascivo! jque hacemos!... 

Asi, Nisa, juguemos, 

asi mientras floridos 

ambos gozar podemos 

de Venus la dulzura. 

Ni en vano huyan perdidos 

nuestros tiempos mejores, 

que ya con mil dolores 

la vejez se apresura 

y en llegando, mi vida, 

la fuerza ya perdida 

ay me ! la tos obscura 

vendra en desquite luego 

del retozo y del juego. 

ODA s* 

El que con tiernos ojos 
rendido una vez miras 
de piedra es si no salta 
con sûbita alegria ; 
y si el mismo en tus labios 
mil dulces besos liba , 
feliz très y mâs veces 
le digo ya en tal dicha ; 
empero si en tu lecho 
recibirle te dignas , 
no ya feliz le llamo, 
Dios es, Dios, blanda Nisa 

ODA 6* 

Dicen que te doy, Nisa, 
mil delicados besos, 
quai nuestros viejos tristes 
nunca darlos supieron ; 
mas yo si en tiernos lazos 
cino tu blando cuello 
y al besarte y besarme 



76 



JUAN MELEXDEZ VALDES 



quasi de placer muero, 
l he de indagar curioso 
mi vida ? nada de esto , 
quando do esté, ô quien sea 
saber apenas puedo. 
La bella Nisa oyôme, 
riôse, y al momento 
con su nevada mano 
ciiîô mi amante cuello 
y un beso tan lascivo 
con rostro tan risueho 
me diô, quai nunca a Marte 
dar pudo el aima Venus, 
diciéndome: ique ternes 
la grita de los viejos ? 
i ay ! de tus besos dulces 
yo sola juzgar debo. 

ODA 7* 

Pedite un dulce beso, 

y tû al ddrmelo, Nisa, 

los labios de mi boca 

tan de ligero guitas, 

que quai huye asombrado 

el que en la hierba pisa 

la vi'bora, asi lejos 

de mi tu faz retiras. 

i Ay! ... ay! ... esto no es darme 

un beso, sino vivas 

ansias de que me beses 

mil vezes, vida mia. 

ODA 8» 

Mil besos te he pedido : 
tû fiel à mis promesas 
mil veces solamente 
blanda Nisa, me besas. 
Mas, ay ! ay ! porque avara 
asi luego escaseas 
tus besos regalados, 
que me los das por cucnta? 



I Si dan Ceres y Baco 
sus dones à" la tierra, 
las cubas y los troxes 
contando, los hinchieran ? 
I Si llueve el almo Jove 
las gotas con que riega 
los âridos sembrados, 
contadas, que sirvieran? 
Pues; ay ! tu siendo Diosa 
muy mas que Venus bella 
l â que contar los besos 
y no contar mis penas? 
I Si es que contarlas puedes 
tus dulces besos cuenta ; 
sino, jucunda Nisa, 
sin numéro me besa. 

ODA 9a 

Quando en tus dulces labios 
descanso, mi seiïora, 
chupando de tu aliento 
las flores olorosas, 
por uno de los Dioses 
que en el Olimpo moran 
me tengo y mas si aun cabe 
ventura mas gloriosa. 
Mas luego que te apartas, 
yo el que por Dios ahora 
me tuve, y mas si aun hubo 
mayor alguna cosa, 
dcl Orco ya me siento 
ay ! en las negras sombras 
y mas si aun hubo suerte 
màs baja y mas penosa. 

ODA io» 

Quando con tiernos brazos 
me enlazas y rodeas, 
v el cuello reclinado 
el pecho y faz risuena, 
tus labios a mis labios, 



LOS BESOS DE AMOR 



77 



oh! blanda Nisa, llegas, 

y atrevida me muerdes 

y mordida te quexas, 

y aqui, y alli, vibrando 

la balbuciente lengua, 

ya chupas, ya respiras, 

la dulei'sima y tierna 

aura de tu suave 

anima que alimenta 

mi vida misérable ; 

quando blanda me besas 

y agotando esta mia 

caduca, y con la fuerza 

del ardor encendida, 

del ardor que alimenta 

el impotente pecho, 

le burlas y le templas 

de un soplo; ay ! aura dulce 

que mi calor recréas ! 

perdido exclamo entonces 

que Dios de Dioses sea 

Amor, y que ninguno 

ser mayor que Amor pueda. 

Empero si algun otro 

aun le excède en alteza, 

tu sola mayor ères 

que el Amor, Nisa bella. 

ODA n* 

Ay ! déjame, luz mia, 
déjà, donosa mia 
y mis dulces amores, 
besar esos ojuelos 
que el aima y pecho mio 
tanto alegran ; y déjà 
que el tu pelo dorado 
que al dorado cabello 
de Apolo y al de Baco 
se aventaja, yo bese. 
Ay ingrata ! Ay esquiva ! 
que tan ligero premio 



niegas y este descanso 
à tu amante y poeta. 
iQue te burlas donosa? 
1<D porque asi présumas 
que me veas, forzada 
por pedirtelo huyes 
de lo que mas deseas? 
Pues ay ! he de cogerte 
por fuerza, y a tu cuello 
he de enredar mis manos, 
y juntar a mi rostro 
el tuyo, y a tus labios 
los mios ; y aunque niegues 
y reniegues y luches, 
que fiera me amenazes, 
te daré hasta mil besos : 
tu morderàsme todo, 
y aqui, y alli, tus unas 
me heriran, pero en vano, 
que sus surcos no temo, 
ni tus muerdos, mas antes 
quanto mas me araiïares 
y fiera me mordieres, 
mas regalados besos 
te daré, y con mas fuerza 
te estrecharé en mis brazos. 
j O dulci'simas rinas! 
i O muerditos suaves ! 
I Hacerme, Nisa, quieres 
feliz ? pues niega siempre 
tus besos a mis ruegos 
para que yo asi pueda 
robados de tu boca 
gustarlos mas suaves. 

ODA 12* 

Despues de los dolores 
de largo enojo y doloroso olvido, 
torna a unirnos Cupido 
en sabrosos amores 
y ya, Amarilis mia, 



78 



[UAN MELENDEZ VALDES 



danos Venus la paz que dar solia. 

Ya me da que ver pueda 
tus lascivos ojuelos y tu boca 

que a mil besos provoca, 

y gozar no me veda 

tuspechos y tu seno, 
dulce miel, dulce mal, dulce veneno. 

Ay ! Ay ! si yo gozara 
en regalado lecho, aquella rosa 

tanto a Venus odiosa, 

y quai olmo abrazdra 

tu cuello delicado, 
en un mar de deleites anegado ; 

y el amor en su vaso 
nos diera el quinto nectar delicioso 

en el lance glorioso 

do jamas anda escaso 

en derramar su cebo 
y es paso un gusto de otro gusto nuevo, 

i por quan bien empleado 
diera el antiguo enojo y el olvido ! 

A la Diosa de Gnido 

ante el ara postrado 

tu zona dedicdra, 
y un par de palomitas consagrdra. 

Entonces tus ojuelos 
ardieran en mirdndome, alternando 

tu labienzuelo blando 

entre amantes anhelos, 

el muerdo y la saliva 
y el beso burlador que el aima priva. 

O con voz amorosa 
el queridito mio, aprisa, aprisa 

entre lasciva risa 

al andar deliciosa 

por tu vientre nevado 
mi mano, otro besito regalado. 

Que alliamor nos moviera 
mezcldndose de entr.unbos el aliento, 

y si el mole ardimiento 

cesdra entonces fuera 



quando en mansos quejidos 
en deleites queddramos dormidos. 

Mas al punto excitando 
mil amorosas burlas y caricias, 

para nuevas delicias 

nos fuéramos probando, 

y entre lascivos juegos 
nos inspira amor deleites nuevos. 

Con esta dulce vida 
recompensa Amarilis los dolores 

que causan tus rigores 

y olvido, y fé perdida, 

y premio de ambos sea 
la amiga posesion que amor desea : 

que tû ya premiar sabes 
mi carino, y aun tengo en la memoria 

la dulci'sima gloria 

de los besos suaves 

con que diste algun dia 
cebo d mi amor, y aliento d mi porfia. 

ODA 13a 

O noche deliciosa ! 
O afortunado lecho ! o gloria mia ! 

O Amarilida hermosa ! 

mi amor en ti confia 
la dulci'sima gloria de este dia. 

Pensando en mi amor ciego 
los venideros ratos concertados 

y aquel lascivo juego 

con tus pechos ncvados, 
y mil sabrosos besos d hurto d'ados, 

quando en tiernos abrazos 
d tu cdndido cuello asido estaba 

quai la vid con mil lazos, 

v tu boca sonaba 
con los ardientes besos que me daba. 

Qucdéme ayer dormido 
i o nunca despertara d mds dolores ! 



LOS BESOS DE A.MOR 



79 



Ay ! yo soné el cumplido 
premio de mis amores 
gozdndote, mi bien, entre las flores. 

i Quan dulces cosa via ! 
que brazos ! y que pechos ! que cintura ! 
mi vista discurria 
con ardiente presura, 
ansioso de gozar tanta hermosura 

y al cerïir d tu cuello 
mis amorosos brazos en cadena, 
ora tu labio bello, 
con dulces vozessuena, 
y ora al quejarse mi furor refréna. 

Mas yo de amor perdido, 
ya tus ayes, donosa, me aplacaban, 
va de tu ardor movido 
las ropas te quitaba 
y toda de mis besos te anegaba. 

i Que de luchas trabamos, 
quitada ya la luz ! y d quantos juegos 
de nuevo, ay me! tornamos ! 
ora humilde à mis ruegos, 
ora pugnando entrambos de amor 

[ciegos. 
Ya las tetas mostrabas 
redonduelas y cdndidas quai nieve, 

y ya las ocultabas 
porque de nuevo pruebe 
mi mano d hallarlas, y en su ardor se 

[cebe. 
Mas quando amor instiga 
al dulce ayuntamiento apetecido 
y en sabrosa fatiga 
me falta ya el sentido, 
de un éxtasis dulcïsimo impedido, 

tû con lasciva mano 
tocdndome proterva, a nueva vida 
del sueno soberano 
me tornas at revida. 
y un besito d otro suerïo me convida. 



Asi se dobla el fuego 
y los halagos crecen al sonido 

del alternado ruego 

respondiendo d un quejido 
el muerdito en el beso confundido. 

Y entre el murmullo lento 
el anima parece en suspirando 

salirse entre el aliento, 

que nos va faltando 

para tantos deleites no bastando. 

Engdnase el que intenta 
poner término d amor y sus furores, 

porque él sabe sin cuenta 

mil deleites y ardores, 
y mil modos de abrazos y favores. 

1 Que aprovecha d lo obscuro 
envolver el amor?d la luz clara. 

gôzelo yo seguro 

sin que me niegue avara 
la divina Amaralida su cara. 

Yea de sus ojuelos 
el lascivo mirar y oiga el sonido 

de sus blandos anhelos, 

quando a compas movido 
mi muslo suene, d su muslo unido. 

Y la vista derrame 
por su nevado vientre y por sus lados, 

v tanto amor me inflame 

que en lazos duplicados 
mil veces nos gozenlos ayuntados, 

saciândose mis ojos 
en quanto el hado crudo asi lo ordena 

pues los fieros cerrojos 

la muerte al lado suena 
del Orco do tan presto nos condena. 

Por esto, gloria mia, 
la verdad de mi sueno no tardemos, 

y en ardiente porfia, 

ahora que podemos, 
los dulces gustos del amor gozemos. 



8o 



JUAN MELENDEZ VALDES 



ODA i4 a 

Diera yo, blanda Nisa, 
con amoroso anhelo 
a tus frescas mexillas 
y a tus ojos parleras 
v ;i tus purpûreos labios 
cien regalados besos, 
cien mil à tu garganta 
y a tus nevados pechos 
mil veces, mil y tantos 
millares como el cielo 
de estrellas, y el mar tiene 
de arenas en su seno. 
Pero av! que al inclinarme 
a besar de amor ciego 
tus amorosos labios 
y brillantes ojuelos, 
ni las tiernas mexillas, 
ni los ojos traviesos, 
ni de tu amable boca 
las dulces risas veo, 
que quai las negras sombras 
del cielo ahuyenta luego 
que el sol de Oriente nace 
banando en lu/, el suelo, 
tal tu amorosa gracia 
templa mi llanto, y luego 
del aima echa las penas, 
los ayes de mi pccho, 
mi bien, que dulces lides! 
j quanto bcsarte quiero ! 
mis labios y mis ojos 
reiiir ardientes veo. 

ODA i$ â 

Mi humilde rostro hierc 
ci m ufias atrevidas, 
que asi amor se alimenta 
de rcgaladas rinas, 



y arrancame y revuelve 
la cabellera riza, 
y estorba mis deseos 
en tu ropa ceîïida, 
que tanto son sabrosas, 
j ay ! quanto resistidas, 
o blanda Galatea 
de Venus las delicias. 

ODA i6* 

No entre tan blanda risa 
me beses, Galatea, 
ni asida de mi cuello 
mas de lasciva prendas. 
Modo hay en los placeres 
y aquél que mas deleita 
bien presto repetido 
ya el aima lo de sécha, 
y asi si te pidiere 
nueve besos, tû déjà 
dos solamente y grita 
los siete de la cuenta ; 
y ni hûmedos ni luengos 
procura bien que sean, 
quai darlos suele al padre 
la cândida doncella : 
mas con lasciva planta 
huye luego y ligera 
guarte à mis blandos ojos 
en una oculta pieza; 
yo en pos lie de seguirte 
porque al hallarte en ella 
pueda enlazar mis manos 
de tu garganta bella, 
rnkindote amoroso, 
quai en sus unas fieras 
la flaca palomita 
el gavilan se lleva. 
Tû las vencidas palmas 
tenderàs, Galatea, 



LOS BESOS DE AMOR 



81 



y enredada en mi cuellp 

quai del olmo la hiedra, 

ya con los siete besos 

Je regalado nectar 

querrâs templarme; v quanto, 

regalo mio, yerras? 

Pues para perdonarte 

me debes dar setenta, 

v aun entre tiernos lazos 

te he de tener sujeta 

hasta que por tus gracias 

me jures que deseas 

por otro tal delito 

llevar la misma pena. 

ODA 17a 

Mis ojos à los labios, 
si à te besar me llego, 
luego envidian, ni pueden 
carecer de tu aspecto, 
y si en tu dulce vista 
los ojos saciar quiero, 
mis labios envidiosos 
me lo resisten luego, 
porque el candor nevado, 
de tu purpûreo pecho 
los atrae y provoca 
como el iman al hierro. 
j Ay soberana fuerza 
de hermosisimo objeto ! 
que obliga à que yo propio 
Jisienta de mi mesmo. 

ODA 18* 

De besos regalados, 
de amores, de caricias, 
en tu mullido lecho 
Iléname, Filis mia ; 
v enrédate a mi cueilo 

Revue hispanique. 



las bocas tan unidas, 

que tû mis aires bebas, 

yo tu aliento reciba ; 

tus dos ojuelos brillen 

y al entrarse lasciva 

con blando afan mi mano 

por la dorada cima, 

suene un murmullo blando, 

y â par de la latiga 

dulefsima de Venus 

con débil voz suspira; 

tus quejidos me alienten, 

muérdame tu iengùita, 

tus brazos me aprisionen, 

tu anhelo me dé prisa, 

v venga j ay me! la muerte, 

que entre tanta delicia,! 

Filis, si llegar osa 

no es muerte sino vida. 

ODA 19' 

Paloma amorosa 
basta no te quejes 
que va de tus brazos, 
colgado me tienes ; 
ya mi dulce boca 
de la tuya bebe 
tu aliento mas dulce 
que las dulces mieles; 
mi lengua vacila 
mi pecho se enciende, 
i Ay que desfallezco ! 
Bien mio, sostenme ' 
sostenme, v tus brazos 
màs y mas me estrechen, 
y ni tu ardor pare 
ni tus besos cesen ; 
i Que dulce muerdito 
con lascivo diente 
me bas dado ! Repara 



JUAN MELEXDEZ VAEDES 



que el labio me hieres. 
£ Que quejas son estas ? 
I que es esto ? détente, 
que en tantas delicias 
mi anior desfallece; 
l suspiras y anhelas 
y à par que te mueves 
tus ojuelos bullen 
v tus ayes crecen? 
I Que es esto, amor mio? 
reposa... i que tienes ? 
I me abrazas, y gimes ? 
I que... Nisa... que sientes 
j Av ! ique te desmayas? 
No temas ; advierte 
que va delicioso 
mi amor te sostiene, 
reposa en mis brazos 
v tu ardor se temple, 
mas no de mi cuello 
los tuyos descuelgues, 
y déjà â mis labios 
que el aima alimenten 
en los albos pechos 
y en ellos se ceben ; 
ni tû de cansada 
mil besos me niegues 
que activos de nuevo 
mis Hamas alienten, 
porque alli, bien mio, 
en blandos placeres 
tan dulces desmayos 
gozeraos mil veces. 

ODA 20» 

Los lascivos besos 
quL entre blandas risas 
me das amorosa 
y amor los envidia 
repite mil veces, 



dulcfsima Nisa, 

pues asi se alienta 

el anima mia, 

y no son mas dulces 

las mieles de Hiblia 

que el nectar que en ellos 

tus labios destilan ; 

ni asi las palomas 

al amor heridas 

con trémulos picos 

se besan amigas, 

ni tantos olores 

el Arabia cria 

quai blandos aromas 

tu pecho respira. 

i Av ! trémula suena 

tu dulce lengùita, 

v el labio amoroso 

se queja y suspira ! 

Cesemos, cesemos, 

y alla te retira, 

que el aima fallece 

con tanta delicia. 

ODA 21» 

Con blanda boca un beso regalado 

me diô la ninfa mia, 

v mas dulce v preciado 
me parecid queel nectar v ambrosia, 
quai del tomillo y casia deliciosa 

al ir Febo rayando 

en verano oficîosa 
la abeja liba entre susurro blando. 
V con proterva planta diôligera 

a correr v esconderse, 

porque lasciva espéra 
poder en las tinieblas guarecerse ; 
emperoquan envano! que escondida 

no quiere amor dejarla, 

v la antorcha encendida 



LOS BESOS DE AMOR 



83 



en su busca me alumbrahasta toparla. 
Ya, ya, segunda vez te tengo asida 

,; de que tiemblas en vano? 

j Ay mi bien ! Ay mi vida! 
ya te tengo y te asf con blanda mano. 
Por tan dulce trabajo nueve besos 

en pago dame, y todos 

con tus labios traviesos 
dàmelos, Nisa, de diversos modos. 
I Di, di, no sientessime estas besando 

que a los labios concurren 

las aimas y buscando 
la mitad que les falta, ambas discurren? 
Asi, mi vida, asi, Paloma mia, 

las aimas ayuntemos, 

y tal que en ningun dia 
tan dulci'simo lazo separemos. 
Antes quando los plazos sean cum- 

[plidos 

de nuestra fragil vida 

un solo espi'ritu, unidos 
los labios, de dos bocas se despida. 

ODA 22* 

Para que, Galatea, 
para que tus mexillas, 
si no para besarlas 
despues de bien lamidas? 
Pero haciéndolo todo 
con blanda lengùecita 
que goze y no lastime 
su purpura florida, 
que no en vano Citeres 
de sus rosas mas finas 
y de sus azuzenas 
te las sembrô benigna ; 
asi no mas las guardes, 



no mis, Paloma mia, 
que labios de un amante 
besando no lastiman. 

ODA 23» 

Dulce Paloma 
del aima mia, 
mas no te quejes 
de amor herida, 
ni el tierno labio, 
que dm bar respira 
nuis tristes ayes 
fi 110 repita. 
Ya vuelvo al lecho 
do tû lasciva 
con mil besitos 
mi ardor atizas ; 
ya de mi cuello 
puedes asida 
pender, que arable 
ya te convida. 
Llega y volvamos 
d las delicias 
de amor; un beso 
dame benigna, 
ddmelo, empieza 
que me lastima, 
bien mio, el aima 
verte afligida ; 
y no tus brazos 
me cansan, Nisa, 
mas por provarte 
fingî que huia. 
Ya vï tus ansias : 
llega, mi vida, 
y el ceno trueca 
por juego y risa. 



VA R I A 



1. Notes sur Guillén de Castro. 

I. Sur le séjour de C. en Italie. — On sait qu'à la suite d'événements drama- 
tiques, encore mal connus, Guillén de Castro passa plusieurs années dans le 
royaume de Naples. Mais les dates de ce séjour étaient restées obscures. Une 
note des Amantes de Teruel de Juan Yagùe de Salas m'a permis d'établir qu'en 
1616, il était depuis quelque temps déjà rentré à Valence (voy. Mocedades del 
Ciel, p. xxvn). Quant à la date de son départ pour l'Italie, elle me semblait 
pouvoir être placée entre 1603 et 1606. Un document, que je dois à l'obli- 
geance de M. B. Croce, de Naples, me permet aujourd'hui de préciser cette 
date. Ce sont les lettres patentes du gouvernement de Scigliano, octroyées à 
G. de C. à la date du I er juin 1607. {Archiva di Stato di Napoli. — Officîorum 
Collatérale, vol. II. 1606-1608, fol. 99 recto : Giiglielmus de Castro.) 

« Expediu fuit provisio patens officii Capitaneatus terre Scigliani in personam 
M ci Don Guglielmi Je Castro, pro uno anno integro et deinde in antea ad 
beneplacitum cum pensione lucris gagiis et emolumentis solitis et consuetis, 
qui prestidit juramentum in manus m ' et circumspecti Pétri de Valcassel {sic 
p. ValcârcelT) regii Collateralis consiliarii et regiam cancellariam regentis, cum 
aliis clausulis solitis et consuetis in forma regiae cancellariae. Datum Neap 1 die 

p" Junii 1607. 

El coude de Ven.ivente. » 

C'est donc très vraisemblablement à la fin de 1606 ou dans les premiers mois 
de 1607 que Castro arriva dans le Royaume de Naples. Cette ville de Scigliano, 
dont on avait fait Seyano, Sejano, se trouve dans la Calabre Citéricure, non loin 
de Martorano, district de Cosenza. 

H. — Sur la date de la première édition des Comédies de G. d. C. — Ximeno 
dans ses Escritores del Ri yno de Valencia, assure que les deux parties des Comédies 
dé C. se réimprimèrent (se reimprimieron) à Valence, en 1 61 8. Salvâ, La Barrera 
et d'autres ont mis en doute l'existence de cette édition, qui, pour des raisons 
exposées dans l'ouvrage cité plus haut, me paraissait certaine. La chose est 
hors de doute depuis que M. A. L. Stiefel a assuré avoir tenu entre les mains 
un exemplaire (le seul connu) de cette édition sortie des presses de F. Mey. 



VARIA 8 5 

(Zeitschrift f. rom. Phil. 1891, XV Bd, 1.2. H.) Mais il y a plus. Non seule- 
ment il faudrait, si l'on en croit M. Stiefel, admettre une édition de la Primera 
parte de 1614, mentionnée par Ticknor, mais même reculer encore cette date. 
En effet, Lope de Vega, dans sa Dama Bdba (III, 2), cite las « Comedias de 
Don Guillen de Castro ». Or il existe, selon La Barrera (Catdlogo, p. 434), 
dans le fonds Osuna de la Bibl. Nation, de Madrid, un manuscrit de la Dama 
Boba, signé de Lope, et daté du 28 avril 161 3. Si le fait est bien exact, il en faut 
conclure qu'il avait paru, avant cette date de 161 3, au moins un recueil des 
Comédies de Castro, et c'est à ce recueil que C. fait allusion, lorsque, dans la 
i re partie authentique (1621) et dans la 2 e partie authentique (1625), il 
nous apprend que, pendant son absence (esiando yo ausenté), un libraire peu 
scrupuleux avait imprimé « douze comédies » de lui. La conjecture de Stiefel, 
pensant qu'il s'agit bien dans la Dama Boba d'une publication originale et non 
d'un recueil factice de Sacltas, paraît donc très vraisemblable, mais il faut 
remarquer d'autre part que Castro ne parle que d'une seule Parte (doce Comedias) 
apocryphe. 

E. Mérimée. 



2. Deux lettres inédites d'Isabelle la Catholique concernant 
la famille de Rodrigo Cota. 

On sait combien sont rares les données que nous possédons sur Rodrigo Cota, l'auteur 
du dialogue de l'Amour et du Vieillard. La Bibliothèque Nationale de Madrid possède, 
sous la cote Dd 59, un recueil renfermant une série de documents des xv° et XVI e siècles, 
dont la plupart concernent Tolède. Ces documents ont été recopiés au commencement du 
xvm c siècle. A la page 91 et suiv. se trouvent deux lettres d'Isabelle la Catholique, l'une 
du I er novembre 1462, l'autre du 27 mai 1472, qui serviront peut-être de point de départ 
pour de nouvelles recherches sur Cota et sa famille. 

Première lettre : 

Io la Princesa de Castilla e de Léon, Reyna de Sicilia, Princesa de Aragon 
embio mucho a saludar i Vos los honrados Assistente, Alcaldes, Alguacil, 
Regidores, Jurados, Cavalleros, Escuderos de la muy noble Cibdad de Toledo 
como aquellos q mucho precio. la creo que sabeis como el Mariscal Fernâdo 
de Ribadeneyra, y Pedro de Ribadeneyra su fijo, y Christoval Bermudcz de un 
mes a esta parte poco mas u menos tienen presos en la Fortaleza de Canales al 
Jurado Sancho Cota, e a Rodrigo Cota su fijo a los quales prendieron por 
razon que el Bachiller Alfonso de la Quadra, Alcalde en la muy noble Cibdad 
de Avila, fijo del dicho Sancho Cota fizo cortar la mano por justieia a un escu- 
dero del dho Mariscal Fernando, diciendo demas desto q le havia lebado ciertos 



86 VARIA 

castellanos : e agora nuevamente me es dicho que es libre el dho Rodrigo 
Cota por resta de que del ovieron de noventa mill mfs, llevando luego prendas 
por los sesenta mill mfs, por lo restante quedô preso el dho Sancho Cota, de 
lo quai todo soy muy maravillada del dho Mariscal facer ni dar consenti miento, 
que semejante dano, e agravio tan indebidam' se les ficiesse no se yendo 
encargo alguno. Por lo q el dho Bachiller Alfonso de la Quadra su fijo fizo 
por via y execucion de justicia y non haviendo llevado los dhos castellanos ni 
parte dellos por cierta informacion que sobre ello yo he havido e por quanto 
no en menos estima tengo qualquier agravio y dano, q por esta causa hayan 
recebido, q si en mi mesma se ficiesse, por q se ha fecho, y face en ofensa mia, 
y en menosprecio de mi justicia, e por que a vosotros es cosa honesta dar 
sobre esto el remedio q cumple a mi servicio y a la buena deliberacion del dho 
Sancho Cota, y no dar lugar ni consentir q semejante deservicio y mengua 
por esta causa se me siga, mayorm te por los dhos Mariscal e su fijo, e Chris- 
toval Ikrmudez ser Vecinos, y Parientes vuestros por ende afectuosam te vos 
ruego si complacer e servirme deseais, como confio de vos, tengais luego 
manera como el dho Sancho Cota sea libre de la dha prision, e sin rescate 
alguno travajando assimismo con todas vfas fuerzas como restituyan las pren- 
das y bienes que tienen por el rescate de los dhos sesenta mill mfs enteram te , 
pues q no han tenido ni tienen razon alguna para lo detener preso ni mucho 
menos para llevar los mfs del dho rescate p r q si algo por este caso se hoviesse 
de dar, yo lo havria de pagar e no ellos, por ser, como es, la causa mia propia, 
e tocar a mi este fecho, e si assi lo ficieredes, sed ciertos vos lo regradecere en 
mayor grado q podriades pensar, y conoceré de vosotros q demas de facer en 
esto vro deber, teneis voluntad, y deseo, de me complacer, y servir, y me dareis 
por ello cargo para mirar por el bien vro y desa ciudad, y si ansi no lo ficie- 
redes, y en ello alguna escusa y dilaciô pusieredes, sed ciertos q a cargo vro, 
p s el caso tanto me toca, mandaré proveer en ello, como cumple à mi servicio, 
y al bien del dho Sancho Cota y sus hijos. De la Villa de Tordelaguna a pri- 
mero dia de Noviembre de lxij anos. Io la Princesa. Por mandado de la 
Princesa. Alonso de Avila. 

I )] UXJÈME LETTRE : 

La Reyna 

Asistente, Alcaldes, Alguacil, Regidorcs, Cavalleros, Jurados, e Hombres 
buenos de la muy noble e muy leal ciubdad de Toledo : vi la carta q con Juan 
de Ribadeneyra, e Diego de Villarreal, Regidores desa muy noble Ciudad me 
embiasteis, en q me embiabades a suplicar mandase embiar a esa Cibdad la 
Muger, y hijos del Tesorero Fran ro Cota, e soy muy maravillada, por q el Rdo 
Padre Obispo, quando de alla vino, me dixo como el noble Marq s de Villena, y el 
con todos vosotros dexaba asentado en q por el bien y paciflcacion desa ciud d 



VARIA 87 

yo mandasse emhiar las prendas de los ochoztos m ;n m f s y q sobre esto voso- 
tros me haviades de embiar vros mensageros, y con me decir el R do Obpo q 
esto estaba asentado con vosotros, aunq por ser cosa fïierte, à mi plugo de lo 
mandar cumplir, como por otra carta, q vos huve escrito havreis visto, y vereis 
y agora me embiô a decir q se entregue la Mujcr e fijos del dho tesorero, qui- 
riendo luego cumplir con las dhas prendas, e con mas, si necesario fuere, 
pareciô cosa muy fuerte facer tantos asientos en este negocio, pero por que 
veais quanto yo hé gana de mirar el bien y honra desa muy noble cibdad, yo 
embio manana mensagero de mi Casa a Pedrarias p a q si el quiere soltar los 
presos, e prendas q tiene fechas a esa noble cibdad e asegurar de non facer e 
pedir lo suyo por justicia como spfe dice que quiere, yo entregaré en poder del 
noble Marques en esa cibdad la dha Muger, e fijos del dho Fran co Cota, p-' q 
clla y sus fijos esten en esa cibdad, donde el dho noble Marq s los pusiere fasta 
q su deuda sea averiguada e pague lo q justam te se hallare que debe e donde el 
dho Pedrarias assi no quisiere parecer con las prendas como quedô assentado 
con los dhos R do Obispo, y noble Marques, para sacar a paz, y a salvo al 
Asistente y a su Fiador : e fasta saber la respuesta del dho Pedrarias, yo mandé 
à los dhos Regidores que esperassen aqui p- 1 que de lo uno, y de lo otro lleven 
recaudo. De Escalona a xxvij de Mayo de lxxij. 

R. Foulché-Delbosc. 



BIBLIOGRAPHIE 



Langue. 



Dialecto colombino (Gramâtica), por D. Bernardo Garcia Yerdugo. Madrid : 
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Gambicr, R. N. Informe lei'do en la Real Academia de la Historia, por Cesàreo 
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Averiguaciones de las antigûedades de Cantabria, enderezadas principalmente 

à descubrir las de Vizcaya, Guipùzcoa y Alava y à honor y gloria de San 

[gnacio de Loyola.... Su autor el P. Gabriel de Henao. Nueva ediciôn, corre- 
gida por cl P. Miguel Yillalta. Tomo I. Tolosa : E. Lôpez, 1894, in-8, 406 pp. 
— 5 pes. 

Estadismo de las islas Filipinas ô mis viajes por este pais. Por cl P. Fr. 
Joaquin Martmez de Zûniga. Publica esta obra por primera vez, extensamente 
anotada W. E. Retana. Madrid : Minuesa de los Rios, 1894, 2 tomes in-8, 
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La Florida : su conquista y colonizaciôn por Pedro Menéndez de Avilés, 
por Eugenio Ruidi'az y Caravia. Obra premiada por la Real Academia de la 



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Los reyes catôlicos (Historia gênerai de Espana), par D. Victor Balaguer. 
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El misticismo de San Juan de la Cruz en sus poesfas (Ensayo de cn'tica 
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Gômez. Madrid: El Progreso editorial, 1894, in-8, 2 ff. préls. et 104 pp. (Non 
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Discursos leidos ante la Real Academia Espanola en la recepciôn pûblica del 
Sr. D. Santiago de Liniers el dia 2 de Febrero de 1894 (Florecimiento del 
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Madrid : Fortanet, 1894, in-8, 104 pp. (Non mis dans le commerce). 

Diccionario biogrârko y bibliografico de escritores y artistas catalanes del 
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Literaturas malsanas : estudios de patologia literaria contemporanea, por 
Pompeyo Gêner. Gerona. Madrid : F. Fé, 1894, in-12, 408 pp. — 4 pes. 

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j Cômpluto ! (Alcala de Henares). Apuntes para un libro pensado y no escrito, 
por Javier Soravilla. Madrid : Hijos de M. G. Hernandez, 1894, in-8, 96 pp., 
2 ff. d'index et d'errata. — 2 pes. 

Valbuenismos y valbuenadas (a propôsito de Ripios ultramarinos, por 
Antonio Valbuena), por Abel de Sorralto. Buenos Aires: Jacobo Penser, 1894, 
in-8, 47 pp. — 1 pes. 



90 BIBLIOGRAPHIE 



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trilogia escrita en verso catalan. 3-' ediciôn. Madrid : El Progreso editorial, 
1894, in-8, 191 pp. — 3 pes. 

El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, compuesto por Miguel de 
Cervantes Saavedra, y comentado por D. Diego Clemencïn. Tomo I. Madrid : 
Hernando, 1894, in-12, xcv-336 pp. — 3 pes. (Biblioteca clasica, tomo 180.) 

Cuentos nuevos, por Etnilia Pardo Bazan (Obras, tomo X). Madrid : Agustin 
Avrial, s. d. (1894), in-12, 304 pp. — 3 pes. 

La de San Quintin; comedia en très actos y en prosa, por Benito Pérez 
Galdôs. Representôse en el teatro de la Comedia la noehe del 27 de Enero 
de 1894. Madrid : la Guirnalda, 1894, in-12, 100 pp. — 2 pes. 

Ferruse, por AurelioRibalta.'Corurïa : Ferrer, 1894, in-16, 78 pp. — 1 pes. 25. 

Folerpas (poesias gallegas) por Eladio Rodnguez Gonzalez. Coruna : Casa de 
Misericordia, 1894, in-12, 250 pp. — 3 pes. (Biblioteca gallega. Tomo 35.) 

C. Suarez Bravo. Soledad; novela. Madrid : Murillo, 1894, in-12. — 4 pes. 

Cancionero de Melilla, por un poeta del Rif. Segunda parte. Madrid : R. 
Velasco, 1894, in-12, 63 pp. grav. — o pes. 50. 

Obras de D. Juan Donoso Cortés, Marqués de Valdegamas. Nueva ediciôn 
aumentada.... Publicada por su hermano D. Manuel, bajo la direcciôn de 
D. Juan Manuel Orti y Lara, y noticia biognifîca por D. Gabino Tejado. 
Madrid : Suarez, 1891-1894,4 vol. in-8, cxv-372, xm-649, xxm-959, cv-221 
pp. — 50 pes. 

La rencorosa ; comedia en très actos y en prosa, original de D. José Eche- 
garay. Estrenadaen el teatro de la Comedia la noche del 13 de Marzo de 1894. 
Madrid : José Rodn'guez, 1894, in-12, 86 pp. — 2 pes. 

Obras complétas de D. Armando Palacio Valdés. Tomo I. El idilio de un 
enfermo. Madrid: Suarez, 1894, in-8, xix-309 pp., portrait. — 4 pes. 

Enseignement. 

Practicas de ortografi'a dudosa, por D.José de Casas, Manuscrito para copia, 
dictado y primer grado de lectura. Quinta ediciôn. Madrid : V* de Hernando 
y Comp., 1894, in-12, xv-14 1 pp. — 1 pes. 

R. Fouché-Delbosc. Exercices espagnols. 3 e édition. Paris: II. W'elter, 1894, 
pet. in-8, 229 pp. — 2 fr. 50. 

Périodiques. 

Bolettn de la Real Academia de la Historia. Tomo XXIV. 
Cuaderno i°. Enero de 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 1 à 96. — 1 pes. 25. 
Sommaire: I. Via romain de Chinchilla à Zaragoza, por Francisco Coello. — II. 
Inscripciones romanas y hebreas, por Fidel Fita. — III. Suarez cm Coimbra, por 



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adquirido por la Academia, por Manuel Fernândez y Gonzalez. — V. Noticias del dia 
de la muerte y del lugar del enterramiento de Cristobal Colon en Valladolid, por 
Cesâreo Fernândez Duro. — Adquisiciones de la Academia durante el segundo semestre 
del ano 1893. — Variedades. Extractos de los diarios de los Verdesotos de Valla- 
dolid. — Noticias. 

Cuaderno2°. Febrero de 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 97 a 176. — 1 pes. 25. 
Sommaire : I. Monumentos prehistôrieos de Mallorca y Menorca, por Emilio 
Hùbner. — II. Las cuevas de Olihuelas, por el vizconde de Palazuelos. — III. Cifra 
diplomdtica, por Antonio Rodriguez Villa. ■ — IV. Compendio de historia delà Ame- 
rica central, por Cesdreo Fernândez Duro. — V. Espana y Camoens, por Antonio 
Sdnchez Moguel. — VI. La reina Santa de Portugal, por Antonio Sdnchez Moguel. 

— VII. El. Dr. D. Juan de Jaso, padre de San Francisco Javier. Su « Crônicadelos 
reyes de Navarra », por Fidel Fita. — VIII. Juan Cousin, verdadero descubridor de 
America, segûn el capitdn inglés Gambier, R. N., por Cesàreo Fernândez Duro. — 
Variedades : I. Las cuevas de Olihuelas, por Juan Moraleda y Esteban. — II. Nertô- 
briga betùrica, por Juan de Dios de la Rada y Delgado. — III. El primer Marques 
de Lanzarote, por Fidel Fita. — ■ Noticias. 

Cuaderno 3 . Marzo de 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 177a 256. — 1 pes. 25. 
Sommaire : I. Bronces epigrdficos de Clunia y de Bilbilis, por Emilio Hùbner. — 
II. Vidas de espanoles célèbres, por Quintana; Navarrete, Clemencin, por José Muso 
y Valiente. — III. Diccionario biogrdfico de espanoles célèbres; Fr. José de la Canal 
por José Muso y Valiente. — IV. Archivo municipal de Talavera de la Reina, por 
Luis Jiménez de la Llave. — V. Viaje erudito d B.irbastro, Barcelona, Gerona y 
Vich, por Pedro Sainz de Baranda. — VI. Continuaciôn de la Espana Sagrada 
en 1861 : Carlos Ramôn Fort, Juan Manuel Montalbdn, por Vicente de la Fuente. 

— VIL Archivos de Tarazona, Veruela, Alfaro, Tudela, Calatayud y Borja, por 
Vicente de la Fuente. — VIII. El concilio nacional de Palencia en el ano 1100 y 
y el de Gerona en 1101 por Fidel Fita. — IX. Una carta del Doctor Eximio, por 
Antonio Sdnchez Moguel. — Variedades : I. El pergamino mds antiguo de la Biblio- 
teca Nacional referente al Monasterio de San Millàn, por Julidn Paz y Espeso. — IL 
Documento insigne del Archivo de San Milldn, por Fidel Fita. — Noticias. 

La Nouvelle Revue. Paris, 1894, in-8. — Le n° du 15 février 1894 contient : 
Léo Quesnel. L a Littérature contemporaine en Espagne, 1892-1893. 

La Espana moderna. Director-propietario J. Lazare 

Enero de 1894. Madrid (1894) in-8, 206 pp. — 3 pes. 

Sommaire : Addn y Eva (novela), por Emilia Pardo Bazdn. — Los explosivos, por 
José Echegaray. — D. José Maria Quadrado, su vida y sus eseritos, por M. Menéndez 
y Pelayo. — Noticias curiosas, particularidades y anéedotas relativas al Quijote, por 
José Maria Asensio. — La eonquista de Melilla, por Eduardo Ibarra. — El anar- 
quismo y la defensa social, por César Siliô. — El espanol Blanco White, por W. 
Gladstone. — Crônica internacional, por Emilio Castelar. — Impresiones literarias, 
por F. F. Villegas. — Obras nuevas. 

Febrero de 1894. Madrid (1894) in-8. 206 pp. — 3 pes. 

Sommaire : Ad.iu y Eva (continuaciôn), por Emilia Pardo Bazdn. — Humor.idas, 
por Ramôn de Campoamor. — Historia coutemporànea, Amores del Rey D. 
Alfonso XII, par Antonio Pirala. — Los explosivos, II, por José Echegaray. — Tor- 
quemada en la cruz, por el Licenciado Pero Pérez. — El jurado médico y la causa de 



COMPTES RENDUS 



Varela, por Rafaël Salillas. — El estandarte y cl arcôn de Oquendo, por Cesdreo 
Fernandez Duro. — Crônicajnternacional, por Emilio Castelar. — Impresiones lite- 
rarias, por F. F. Villegas. — Revista critica, por M. Ménendez y Pelayo. — El 
espanol Blanco White (continuaciôn), por W. Gladstone. — Obras nuevas. 

Marzo de 1894. Madrid (1894) in-8. 246 pp. — 3 pes. 

Sommaire : Espana en la Biblia, por Fr. R. Martinez Vigil. — Cabeza y corazôn 
(dolora), por Ramon de Campoamor. — La educaciôn del Rey, por Adolfo Posada. — 
Lo verde, por el Dr. Thebussem. — Las cinco cartas amatorias de la monja portu- 
guesa Mariana Alcofurado, por el Licenciado Pero Pérez. — Adrin y Eva (conti- 
nuaciôn), por Emilia Pardo Bazàn. — Revista critica, por M. Ménendez y Pelayo. — 
— Crônica internacional, por Emilio Castelar. — Impresiones literarias, por F. F. 
Villegas. — El espanol Blanco White (conclusion), por W. Gladstone. — Obras 
nuevas. 

Collections. 

Colecciôn de libros espaûoles raros o curiosos. Tonio 22. Comedia llamada 
Thebayda. Madrid, 1894, in-12, vin-545 pp. — 7 pes. 50. 



COMPTES RENDUS 



Pequeneces... por el P. Luis Coloma de la Companfa de Jésus. Quinta 
ediciôn. Bilbao, 1891, in-8, 552 pp. 

Pequeneces est le titre d'un des romans qui ont fait le plus de bruit en Espagne 
dans ces dix dernières années '. Il a pour auteur le Père Louis Coloma de la 
Compagnie de Jésus. La première mais non la seule raison de son succès est 
facile à démêler : c'est que Pequeneces est une attaque violente contre l'aristo- 
cratie espagnole de race ou d'argent et contre le monde politique madrilègne, 
ou, pour mieux dire, un sermon plein de menaces et savamment déguisé sous 
une forme séduisante. Dans la préface qui a précédé la publication de son 
ouvrage dans une revue religieuse 3 , l'auteur nous apprend, en effet, que tout 
en ayant l'apparence d'un romancier il n'est qu'un missionnaire, un Jérôme 
Savônarole qui sait s'accommoder aux exigences de son temps et qui, ne pou- 



I. Une adaptation française de /' paru d'abord dans k Journal des Débats, 

puis en volume séparé. 

:. / / Mensajero del Sagrado Corazôn de Jcsits. 



COMPTES RENDUS 93 



vant aller prêcher sur les places publiques comme le célèbre dominicain, se sert 
de la plume de Gil Blas pour faire parvenir à leur adresse de dures vérités. 
Personne, constate-t-il avec amertume, ne se soucierait d'aller les entendre au 
prône et il serait même difficile de les y prononcer sans porter atteinte à la 
majesté du saint lieu. 

On a voulu voir, dans Peqitcùeces, un roman à clef et l'on a considéré les 
noms des principaux personnages comme de simples pseudonymes d'une trans- 
parence voulue. Le P. Coloma s'en défend à plusieurs reprises dans des notes, 
tout en laissant courageusement entendre que ces personnalités supposées ne lui 
sont guère plus sympathiques que celles qu'il a littérairement créées, mais 
qu'il en a pitié et qu'il ne voudrait pas se charger la conscience d'une calomnie 
rendue possible par le repentir éventuel des pécheurs. La question, au reste, 
importe peu et ces allégations et ces restrictions mentales n'ont que faire 
lorsqu'on envisage le livre comme une simple œuvre d'art avant une portée 
morale indépendante de toute individualité et de tout pays. 

D'après le P. Coloma, la haute société madrilègne se composerait de trois 
classes distinctes : quelques brebis galeuses d'une part, quelques agneaux sans 
tache de l'autre, puis le troupeau innombrable des moutons de Panurge qui 
suit volontiers les premières, esclave de la mode, faisant le mal par manie 
d'imitation, mais pouvant aisément être ramené au bien par les bons exemples, 
surtout lorsqu'ils viennent de haut. Chacune de ces classes est représentée et 
étudiée dans Pequeneces ; d'un côté la comtesse d'Albornoz incarne les vices 
élégants, la sécheresse de cœur et l'ambitieuse dépravation d'une grande dame 
qui ne vit que par le monde et pour le monde; de l'autre, la marquise de 
Sabadell et la marquise de Villasis sont des modèles de dévouement et d'abné- 
gation ; enfin, tous les brillants fantoches qui s'agitent autour de Currita, 
confidents et parfois complices de ses déportements, et qui l'abandonnent sans 
vergogne quand il n'y a plus rien à espérer d'elle, complètent heureusement 
ce tableau de mœurs mondaines où tout n'est que futilité, pequehe^, sauf les 
futilités elles-mêmes. 

A notre avis, c'est dans la peinture du vice que le P. Coloma excelle : 
le caractère de Currita est dessiné de main de maître; il se soutient jusqu'au 
bout avec un relief extraordinaire. On pourrait pourtant chicaner l'auteur sur 
la conversion d'abord simulée puis sincère d'une telle comédienne et trouver 
que, malgré tout, elle ne s'explique pas suffisamment, mais ce serait mettre en 
doute la théorie de la grâce qu'un religieux a bien le droit de faire intervenir. 
Le principal reproche que nous ferons au roman, c'est qu'il est un peu long et 
diffus; l'attention se disperse sur un trop grand nombre de personnages; on 
perd de vue, au cours de l'action, les deux enfants qui jouent un rôle si consi- 
dérable dans le dénouement. D'autre part, ce dénouement peut paraître hasardé, 
il fait songer aux romans feuilletons des journaux populaires et l'on hésite à 



94 COMPTES RENDUS 



imaginer, même chez un Espagnol, une telle précocité dans le point d'honneur 
et une telle persévérance dans le ressentiment. 

Quant à ce qui relève uniquement du missionnaire, c'est-à-dire l'homélie 
qui se dissimule sous le roman, elle est vraiment remarquable, écrite dans un 
style vigoureux, tout frémissant d'une indignation qui perce sous une ironie 
que l'écrivain a grand'peine à maintenir courtoise. Son franc parler est d'autant 
plus admirable que, jésuite, il s'en prend à une société dont l'éducation a été- 
faite en grande partie par les jésuites. Le P. Coloma a néanmoins une très haute 
idée de son ordre : tous les ecclésiastiques qui jouent un rôle dans Pequeneces 
sont des jésuites et il a mis un soin jaloux à en écarter le clergé séculier dont 
il semble se soucier assez peu. Aussi bien, le ton général de l'ouvrage et quelques 
allusions désobligeantes aux jansénistes suffiraient presque à déceler la commu- 
nauté religieuse à laquelle appartient l'auteur. 

Venons-en aux détails, aux pequeneces de la critique. Le P. Coloma est un 
homme très instruit et d'une lecture très étendue; connaissant les grandes 
langues modernes il ne dédaigne pas de nous le faire savoir en insérant de nom- 
breuses citations françaises, anglaises et italiennes. Malheureusemenl il n'a pas 
toujours une notion suffisante de la signification exacte des mots étrangers; 
ainsi quand il appelle « pamphlet » une histoire faite à plaisir et « garçon- 
nière » une loge de théâtre occupée par des jeunes gens, il fait une erreur 
d'ailleurs excusable. Et puis que vient faire l'épithète de Monsieur Alphonse 
accolée au nom de Jacobo? Il est préférable parfois de ne pas appeler les choses 
par leur nom. Préoccupé de donner à ses lecteurs une description minutieuse 
des rues de Paris, le P. Coloma commet une autre petite erreur en faisant 
passer une voiture allant de la gare de Lyon au Grand Hôtel, d'abord par les 
boulevards puis par la place de la Concorde. Enfin, l'auteur de Pequeneces doit 
avoir une très grande mémoire, car il lui arrive de reproduire textuellement ou 
à peu près, des bribes de phrases retenues de ses lectures, telles qu'un vers de 
Lamartine qu'on retrouvera aisément sous ces mots : aquella palabra mil veces 
repetida sin pensar jamàs en su àlcance infinito. / Adios 1 Et ces passages empruntés 
au livre de M. Edmondo de Amicis (Ricordi di Parigi).... de la gran plaça irre- 
gular de la Bastïlla en que desenibocan cuatro boulevards y dieç calles » au lieu de : 
li la grande piaçça irregolare délia Bastiglia nella quàle sboccano quattro boulevards e 
dîeci vie, puis.... à Costa de su oro el vieio y la locura de los cuatro dngulos de la 
tierra. Alli la càlle se convierte en plaça, la acera eu colle... remplaçant : Dovt 
affluisce l'oro, il viçio e lajoïlia dai quattro angoli délia terra. Qui lastrada diventa 
pia^a, il marciapiede diventa strada, la bottega diventa museo, etc.... 

Mais il faut reconnaître aussi que l'auteur de Pequeneces a retiré de ses lectures 
d'autres avantage, moins discutables et que le commerce des grands prosateurs 
classiques espagnols, qu'il a certainement cultivés et approfondis, lui a laissé 
une pureté de langue et une variété d'expression bien rares en Espagne à la lin 
du XIX e siècle. H. Pi-.seux-Richard. 



COMPTES RENDUS 95 



Novelas espanolas contemporaneas por B. Pérez Galdôs. — Torquemada en 
la cruz. — Madrid : Administraciôn de los Episodios nationales, 1894, in-8, 
288 pp. 

Le dernier roman de M. Pérez Galdôs est la continuation d'une étude ' 
détaillée et originale sur l'avarice, non pas l'avarice telle que nous la trouvons 
dépeinte dans le La\arïlle, le Gran Tacano ou le Castigo de la miseria, c'est- 
à-dire comme un vice inoffensif, ne faisant de mal qu'aux avares eux-mêmes, de 
pauvres diables que l'on se représente difficilement prodigues et magnifiques, 
mais l'avarice active, la torture infligée aux besoigneux, roturiers ou marquis, par 
le poids écrasant des gros intérêts et par l'angoisse des signatures extorquées, 
l'usure en un mot ; car Torquemada est un type d'usurier et de parvenu. La reli- 
gion des temps passés, la Foi, avait produit le grand inquisiteur, la religion 
d'aujourd'hui, l'argent, a enfanté D. Francisco Torquemada, qui doit avoir sans 
doute dans les veines un peu du sang de ceux que son aïeul spirituel faisait 
rôtir sur la place publique. Pourtant cet homme impitoyable, cet usurier fana- 
tique a aussi son calvaire : si ses intérêts matériels sont toujours prospères, il 
va être frappé dans ses affections les plus chères par la mort de son fils unique, 
enfant d'une prodigieuse intelligence, merveille de précocité, monstre de la 
nature, comme Lope de Vega. Tel est le sujet de : Torquemada en la hoguerra, 
le roman que l'on doit lire avant celui dont nous nous occupons. Enfin, après 
avoir été sur le bûcher par la perte de ses espérances, il va être soumis au 
dernier supplice, à la croix du mariage. Faut-il voir là une intention malicieuse 
de l'auteur ou bien cette figure s'explique-t-elle par les circonstances particu- 
lières de cette union avec une famille noble réduite à la plus noire misère? 
chacun l'entendra à son gré. 

L'ouvrage en lui-même n'est pas, à notre avis, l'un des plus heureux du 
grand romancier espagnol; il est loin de Dona Perfectâ, de Marianela et de bien 
d'autres. La préoccupation d'y introduire, après coup, une thèse sociale, pro- 
voquée sans doute par des événements récents, nuit un peu à son unité et peut 
paraître puérile. D'autre part, peut-être avec intention, l'écrivain laisse le 
lecteur dans une sorte d'équivoque pénible. On ne sait vraiment qui l'on doit 
plaindre le plus, de Torquemada ou de Cruz; on se demande si celui-là n'est 
pas la victime d'une comédie habilement jouée et si celle-ci n'est pas, malgré 
tout, un modèle d'abnégation et de volonté. Donoso peut être pris pour une 
nature supérieure ou pour un simple casamentero de vohtntades intéressé. En 
outre, certaines scènes, telle que celle où l'usurier parle, en imagination, à son 
fils mort, s'écartent un peu trop de la gravité que l'on suppose chez un 
romancier de mérite. 



1. Voyez Fortunata y Jacinta. 



96 COMPTES RENDUS 



Quant à la langue, elle est toujours claire et nerveuse, mais certaines négli- 
gences de style tendraient à faire croire que le livre a été écrit un peu vite. Les 
gallicismes, qui sont la plaie de l'espagnol depuis bientôt deux siècles, n'v sont 
pas en grand nombre, mais on jurerait que M. Pérez Galdôs a voulu se dédom- 
mager sur la qualité : qu'on en juge par la phrase suivante : Habia dado Rufi- 
nita en la tecla de refistolear los negocios de su padre. Castillaniser des substantifs 
français et même des verbes et des tournures de phrases, est chose courante en 
Espagne, mais enrichir la langue de mots empruntés au vocabulaire plus que 
familier est beaucoup plus grave, surtout chez un auteur dont les Episodios 
nationales ont fait, pour ainsi dire, l'Erckmann-Chatrian de l'Espagne et qui a, 
moins que tout autre, le droit d'être afrancesado. Pourtant il est vrai que c'est 
déjà un progrès quand on songe à une phrase de Torquemada en la hoguera, ou 
un mot de la plus pure germania des faubourgs de Paris, affublée d'une dési- 
nence espagnole, prouve péremptoirement qu'il n'v a plus de Pyrénées : Lo 
publicoy notorio es que la viuda aquella cascô y que Bailôn apareciô al poco tiempo 
nu dinero. H. Peseux-Richard. 

Curiosidades de la vida americana en Paris, por Angel Cuervo. — Paris, 1893 
(Chartres, imprenta de Durand), in-18, xvi-333 pp. — 3 fr. 50. 

La colonie hispano-américaine est nombreuse à Paris ; elle se compose presque 
exclusivement de gens riches amenés par la mode, la politique ou le plaisir, et 
qui y dépensent allègrement leur argent. Si nous voulons connaître les mœurs, 
les habitudes, la manière de vivre et surtout les travers de cette partie de la 
haute société parisienne, le livre de M. Angel Cuervo nous donnera toutes 
facilités. Écrit sous la forme de petites scènes, souvent dialoguées, la lecture en 
est facile et intéressante. L'idée qui domine l'ouvrage tout entier, c'est que les 
Français ignorent profondément tout ce qui se rapporte aux républiques de 
l'Amérique du Sud dont les habitants sont pour eux un objet de risée et un 
thème à plaisanteries d'opérette, due M. C. se rassure : si les Français ne 
connaissent pas et ne sont pas à même de juger impartialement ses compatriotes, 
qui vivent à des milliers de lieues de leur pays, ils ne connaissent pas davantage 
d'autres peuples qui sont à leurs portes. Les Italiens et les Espagnols, par 
exemple, c'est-à-dire ceux dont l'affinité, sinon de race, du moins de langue 
et de civilisation, devrait leur faciliter l'étude, leur sont plus inconnus que les 
Malais ou les Touaregs. Pour la grande généralité des Français, tout Espagnol 
est un torero affublé d'une guitare, et tout Italien, un mangeur de macaroni 
qui joue du violon ou de la harpe. Il n'y a donc pas à s'alarmer du jugement 
que peuvent porter des gens si bien informés. Malheureusement pour M. ('.., 
l'impression qui se dégage de la lecture des Curiosidades, c'est que les Français 
pourraient bien n'avoir pas tout à fait tort dans leurs appréciations tout instinc- 
tives sur l'ensemble des Latins d'Amérique : amour du clinquant, préoccupation 
constante d'éclipser les autres, absence de tout idéal politique, dédain des 



COMPTES RENDUS 



97 



qualités solides mais non brillantes, horreur des livres et fâcheuse tendance a 
oublier tout de leur pays, jusqu'à sa langue, au bout de peu de mois et à 
s'approprier une apparence de parisianisme, tels sont, si je ne me trompe, les 
traits distinctifs des personnages mis en scène par l'auteur et tels sont aussi les 
débuts les plus saillants qui distinguent les Hispano-Américains aux yeux des 
Français. 11 va sans dire que réserve est toujours faite pour les exceptions; 
M. C. le fait remarquer quand il juge les Français et nous savons trop qu'il est 
mieux que personne à même de nous prouver que la race espagnole d'Amé- 
rique n'est pas une race inférieure pour ne pas reconnaître qu'elle a produit des 
hommes éminents et qui plus est, étant donné son amour de l'apparat, des 
savants modestes et solides dont pourrait s'honorer toute grande nation. 

M. C. écrit dans un castillan des plus casti^ps. Non seulement il est moins 
enclin au gallicisme que les écrivains de son pays qui en sont infestés, mais 
je ne vois guère en Espagne qu'un petit nombre d'auteurs qui puissent lui être 
comparés sous ce rapport. Cela ne veut pas dire que, de temps à autre, il 
n'attribue à un mot espagnol le sens du mot français correspondant, alors qu'il 
aurait le choix entre trois ou quatre vocables, espagnols de forme et de sens ; 
mais les expressions purement castillanes abondent dans son style. On dirait 
même qu'il met une certaine recherche à les employer, surtout les expressions 
familières, à la façon de Trueba et de Fernân Caballero. Cela donne beaucoup 
d'originalité et de piquant tout en laissant des doutes sur la spontanéité de la 
phrase et sur le laisser-aller de l'inspiration. H. Peseux-Richard. 

Revista lusitana, Archivo de estudos philologicos e ethnologicos relativos a 
Portugal, dirigido por J. Leite de Vasconcellos. — 30 Anno, Numéro 1, 
1893-1894. Porto, 1893, in-8, 96 pp. 

Summario : Contos populares portugueses — colligidos por D. Cecilia Schmidt 
Branco. 

Curso Je lingua portuguesa archaica — por J. Leite de Vasconcellos. 
Ciganos portugueses do sec. xvi — por Pedro de Azevedo. 
Dialectos trasmontanos — por J. Leite de Vasconcellos. 
Algumas tradiçôes populares — por Alfredo Alves. 

Miscel'anea : I. Notas açorianas, por Henri R. Lang. — IL Ceramica popular por- 
tuguesa : (assobios de agua), pelo Dr. F. Ferraz de Macedo. — III. Collocaçào do 
adjectivo em português, par D. Carolina Michaëlis de Vasconcellos. — IV. Tradiçôes 
populares, por Pedro d' Azevedo. 
Bibliographie. 

La Revista Lusitana est un des très rares organes péninsulaires qui aient 
entrepris une étude vraiment scientifique des faits philologiques et ethnolo- 
giques intéressant le Portugal. On n'y trouve jamais ces articles inutiles qui 
abondent dans d'autres revues où l'œuvre sérieuse n'est qu'une exception que 
l'on semble avoir honte de publier. Dans le présent numéro, M rae Cecilia 
Schmidt Branco a mis une fois de plus son grand talent d'écrivain au service 



COMPTES RENDUS 



d'une étude rationnelle "du folk-lore portugais. Les quatre contes populaires 
qu'elles a recueillis nous sont narrés avec cette forme naïve, enfantine parfois, 
à laquelle bien des folk-loristes ne savent pas s'astreindre. 

Mais, parmi les travaux contenus dans le dernier fascicule de la R. L., 
il convient de mettre hors de pair, d'une part, une étude sur les Dialectes tras- 
montanos; d'autre part, le Curso de lingua portuguesa archaica, professé 
en 1891 par M. Leite de Vasconcellos à FAcademia de Estudos Livres de 
Lisbonne, et enfin publié. Le portugais archaïque est le nom donné par M. L. 
de V. à la langue qui commence à transparaître sous les formes du latin barbare 
du ix e siècle et atteint le xvie où commence la période moderne. Je 
regrette de ne pouvoir suivre l'auteur pas à pas dans sa savante dissertation, 
mais je ne veux pourtant pas passer sous silence certain chapitre (Utilidade para 
firmar o sentimento da nacionalidade) dont la lecture devrait être recomman- 
dée à tous ceux qu'une trop .grande affection pour les modismes étrangers, 
français principalement, amène insensiblement à ne plus écrire qu'un immuable 
jargon : « Outra causa que contribue para a decadencia da nossa lingua litte- 
raria é a lingua francesa, que, pelo seu uso câ, ora insensivelmente, ora de 

proposito, se vae infiltrando na nossa » Et M. L. de V. cite de nombreux 

exemples de gallicismes éhontés : demandant uu jour à un journaliste pourquoi 
il se servait d'un langage ainsi corrompu, cet afrancesado lui répondit : « que 
isto era gentil. » On ne saurait trop approuver les vrais lettrés de leur résis- 
tance énergique à toute invasion de ce genre. Le gallicisme n'a que trop péné- 
tré le castillan ; puisse-t-il être franchement repoussé par tous les vrais amis de 
la pure langue portugaise ! R. Foulché-Delbosc. 

Colecciôn de escritores castellanos. Tomo 98. Fernan Caballero. Obras com- 
plétas. Fernan Caballero y la novela contempordnea por D. José Maria Asensio. 
Novelas. I. La familia de Alvareda. — Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 1893, 
petit in-8, 452 pp., portrait. 5 pes. 

On ne peut qu'applaudir à la publication d'une édition des œuvres complètes 
de Fernan Caballero; le tome L' r vient de paraître, souhaitons qu'on ne nous 
fasse pas attendre les autres trop longtemps. L'édition est précédée d'une étude 
de 240 pages, de D. José Maria Asensio, intéressante à plus d'un titre, mais 
qui ne saurait être considérée comme un travail définitif sur la célèbre 
romancière. Cette étude est divisée en trois parties : L Précédentes; ojeada 
histôrica. — IL Estudio biogrdfico. — III. Movimiento literario ; novelistas 
contempordneos. De la première partie je préfère ne rien retenir, et de la 
troisième je parlerai peu ; cela me permettra de dire tout le bien que je pense 
de l'étude biographique qui forme la deuxième, M. Asensio, qui eut l'honneur 
d'être des amis de Fernan Caballero pendant les dernières années de sa vie, a 
recueilli] avec une véritable piété tout ce qui pouvait le guider dans sa tâche : 



COMPTHS RENDUS 99 



on lit avec intérêt tout ce qui concerne le père de Fernân, Bôhl de Faber, qui a 
laissé un nom assez estimé comme éditeur de la Floresta de rimas antiguas cas- 
tdlanas et du Teatro espaiiol anterior à Lope de Vega. Toute la jeunesse de la roman- 
cière passe devant nos yeux : son premier mariage en 1816 avec Planells; son 
deuxième en 1822 avec le marquis de Arco Hermoso ; son troisième en 1837 
avec Arron de Ayala plus jeune qu'elle de 17 ans. Tout ce qui touche à sa vie 
privée est abondamment documenté; 011 ne saurait trop louer M. Asensio de la 
précision dont il fait preuve. Il ne devrait pourtant pas accepter sans contrôle 
— surtout quand le contrôle en est si simple — les pièces qui passent entre ses 
mains. Il commet au sujet du lieu de naissance de F. C. une inexactitude 
géographique aisément évitable : disons à sa décharge que le premier coupable 
est un document conservé à Y Archiva de! Supremo Consejo de Guerra y Marina 
de Madrid. C'est une copie de l'acte de baptême de la romancière, qui com- 
mence par ces mots : Van 1796 et le 25 Décembre est née à Marges, dans le canton 
de Berne, et le 1 } mars suivant par moi Curé soussigné a été baptisée dans l'église 

paroissiale de Saint-Jean d'Echallens, Cécile La copie est évidemment fautive : 

Morgcs se trouve dans le canton de Vaud et non dans celui de Berne; il en est 
de même, du reste, d'Echallens. 11 aurait fallu relever cette légère erreur : ni 
M. Asensio, ni onze ans avant lui M. de Bonneau-A venant (Deux nouvelles anda- 
louses posthumes de F. C. Paris, 1882, p. 12) n'y ont songé. 

Nous retrouvons Fernân installée à l'Alcazar de Séville où elle passe dix 
années de tranquillité; mais vient la révolution de 1868 et il lui faut aban- 
donner cette poétique retraite. C'est dans une modeste maison de la rue Juan 
de Burgos (aujourd'hui rue Fernân Caballero) qu'elle vivra désormais : c'est là 
qu'elle mourra le 7 avril 1877, à l'âge de 80 ans, avant eu la consolation de 
voir l'œuvre d'une restauration politique et surtout religieuse qu'elle avait 
appelée de tous ses vœux. Toute cette étude a une tonalité générale des plus 
adoucies : c'est moins une biographie qu'un panégyrique, car nous ne voyons 
le plus souvent l'héroïne qu'au milieu d'un nimbe semblable à ceux des 
madones devant lesquelles elle aimait à se prosterner. Toute critique est soi- 
gneusement écartée : la chose se comprend pour la personne même de Fernân 
Caballero dont la vie exemplaire y prête peu, mais cela est inadmissible pour 
ses œuvres sur lesquelles il y aurait autre chose à écrire qu'une suite ininter- 
rompue d'éloges. Ces réserves faites, il faut savoir gré à l'auteur de nous avoir 
donné des documents qui ne manqueront pas d'être utilisés un jour : il faut le 
louer surtout d'avoir recueilli la correspondance de Fernân que nous serons 
heureux de voir imprimer. — J'aime moins, je l'ai dit, les considérations qui 
précèdent et suivent l'étude biographique ; M. Asensio, qui est un des premiers 
cervantistes de notre époque, semble hanté par la grande figure de l'auteur de 
Don Quichotte e t des Novelas ejemplares, et est trop tenté d'y rattacher toute 
manifestation littéraire: parlant de La Gaviota, il écrit (p. 185) : « La cadena 



100 CHRONIQUE 



interrumpida désde la publicaciôn de las Navelas ejempîares se reanudaba : sin 
eslabones in.termedios se enlazaron a través de dos siglos de distancia, los 
nombres de Miguel de Cervantes Saavedra y de Fernàn Cabàllerô. » Un 
phénomène du même genre se produit en ce qui touche les contemporains : 
M. Asensio semble ne voir dans le mouvement littéraire de nos jours que 
l'influence exclusive de Zola et cela l'amène à des rapprochements tout au 
moins imprévus : « Entre Fernàn Caballero y Emilio Zola média un abismo 
que no es posible medir ni cabe exagerar » (p. 164). Il faut, en effet, convenir 
que ces deux noms juxtaposés jurent étrangement. R. Foulché-Delbosc. 



CHRONIQUE 



Le THÉÂTRE espagnol a Paris. — Dans les derniers mois de l'année 1893, 
a été représentée chez une lettrée parisienne, Madame Adam, une traduction 
de Folie ou Sainteté d'Echegaray, due à M. Edouard de Huertas. Cette traduc- 
tion avait déjà paru en volume il v a quelques années (Paris, 1883); M. de 
Huertas s'y est astreint à un mot à mot trop strict : la lecture en est pénible 
et le traducteur semble ne pas manier assez aisément le français. Nous sup- 
posons que sur la scène mondaine où elle a été transportée, cette œuvre a 
subi de sérieuses retouches. 

Une tentative plus originale a eu lieu le 16 mars 1S94, à l'Hôtel des Sociétés 
savantes : la Société pour la propagation des langues étrangères en France n'a 
pas hésité à laire jouer EN espagnol 1:1 Si de las Xhnis. C'est la première fois, 
croyons-nous, qu'une œuvre espagnole est entendue à Paris dans la langue 
même où elle a été écrite. Il n'y a que des félicitations à adresser aux organisa- 
teurs d'une telle soirée : ils ont prouvé qu'en dépit du mépris avec lequel l'en- 
seignement officiel traite la langue de Cervantes, il v a depuis quelques années 
tout un public soucieux de l'étudier non seulement dans un but mercantile, 
mais aussi en vue de s'assimiler les chefs-d'œuvre qu'elle a produits; sept 
cents personnes, en effet, assistaient à cette séance. Ce chiffre prouve surabon- 
damment que les récents etforts de certains hispanophiles sont loin d'avoir été 
stériles. 



Le Gérant, Aug. PICARD : 

Arcbi vistt - Paléogi aphe. 



MAÇON, l'ROTAT I KKKKS, IMI'RIMLURS. 



ÉTUDE 



SUR 

LA GUERRA DE GRANADA 

DE 

DON DIEGO HURTADO DE MENDOZA 



La Guerra de Granada de Don Diego Hurtado de Mendoza n'a 
encore été l'objet d'aucune étude critique; ce texte qui, tant au 
point de vue historique qu'au point de vue littéraire, présente 
un si vif intérêt, a toujours été réimprimé d'après une édition 
princeps fautive et incomplète, faite plus d'un demi-siècle après 
la mort de l'auteur par un « érudit » complètement inapte à ce 
genre de travail. Ce ne sont cependant pas les manuscrits qui 
font défaut : j'en connais actuellement dix-huit; et quoique 
l'original ne se trouve pas parmi eux, il en est qui, intelligem- 
ment mis à contribution, fourniraient quelques passages inédits 
en même temps que de très nombreuses variantes et rectifications 
de détail. 

C'est l'histoire du texte, ce sont ses éditions et ses manuscrits 
qui font l'objet de la présente étude; l'édition critique viendra 
ultérieurement. 

I. — MENDOZA A GRENADE (1569-I575). 

Un jour de l'année 1568, Don Diego Hurtado de Mendoza se 
prit de querelle avec Don Diego de Leyva en plein palais royal : 

Ra'ue hispanique. 1 

9 



102 R. FOULCHE-DELBOSC 



tous deux mirent les armes à la main, mais Mendoza put arra- 
cher le poignard de Leyva et le jeter au loin. Les deux gentils- 
hommes furent aussitôt arrêtés et emprisonnés : l'ancien ambas- 
sideur eut pour lieu de détention la forteresse de Médina del 
Campo jusqu'à la fin du procès né de la querelle. On condamna 
les deux adversaires à une amende et à servir le roi à la frontière 
qui leur serait assignée. Grâce aux bons offices de quelques puis- 
sants amis que Mendoza sut faire agir, et sur les instances de 
l'archiduc de Savoie, Philippe II donna l'ordre à Mendoza de 
partir pour Grenade sans passer par la cour et de se présenter 
dans les quinze jours qui suivraient sa sortie de la forteresse de 
Médina au marquis de Mondéjar qui lui transmettrait, s'il y avait 
lieu, ses instructions. L'ordre royal 1 fut signé au Pardo le 
27 janvier 1569. 

Le 27 février 1569, Mendoza requit le gouverneur de Médina 
de le mettre en liberté suivant l'ordre reçu de la cour 2 . Le 
17 avril 1569, il se présenta devant le marquis de Mondéjar > et 
se mit à sa disposition. Mais ses services ne furent pas utilisés. 

Comme on le voit, Mendoza prit près de deux mois pour se 
rendre à Grenade, alors que l'ordre royal ne lui accordait que 
deux semaines. De ce fait et de sa non utilisation dans une armée 
quelconque, il est permis de déduire que le ressentiment de 
Philippe II contre l'ancien ambassadeur de Charles-Quint n'était 
pas aussi fort qu'ont bien voulu le dire certains historiens. 

Cet éloignement forcé de la cour nous a valu la Gitcrra de 
Granada. 

Mendoza passa près de six ans à Grenade ; en 1575, le roi mit 



1. Il se trouve aujourd'hui à l'Archivo de l'Alhambra (Legajo 98 n° 12) et 
a été publié dans : D. Diego Hurlado de Mendoza. Apuntes biogrâfico-criiicos por 
Eloy Senàn y AIomo.)ctq7., 1886, in-8 (page 53). 

2. Voir le procès-verbal publié à la page 54 de l'ouvrage ci-dessus indiqué. 

3. Voir la page y-, du même ouvrage. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 103 

un terme à son exil et il put revenir à la cour; on sait qu'il 
mourut au mois d'avril de cette même année, âgé de 72 ans. 

Quand Mendoza se présente au marquis de Mondéjar, le 
17 avril 1569, où en sont les opérations contre les Maures? Il 
n'y a pas quatre mois que la guerre est commencée : ce n'est 
en effet que le 23 décembre 1568 qu'Aben Humeya a quitté 
Grenade ; mais la première partie de la guerre, celle pendant 
laquelle Mondéjar a dirigé en chef les opérations, est terminée : 
depuis quatre jours (13 avril 1569), le nouveau commandant en 
chef, Don Juan d'Autriche, frère naturel du roi, est arrivé à 
Grenade. La guerre, avec des péripéties diverses, se prolongera 
jusqu'au 15 mars 1571, date de la mort d'Aben Abo : on voit 
donc que, pendant près de deux ans, c'est-à-dire pendant la plus 
grande partie de la durée de la guerre, Mendoza sera à Grenade, 
à portée des événements. S'il n'est pas, au sens strict du mot, le 
témoin oculaire des marches et contre-marches des armées espa- 
gnoles à travers les Alpuxarras et les montagnes de Ronda, il est 
du moins sur le théâtre de la guerre, au lieu de passage obligé 
de toutes les troupes qui vont guerroyer ou qui reviennent de 
guerroyer contre les rebelles. On comprend ainsi aisément qu'il 
ait pu dire en parlant de la guerre de Grenade : parte de la quai 
yo vi, i parte entendi de personas, que en ella pusieron las manos, i el 
entendimiento. 

Une de ses principales occupations pendant son séjour forcé 
à Grenade fut d'écrire le récit de la rébellion des Maures : il ne 
faut voir dans cette œuvre qu'un simple passe-temps de grand 
seigneur lettré, qui ne pensa certainement jamais que son histoire 
de la guerre de Grenade serait un jour entre les mains de tous. 
C'est peut-être à cela qu'il faut attribuer les lacunes et les inéga- 
lités d'une œuvre qui intéresse à plus d'un point de vue histo- 
riens et littérateurs. On ne doit donc pas, disons-le dès mainte- 
nant, voir dans la Guerra de Granada une œuvre ayant le fini que 
son auteur lui aurait donné s'il l'avait destinée à d'autres qu'à 
quelques intimes. 



104 R- FOULCHE-DELBOSC 



ii. — de la mort de l'auteur (l)7)) 
a l'édition princeps (1627). 

Peu d'années après la mort de Mendoza, son œuvre était 
connue et appréciée; on en faisait des copies, car il ne fallait pas 
songer à la publier de sitôt : l'historien avait porté tel ou tel 
jugement, dessiné tel ou tel portrait, dont la sévérité ou le mor- 
dant, quoique empreints de la plus scrupuleuse exactitude, 
rendait difficile la divulgation. Dire ou écrire la vérité eût été à 
cette époque chose fort dangereuse, et personne ne s'y hasarda. 

Cinquante-deux ans s'écoulèrent entre la mort de l'auteur et 
la publication de la première édition. Pendant ce demi-siècle, des 
récits de la guerre de Grenade furent publiés, les uns isolés, les 
autres dans des ouvrages embrassant l'ensemble de l'histoire des 
musulmans d'Espagne. De ces récits, trois seront étudiés par 
nous, par suite de l'intérêt qu'ils présentent pour une histoire 
du texte de Mendoza. 

Le premier en date est la Historia del Rebelion y castigo de los 
Moriscos del reyno de Granada de Luys del Marmol Carvajal, 
imprimée en 1600 à Malaga par Juan René, aux frais de l'au- 
teur ' ; mais l'œuvre était achevée depuis une vingtaine d'années, 
puisque dans le privilège accordé à Barcelone le 6 juillet 1599, 
il est dit qu'on lui en avait déjà donné un en 1580. 

A en croire Benito Monfort 2 « Luis del Marmol copiô a 
la letra algunos periodos en su segundo Libro de la rebelion 
capitulo tercero ». Cette assertion est erronée : le chapitre en 
question est intitulé : Como se quitô à los Moriscos que no pudiesen 
servir se de esclavos negros; y se les manda à los que tenian licencias de 
armas, que las llevasen à sellar anle el Capitan gênerai : il a environ 



1. In-folio, 4 tï. prels. n. ch., 245 fï. ch. et 4 ff. de Tabla postl. n. ch. La 
2 e édition fut publiée en 1797 à Madrid par Sancha, en 2 vol. in-4. Il en existe 
une réimpression dans le tome X\i de la Biblioteca Rivadenevra. 

2. Mendo/a, Guerra de Granada, édition de 1776, page m. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 10) 

120 lignes. Dans Mendoza (livre I, § 5) on ne trouve que cette 
phrase : « (El Rey) quitoseles el servicio de los esclavos negros 
a quienes criavan con esperanças de hijos... » Il n'y a pas un 
seul mot relatif à l'obligation où se trouvaient les Morisques de 
faire estampiller leurs armes. 

Mais si le chapitre ni du second livre de la Historia del 
Rebelion ne renferme aucune phrase de Mendoza ; d'autres, en 
revanche, nous montrent en Marmol un homme qui, ayant en 
sa possession un manuscrit de la Guerra de Granada, en trouva le 
texte si bien écrit qu'il jugea ne pouvoir mieux témoigner son 
admiration qu'en en copiant a la letra, non plus algunos periodos, 
mais bien des pages entières. Personne n'a encore indiqué que le 
chapitre ni du livre IX et les chapitres i, ni, iv et vu du livre X 
avaient été presque exclusivement composés par Marmol à l'aide 
des paragraphes 6 à 14 du livre IV de Mendoza. Les phrases ont 
souvent subi de légères modifications, mais sont toujours recon- 
naissables; rien de ce qui est purement descriptif, comme le long 
historique de Séville, ou de ce qui n'a qu'un intérêt rétrospectif 
comme le récit de la mort de don Alonso de Aguilar, n'a été 
utilisé par Marmol. Il semble s'être trouvé assez embarrassé pour 
décrire les opérations de la siéra de Ronda auxquelles il n'assistait 
pas, n'ayant servi que dans les Alpuxarras ; possédant un manu- 
scrit de l'œuvre de Mendoza qui lui fournissait les données dont 
il manquait, il en copia à peu près textuellement la plus grande 
partie. Quant au nom de Mendoza, on le cherche en vain : nulle 
part Marmol ne l'a mentionné. 



C'est en 1608, dans l'œuvre du licencié Francisco Bermudez 
de Pedraza *, que figure pour la première fois le nom de Don 



1. Antigvedad y Excelencias de Granada. Por el Licenciado Francisco Bcrmude^ 
de Pedraza, natural délia : Abogadoen los Reaies Consejos de Su Magestad. Dirigido 

a la muy noble, nombrada y grau Ciudad de Granada. — Madrid, por Luis Sanche\ 



106 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



Diego de Mendoza comme celui de l'auteur d'un récit de la 
guerre de Grenade. Ce fait n'a pas encore été mentionné. Bien 
que le titre de ce volume porte 1608, il était déjà écrit depuis 
six ans : l'approbation est datée du 25 juillet 1602; le privilège 
du 25 août 1602. 

Pedraza indique toujours en marge le nom de l'auteur sur 
l'autorité duquel il s'appuie 1 , par exemple au f. 3 verso : 
Mèdoça en el rebelion de Granada. 

Dans le livre II nous trouvons un emprunt de quelques lignes : 

Las razones porque la ciudad de Illiberia se llamô Granada. Cap. XVII 

(f- 54). 

La septima es de don Diego de Mendoça, cuyas Don Diego 

son estas palabras. Otros dizen que Granada se di- d* Mendoça 

xo por vna cueua que esta junto a la puerta de Biba- c " ' a ' ,,sl °- 

taubin, morada de la Caua, hija del Conde don lu- " a ' e . " 
.. . • xt 1 a Ho in prin. 

lian, cuyo nombre propio era Natta, porque el de 

Caua, todas las historias Arabes afirman que le fue 
puesto por auer entregado su voluntad, al Rey de 
Espaiîa don Rodrigo ; y en lengua Arabe Caua quie 
re dezir muger libre de su cuerpo : pues deste nom- 
bre Gar, que significa la cueua, y Natta que fue el 
nombre propio desta dama, se dixo Garnata. 



Ce passage est sensiblement conforme aux premières lignes de 
la page 3 de l'édition de 1627. 

Dans le livre III nous trouvons plusieurs notices sur Don 
Diego : la première est assez étendue et très intéressante en ce 
qu'elle nous montre la Guerra de Granada comme très appréciée 
et très copiée à cette époque : 



1608, petit in-4, 12 ff. de prels. 190 M", et 6 de Tablas. Le livre IV (f. 149) 
a un titre spécial : Libro qvarto Del Santo Môle Ilipulilano, y sas excélencias . lin 
Madrid, Por Luis Sâche%, impressor del Rey X. S. Aùo M.DC.VII. Mais la pagi- 
nation est uniforme pour tout le volume. 

1. Pedraza cite quelquefois Marmol, auquel il consacre (f. 150) la notice 
suivante : Luis del Marmol escriuio la primera y segunda parie -Je la description (/<' 
Africa, y la guerra del rebelion de Granada. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA IO7 

De otros hijos desta Ciudad que han escrito varias materias. Capitulo XXV. 

F. 129 : Don Diego de Mendoça cauallero del abito de Alcantara, hermano 
del Marques de Mondejar, embaxador del Rey don Felipe II. en Roma, Sena, 
y Venecia, donde rescatô vn sobrino del gran Turco Soliman, y se lo présenta 
bien adereçado. El Turco informado de la calidad de don Diego, de su erudi- 
cion, y de la aficion que ténia a libros, màdô buscar los mas curiosos que se 
pudiessen hallar en toda Grecia, y dellos le hizo vn gran présente : con los 
quales hizo una libreria tan famosa, que por ser digna de la persona Real, la 
mandô por su testamento al Rey don Felipe II el quai la puso en su Escurial. 
Escriuio vn libro de la guerra y rebelion de los Moros de Granada : el quai 
aunque no esta impresso tiene tan grandiloco y élégante estilo, que todos los 
letores lo trasladan : y ay tantos manuscritos que no haze falta la estampa. 

F. 1 30, verso : De los hijos desta Ciudad que han florecido en la Poesia. 
Capitulo XXVI. 

De los que ha tenido esta ciudad, don Diego de Mendoça, hermano del 
Marques de Mondejar, cauallero del abito de Alcantara, con gallardo estilo 
escriuio la fabula de Narciso, y otras muchas obras que celebran los hombres 
curiosos. 

Enfin Mendoza est encore nommé aux ff. 136 verso et 143. 

* * 

En 16 18, nous trouvons l'œuvre de Mendoza presque entière- 
ment imprimée dans le sixième livre de la Coronica de los Moros 
de Espana de Bleda '. Elle y occupe les pages 652 à 755. 



1. Coronica de los Moros de Espana, dividida en ocho libros por el Padre Presen- 
tado Fray Jayme Bleda... En Valencia ano 1618. — In-folio, 1072 pages, outre 
des pages non chiffrées au commencement et à la fin. L'ouvrage est dédié au 
duc de Lerme. 

Le sixième livre de Bleda n'est, à quelques lignes près, que le texte de la 
Guerra de Granada. En le comparant au texte de l'édition princeps de Mendoza, 
on remarque, à côté de certains passages entièrement identiques, une grande 
quantité de variantes, de suppressions et d'additions, non seulement au com- 
mencement et à la fin des divisions faites par Bleda, mais même dans le corps 
du récit. Les trois passages, qui manquent dans toutes les éditions antérieures 
à celle de 1776 et qui furent retrouvées en 1769 par Iriarte, manquent dans 
Bleda, comme dans la plupart des manuscrits de Mendoza. Ces trois passages 



I08 R. FOULCHÊ-DELBOSC 



Bleda nous apprend lui-même au début de son livre VI 
(p. 652) qu'il s'est servi du texte de Mendoza 1 : 

Libro sexto. De la rebelion, guerras y castigo de los Moriscos del Reyno de 
Granada. 

Daze razon, de quien se aprouecha el Autor para escriuir este libro Sexto. 

Cap. 1. 

Para escriuir la guerra q el Rey catholico de Esparïa don Felipe Secundo, 
hijo del nunca vêcido Emperador Carlos tuuo en el Reyno de Granada contra 
los rebeldes nueuamente conuertidos, me he ualido de una relacion que délia 
dexo don Diego Hurtado de Mendoça 

Tambien vi lo que curiosamente escriuio, desta guerra, y muy por estento 
Luys del Marmol Carvajal 

Si en este libro se hallare el estilo, y lenguaje mejor, atribuyase a su legitimo 
Autor, que es en la mayor parte el dicho don Diego de Mendoça 

Y en este libro (le sixième) errara tambien si priuara al lector de la elegancia, 
y estilo remontado de don Diego de Mendoça (p. 654, col. 2). 

L'utilisation de la plus grande partie du texte de Mendoza par 
Bleda est restée ignorée de presque tous les bibliographes, à 
l'exception de Tamayo de Vargas qui le premier, en 1627, 
signale le fait dans des notes demeurées manuscrites, et de 
Nicolas Antonio qui semble s'en être rendu compte. Nommons 



ne sont remplacés par rien : le récit continue sans interruption. Bleda a seule- 
ment intercalé entre les mots « para remedialla del todo » et « Saliô el duque de 
Granada » qui se trouvent au commencement du livre IV de Mendoza, un assez 
long passage allant (dans sa Coronica) de la page 734, col. 2, ligne 2, à la 
page 735, col. 2, ligne 13, et dans lequel il parle, entre autres événements, 
de la mort de Luis Quixada. 

Le manuscrit dont se servit Bleda se terminait à n'en pas douter là où se 
terminent tous les manuscrits de la 2 e famille, à en variai figuras y semejan^as. 
C'est par ces mêmes mots que se terminent dans la Coronica de los Moros 
(p. 751, col. 2) les emprunts faits à Mendoza. Aussitôt après, Bleda a recours 
à Marmol et le suit jusqu'à la ligne 10 de la première colonne de la page 753. 

1. Bleda est très consciencieux et ne cherche pas à dissimuler ses emprunts : 
...Todas estas reglas guardaron los Autores, de quiè me aproueche en los 
libros passados, y fuera hazerles agrauio a ellos, y a quien leyera en esta obra 
sus trabajos, si yo los disfraçara, y boluiera de arriba abaxo, como es costùbre. 
(p. 654, col. 2). 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA IO9 

aussi Monfort qui, aux pages ni et iv de l'édition de Valence 
1776, après avoir parlé de soi-disants emprunts de Marmol, 
ajoute : « Lo mismo confiesa de si el Padre Presentado Fr. Jaime 
Bleda en su Chronologia (sic) de los Moros de Espana libro sexto, 
capitulo primero. » Il est vraiment bien étrange que personne 
ne se soit avisé de comparer le livre VI de Bleda et le texte de 
Mendoza. Comment les historiens du règne de Philippe II qui, 
traitant de la révolte des Maures, citent constamment Mendoza et 
Bleda, n'ont-ils pas vu que les deux textes n'en font qu'un ? 
Prescott seul, dans son Histoire du règne de Philippe II, l'in- 
dique vaguement, mais sans y attacher d'importance : parlant de 
la publication de l'édit du 23 juin 1569, édit qui n'était que le 
prélude de l'expulsion des Maures de Grenade, il dit que « Bleda 
(Cronica de Espana (sic), p. 705) n'a fait, dans cette partie de son 
ouvrage, que reproduire le récit de Mendoza, avec tant d'inatten- 
tion, qu'il se trompe d'un mois sur la date de cet événement ». 
(Traduction française, tome IV, p. 244.) 

III. — UNE ÉDITION SUPPOSÉE (l6lo). 

La Guerra de Granada fut publiée pour la première fois à 
Lisbonne en 1627, par les soins de Luis Tribaldos de Toledo. 

Avant d'étudier cette édition, il convient de rectifier une 
erreur commise par Nicolas Antonio dans sa Bibliothcca Hispana 
et répétée, d'une part par presque tous les bibliographes espa- 
gnols et étrangers, d'autre part par certains éditeurs de Mendoza. 
A en croire Nicolas Antonio, l'édition princeps aurait été publiée 
en 16 10 par les soins de ce même Tribaldos, et l'édition de 1627 
ne serait qu'une réimpression. Voici^du reste, ce qu'on lit dans 
la Bibliotheca, à l'article Didacus de Mendoza (i re édition, tome I, 
p. 224, col 1) ' : 



1. Ce passage est intégralement reproduit dans la 2 e édition {Bibliotheca 
Hispana Nova, tome I, p. 291.) 



110 R. FOULCHE-DELBOSC 



Guerra deGranada bêcha por el Rey de Espaiïa D. Felipe II. contra los Moriscos 
de aquel reino sus rebeldes ; Sallustii Iugurthio, Catilinariôque, aut veterum cui- 
cumque alii comparandum. Certè hase Historia in schedis M.SS. diù cursitavit 
per omnium manus, scriniaque aliorum, Iacobi praecipuè Bleda; Historia Mau- 
riscorum scriptoris, ditavit. Demura in lucem prodiit Ludovici Tribaldi regii 
Chronographi operâ,^Matriti 1610, in-4. deinde Olissipone apud Craesbek 1627. 
Ex quatuor libris finem tertii, quem mutilum deprehenderat, elegantissimè 
supplevit D. Ioannes Silva Portalegrensis Cornes, verè purpuram authoris 
purpura; attexens. 

Mettons tout d'abord en lumière que Nicolas Antonio indique 
clairement — et il est le seul après Tamayo de Vargas, dont 
l'œuvre est restée manuscrite — les emprunts faits par Bleda; 
mais cela nous le montre en contradiction avec lui-même. Il 
nous dit en effet que l'édition de Tribaldos parut après l'œuvre 

de Bleda : démuni in lucem prodiit c'est-à-dire le volume de 

Bleda était déjà connu quand fut publiée l'édition princeps de 
Mendoza. Or, comment Tribaldos aurait-il pu publier une édition 
de Mendoza en 16 10, alors que la Coronica de Bleda n'a paru 
qu'en 1618? Il y a là, de la part de Nicolas Antonio, un oubli 
manifeste de la date d'apparition de la Coronica ; mais il y a sur- 
tout chez tous ceux qui, jusqu'ici, ont lu la notice de la Biblio- 
theca Hispana, un singulier manque d'esprit critique, puisque 
aucun d'eux n'a eu l'idée de comparer ces deux dates. 

Quoi qu'il en soit, cette preuve ne saurait nous suffire : on 
peut, en effet, admettre que Nicolas Antonio a simplement 
commis l'erreur chronologique que nous venons de relever et 
que l'édition de 16 10 existe réellement. Il ne faut pas oublier que 
dans sa Bibliotheca, à l'article Ioannes de Silva (le comte de 
Portalegre), il s'exprime ainsi (i re édition, tome I, p. 597, 
col. 2) I : 

Supplevit etiam Historiam RebeUionis Granatensis ab clarissimo viro 

D. Didaco de Mendoza coriscriptam aliquot successuum relatione, quse in illius 



1. Ce passage est intégralement reproduit dans la 2 e édition. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA III 

aurei libclli M.SS. exemplaribus deerant, purpuram herclè purpuras attexens : 
quo cum supplemento editus fuit Ludovici Tribaldi regii Indiarum Chrono- 
graphi cura Matriti 1610, deindéque Vlissipone 1627. in-4. 

Cette seconde note 1 venant corroborer celle que renferme 
l'article consacré par Antonio à Mendoza, indique donc, chez son 
auteur, une croyance absolue à l'édition de 16 10. Aussi devons- 
nous rassembler le plus de preuves possible pour démontrer que 
cette édition, que personne n'a vue, n'a jamais existé. On peut 
établir en premier lieu que, de 16 10, date de l'édition supposée, 
à 1627, date de la véritable édition princeps, on ne trouve chez 
aucun de ceux qui ont eu à s'occuper, soit de Mendoza, soit de 
la rébellion des Maures, la moindre trace d'une telle édition ; en 
second lieu, que jusqu'à l'année 1672, date de la publication de 
la première édition de la Bibliotheca Hispana, personne ne s'était 
avisé qu'il existât une édition de la Guerra de Granada antérieure 
à celle de 1627; ce n'est que postérieurement à 1672 que l'on 
signale l'édition introuvable en se fiant à l'autorité. de Nicolas 
Antonio. 



En 1618, Bleda, nous l'avons vu, copie d'un bout à l'autre 
l'œuvre de Mendoza : si une édition de la Guerra de Granada 
avait paru seulement huit ans auparavant, comment Bleda ne le 
mentionnerait-il pas, alors surtout qu'il le fait pour Marmol 
auquel il recourt à chaque instant ? 

Mais rien de tel. Bleda, parlant de Marmol, laisse clairement 
voir qu'il suppose son œuvre connue et entre les mains de tous : 

Tambien vi lo que curiosamente escriuio desta guerra, y muy por estenso 

Luys del Marmol Caruajal Escriue Marmol muchas cosas particulares, y 

en su libro parecen bien, por ser este su asumpto y suegeto (sic) principal : alli 
las podra ver el lector (p. 652, col. 2). 



1 . A l'article Ludovicus Tribaldos de Toledo, Nicolas Antonio ne parle pas 
de la Guerra de Granada, 



112 R. FOULCHE-DELBOSC 



Donc, Bleda est bien explicite : il dit en propres termes que les 
faits particuliers il ne les mentionnera pas dans son œuvre à lui 
qui est une histoire d'ensemble, mais qu'on les trouvera dans le 
livre de Marmol. Comme il n'y a aucune équivoque possible à 
ce sujet, il est inutile d'insister; mais on va voir en quels termes 
bien différents il parle de Mendoza. Tout d'abord, et alors qu'il 
n'indique que par treize lignes l'existence de l'œuvre de Marmol, 
la jugeant suffisamment connue, il consacre à Mendoza un total 
de 84 lignes ' : non seulement il parle longuement de la famille 
de Mendoza, mais encore il vante, autant qu'il le peut, et la véra- 
cité et le style de Don Diego : je n'en cite ici que les passages 
les plus essentiels : 

En compania del Marques (de Mondéjar) se hallo don Diego en parte destas 
guerras, y lo demas entèdio de personas que las siguieron, y gouernaron el 
exercito ; su relacion es tenida por verdadera (p. 652, col. 2). 

Si en este libro se hallare el estilo, y lenguaje mejor, atribuyase a su legitimo 
Autor, que es en la mayor parte el dicho don Diego de Mendoça (p. 653, 
col. 1). 

Y en este libro errara tambien, si priuara al lector de la elegancia, y estilo 
remontado de Don Diego de Mendoça, que como tan sabio en la disciplina 
militar, tan prudente, y experimentado en gouiernos tan docto, y auentajado 
casi en todas las sciencias, con la grandeza de su ingenio, supo referir la verdad, 
y lo que passo en esta rebelion, y guerras de Granada, con tanta gentileza, y 
facundia verdaderamente Retorica, limpia de terminillos v frasis escusadas, y 
con la interpretacion, y ethimologia de los terminos proprios de la milicia, y 
vocablos de aquella arte, que si lo lèvera Ciccron, juzgara, que es vu Demos- 
thenes, o Quintiliano de la nacion, y lengua Castellana, o vn Tucidides, el 
quai, como el con su parecer califica, se auentajô en el artificio Retorico a todos 
los famosos historiadores, que alli se nombran : porque supo dezir tantas, y tan 
grandes cosas en pocas palabras, que las sentencias fueron en numéro yguales 
a las dicciones, y hablo con tanta propriedad, y subtilissima breuedad, que no 
sabia el hazer juyzio, si el lenguage daua lustre a las cosas, o si las sentencias 
le dauan a las palabras, adornandolas. Todo lo quai propriamente quadraa don 
Diego de Mendoça, como se vera claramente en lo que de su papel se trasladara 
en este libro (p. 654, col. 2 et p. 655, col. 1). 

1 . P. 652, cols. 1 et 2 ; p. 65 3, col 1 ; p. 654, col. 2 et p. 653, col. 1 . 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRAKADA I 1 3 

Bleda ne pouvait mieux montrer qu'il recourait à un texte que 
tout le monde ne pouvait pas se procurer, à un document que 
très peu de gens connaissaient, à un manuscrit en un mot. Tout 
ce qu'il dit de Mendoza était inutile si la Guerra de Granada 

avait été éditée en 1610. 

* 
* * 

L'œuvre de Mendoza est connue de l'auteur d'une histoire 
ecclésiastique de Grenade qui fut vraisemblablement achevée 
dans les premiers mois de 1 6 1 1 . Cette histoire, presque ignorée, 
est restée inédite, et il serait à désirer que l'on en entreprît enfin 
la publication. Le manuscrit appartient à la bibliothèque du cou- 
vent du Sacro Monte de Grenade, où je l'ai examiné avec grand 
intérêt : 

Hisîoria ecclesiastica de Granada, por cl Ll io Ivstino Antoline\ 
de Burgos Provisor de Sevilla, Arcediano de Granada y Abbad del 
Sacro Monte ' . 

Le titre est gravé, ce qui semble indiquer que l'auteur se dispo- 
sait à faire imprimer son œuvre; ce qui peut appuyer cette- 
hypothèse, c'est que le volume contient deux témoignages de 
lecture, l'un, daté du 2 juillet 161 1, du docteur Luis de Bavia, 
commissionné par l'archevêque, l'autre, daté du 5 juillet 161 1, 
de l'archevêque de Grenade Pedro Gonçalez de Mendoza. 

Antolinez de Burgos dit qu'il cite Mendoza d'après un manu- 
scrit \ il cite également Marmol. Si la Guerra de Granada avait été 
publiée en 16 ro, il se serait évidemment référé au texte imprimé. 



L'auteur anonyme d'un poème sur Grenade 2 , demeuré 

1 . Ce manuscrit, in-quarto, a 298 ff. ; il est divisé en deux parties. La 
troisième partie de l'ouvrage, qui traitait des fameux plombs de Grenade, en a 
été détachée, ainsi que l'indique une note du dernier feuillet. 

2. Granada à description bistorial del insigne reinoy ciudad ilustrisima de Gra- 
nada, bellisima entre todas las ciudades (Gallardo, Ensayo de una biblioteca 

espanola, tome I, n° 773.) 



114 R - FOULCHE-DELBOSC 



manuscrit, composé por los anos de i6ij et enrichi d'additions 
en prose jusqu'en 1621, donne, à la suite de son œuvre poétique, 
une série de notices sur les Grenadins illustres à un titre quel- 
conque. Gallardo, qui nous a donné de ce manuscrit une minu- 
tieuse description, et qui a pris soin de transcrire une très grande 
partie desdites notices, ne s'est pas aperçu qu'elles étaient presque 
littéralement copiées sur celles que Francisco Bermudez de 
Pedraza avait publiées en 1608 dans ses Antiguedad y Excelencias 
de Granada. Personne, du reste, n'a encore signalé le fait. Même 
division de chapitres, même ordre adopté dans les biographies; 
la similitude est poussée aussi loin que possible. Quelques rares 
additions, toutefois, ont été faites au texte de Pedraza par l'ano- 
nyme de 1621. C'est ainsi qu'on le voit citer celui auquel il 
emprunte, sans le dire, presque toutes ses notices : 

El L. Francisco Bermudez de Pedraza, escribiô un tratado de las Grandezas 
de su patria, y Reliquias del Monte Santo. 

En ce qui concerne Mendoza, il reproduit presque littéralement 
le texte de Pedraza; la fin seule offre pour nous quelque intérêt : 

Escribiô D. Diego el Rebelion de Granada, y aunque no tuvo lugar de 
emprimirlo andan tantos traslatos que no hace falta la imprenta. Es de muy 
gustoso estilo. 

Comme on le voit, c'est, à peu de chose près, la même rédac- 
tion que celle de 1608; mais l'anonyme ayant mis ses notices au 
Courant des publications récentes, il est bien certain que si une 
édition de Mendoza eût paru en r6io, il l'aurait indiquée au 
lieu de recopier simplement Pedraza. 

* * 

Tamayo de Vargas 1 , dans sa Junta de libros , la mayor que 
Espana ha visto bas la el ano 1622 2 (ou 1624 d'après Antonio), 



1. Mort en 1 64 1 , à 54 ans. 

2. Bien que la bibliographie de Tamayo de Vargas s'arrête à l'année 1622, il 
dut la revoiret la retoucher, ainsi que l'indique la mention de l'édition de 1627. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 



"5 



qui se trouve encore à l'état de manuscrit à la Bibliothèque Natio- 
nale de Madrid (Ff. 23), consacre à Mendoza (p. 136) une notice 
dont voici les premières lignes : 

D. Diego de Mendoza embaxador de Venecia del Consejo de guerra, de los 
mas entendidos i cortesanos de su tiempo i mas élégante en prosa i verso, en 
latin i espanol, sus 

Obras en verso 
recopiladas por Iuan Diaz Hidalgo del habito de S. Iuan Capellan i Musico 
de su Mag J . Madrid por Iuan de la Cuesta 1610 4°. otras. 

Obras M. S. 
4° mas anadidas, i mejor correctas en prosa 

Rebelion de Granada 
Ms. 40 que casi despues trasladô Fr. Iaime Bleda Dominico en la historia de 
los Moros; este arïo 1627 la sacô a luz el L d ° Luis Tribaldos de Toledo chro- 
nista de las Indias, en Lisboa por Crasbeck 
4° 

Ainsi la note de Tamayo de Vargas prouve deux choses : 
d'abord qu'il n'avait pas connaissance de l'édition de 16 10, 
ensuite, qu'il connaissait — et il est le premier à l'avoir écrit — 
la présence du texte entier de la Guerra de Granada dans la Coro- 
nica de Bleda parue en 16 18. Ce dernier fait nous montre en 
Vargas un homme bien documenté, et je pense que celui qui, à 
cette époque, savait trouver Mendoza dans l'œuvre de Bleda, 
n'aurait pas ignoré que ce texte avait déjà été imprimé isolément. 

* 

* * 

Enfin, un ouvrage dans lequel nous trouvons encore de nou- 
velles preuves — concluantes, pourrions-nous dire — de la non 
existence d'une édition de 1610, c'est l'édition de 1627 elle- 
même. 

Luis Tribaldos de Toledo, dans son avertissement al Lector 
(verso du 9 e feuillet et feuillet 10 de l'édition de 1627), explique 
tout au long pour quels motifs la Guerra de Granada n'a pas 
trouvé plus tôt d'éditeur; la sévérité avec laquelle sont jugés 
certains auteurs de cette guerre en rendait la publication sinon 



I 1 6 R. FOULCHÈ-DELBOSC 



impossible, du moins dangereuse au lendemain même des 
événements qu'elle relatait; mais le temps a fait son œuvre : 
aucun de ceux nommés par Mendoza n'est plus vivant. « Quanto 
a lo segûdo oi q son ya passados cerca de sessenta afios, i no ai 
vivo ninguno de los que aqui se nombran, cessa ya el peligro de 

la escritura » (feuillet 10 recto, lignes 26 et 27). Près de 

soixante ans, dit Tribaldos, se sont écoulés depuis la guerre : le 
calcul est facile à faire. La guerre de Grenade (abstraction faite, 
bien entendu, des événements qui la déterminèrent) tient tout 
entière entre le 23 décembre 1568, date où Don Fernando de 
Valor (Aben Humeya) quitta Grenade pour les Alpuxarras, et le 
15 mars 1 57 1, date de la mort d'Aben Abo. L'édition de Tri- 
baldos a paru en 1627 ; son avertissement al Lector était peut-être 
écrit en 1626; entre la révolte des Maures et la publication du 
texte de Mendoza, il y a donc soixante ans ou près de soixante 
ans. 

Si une édition avait paru 17 ans auparavant — en 1610 — et 
par les soins de ce même Tribaldos, il est certain qu'il aurait 
pris soin de le rappeler en publiant celle de 1627 x ; mais il n'en 
parle pas et fait même plus : il dit en propres termes que la 
Guerra de Granaàa n'a pas été publiée avant lui : « Solamente 
dire, que causas huvo para no publicarse antes : las que me 

movieron a hazerlo agora » (al Lector, verso du feuillet 9, 

lignes 9 et 10). Comme si cela n'était pas suffisant, il va jusqu'à 
prévoir la possibilité d'une seconde édition : « Deseava yo ornar 
las margencs co lugares de autores classicos bien imitados por el 



1. Cela ressort jusqu'à l'évidence de ce passage de al Lector : « Muerto dô 
Diego, viviendo aun personas que el nombraua, durava el impedimento q en 
vida; demâs de q los eruditos a quiè semejantes cuidados tocâ, quierê nias 
ganar fama con escritos proprios, que aprovechar a la republica con dar luz a 
los agenos. » (Feuillet 10 recto, lignes 21 et suiv.) L'homme qui pensait ainsi 
n'aurait pas manqué de rappeler au lecteur que, 17 ans plus tôt, il avait eu le 
dévouement de publier l'œuvre d'autrui. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA il y 

nuestro, i no me fuera mui difficil juntarlos : mas guardandolo 
para la postre, me sobrevino esta enfermedad tan larga i pesada, 
que me impossibilité : i porque se me daa mucha priessa los 
guardo para segùda edicion (si a caso la huviere) que espero sera 
mui gratos a los doctos. » {Al Lector, verso du feuillet 10, 1. 18 
et suiv.) On ne peut dire plus clairement que l'édition présente 
est la première 1 . 



La deuxième édition de la Guerra de Granada, ce fut Mateo de 
la Bastida qui la publia en 1674, - l Madrid. Quoique la Bibliotheca 
Hispana de Nicolas Antonio ait paru depuis deux ans (1672), il 
ignore sans doute la note du célèbre bibliographe relative à une 
édition parue en 1610; en effet, dans sa dédicace à Don Pedro 
Coloma, il appelle sa réimpression segundo buelo : « Y porque, 
para hallar, en este segundo buelo, benigno el ayre juizioso de 

las censuras, debe solicitar patrocinios 2 . » Ainsi donc, pour 

Mateo de la Bastida, la question est bien simple : il est le 
deuxième éditeur d'un texte que Tribaldos a déjà publié une fois. 

La quatrième édition (Valence 1766) présente de nombreuses 
erreurs : elle est précédée d'une dédicace al Exc mo . Senor D" Joachin 
Monserrat, Ciurana, Cruillas, Crespl de Valdaura, Alfonso, Cala- 
tayud, Sans de la Llosa; Marques de Cruillas, etc signée 



1. De plus, indices qui ne sont pas à dédaigner, d'une part, les licenças en 
portugais, datées de Lisbonne, 1, 3, 4, 12 septembre et 22 décembre 1626, 
indiquent clairement qu'il s'agit d'une première édition ; d'autre part, la dédi- 
cace à don Vincente Noguera est datée du 4 décembre 1626, et fait allusion à 
des faits qui se sont passés en 1620. Il faudrait donc admettre que cette dédi- 
cace est spéciale à l'édition de 1627, mais la chose est contre toute vraisem- 
blance : Tribaldos publie l'édition de 1627 aux frais de Noguera ; comment en 
aurait-il publié une autre dix-sept ans auparavant ? 

2. Le fait a déjà été signalé par Mr. William I. Knapp à la page xxm du 
prologue de son édition des Obras poèticas de D. Diego Hurtado de Mendo^a. 
Madrid iSjj. 

Revue hispanique. 8 



Il8 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



par l'éditeur Salvador Fauli et d'une aprobacion signée par 
Gregorio Maya ns. — Fauli connaît Nicolas Antonio qu'il cite en 
note, et considère son édition comme la troisième : « Tercera 
vez renace de sus propias cenizas para eternizar sus lucimientos 

Don Diego Hurtado de Mendoza » et plus loin : « Fue tan 

feliz la Obra, que en brève tiempo logrô en dos ediciones infi- 
nitas alabanzas. » Quelles sont les deux éditions dont parle 
Fauli ? Peut-être les deux éditions citées par Nicolas Antonio : 
celle de 1610 qui n'existe pas, et celle de 1627 qui existe. Il est 
possible que Fauli n'ait pas eu connaissance de celle de 1674 dont 
ne parle naturellement pas la Bibliotbcca Hispana parue en 1672. 
L'expression en brève tiempo s'applique à l'intervalle 16 10-1627, 
mais s'appliquerait moins aisément à l'intervalle 1 627-1 674. 
Quant à la troisième édition, qui parut à Valence vers 1730, il 
semblerait étrange que Fauli ne Fait pas connue. 

L' aprobacion de Mayans est datée de Valence, 13 juin 1730. Il 
est probable que cette aprobacion fut placée en tête de l'édition 
publiée à Valence vers 1730 par Vicente Cabrera et que Fauli la 
réimprima simplement en tête de la sienne. On lit : « Treinta i 
cinco anos despues de la muerte del Autor, esto es, en el 
aiio mil seiscientos i diez, quando ya no vivian los pri- 
meras Gefes de la Guerra de Granada, i quedavan poquisimos 
de los que intervinieron en ella, publicô esta Historia el Licen- 
ciado Luis Tribaldos de Toledo, Chronista mayor de Don Felipe 

quarto, nombre mui docto i erudito » Mayans laisse supposer 

qu'il commet un sérieux anachronisme : en 1610, Tribaldos ne 
pouvait être grand chroniqueur de Philippe IV, par la raison bien 
simple que le roi d'Espagne était alors Philippe III; Philippe IV 
ne régna qu'à partir de 1621, et c'est au plus tôt cette année-là 
que Tribaldos put devenir son Chronista mayor. Mayans, du reste, 
dans cette aprobacion, ne se pique pas plus de précision que 
d'exactitude : quoiqu'il ne le dise pas, il est vraisemblable qu'il 
parle de l'édition de 16 10 d'après Nicolas Antonio; d'autre part, 
il laisse supposer qu'entre 1627, date de l'édition de Tribaldos et 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA II 9 

1730, date de son aprobacion, il y eut plusieurs éditions, alors 
qu'il n'y en eut qu'une seule, la seconde, celle de Madrid 1674. 
« Recibiôse esta Historia, asi en Espana, como fuera de ella, con 
gran aplauso. Tanto, que en brève tiempo se huvieron de repar- 
tir algunas impresiones para satisfacer al deseo de los letores de 
buen gusto. » 

Cette 4 e édition (Valence 1766) n'est vraisemblablement 
qu'une reproduction à peu près fidèle de la troisième (Valence, 
vers 1730), dont je n'ai pu trouver d'exemplaire. 

Dans la 5 e édition (Valence 1776), l'imprimeur Benito Monfort 

dit : « se conserva manuscrita hasta que la publicô Luis 

Tribaldos de Toledo en Madrid ano de 16 10, en quarto 

Reimprimiôse despues la Obra de Don Diego en Lisboa en 1627. 
En Valencia se han hecho dos impresiones. » Comme on le 
voit, Monfort ne signale pas, lui non plus, l'édition de Madrid 
1674. 

Ce n'est qu'en 1830 que Salvd, en publiant la sixième édition, 
s'avise de relever une erreur qui dure depuis plus d'un siècle et 
demi. Voici ce qu'il dit avec beaucoup de raison dans une note 
de son Advertencia del Editor : 

Ignoro con que fundamento pudo decir Nicolas Antonio que la primera 
edicion hecha por Tribaldos saliô en Madrid el ano de 1610. En la de Lisboa 
impresa por Giraldo de la Vina en 1627, que tengo d la vista, se halla la dedi- 
catoria del licenciado Tribaldos a don Vicente Noguera, fecha en 4 de diciembre 
de 1626, en la cual asegura publicar la obra estimulado por este caballero. Y en 
el prôlogo espresa, que son ya pasados cerca de 60 anos desde el 1570 en 
que se terminé laguerra; lo cual no séria exacto, si se refiriese al 1610, y 
no al 1627, en que indudablemente debe fijarse la primera edicion. 

Malgré cette note de Salvd, l'erreur de Nicolas Antonio a été 
encore reproduite par quelques éditeurs plus récents de la Guerra 
de Granada et par la plupart de ceux qui ont eu à s'occuper de 
Mendoza, Ticknor entre autres. 

Voilà sans doute une bien longue discussion sur une édition 
supposée ; mais l'autorité qui s'attache au nom de Nicolas 
Antonio en est la seule cause : en commettant une erreur que 



120 R. FOULCHE-DELBOSC 



l'on repète depuis plus de deux siècles, le célèbre bibliographe 
nous a obligé à énumérer toutes les preuves qui s'opposent à son 
allégation ' . 



IV. — l'édition princeps (1627) 



En 1627, le licencié Luis Tribaldos de Toledo 2 , bibliothécaire 
du duc d'Olivares et grand chroniqueur du roi pour les Indes, 
publia à Lisbonne la première édition de la Guerra de Granada 



1. Signalons une dernière erreur : celle-ci se trouve dans la Noticia de los 
poetas castellanos, placée en tête du tome IV du Pamasso espanol paru à Madrid, 
chez Antonio de Sancha en 1776 (la même année que paraissait à Valence 
l'édition de Monfort) ; il y est dit (p. xix) que la Guerra de Granada a été 
« impresa y publicada en Madrid ano de 1610 y en Lisboa ano de 161 7 por la 
diligencia y trabajo del Cronista Luis Tribaldos de Toledo. » Cette édition de 
Lisbonne 1617 n'existe pas plus que celle de Madrid 1610 : Sedano aura vrai- 
semblablement voulu parler de celle de Lisbonne 1627. 

2. Luis Tribaldos de Toledo serait né, suivant Nicolas Antonio, au village 
de Tebar, dans la province de Cuenca : « Ludovicus Tribaldos de Toledo 
Tevarensis (oppidum est Tevar Conchensis territorii sacri) non autem in Sancti 
Clementis oppido natus, quod relatum fuit Auberto Mirajo » C'est préci- 
sément le contraire qui est vrai : Tribaldos est né à San Clémente de la Man- 
cha, ainsi qu'il le dit lui-même dans le prologue de son Historia gênerai de la; 
continuadas Guerras y dificil Conquista del Grau reino y provincias de Chile, ouvrage 
qu'il composa en 1630 et dont Gallardo nous donne la description (Ensayo de 
una biblioteca espanola, tome III, n° 4092). Cette ceuvre est « escripta por Luis 
Tribaldos de Toledo, cronista mayor de Indias, natural de la villa de San 
Clémente de la Mancha, y vecino de la insigne Corte de Madrid. » Dans le 
prologue il parle d'un nommé Lope Aguado « a quien, dit-il, conoci en mis 

menores aiïos en la villa de San Clémente, donde yo nascf » Il ne saurait 

donc y avoir aucun doute à cet égard. 

Quant à l'année de sa naissance, je n'ai d'autres données que les suivantes, 
qui, si elles ne nous indiquent pas une date précise, nous montrent cependant 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 121 

(pet. in-4 , 12 ff. prels non chiffrés et 127 ff. chiffrés. Voir le 
fac-similé ci-contre) '. 

Les feuillets préliminaires contiennent : 

f. I. Titre 2 . 

f. II. Licenças, et au verso les armes de Noguera au dessous 

desquelles sont huit vers latins, 
f. III. A Don Viccnte Nogvera, Referendario de ambas Signa- 

turas 

f. IX verso. Luis Tribaldos de Toledo, al Lector. 

f. XI. Brève nia noria de la vida i mverte de Don Diego de Mendoça 

escrita por don Balta^ar de Çuhiga 

f. XII. Introdvccion de don Ivan de Silva Coude de Portalegre 

Governador i Cap i tan gênerai del Reino de Portugal 

Dans son introduction, Portalegre dit : 



qu'au moment où il publia la Guerra de Granada, Tribaldos était d'un âge 
avance. Dans une plaquette, aujourd'hui fort rare, où sont décrites les fêtes qui 
eurent lieu a Madrid en 1622 pour la canonisation de saint Isidore, saint Ignace 
de Loyola, saint François Xavier, sainte Thérèse et saint Philippe Néri (Relacion 
de las fiestas que se han hecho en esta cor te, à la canonisation de cinco Santos : copiada 
de itiiti earta que escribio Manuel Pouce eu 28 de Junio 622), on lit que le crouista 
tnayor était au nombre des concurrents d'un tournoi littéraire : « El doctisimo 
maestro Luys Trivaldos de Toledo, cuya erudicion y doctrina, adquirida en 
cinquenta atîos de perpetuos estudios en todas letras, le han merecido opinion 
del mas digno sugeto de nuestros tiempos, y epilogo verdadero de la gloria de 
los antiguos. Quien no venera su nombre, niega las honras debidas i la 
virtud. » (In fine.) En prenant au pied de la lettre les cinquante années d'étude, 
il faudrait voir dans Tribaldos un homme qui aurait été septuagénaire en 1627, 
date de l'édition princeps de Mendoza. Rien d'étonnant à ce qu'à cet âge il ait 
eu à subir les atteintes d'une maladie larga i pesada dont il parle dans son avis 
au Lecteur. Je crois donc que l'on peut accepter pour la naissance de Tribaldos 
la date de 1558 donnée par Nicolas Antonio. 11 mourut en 1634. 

1. Sur Vicente Noguera, aux frais de qui l'édition était faite, voir Zeitschrift 
fi'tr romanische Philologie, tome III, Halle, 1879; article de M. A. Morel-Fatio. 
— La dédicace de Tribaldos est datée du 4 décembre 1626. 

2. Certains exemplaires ont, après le titre : Licencia para meterle eu Castilla, 
datée d'août 1628, et Tassa cou licencia para venderle, datée de septembre 1628. 



GVERRA 

DE GRANADA 

HECHAPOR ELREÏ DE ES. 

pana don Philippe I I. nueftro fenor contra 

los Morifcos de aqnel reino,(bs rebeldes. 

Hiïloria efcrtta en quatro libros. 

Por don Diego de Mendoça,del confejo del Empera» 
dor don Carlos V. fu Embaxador en Roma, 
i Venecia; fu Governador i Capitan Ge- 
neral en Tofcana. 

Publicadapor cllicenù&do LuisTribaldos del ' oledû i 
Chr unifia mayor del Rey nueUro feaor por Us 
Indiasjefidente en Ucorte de Madrid, 
i por ci dedicada, 

Adcn VicenteNoguers,Rcferencariodearrbas ${-> 

gnaturas de fu Sanctidad, del Confejo de iasdos 

Mageftadcs CefarearCutholica, g^ntilhom- 

bredela Camiradel Archiduque de 

Auifria Leopoldo. 

Contodds Us licencias neccjjàrias 



EN L I S B O A. 

Por Git al io de la Vma. Con privilégia» An o i : ir. 

Fac-similé du titre de l'éditionjie 1627. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRAXADA 123 

« Tuvo todavia una gran desgracia esta historia, que por ser escrita en estvlo 
tan diverse» del ordinario se corrompieron miserablemente las copias, que délia 

se sacaron, y fueron muchas Resultarô assi mismo tàtos yerros en la 

ortographia, i en la punctuacion, que passô el dafïo adelante a trocar quitar, i 
anadir palabras, sacando de su sitio las conjunciones, i ligaduras de la oracion. 

Costô trabajo emendar de dos o très copias esta Finalmente, entre esta 

copia i qualquiera de los originales de donde se sacô, ai menos différencia, de 
la que ellas entre si tenian. » 

Dans son prologue, Tribaldos prend soin de nous dire com- 
ment il publia son édition : 

En esta ediciô lo que principalmente procuré, fuê pûtualidad ; sin dar lugar 
a ninguna conjetura, ni emendar alguno por juizio proprio : cotejè varios 
manuscriptos, hallandolos entre si mui diferentes ; hasta que me abracè con el 
ultimo i sin dubda alguna el mâs original, que es uno del Duque de Aueiro en 
forma de 4. trasladado de mano del Comendador Iuan Baptista Labana, i 
corregido de la del Conde de Portalegre : con el quai conoci qui en balde 
havia cansadome con otros. Este texto es el que sigo sin alterarle en nada, i es 
el genuino i proprio de quiè en su introduciô habla aquel gran Conde. 

Nous devons donc essayer de reconstituer ce que l'on pourrait 
appeler l'état civil du manuscrit que Portalegre avait corrigé et 
qu'il avait fait précéder d'une introduction. 

Tout d'abord, il convient de remarquer que Tribaldos se con- 
tredit lui-même : dans son prologue, il prétend n'avoir eu entre 
les mains qu'un seul manuscrit ayant l'introduction et l'addition 
de Portalegre. Or, au feuillet ioo, à la fin du livre III, il fait 
précéder le Dîscurso del conde de Portalegre d'une notice de treize 
lignes dans laquelle il nous dit : « En pocos exemplares se halla 

esta addicion, » d'après sa propre déclaration, on voit que 

cette addition se trouvait dans quelques-uns des manuscrits qu'il 
avait tout d'abord abandonnés. 

Quoi qu'il en soit, le manuscrit du duc d'Aveiro devait se 
composer en premier lieu de l'introduction de Portalegre com- 
mençant par ces mots : Mostrô don Diego de Mendoça ; puis du 

texte de la Giterra de Granada tel qu'il nous est connu par l'édi- 
tion de 1627 ; ce texte devait, sur le manuscrit même, com- 
prendre une division en livres et en paragraphes identique à celle 



124 R. FOULCHE-DELBOSC 



qu'adopta Tribaldos. Autrement dit, la division en livres et en 
paragraphes, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est peut- 
être due, soit à Labana, soit à Portalegre, mais n'est sûrement 
pas due à Tribaldos. On verra plus bas sur quoi je me base pour 
affirmer le fait. 

Le manuscrit du duc d'Aveiro contenait enfin, entre le livre III 
et le livre IV, le Discurso del coude de Portalegre commençant par 
ces mots : Hemos llegado a unpeligroso passo et destiné à sup- 
pléer aux lacunes du texte de Mendoza. 

Ce manuscrit ainsi reconstitué, avant de parvenir à Tribaldos, 
ou peut-être même avant d'appartenir au duc d'Aveiro, avait 
servi de modèle à quelques-unes des nombreuses copies que, en 
l'absence d'un texte imprimé, recherchaient les lettrés d'alors. 
L'existence des manuscrits A et E nous en fournit la preuve; ces 
manuscrits ont l'introduction, l'addition de Portalegre, et enfin 
la même division en livres et en paragraphes. Il convient toutefois 
d'ajouter qu'ils ne possèdent pas les paragraphes 16 à 19 du 
livre IV ; mais ce fait, commun du reste à tous les manuscrits de 
la Guerra de Granada, n'infirme en rien notre thèse, ainsi que 
nous le démontrons plus loin. Le manuscrit A porte en tête la 
mention Setuval ano 161S ij Julij et à la fin la mention finis 
Anno 1619. 2S Januarij. Le manuscrit E porte en tête la mention 
Setubalano de 161 S 13 dejunio et à la fin, la mentionfinis anno 161 y. 
L'existence de cette double date nous permet de constater qu'en 
16 18 le texte de Mendoza était déjà tel qu'il devait être publié 
neuf ans plus tard par Tribaldos, prêt, pour ainsi dire, à être 
imprimé, grâce aux notes de Portalegre. 

A quelle époque Portalegre composa-t-il son introduction et 
son addition ? Il nous est assez difficile de le dire, mais on peut 
supposer que l'une comme l'autre ont été écrites en 1593. C'est, 
en effet, au mois d'avril de cette année-là que Portalegre adresse 
à Don Hernando de Guzman une lettre « sobre algunos libros y 
curiosidades que le havia enbiado », lettre où l'on peut lire ce 
qui suit : 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 125 

« No juzgo tan profundamente los defectos de la Istoria de D n Diego de 

Mendoza, si bien los conozco y los comfesara, si los tubiera por historia, mas 
pareçeme vna relazion escripta en papeles viejos para formar historia de ellos, 
que el nunca hiçiera, y asi le cauen bien los loores que Vm. le da porque lo 
malo es lo que muchos no pudieron enmendar y lo bueno tienen lo tan pocos 
que ne conozco yo ninguno. La quiebra que ay en el suceso de Galera y 
muerte de Luis Quixada deven faltar adrede por no lo querer publicar el que 
tiene el primer orijinal, si ya no se le antoxo a D n Diego ymitar la desgraçia 
de Tito Liuio, de cuyas obras falta tanto o la que Iovio finxe con los papeles que 
le Robaron. Sera menester pedir prestado esto al jurado de Cordova o a un 
soldado que sera mejor, no para continuarlo con el texto, sino para referirlo 
secamente a parte. » 

Ce passage nous montre Portalegre occupé à reconstituer le 
récit des événements de Galera et de la mort de Luis Quixada ; 
on pourrait même voir, dans les dernières lignes, comme l'an- 
nonce à peine dissimulée d'une publication prochaine. 

Nous ne pouvons actuellement remonter plus haut dans l'his- 
toire de ce manuscrit. 



En cherchant à se rendre compte de la manière dont a été faite 
l'édition de 1627, on s'aperçoit que le licencié Luis Tribaldos de 
Toledo, grand chroniqueur du roi pour les Indes, a publié son 
texte de Mendoza sans grands soins et sans même se donner la 
peine de lire attentivement ce qui avait été publié jusqu'alors sur 
la révolte des Maures. En 1627, les ouvrages relatifs à la guerre 
de Grenade étaient peu nombreux ; deux surtout auraient dû être 
consultés par un éditeur de Mendoza : celui de Marmol, paru en 
1600, et celui de Bleda paru en 16 18. 

Si invraisemblable que puisse paraître le fait, Tribaldos ignorait 
Bleda. Il n'avait jamais lu l'énorme compilation éditée à Valence 
huit ans seulement avant le moment où il écrivait sa dédicace. 
Sans quoi, comment aurait-il pu s'empêcher de retrouver tout le 
texte que lui-même allait publier et dont Bleda prenait grand 
soin de rejeter le mérite sur Mendoza ? Quant à Marmol, Tribal- 



126 R. FOULCHÈ-DELBOSC 



dos le connaissait, puisqu'il le cite quatre fois ' en marge du texte 
de la Guerra de Granada, comme pour en corroborer la véracité; 
mais c'est à peine s'il l'a feuilleté : s'il l'avait lu avec un tant soit 
peu d'attention, il se serait aperçu que Marmol, sans la moindre 
délicatesse, avait donné, comme de son cru, un long fragment de 
Mendoza. 

Tout en sachant gré à Tribaldos d'avoir le premier publié une 
édition détachée de la Guerra de Granada sous le nom de son 
auteur, on ne peut s'empêcher de reconnaître en lui un pauvre 
érudit, totalement dépourvu de connaissances bibliographiques 
et d'esprit critique. La malchance vint s'y ajouter : en 1628, un 
an après la publication du texte de Mendoza, Tribaldos put 
prendre connaissance d'un manuscrit qui appartenait au duc de 
Bejar. Ce manuscrit n'avait pas les lacunes du manuscrit du duc 
d'Aveiro, lacunes qui avaient nécessité l'addition de Portalegre. 
C'est évidemment de ce manuscrit-là que Tribaldos se serait 
servi s'il l'avait connu un peu plus tôt. Comme il ne fallait pas 
penser à une deuxième édition si peu de temps après la première, 
Tribaldos se borna à recopier les passages retrouvés et à les 
intercaler dans un exemplaire imprimé. Cet exemplaire ainsi 
complété demeura à la bibliothèque privée de Philippe IV et 
passa de là à la Bibliothèque royale où Juan de Iriarte le retrouva 
en 1769. Je l'ai vainement cherché à Madrid. 

V. — LES ÉDITIONS POSTÉRIEURES 



Deuxième édition : 

Guerra de Granada, Hecha por el Rey de Espaiïa Don Felipe II. nuestro 
senor, contra los Moriscos de aquel Reyno, sus rebeldes. Ilistoria escrita en 
quatro Libros. Por Don Diego Hurtado de Mendoza, de! Consejo de! Empera- 



1. On trouve le nom de Marmol dans les marges des feuillets 11 verso, 
verso, 85 verso et 126 recto. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA I2J 

dor Don Carlos V. su Embaxador en Roma, y Venecia ; su Gouernador, y 
Capitan General en Toscana. Publicada por el Licenciado Lvis Tribaldos de 
Toledo, Chronista mayor del Rey nuestro seiior por las Indîas, résidente en la 

Corte de Madrid. Dirigida a Don Pedro Coloma, En Madrid, En la 

Imprenta Real. Ano de 1674. A costa de Mateo de la Bastida — In-40, 

6 ff. préls. et 147 ff. 

Les feuillets préliminaires contiennent : 

f. 1 : Titre. 

f. 2 et f. 3 recto : A Don Pedro Coloma... (Dédicace de Mateo 
de la Bastida.) 

f. 3 verso : Licenças de l'édition de 1627. 

ff. 4, 5 et f. 6 recto : Lvis Tribaldos de Toledo, al Lcctor. 

f. 6 verso : Licencia del Consejo et Suma de la Tassa de la pré- 
sente édition. 

Les feuillets chiffrés contiennent : 

Brève memoria de la vida, y muer te de Don Diego de Mendo^a, 

escrita por Don Balta^ar de Zuhiga... (f. 1). 
Introdvccion de Don Ivan de Silva, Coude de Portalegre... (f. 2). 
De la Guerra de Granada, de Don Diego de Mcndo^a (ff. 3-147). 



Troisième édition. C'est la seule édition de la Guerra de 
Granada dont je n'ai pu trouver d'exemplaire. Elle fut fa i te à 
Valence (in-8) vers 1730 (date non indiquée sur le titre) par 
Vicente Cabrera. 

* * 
Quatrième édition : 

Guerra de Granada hecha por el Rey de Espana Don Felipe II. nuestro 
senor, contra los Moriscos de aquel Reyno, sus rebeldes. Historia escrita en 
quatro libros. Por Don Diego de Mendoza, del Consejo del Emperador D. 
Carlos V. su Embaxador en Roma, y Venecia; su Governador, y Capitan 
General en Toscana. Con las licencias necessarias. En Valencia : por Salvador 
Faul;, Mercader de Libros, junto al Colegio del Vénérable Senor Patriarca, 
donde se hallarà : Ano 1766. 16 ff. préls. non ch., 1 f. blanc et 296 pp. 



128 R. FOULCHH-DELBOSC 



Contient : 

Titre. 

Al Exe" 10 Sehor D" Joachin Monserrat, Ciurana, Cruillas, Crcspi 

de Faldaura, Alfonso, Calatayud, Sans de la Llosa : marques de 

Cruillas 8 ff. de dédicace par Salvador Fauli. 

Aprobacion de D. Gregorio May ans, i Ciscàr (2 tî.) datée 

de Valence, 13 juin 1730. 
Luis Tribaldos de Tolcdo, al Lector (3 ff.) 
Brève Menwria de la vida, y muerte de D. Diego de Mendoiu 

escrita por D. Baltasar de Zuniga (1 f.) 

Introduction de D. Juan de Silva, Coude de Portalegre (1 f.) 

De la Guerra de Granada (pp. 1-296). 



En 1769, Juan de Iriarte publiait à Madrid le tome I de : 
Regia Bibliothecœ Matritensis codices greeci M.SS. Il annonçait avoir 
trouvé les passages qui manquaient dans les éditions de Mendoza, 
dans un exemplaire de l'édition de 1627 qui avait appartenu à la 
bibliothèque privée de Philippe IV, et qui devrait se trouver 
maintenant à la Bibliothèque Nationale de Madrid. Ces passages, 
Tribaldos les avait copiés lui-même et insérés dans cet exem- 
plaire en 1628 (un an après la publication de son édition), en 
les transcrivant d'un manuscrit qui appartenait au duc de Bejar. 

On lit, en effet, dans le volume d'Iriarte (p. 573, col. 2) : 

Fragmentum ex Didaci de Mendoza Historiâ de Bello Granatensi, 

quam idem Tribaldus typis edendam primus curavit, ipsius manu descriptum, 
insertumque foliis 99 et 100. Exemplairs excusi è Régis Philippi IV olim 
Bibliothecâ, quod inter Regii Matritensis Musei Codices M.SS. ob insignis 
Fragmenti nonduni editi accessionem honorificè repositum. In hujus autem 
fine legitur idiographa Tribaldi Subscriptio : 

Sacola L. T. de T. Coronista de su Magestad ano de 1628. 

On lit plus loin (page 576, col. 2) : 

Alterum Belli Granatensis à Didacode Mendoza elucubrati Fragmentum 

supra memoratum, quod eo consilio libentus hîc integrum à nobis describitur 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 129 

ut cùm in nullâ omnino ejus historiœ editione reperiatur, in usus suos Litte- 
ratus quisque transcribat. Quod ita se habet : 

Suivent les passages retrouvés qui occupent les pages 576 à 
579. Ce sont les suivants : 

Livre III, f. 100, fin : en que havia muchas provincias [Y de 

alli a Guescar — y porterie cerco] f. 103. Livre IV. Lvego que don 
Iuan 

Livre IV, f. 104, 1. 9 : i de Cahar. [Mientras el duque — 

con mucho regoyjo] Hallavase Abenabb 

Livre IV, f. 105 verso, IL 10 et n : i de alli sin estorvo a 

Valor [donde se alojaron. Saliô don Juan de Ba%a — en muchas oca- 
siones.] Abenabb visto que el Duque 

* * 

Cinquième édition : 

Guerra de Granada, que hizo el Rei D. Felipe II. contra los moriseos de 
aquel Reino, sus rebeldes. Escriviôla D. Diego Hurtado de Mendoza, del 
Consejo del Hmperador Carlos V. su Embajador en Roma i Venecia ; su 
Governador i Capitan General en Toscana. Nueva impresion compléta de lo 
que faltava en las anteriores, i escriviô el Autor ; i anadida con su vida, i lo 
que se avia suplido por el Conde de Portalegre. Con licencia del Real Consejo. 
En Valencia : en la Oficina de Benito Monfort, ano 1776, pet. in-4 , lvi- 
335 pp. Portrait de Mendoza, gravé par Brandi. 

Contient : 

El impresor (III-IV). 

Vida de don Diego Hurtado de Mendoza ( V-L VI,) . 

De la Guerra de Granada (1-329). 

Addicion del Conde de Portalegre (330-335). 

A en croire Salva, ce serait à Mayans que reviendrait l'hon- 
neur d'avoir publié cette édition. 11 serait l'auteur de la vie de 
Mendoza qu'elle contient, la plus complète des biographies 
parues jusqu'à ce jour. D'après Ticknor au contraire, l'auteur 
de cette vie de Mendoza serait don Inigo (il faut rectifier et lire 
Ignacio) Lopez de Ayala, professeur de poésie à Madrid. Ni le 
nom de Mayans, ni celui d' Ayala ne figurent à un endroit quel- 



I3O R. FOULCHE-DELBOSC 



conque de l'édition de 1776. — Ainsi que l'indique le titre, cette 
édition contient les passages qui manquaient dans les éditions 
antérieures 1 et que Iriarte avait publiés sept ans auparavant. 
Pourtant, ces passages ne furent pas copiés exactement sur Iriarte : 
Salva les rétablit en 1830. 

Le prologue de Tribaldos ne figure pas dans cette édition. 

Les lignes suivantes (El Impresor, pp. ni et iv) sont intéres- 
santes à citer : 

« Todo el tiempo que pasô desde que fue escrita hasta su impresion, fue 
buscada, copiada, i tenida en mucho aprecio por los eruditos, como se vè en 
el uso que de ella hicieron ; pues Luis del Marmol copiô a la letra algunos 
periodos en su segundo Libro de la rebelion, capitulo tercero. Lo mismo con- 
fiesa de si el Padre Presentado Fr. Jaime Bleda en su chronologia de los Moros 
de Espaiia libro sexto, capitulo primero. ». 

Ces lignes démontrent, en effet, que Monfort, tout en citant 
(quelques lignes avant), d'après Nicolas Antonio, l'édition invi- 
sible de 16 10, et en commettant une autre erreur au sujet de 
Marmol, n'ignorait pas que Bleda s'était servi de Mendoza. 



Sixième édition : 

Ciuerra de Granada bêcha por el Rey D. Felipe II. contra los moriscos de 
aquel reino, sus rebeldes. Historia escrita por D. Diego Hurtado de Mendoza. 
Nueva edicion corregida. Valencia. Libreria de Malien y Berard. 1830, in-8, 
xvi-408 pp. 

Au verso du titre : Impresû en Valencia, por Don Benito Monfort, 
1830. 



1. On sait que dans l'édition de 1627, Tribaldos avait remplacé ce qui man- 
quait par l'addition de Portalegre. A la page 3 30 de l'édition de 1776, L'éditeur 
dit : « En la edicion que ha servido de original de esta, se halla suplido por 
D. Juan de Silva, Conde de Portalegre. » et il réimprime le passage de Porta- 
legre (pp. 330-335)- 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 1 3 I 

Contient : 

Portrait de Mendoza. 

Advcrtencia del editor (pp. iii-x). 

Luis Tribaldos de Toledo al lector (pp. xi-xyi). 

Vida de Don Diego Hurtado de Mendoza (pp. 1-54). 

De la Guerra de Granada (pp. 55-398.) 

Diseur so del c onde de Portalegre (pp. 399-407). 

Variantes entre la edicion de Monfort de 1776 y la de Tribaldos 
de 162J (20 mots ou locutions modifiés). Erratas de la présente 
edicion (p. 408, n. ch.) 

Cette édition fut faite par les soins et aux frais de Vicente 
Salva qui, dans une Advcrtencia del Editor, après un court histo- 
rique des éditions antérieures, dit : 

« Preferi la ûltima edicion de 1776 como el testo mas seguro y com- 
plète), si bien noté que no se habia guardado la exactitud debida al copiar los 
pasages publicados por Iriarte ; pues he tenido que verificar diez correcciones, 
algunas harto importantes, para restituirlos a su verdadera y genuina lectura. » 

Il dut remplacer en plus d'un endroit des mots, modernisés 
parles éditeurs récents, par des mots vraiment anciens; il dut 
aussi modifier la ponctuation défectueuse des éditions antérieures 
qui rendaient le texte souvent inintelligible. 

* 

Septième édition : 

Guerra de Granada contra los Moriscos, por D. Diego Hurtado de Mendoza. 
Paris, Baudry, 1840, in-8, xxm-124 pp. (Tesoro de historiadores espanoles.) 

C'est une réimpression de l'édition de Salvâ(i83o). Le volume 

comprend aussi les œuvres historiques de Melo et de Moncada. 

Des tirages postérieurs en ont été faits, notamment en 1844 et 

en 1861. 

* 
* * 

Huitième édition : 

Guerra de Granada hecha por el Rey D. Felipe II contra los moriscos de 
aquel reino, sus rebeldes. Historia escrita por D. Diego Hurtado de Mendoza. 



152 R. FOULCHE-DELBOSC 



Seguida de La Vida del Lazarillo de Tormes, sus fortunas y adversidades. por 
el mismo autor. — Barcelona. Imprenta de Juan Oliveres 1842, in-8°, xxvm- 
237 pp. Portrait de Mendoza. (Tesoro de autores ilustres, tome IV.) 



Neuvième édition : 

Biblioteca de autores espanoles, desde la formacion del lenguage hasta 
nuestros dias. Tomo 21. Historiadores de sucesos particulares. Coleccion diri- 
gida é ilustrada por Don Cayetano Rosell. Tomo primero. Madrid. Imprenta 
y estereotipîa de M. Rivadeneyra 1852, in-8, xxxvm-543 pp. 

Contient de la p. 65 à la p. 122 : Gnerra de Granada por 

Don Diego de Mendoza. 

L'édition de Rosell est faite sans le moindre soin. Nous le 
voyons d'abord déclarer dans la note 1 de la page vin : La édi- 
tion principe es de Madrid, hecha por Luis Tri bai dos de Toledo, 16 10, 
4 , puis, quand il parle (note de la page 66) de cinq manuscrits 
existant à la Bibliothèque Nationale de Madrid, ajouter qu'il les 
a cotejados cou la primera édition. C'est se moquer aimablement du 
lecteur. Quant à ces cinq manuscrits, ils présentent, dit Rosell, 
quelques variantes, mais sont très inférieurs à la première édition. 
— Un seul, poursuit-il, mériterait d'être consulté, le G. 106 
(notre manuscrit J). C'est un manuscrit du xvi e siècle : les 
nombreuses corrections et annotations marginales font supposer 
à Rosell qu'on l'a comparé à beaucoup d'autres. Il en donne 
quelques variantes dans son édition. 

* * 

Dixième édition : 

Biblioteca de escritores granadinos, desde la civilizacion arabe hasta nuestros 
dias. Monumento elevado à las glorias de las letras patrias por la iniciativa y 
bajo la proteccion del Excmo. Sr. 1). José Gutierrez de la Vega, ex-gobernador 
de Granada, y gobernadorde Madrid. — ' Obras de D. Diego Hurtadode Men- 
doza, coleccionadas por D Nicolas del Paso y Delgado. — Tomo primero. — 
Granada. Imprenta de El Porvenir, 1864, in-8, xcn-333 pp. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 133 

Ce volume est le seul qui ait paru de la Biblioteca de escritores 
granadinos. Le texte de la Guerra de Granada (pp. i à 137) est 
précédé d'une courte notice bibliographique (pp. lxvii à lxxix) 
indiquant comme édition princeps celle de 16 co, du prologue 
de Tribaldos, de l'introduction et de l'addition de Portalegre. 
L'éditeur n'a fait, du reste, que reproduire textuellement 
l'édition de Rosell, mais n'a apporté aucun soin à la correction 
de son volume : il me suffira de signaler (p. lxviii, av.-dern. 
ligne, une erreur que la moindre attention eût évitée : Marchinveli 
au lieu du Macchiaueli de l'introduction de Portalegre. Le reste 
est à l'avenant. 



* * 



Onzième édition : 

Biblioteca clâsica. Tomo XLI. — Obras en prosa de D. Diego Hurtado de 
Mendoza. Madrid, Luis Navarro, editor 188 1 in-8, vm-439 PP- — ' *- Tn ù ra g e 
postérieur en a été fait en 1888 (Madrid, Viuda de Hernando y (>)• 

Contient : 

D. Diego Hurtado de Mendoza (pp. v-vm). Notes biographiques 
rédigées d'après Sedano et Rosell. 

De la Guerra de Granada (pp. 1-187). 

La vida de La^arillo de Tonnes, Diàlogo entre Car ont e y el anima 
de Pedro Luis Famesio et : Car ta de D. Diego de Mendoza al Capitan 
Sala^ar. 

Cette édition a été fixité d'après celle de Rosell. 

VI. — ÉTUDE DU TEXTE. 

Telle est l'histoire du texte de la Guerra de Granada. Maintenant 
une question se pose. Convient-il d'accepter ce texte tel qu'il 
nous est connu par l'édition princeps simplement augmentée 
des trois passages retrouvés par Iriarte en 1769 ? Je ne le crois 
pas. 

Rtine hispanique. 9 



134 R - FOULCHE-DELBOSC 

Mendoza, on l'a déjà dit, écrivait pour lui seul, ou tout au 
plus pour un petit cercle d'intimes. On ne doit donc pas consi- 
dérer la Guerra de Granada comme une oeuvre arrivée au point 
de perfection qu'elle eût atteint si son auteur avait supposé 
qu'elle serait publiée un jour. Bien que spécieux, le raisonne- 
ment de May ans dans Vaprobacion datée de 1730 ne manque pas 
d'une certaine justesse : 

Una de sus Obras mas insignes es la siguiente Historia, digna de la mayor 
alabanza, por aver sido la primera que se escriviô en Espaiïol segun las rigu- 
rosas levés, que prescribieron los Criticos. I como la principal sea decir la 
verdad, Don Diego que sabia, que escrivirla el Historiador, es obligacion de su 
empleo, i publicarla, proximo peligro ; como generoso quiso profesarla, i como 
prudente recatarla. Escriviô pues con libertad : i cuerdamente se abstuvo de 
dar à luz su Historia. Quizà por este respeto no le diô la ultima mano 

Jusque-là, Mayans est dans le vrai. Mais il fait fausse route 
quand il poursuit : 

Quizà por este respeto no le diô la ultima mano, i dejô un vacio, que con 
élégante pluma huvo de suplir despues con un brevissimo sumario el discretis- 
simo Conde de Portalegre Don Juan de Silva. 

Cette lacune dont parle Mayans n'était pas intentionnelle : 
Tribaldos, nous l'avons vu, l'avait comblée lui-même en 1628, 
en se servant d'un manuscrit du duc de Bejar, plus complet que 
celui du duc d'Aveiro. Depuis 1776, du reste, toutes les éditions 
contiennent les passages retrouvés par Juan de Iriarte en 1769. 

Nous voici donc en présence du texte tel que l'aurait publié 
Tribaldos si, au lieu de connaître le manuscrit du duc de Bejar 
en 1628, il l'avait connu deux ans plus tôt, en 1626, au moment 
où il mettait la dernière main à son édition de 1627. 

C'est ce texte ainsi complété qu'on s'est, jusqu'à présent, 
habitué à considérer comme un ensemble, sinon entièrement 
poli et limé, du moins exempt de lacunes importantes. Exami- 
nons donc deux questions : 

i° Connaissons-nous intégralement le texte de Mendoza? 
2° Tout ce que nous connaissons est-il de Mendoza ? 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 135 

Depuis que trois passages ont été retrouvés par Juan de Iriarte 
et intercalés à la place qu'ils doivent occuper régulièrement, on 
peut considérer la Guerra de Granada comme un récit ininter- 
rompu et auquel, au point de vue historique, rien d'essentiel ne 
manque, depuis la première ligne du premier livre jusqu'au 
feuillet ni de l'édition de 1627. Ce récit se termine par la prise 
de Castil de Ferro, qui eut lieu le 2 mai 1570, et les opérations 
de don Antonio de Luna dans les environs de Vêlez Malaga 
(premiers jours de mai). Les derniers mots après lesquels il con- 
vient de faire de sérieuses réserves sont : con ellos mantenia i asse- 
gurava mar i tierra (livre IV, § 5 in fine). Dans les éditions et les 
manuscrits, ces mots sont immédiatement suivis d'une phrase 
avec laquelle ils n'ont aucune connexion : Tornù cl Rci a Cordova 
par Iaen i por Vbeda i Baeça, remit ticndo la conclusion de las cor les 
para Madrid donde II ego. 

Disons tout d'abord que la phrase ainsi énoncée est inintelli- 
gible : le roi qui était à Séville ne pouvait revenir à Cordoue par 
Jaen, Ubeda et Baeza, villes situées toutes trois à plus de cent 
kilomètres à l'est de Cordoue. La correction est facile, le bon 
sens l'indique et plusieurs manuscrits la confirment : il faut lire 
Tornù el Rey de Cordova...; on comprend ainsi que revenant de 
Cordoue à Madrid, le roi puisse passer par Jaen, par Baeza et par 
Ubeda. 

Mais, même ainsi rétablies, ces deux lignes ne sont assurément 
pas à leur place : il n'a pas été question du roi depuis assez 
longtemps : à la fin du § 3 (dern. ligne f. 109), il se trouvait 
encore à Cordoue, et il est prématuré de nous annoncer son 
retour à Madrid, retour qui n'eut lieu que le 20 juin ', alors que, 
quelques lignes plus bas, il s'agit d'opérations militaires s'effec- 
tuant le 20 mai, alors, surtout, que nous voyons don Antonio 
de Luna aller à Séville auprès du même Philippe (§ 7), et qu'un 



1. Philippe II était parti de Madrid le 13 janvier 1570, il arriva à Cordoue 
au commencement de février et à Séville le lundi I er mai. Il était de retour à 
Madrid le 20 juin. 



136 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



peu plus loin (fin du § 8), on peut lire : Estava como tengo dicho a 
la sa^ô el Rei dô Philippe en Sévi lia, snpplicado por la ciudad, que 
viniesse a recebir en ella servie io. 

Nous nous trouvons très vraisemblablement en présence du 
commencement d'un paragraphe inachevé ou perdu, et qu'il 
conviendrait, dans tous les cas, de reporter ailleurs. 



A partir de ce point, Mendoza ne pouvait que difficilement 
continuer son récit en se laissant guider par l'ordre chronolo- 
gique seul. L'action, en effet, va devenir double. 

La décision du roi, d'expulser du royaume de Grenade tous 
les Maures, rebelles ou non, venait d'être le signal d'une formi- 
dable insurrection de ceux de Ronda qui, jusque-là, étaient restes 
à peu près soumis. La répression commença en mai 1570 et dura 
jusqu'en novembre. Il ne fallut rien moins que les efforts 
d'Antonio de Lima, d'Arévalo de Zuazo et, plus tard, du duc 
d'Arcos, pour venir à bout des insurgés. Cette guerre de Ronda, 
quoique engendrée par la guerre de Grenade, en est, en quelque 
sorte, distincte, et par l'éloignement du théâtre des opérations et 
par le manque de connexion des armées qui opéraient. 

Il n'est pas inutile de faire remarquer ici que, d'une part, tous 
les manuscrits de la Guerra de Granada qui forment la i re famille, 
s'arrêtent là, et que, d'autre part, parmi ceux de la 2 e et de la 3 e 
famille, les uns portent la mention Aqui acaban muchos originales, 
les autres ont, pour tout ce qui suit, un titre spécial : La jornada y 
sucesso de la guerra de Honda. Il v a là, dans l'œuvre de Mendoza, 
une coupure bien marquée, autrement rationnelle que la division 
en livres et en paragraphes qui a prévalu jusqu'à présent. 

Pendant que les Lspagnols guerroyaient dans la sierra de 
Ronda, les A puxarras continuaient à être le théâtre d'une guerre 
de plus en plus féroce, mais dont on pouvait facilement prévoir 
la tin prochaine. Le fait le plus saillant et qui permit un instant 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRAXADA 137 

de croire que tous les insurgés allaient déposer les armes, est la 
série de négociations engagées à partir du 13 mai entre les Espa- 
gnols et El Habaqui agissant sur l'ordre d'Aben Abo. On put, 
en effet, se croire bien près de la fin de la guerre, mais Aben Abo 
s'étant ravisé, il fallut continuer la campagne; en septembre et 
octobre, Requesens fit une très courte campagne dans les Alpu- 
xarras; après des atrocités sans nombre, le pays fut à peu près 
dépeuplé : il ne restait à Aben Abo que quatre ou cinq cents 
partisans. Le 30 novembre, Don Juan d'Autriche quitte Grenade. 
Enfin, le 15 mars 1571, Aben Abo, trahi par les siens, est mis à 
mort. 

Comme on le voit, à partir de mai 1570, il faut faire un récit 
des opérations de la sierra de Ronda, puis se reporter aux Alpu- 
xarras et raconter les négociations, la très courte campagne de 
Requesens et la mort d'Aben Abo. C'est ce plan qui, en divi- 
sant l'attention, permet une clarté plus grande, que Gines Perez 
de Hita a adopté 1 . Il consacre aux opérations de la sierra de 



1. Segunda parte de las guerras civiles de Granada y de los crueles bandos entre 
los convertidos moi os y vecinos cristianos cou cl levantamiento de todo el reino y 
ùltima rebeîion sucedida en el ano de mil quinientos sesenia y ocho. Y asimistno se 
pone su total raina y destierro de los moros por toda Castilla : cou el fin de las gra- 
nadinas guerras par el rey nuestro seilor Don Felipe II de este nombre por Gines 
Pen'i de Hita. Alcalâ de Hetiares, en casa de Juan Gracian 1604, in-8. — Aucun 
bibliographe n'a vu cette édition, mais son existence paraît certaine. (Voir le 
Romancero General de Duran, t. II, p. 688, col. 2.) En tous cas, il existe une 
édition de Barcelona, Esterait Liberos 161 y, in-8, souvent décrite. 

Gines Perez de Hita semble avoir servi comme simple soldat sous les ordres 
du marquis de los Vêlez pendant la guerre de Grenade. Nous n'avons pas à 
nous occuper ici de la première partie de ses Guerras civiles de Granada ; la 
seconde nous intéresse seule : on y trouve de nombreux détails dignes d'intérêt. 
Bien que publiée en 1604, cette seconde partie était terminée en 1597, ainsi 
que l'indique une note placée avant le romance final : 

Sacôlas en limpio y acabôlas Gines Pere\ de Hita, vecino de Murcia, en jj de 
Noviembre de 1597. 

Hita cite souvent La Austriada, poème de Juan Rufo Gutierrez, jurado de 



138 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



Ronda une partie du chapitre xxm 1 et revient ensuite aux évé- 
nements des Alpuxarras pour ne les plus quitter. Marmol a suivi 
un plan beaucoup moins simple : dans les livres IX et X de son 
Historia del Rebelion, il va constamment de Ronda aux Alpuxarras 
et des Alpuxarras à Ronda, ne conservant l'ordre chronologique 
qu'aux dépens de la clarté. 

Mendoza s'étend, plus qu'on n'était en droit de l'attendre de 
lui, généralement si sobre de détails, sur les opérations enga- 
gées dans les montagnes de Ronda. Son récit comprend les para- 
graphes 6 à 15 du livre IV, soit 716 lignes de l'édition de 1627 : 
Marmol, je l'ai déjà dit, en a copié à peu près textuellement la 



Cordoue, qui avait paru pour la première fois en 1584 (Madrid, in-8) La 2 e 
édition est de Tolède 1585; la 3 e de Alealâ 1586. Cette œuvre est loin de 
mériter les éloges que lui prodiguèrent Gôngora, Lupercio de Argensola et 
surtout Cervantes, mais elle offre un très grand intérêt pour la présente étude, 
car les dix-huit premiers chants, consacrés à la guerre de Grenade, ne sont 
autre chose, à quelques modifications près, que l'œuvre de Mendoza mise en 
vers. 

Je n'hésite pas à affirmer que Hita avait connaissance de l'histoire de Men- 
doza. Dans le récit de la marche du duc d'Arcos à sa sortie de Casares, il y a, 
entre les deux textes, une coïncidence bien singulière : 

Entrando por esta sierra, se renovô en la 

memoria de los cristianos la venganza que 

debian tomar por sus pasados, encontrando 

blanqueavan calaveras de por ella grau cantidad de calaveras de 

hombres i buessos de cave I los amontonados, hombres muertos, y de despojos de ca ba Iles del 

desparzidos, segun como i donde havian tiempo en que don Alonso de Aguilar tué 

parado ; pedaços île armas, frenos, despojos alli muerto, y el de Viena desbarat.uk) ; 

de jaezes : (Mendoza, IV, 9.) tambien habia niuclios troxps de ennuis y 

cuchillas de lanzas ; (Hita, XXIII.) 

Il y a surtout une ressemblance frappante entre les premières lignes des 
deux textes d'un discours de Don Juan d'Autriche. (Voir plus loin.") 

1. De l'or es le tiempo muchos moros à Mientras pasaban estai cosasen las cer- 

canias de Ronda, soit 170 lignes environ. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRAX.1D.1 



*39 



plus grande partie 1 . Pourtant, si long que nous paraisse actuel- 
lement ce passage de Mendoza, il ne nous est qu'incomplètement 
connu. Le manuscrit A m'a permis d'en combler les lacunes : je 
rétablirai pour l'instant quatre passages omis dans les éditions. 
i° Edition de 1627, f. 114 verso, ligne 5 : 

letra s. Demâs del concurso 

Le manuscrit A donne (f. 102, 1. 7) : 

letra s. Otra opinion por conjecturas es, q uvo como aora los ay ribera 

de Guadalquibir muchos pueblos à una i otra parte, i entre ellos uno q llama- 
ron Oset, libre i abitacion de Romanos, como Seuilla, pero mas nuevo, i a 
différencia de Oset, la llamaron los Griegos Ispalis que quiere dezir la antigua. 
Algunos rastros q confirman esta opinion quedan aora en Sevilla. Pudo ser que 
viniesse Rey en Espana llamado Hispalo pero en Autores aprovados no se halla, 
que lo q dizen de los palos, i otras cosas tienese por fabuloso, como la verdad 
lo son, i tambien inciertas las mas origenes de naciones, i ciudades, i castas, 
procurando cada unoennoblecer su principio. Demas del concurso 

2° Edition de 1627, f. 115 verso, 11. 21 et 22 : 

... .con ciertas condiciones. Esto affirmaron en nombre de todos 

Le manuscrit A donne (f. 103) : 

Que todos los moriscos levantados an de ser obligados a se venir a reduzir a 
la obediencia i servicio de S. Mag d de aqui al dia de S. F^ que es a 10 dias del 
de Agosto del présente ano de 1 570 i dentro deste termino an de rendir i entre- 
gar todas las armas que tienen sin faltar ni incubrir ningunas a la persona o 
personas que el Duque mandare, entretanto que el Rey manda a quien se an 
de entregar. 

Que passado el dicho termino i no entreganao las armas i no vi m'endosse a 
reduzir se entienda sin otra declaracion que quedan declarados por rebeldes i 
enemigos para que se les haga el castigo que S. MagJ tiene mandado. 



1 . « En la relaciôn de los sucesos de esta guerra de Ronda se detuvo don 
Diego de Mendoza mas de lo que era de esperar de la brevedad con que tratô 
los de la gênerai de Granada. Puede verse su libro IV y tambien el IX v X de 
Marmol. » (Modesto Lamente, Hisloria gênerai de Espana. Parte tercera, capit. 
XII ) — Remarque fort juste, assurément ; mais, pas plus que tous les histo- 
riens, Lamente n'a su voir que Marmol avait copié Mendoza. 



I40 R. FOULCHE-DELBOSC 



Que en nombre del Rey se les dara licencia para que vivan en sus tierras i 
casas como de antes vivian, i que se les volveran todos sus bienes libremente i 
sus hijos i mugeres que les an tomado despues de la rebelion. 

Que con ellos se cumplira i guardara lo que S. Mag d concediere a los Moris- 
cos de las Alpuxarras acerca del pagar la farda. 

Que se guardara con ellos la pramatica de S. Mag J que habla en razon de las 
cercanias de los delictos q se cometen en tierra de los moriscos, sin que los 
juezes ordinarios ni de comission les hagan agravio en razon dello, i que averi- 
guandose quien cometiô el delicto no seran molestados. 

Que en todo el mes de Agosto primero venidero se dara pasaje seguro para 
que los Turcos i Alaraves que estan entre ellos passen a Berberia, i no a los 
demas christianos nuevos baptizados. 

Que se les bolveran a los de Tstan todas sus mugeres i hijos que estan cap- 
tivos dando por ellos el precio que ovieren costado a las personas que los 
tuvieren. 

Esto firmaron en nombre de todos el Arsabahi i el Ataifor 

3 Edition de 1627, f. 116 verso, 11. 25 et 26 : 

como las que recibiô. Lloraronle amigos i enemigos 

Le manuscrit A donne (f. 104 in fine) : 

como las q recibio, donde mataron los capitanes rendidos, donde tomaron 

los estandartes, donde los despedaçaron y escarnecieron, como lloraron a D. 
Al° amigos y enemigos. Mas en aquel punto renovaron los soldados 

4 Edition de 1627, f. 118, 11. 5 et 6 : 

las espaldas a la mar ; dexando en Ronda a Lope Zapata 

Le manuscrit A donne (f. 105) : 

las espaldas a la mar. Embiaron a buscar soccorro, i solicitaron a Abdalla 

Abenabo, q cntonces mantenia las sobrasde los moros en el Alpuxarra, i partio 
Mahamet Abenabo su hermano con 300 arcabuzcros, mas D. Juan embio (un 
mot en blanc) quien le rompio i prendio. El Duq dexando en Ronda a Lope 
Çapata 

Ces passages suffisent à montrer de quelle utilité sera le manu- 
scrit A lors de la publication de l'édition critique de la Gucrra de 
Granada. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 141 

* * 

Mais là n'est pas le blanc le plus important de l'œuvre de 
Mendoza : le texte imprimé ne nous donne pas le moindre récit, 
ni des efforts tentés par le Maure Hernando El Habaqui pour 
arriver à la conclusion de la paix, ni de ses entrevues avec Don 
Juan d'Autriche, entrevues sur lesquelles Marmol s'étend avec 
tant de complaisance. 

A la suite du Bando en favor de los que se reduxesen 1 qui fut 
rendu public vers le milieu d'avril 1570, El Habaqui n'avait épar- 
gné ancune démarche pour amener ses coreligionnaires à se 
soumettre. 

Nous le voyons, à la fin du chapitre xxn du livre VIII de Mar- 
mol, demander à Don Juan la liberté de deux Mauresques 
captives : 

« No mucho despues de esto el Habaqui suplicô d Don Juan de Austria por 
la libertad de aquellas mugeres, que eran sus parientas, y pagô doscientos 
ducados por el rescate de ellas, y las puso en libertad. » 

Le chapitre xxvm du livre VIII nous montre El Habaqui s'oc- 
cupant activement de résoudre les difficultés auxquelles donne lieu 
l'interprétation du bando : 

« Aben Aboo, y los que con él estaban, entendian diferentemente el 

bando, y habia escrito el Habaqui sobre ello d Don Hernando de Barradas, 
entendiendo que se suspendia la guerra con todos mientras se trataba de la 
reducion ; y aun parecia que no aseguraba d los caudillos. Tambien habia escrito 
Hernando el Habaqui, que los de la Alpuxarra, entendiendo que se trataba de 
sacar los Moriscos de las ciudades de Guadix y Baza, que no se habian rebe- 
lado, estaban escandalizados : » 

« Estos mesmos dias se tornô d ver Don Hernando de Barradas con el 

Habaqui en el castanar de Lanteyra, y le dixo como ténia en buenos terminos 
el negocio de la reducion; » 

Au même chapitre, Marmol nomme les Espagnols qui, sur 
l'ordre de Don Juan, devront se rencontrer avec El Habaqui pour 
traiter de la soumission : 

1. Voir Marmol, livre VIII, chap. xxi. 



I42 K. FOULCHE-DELBOSC 



« Y porque se habian de juntar con el Habaqui, y con los caudillos Moros, 
que viniesen a tratar de la reducion, algunos caballeros de nuestra parte, manda 
venir a Don Juan Enriquez de Baza, don Alonso Habiz Venegas de Almeria, y 
Don Hernando de Barradas de Guadix, y les diô orden y eomision para que 
juntamente con Don Alonso de Granada Venegas entendiesen en ello :... » 

Le 30 avril, Don Juan lève le camp et se dirige vers Los 
Padûles de Andarax, lieu qu'il jugeait commode, soit pour traiter 
de la paix, soit pour continuer la campagne. Le 6 mai, un Maure 
vient à Padûles porter une lettre d'El Habaqui à Don Alonso de 
Granada Venegas : El Habaqui propose de venir avec les princi- 
paux chefs des révoltés au Fondôn de Andarax et de s'y trouver 
avec les plénipotentiaires espagnols ; il offre même des otages 
pour garantir la sécurité de ces derniers (chap. xxvm). 

Au chapitre xxx, le duc de Sesa, après son expédition de Castil 
de Ferro, est de retour à Adra ; de là, il passe à Daîias et y reçoit 
la soumission de nombreux Maures : 

« Y vinieron muchos Moros de todas las taas de la Alpuxarra a rendirse 
conforme al bando ; y los que no podian ir luego, daban sus poderes al Haba- 
qui, corao autor de aquella paz. » 

Mais c'est au livre IX que nous sont donnés les détails les 
plus étendus : les Maures, poussés par El Habaqui, se sou- 
mettent en grand nombre, et, le 13 mai, se rencontrent au 
Fondôn de Andarax, d'une part, El Habaqui, Hernando el Galip, 
frère d'Aben Abo, quatre autres Maures et douze chels barba- 
resques; d'autre part, les plénipotentiaires espagnols. Sur l'obser- 
vation des Espagnols qu'ils n'avaient de pouvoirs, ni d'Aben 
Abo, ni d'aucun des chefs, les musulmans se retirèrent, emme- 
nant avec eux Juan de Soto qui était à la fois secrétaire de Don 
Juan d'Autriche et secrétaire de son conseil, et qui devait rédi- 
ger sous leur dictée les conditions de la soumission. El Habaqui 
promit de revenir au même endroit huit jours plus tard. (Livre X, 
chap. 1.) 

Le vendredi 19 mai, il est exact au rendez-vous : les chefs 
maures et barbaresques, qui l'accompagnaient la semaine précé- 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRAXADA I43 

dente, sont là, eux aussi, moins toutefois, le frère d'Aben Abo, 
Hernando El Galip, qui, ayant vu de quels égards les Espagnols 
entouraient El Habaqui, a soupçonné quelque trahison. Don Juan 
Enriquez et Juan de Soto conviennent alors avec El Habaqui de 
l'attitude que celui-ci devra prendre en présence de Don Juan 
d'Autriche, des grâces qu'il implorera pour Aben Abo, pour ses 
amis et pour lui-même: et lorsque tout est arrêté, El Habaqui se 
met en route pour Los Padûles où se trouve Don Juan, emme- 
nant avec lui Alonso de Velasco et trois cents soldats maures. 
Son entrée au camp fut quelque peu théâtrale, si le récit de 
Marmol (livre X, chap. n) est vrai, et rien ne prouve qu'il ne le 
soit pas. 

« Entré en nuestro campo acompafiado de los caballeros comisarios, y sus 
trescientos escopeteros Moros puestos en orden a cinco por hilera : a los quales 
tomaron en medio quatro companias de infanteria que los estaban aguardando. 
Luego entregô la bandera de Aben Aboo por mandado de Don Juan de Austria 
a Juan de Soto, y él la cogiô en el hasta ; y pasando por medio de los esqua- 
drones de la gente de â pie y de a caballo, que estaban puestos en sus orde- 
nanzas tocando sus instrumentes de guerra, hicieron una hermosa salva de 
arcahuceria, que durô un quarto de hora. Estaba Don Juan de Austria en su 
tienda acompafiado de todos los caballeros y capitanes del exercito, y llcgando 
el Habaqui cerca, se apeô del caballo, v fue à echarse a sus pies, diciendo : 
« Misericordia, serïor, misericordia nos concéda vuestra Alteza en nombre de 
su Magestad, y perdon de nuestras culpas, que conocemos haber sido graves » ; 
y quitandose una damasquina que llevaba ceiîida, se la diô en la mano, y le 
dixo : « Estas armas y bandera rindo a su Magestad en nombre de Aben Aboo 
y de todos los alzados, cuyos poderes tengo » : y Juan de Soto arrojô a sus 
pies la bandera de Aben Aboo. Don Juan de Austria estuvo à todo esto con 
tanta serenidad, que representaba bien la magestad del cargo que ténia, y man- 
dandole que se levantase, le tornô a dar la damasquina, y le dixo que la guar- 
dase para servir con ella a su Magestad, y despues le hizo mucha merced y 
favor. Los trescientos Moros se volvieron i Andarax, y el Habaqui quedô en el 
campo. Llevôle à corner a su tienda Don Francisco de Cordoba, y sobre comida 
se trataron algunas cosas concernientes al bien de los negocios, que quedaron 
apuntadas. Otro dia le Ilevô à corner el Obispo de Guadix, que no holgô poco 
de verle con demostracion de arrepentimiento, y contento de haber hecho 
aquel servicio à Dios y a su Magestad. » 

Le 22 mai, El Habaqui quitte le camp espagnol pour aller 



144 R - FOULCHE-DELBOSC 



rendre compte de son ambassade à Aben Abo et aux autres chefs 
maures; le même jour, Don Juan d'Autriche quittait Los 
Padûles et allait s'établir à Codbaa de Andarax. (Marmol, livre X, 
chap. n). 

Il est à présumer que la confiance qu'Aben Abo pouvait avoir 
eue jadis en El Habaqui était alors complètement tombée; son 
frère El Galip lui avait déjà rendu compte de la déférence, suspecte 
avec raison à ses yeux, avec laquelle l'avaient traité, le 13 mai, les 
envoyés espagnols. D'autre part, le seul témoin de l'entrevue du 
19 mai, Alonso de Velasco, avait quitté le camp espagnol en 
même temps que les trois cents soldats maures d'escorte, et 
n'avait sans doute pas manqué d'établir un parallèle fâcheux entre 
l'accueil aimable fait à El Habaqui et la réception tout au moins 
froide qui lui avait été réservée à lui-même : il avait été témoin 
de la scène pompeuse de la soumission ; il avait vu l'étendard 
d'Aben Abo jeté aux pieds de Don Juan. Toute cette mise en 
scène constituait, il faut l'avouer, une énorme maladresse de la 
part des Espagnols : la suite le prouva bien. Alonso de Velasco 
ne dut pas se faire faute de montrer à Aben Abo le peu de con- 
fiance que l'on devrait avoir désormais dans un homme aussi 
bien vu des Espagnols que l'était El Habaqui. 

Quels que fussent les sentiments dont était alors animé Aben 
Abo, il n'en laissa rien paraître. Par ses ordres, El Habaqui 
retourna le jeudi 25 mai au camp espagnol, à Andarax : il y 
régla avec Don Juan le désarmement des Maures. Des commis- 
saires furent nommés. Don Alonso de Granada Venegas était 
celui auquel était échu le désarmement des Alpuxarras ; il dut, 
sur l'ordre de Don Juan, se rendre à Mecina de Bombaron où se 
trouvait Aben Abo, et rassurer ce dernier. Il partit de Codbaa de 
Andarax le dimanche 28 mai, et, le lendemain, trouvait à Cadiar 
Aben Abo et El Habaqui venus à sa rencontre; sur la demande 
d'Aben Abo, le désarmement fut différé : par contre, sur la 
demande d' Alonso de Granada Venegas, Aben Abo fit abattre 
les enseignes que l'on portait devant lui. Mais, peu après, rede- 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 145 

venu méfiant, il dissuadait les Maures de faire leur soumission, 
leur laissant entendre que les conditions stipulées par El Habaqui 
ne leur étaient pas assez avantageuses. 

Les n et 12 juin eut lieu l'embarquement des Turcs. El Haba- 
qui s'empressa d'en porter la nouvelle à Don Juan d'Autriche. 
Connaissant aussi le revirement d'Aben Abo, il demanda à 
Don Juan cinq cents arquebusiers pour s'emparer du chef des 
révoltés. Don Juan, ne voulant pas aventurer ses soldats, se 
contenta de lui donner 800 ducats d'or pour lever une troupe de 
quatre cents Maures. 

El Habaqui quitta Don Juan et se rendit à Legem (ou Yexen ?) 
village de la taha de Jubiles. Là, il demanda aux Maures pour- 
quoi ils ne se rendaient pas : ceux-ci lui répondirent qu'ils atten- 
daient l'ordre d'Aben Abo. El Habaqui répliqua que si Aben Abo 
ne se soumettait pas comme les autres, il le traînerait à la queue 
de son cheval. Le propos fut répété le soir même à Aben Abo : 
il envoya cent cinquante Turcs et deux compagnies de Maures 
avec ordre de s'emparer d'El Habaqui. Celui-ci était alors à 
Bérchul; sa maison fut cernée pendant la nuit, mais il put néan- 
moins s'échapper; le lendemain matin, son turban blanc et son 
caftan pourpre le firent remarquer des gens qui le poursuivaient. 
Pris, il fut conduit à Cuxurio où était Aben Abo (jeudi 15 juin); 
celui-ci lui reprocha de l'avoir trahi, et le lendemain (vendredi 
16 juin), l'ayant fait étrangler en secret, il ordonna de jeter son 
cadavre dans un fumier où il demeura plus de 30 jours. Aben 
Abo tint sa mort secrète et put ainsi faire traîner en longueur les 
négociations avec Don Juan. 

Les événements que nous venons de résumer occupent, nous 
l'avons dit, une très grande place dans Marmol : les neuf premiers 
chapitres du livre IX leur sont, en effet, à peu près exclusive- 
ment consacrés. Or, dans Mendoza, on ne trouve que deux allu- 
sions très vagues à des préliminaires de négociations : 

i los que embiô (Abenabô) hâzia Granada captivaron peleando con 

muchas heridas a don Diego Osorio, que venia con despachos del Rey para 



I46 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



don Iuan i el Duque ; en que se trataba la resoluciô de la guerra, i concierto 

que se havia platicado cô los Moros i Turcos por mano del Habaqui : 

(f. 108 verso). 

Recogiôse el Duque con su catnpo en Adra esperando en que pararia la 
plàtica q se trahia cô el Habaqui (f. 110 verso). 

La soumission de El Habaqui est pourtant un de ces tableaux 
que Mendoza devait mettre en lumière. Marmol, dont le style 
est beaucoup moins factice, ne peut lui-même s'empêcher de 
souligner tout ce que cette soumission eut de pompeux. On 
s'expliquerait donc mal que Mendoza, d'une part, eût complète- 
ment laissé dans l'ombre les pourparlers qui faillirent aboutir et 
amener ainsi la soumission définitive des Alpuxarras, d'autre part, 
n'eût pas saisi avec empressement l'occasion qui s'offrait à lui de 
placer, dans la bouche de El Habaqui et dans celle de Don Juan 
d'Autriche un de ces discours dont il est coutumier. 

J'avais toujours été frappé de cette lacune, et je supposais 
qu'un fragment, assez important quanta la longueur, très impor- 
tant quant à l'intérêt, était perdu. Je ne me trompais pas : ce 
fragment, j'ai été assez heureux pour le retrouver, en 189 1, dans 
le manuscrit P. Le voici. 

Au livre IV de l'édition de 1627, le paragraphe 14 (marqué 13 
par erreur '), se termine ainsi : ...con esto, el se tornô a Ronda, 
i aquella guerra quedô acabada la tierra libre de los enemigos; 
parte muertos i parte esparzidos o idos a Berberia. 

Le manuscrit P (page 202) a ce qui suit : 

con esto, el se tornô a Ronda, i aquella guerra quedô acabada la tierra libre 
de los enemigos. 

Viendo Abenavo ya sus cosas tan derribadas y el tan sin fuerças y desheehos 
todos sus disignios y esperanças temeroso y arrepentido y no hallandose v.i 
seguro entre los suyos (condicion propia de Tirano) tratô con el Abaqui (a 
quien ténia por amigo familiar) de su remedio diziendole como entendia que 
havia entre su gente quien tratava de vendcrle sin respecto de su auctoridad y 



1. Par contre, le paragraphe 13 est à tort marque 14. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA I47 

justicia y que este dafio y el verse con tan pocas fuerças para resistir a sus 
enemigos le movia desear paz por salvar la vida. El Abaqui le puso delante los 
sucesos pasados y el mal estado en que les havia traydo la Fortuna, la poca 
esperanza de socorro y de poder permanezer La potencia de los contrarios y la 
poca resistencia que les quedava para no venir a sus manos y que asi le pareçia 
el mas seguro camino para asegurar las vidas y todo lo demas que tratase de 
paces y de convenencia y mejor estuviese a su persona. Esto le pareçio bien a 
Abenavo y dandole comision para ello le rogo que lo tratase y asentase de su 
parte con Don Juan de Austria como el fiava de su entendimiento lo sabia hazer 
con esta resoluçion partio el Havaqui a otro dia para el campo de Don Juan 
de quien fue bien reçevido y el moro explico de su embaxada diziendo Abdalla 
Abenavo sucesor de Aven Humeya y cabeça de la gente rebelada me embia a ti 
gran principe a declararte su yntento y es que considerando con atençion los 
danos de la guerra halla que podrîa estenderse ynfinito sin otro premio mas 
que la sangrienta vengança que de ambas partes se procura pues que vençiendo 
Espana 110 acreçienta sus hazanas ni si Abenabo sustenta su yntencion, no 
espéra verse en tranquilidad que es el fin de la guerra assi que pues no promete 
ninguna recompensa pide a tu Alteza le mandes concéder treguas en que se 
confirmen por mi miedo (medio) las condiciones que tu mandares y lo que 
fuere remedio de estos danos — yo soy el Havaqui de quien por ventura habras 
oydo dezir vezino de Guadix de pobres padres mas a me puesto Abenavo en 
tanta altura que si el fuera su hermano no dudo que yo fuera otro Ruygomez 
de Silva ' demas de lo quai sabras Principe que yo traygo en el coraçon la ley 
de Christo de quien soy regido por que si pareçe que hasta agora he seguido la 
secta maldicta a sido procurando el negocio que oy trato todo lo quai mirando 
y el deseo gênerai de toda aquella gente deves senor sernos amparo y defFensor 
donde no la cruz es mi tropheo y el uno y trino Dios por el quai vale mas ser 



1. Ruy Gomez de Silva, duc de Pastrana, prince d'Éboli, était le favori de 
Philippe II. Il avait épousé en 1553 Ana Mendoza de la Cerda, fille unique du 
comte de Mélito, âgée de 13 ans. (C'est la fameuse princesse d'Éboli qui, 
veuve, fut la m iitresse d'Antonio Perez, dont son mari avait été le protecteur 
et qu'il avait fait nommer secrétaire de Philippe IL' On connaît une lettre de 
Mendoza à Ruy Gomez de Silva qui lui avait demandé des nouvelles de la 
guerre de Grenade ; c'est un simple billet, d'un laconisme remarquable : 

« La de V. Ex. del 27 de passado recivi a las dos de este, y cumpliendo con 
lo que me manda en darle aviso de el estado de la guerra, para que V. Ex. lo 
dé a S. M. digo que el Sr. D. Juan oye, y el Duque bulle, y Luis Quixada 
rine, y el Présidente propone, y el Arçobispo bendice, y Munatones guarduna, 
y el marques de Mondéjar, mi sobrino, esta alla ; que no haze falta acâ. » 



I48 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



tu esclavo que de Abenavo lugartiniente. » Don Juan que atentisimo le escu- 
chava le respondio ' « Mucho huelgo Havaqui de conoceros aunque antes de 
agora lo havia hecho por vuestra fama y antes de responder a vuestra demanda 
quiero agradeceros la fee que publicais por vuestra bondad es justo queprimero 
se note y agradezca y assi os prometo de seros de aqui adelante fiel amigo en 
quanto se os offreçiese como vuestra constancia lo mereçe y en quanto 
a las treguas y pazes las contradigo por no ser cosa décente pedirlas los 
delinquentes a su Rey porque mas justo séria pedir perdon y proponer 
la emienda y darse a mi sin contradiçion alguna y esto sirva de respuesta 
por vuestra cabeça y para todos en gênerai porque es bien que entiendan 
que esta en su mano con esta diligençia moderar el rigor de la justiçia que 
por sus culpas merecen. » Con esto bolvio el Havaqui a su Rey a quien 
declarando el pensamiento de Don Juan amonesto en lo que vien lestava. 
Mas Abenavo confuso con mil varios pensamientos no dandole credicto se 
quedo perplexo. Pero Havaqui con ardid y mafia procuro reducir a los 
demas moros y haviendolos provocado y insistido con Abenavo y hallandole 
yndeterminable bolvio a Don Juan que le esperava y le informo del firme 
intento que hallo en su gente para reduçirse y bolverse a Dios, de solo Abe- 
navo dize que siente al contrario y que se esta neutral y aun obstinado por lo 
quai dixo que el se profen'a a dalle muerte y que a ello pondria su vida como 
catholico christiano y con esta resoluçion partio el mismo dia a effectuarlo pero 
saliole al rebes porque mientras el trato esto con Don Juan, junto Abenavo 
los suyos y dandoles a entender que Havaqui los vendfa por cierto ynterese, 
los movio a indignarse con el y fue a tiempo que el llego y luego le prendieron 
y haziendole cargos de traydor y que pretendia matar a su Rey y dandole ter- 
mino muy brève para el descargo le quitaron la vida repitiendo en el ultimo 
aliento la voz del credo. Fue muy sentida del campo christiano su muerte 
aunque no fue ella parte para que la gente convertida dexase la reduçion comen- 
çada antes por el rezelo desta culpa venian a priesa a desculparse vinieron a 
montones con sus harmas pidiendo clemençia paz y remision y por evitar 
ynconvenientes venideros como se yvan reduçiendo los yvan trasplantando en 
Castilla. Abenavo desesperado y ostinado sin quererse reduçir y no hallando ya 
lugar ni compania con quien estar seguro se metio y procuro esconder por 



1. Cette réponse de Don Juan à El Habaqui doit être mise en parallèle avec 
le commencement de celle que l'on trouve dans Hita (ch. xxv) : « Mucho me 
huelgo, Habaqui, capitan valeroso, de conoceros personalmente, pues de fama 

ya ténia de vos larga noticia y tambien de vuestras cosas ; «Je considère 

comme certain que le manuscrit de Mcndo/a que possédait Hita contenait le 
passage que seul donne aujourd'hui le manuscrit P. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 149 

algunos pocos soldados en algunas cuebas por aquella montana lo quai le duro 
poco tiempo porque al fin fue muerto por un moro companero suyo y entre- 
gado a los Christianos porque se acavo la Guerra quedando la tierra muy llana 
y pacifica de enemigos parte muertos parte esparçidos en Castilla e ydos a 
Berveria. 

He querido tratar 

Tel est ce fragment qui vient combler la lacune la plus sen- 
sible et la plus inexplicable du texte de Mendoza tel que nous le 
connaissions jusqu'ici. Je crois que l'on y reconnaîtra sans peine 
le style des autres parties de l'œuvre et que ces lignes feront 
bonne figure à côté de celles entre lesquelles elles s'intercaleront 
désormais. 

Je puis, au surplus, fournir une autre preuve, et des plus mar- 
quantes, de leur authenticité. Juan Rufo Gutierrez, on l'a dit, a 
composé les dix-huit premiers chants de son poème La Aus- 
triada en ayant recours à un procédé des plus simples : il s'est 
contenté de mettre en vers la plus grande partie du texte de 
Mendoza. Il se servit, bien entendu, d'un manuscrit, puisque La 
Austriada fut publiée en 1584, quarante-trois ans avant l'édition 
de Tribaldos. Or le manuscrit dont usa Juan Rufo contenait le 
fragment que j'ai retrouvé dans le manuscrit P, et c'est ce frag- 
ment qui, lourdement allongé par endroits, compose la plus 
grande partie du dix-huitième chant : il suffit de faire quelques 
suppressions pour retrouver les phrases et jusqu'aux mots même 
de Mendoza : 

y recebido bien del varon fuerte, 
su mensaje refiere desta suerte : 

« Abdalla, sucesor de don Fernando, 
cabeza de la gente rebelada, 
a ti.caudillo delcristiano bando, 
me envia â reportar una embajada ; 
y es que, con atencion considerando 
los darïos desta guerra porfiada, 
halle que se podria su conflito 
prorogar y extender en infinito, 

Revue hispanique. 'O 



150 R. FOULCHE-DELBOSC 



sin otro premio mas que la sangrienta 
venganza de ambas partes ofendidas, 
pues que venciendo Esparïa, no acrecienta 
las hazanas que has hecho esclarecidas, 
ni si Abenabo su intencion sustenta, 
espéra verse en tierras conocidas, 
las cuales en tranquila paz posea ; 
fin que de las batallas se desea. 

Asi que, no promete recompensa 
esta contienda igual à parte alguna, 
con el crecido afan y dura ofensa 
que causa el varïar de su fortuna ; 
por tanto, pide à tu bondad inmensa 
le mande concéder tregua oportuna, 
para que se confirme por mi medio 
lo que mandares y el coraun remedio. 



Yo soy el Habaqui, que por ventura 
mi nombre habrà llegado a tus oidos, 
de pobres padres, no de fa ma escura, 
vecinos de Guadix y alli nacidos ; 
mas hame puesto Abdalla en tanta altura, 
y héchome favores tan crecidos, 
que si él tu hermano poderoso fuera, 
yo Rui Gomez de Silva ser pudiera. 

Todo lo cual mirado y su deseo, 
y el gênerai de toda aquella gente, 
debes, alto senor, sin mas rodeo 
sernos amparo y defensor clémente ; 
y donde no, la cruz es mi trofco 
y el uno y trino Dios omnipotente, 
por el cual mas me vale ser tu esclavo 
que no lugarteniente de Abenabo. » 

El de Austria, que atentisimo escuchaba 

« Holgado lie, Habaqui, de conoceros, 
como ya por la fama os conocia ; 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 1 5 I 

y asi, primero pienso agradeceros 
la fe que profesais sagrada y pia, 
que resolverme para responderos 
à vuestra principal mensajeria ; 



Y asi, à ley de quien soy, os juro y digo 
que, en cuanto desde hoy mas se os ofrecie.'e, 
tendréis en mi seguro un buen amigo, 
como vuestra constancia lo requière ; 
mas las treguas y paces contradigo 
a vos y à otro cualquier que las pidiere, 
por no ser esos términos décentes 
entre rev y vasallos delincuentes. 

Pedir perdon y proponer la enmienda, 
darse a merced sin condicion alguna, 



y entienda cada cual que esta en su mano 
moderar el rigor de la justicia 



Con estos y otros altos documentos 
El Habaqui volviô al campo agareno, 
donde con admirables argumentos 
à Abdalla amonestô lo justo y bueno ; 
mas él, perplejo en vanos pensamientos, 
ni de crédito dalle estaba ajeno, 



Mas el ardid, la mafia y la prudencia 
del cauto y senalado mensajero 
redujo presto a la mejor sentencia 
todo el comun morisco casi entero ; 



El Habaqui, en sus tràtos verdaderos 
habiendo algunos dias insistido, 
i su alteza volviô que le esperaba 
para la conclusion que se trazaba. 



152 R. FOULCHE-DELBOSC 

Despues de recebido cortesmente, 
el morisco informé muy por extenso 
del firme intento que hallô en su gente 
para volverse a Dios piadoso, inmenso; 
de solo Abdalla dice que mal siente, 
y que se esta neutral, turbio y suspenso, 
porque la obstinacion de su pecado 
debe el sentido habelle reprobado. 

Por lo cual dijo que él se proferia 
à dalle muerte por su propria mano, 
y que en ello su vida arriscaria, 
como bueno y catôlico cristiano ; 
y asi, partiô resuelto el mismo dia 
à verse con el âspero tirano 
y efetuar aquel herôieo hecho 



Abenabo le manda hacer cargo 

en término abreviado y tiempo estrecho ; 



la vida, en fin, y pasos le acortaron, 
y él acabô como fiel cristiano, 
repitiendo en el ûltimo tormento 
la voz del Credo con devoto aliento. 

Fué del campo catôlico planida 
del Habaqui la muerte no pensada ; 



no por esto la gente convertida 
dejô la reducion ya comenzada ; 
antes, por el recelo desta culpa, 
venian mas apriesa à dar disculpa. 

Vinieron con sus armas à montones, 
clemcncia, remision y paz pidiendo, 

y por mas evitar las ocasiones 

de los tiempos, que siempre van volviendo, 

quedaron trasplantados a millares 

lejos de los man'timos lugares. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 153 

Preguntarâme alguno por ventura 
que fin al bravo Abdalla diô la suerte : 
el, con pocos metido en la espesura, 
en unas cuevas se hacia fuerte, 
donde al fin de su extrema desventura 
un alcaide morisco le diô muerte, 



y el aima descendiô â pagar sus maies 
en las eternas Hamas infernales. 

Il serait difficile de pousser plus loin la précision dans la 
transposition en vers d'un texte en prose. 



La seconde question est plus délicate à résoudre : tout ce qu'a 
publié Tribaldos a-t-il été écrit par Mendoza ? Au premier 
abord, il peut sembler étrange de voir émettre une semblable 
supposition : jusqu'à présent, personne ne s'en est avisé, et je 
dois, avant tout, déclarer que je suis loin d'avoir une conviction 
bien établie sur ce point. Je me bornerai à exposer quels 
indices m'ont amené à douter et à pencher vers la négative. 

Ce qui est bien fait pour étonner quiconque consulte les 18 
manuscrits, aujourd'hui connus, de la Giierra de Granada, c'est 
qu'aucun d'eux ne contient les cinq derniers paragraphes du 
livre IV I , ceux qui figurent dans l'édition princeps sous les 
numéros 16, 17, 18, 19 et 19 (le 19 est répété deux fois; il fau- 
drait substituer 20 au dernier). 

Le paragraphe 16 (JEsiava don Iuan en Granada ), nous 

décrit la courte compagne du grand commandeur dans les Alpu- 
xarras ; le texte ne portant pas, à partir de cet endroit, l'indication 
d'une seule date, il est utile de les rétablir. Le grand comman- 



1 . Ces paragraphes ne figuraient pas non plus dans le manuscrit de la Guerra 
de Granada dont se servit Bleda, puisque celui-ci ayant à parler de la mort 
d'Aben Abo, copia, à peu de chose près, le récit de Marmol. 



154 R - FOULCHE-DELBOSC 



deur, arrivé à Grenade le 10 août 1570, en repartit le 2 sep- 
tembre; sa campagne dura deux mois. Il était de retour à 
Grenade le 5 novembre. Cette expédition nous est décrite avec 
beaucoup plus de détails par Marmol, qui en faisait partie, dans 
les chapitres 11 et v du livre X de la Rebelion. Hita n'en parle 
même pas. 

Le paragraphe 17 (Luego que llegb a Granada ) nous informe 

du départ de Don Juan d'Autriche, mais nous y relevons une 
erreur bien singulière : « i hecho esto, don Iuan con el Duque i 
el comendador mayor se partie» a Madrid ; i de alli a la armada de 

la liga » Don Juan d'Autriche avait quitté Guadix le 

10 novembre pour arriver le lendemain 1 1 à Grenade ; le duc de 
Sesa y arriva le même jour (Marmol, X, vu). Don Juan passa dix- 
neuf jours à Grenade : il la quitta définitivement le 30 novembre 
pour retourner à Madrid. Marmol est ici bien précis : parlant de 
Don Juan, il dit : « quedô en su lugar el Comendador mayor de 
Castilla : y a treinta dias del mes de Noviembre partiô de la 
ciudad de Granada para la corte de Su Magestad. » (Liv. X, 
chap. vu.) Quant au grand commandeur, ce n'est qu'au mois de 
février de l'année suivante qu'il devait quitter Grenade : « y por 
Febrero de aquel aiîo (1571) se fue a la corte, donde llegô tam- 
bien el Duque de Sesa, habiendo estado algunos dias en su 
estado. » (X, vu in fine.) Il est au moins bizarre qu'habitant 
Grenade, Mendoza nous signale comme s'étant effectué en même 
temps, le départ de Don Juan, du duc de Sesa et du grand com- 
mandeur, alors que ce dernier ne partit que près de trois mois 
après le frère du roi. 

Les trois derniers paragraphes (Entre ellos truxeron un Moro 

à la fin du volume), sont consacrés au récit de la mort d'Aben 
Abo. Ce récit est, à peu de chose près, conforme à celui, plus 
détaillé, que nous en fait Marmol (X, vm). 

De ce qu'aucun manuscrit ne contient les cinq derniers para- 
graphes de l'édition de 1627, il faut donc conclure que, seul, le 
manuscrit de Portalegre, dont se servit Tribaldos, possédait ce 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA I 5 5 

passage. L'explication de ce fait est peut-être plus simple qu'on 
ne serait tenté de le croire : je ne serais nullement surpris que 
ces cinq paragraphes ne fussent pas l'œuvre de Mendoza. J'incli- 
nerais même à y voir la main de Portalegre. 

Les deux ou trois manuscrits que Portalegre avait eus primi- 
tivement entre les mains, s'ils différaient par le détail et s'ils 
abondaient en fautes, dues vraisemblablement à des copistes, se 
ressemblaient par les mêmes lacunes. On sait que, surpris de n'y 
trouver, ni le récit du siège de Galera, ni celui de la mort de 
Luis Quixada, Portalegre avait pris le parti d'y suppléer par une 
addition qui tint lieu des trois passages retrouvés en 1628 par 
Tribaldos dans un manuscrit du duc de Bejar et publiés par 
Iriarte en 1769. Ces lacunes, nous l'avons dit, ne sont pas les 
seules; nous avons signalé l'absence d'un récit des négociations 
d'El Habaqui avec les Espagnols, passage retrouvé et publié plus 
haut. 

Si, comme je serais tenté de le croire, les manuscrits de Por- 
talegre s'arrêtaient, eux aussi, à en varias figuras y se>nejan~as, 
Portalegre dut être frappé du silence de Mendoza à l'égard de la 
mort d'Aben Abo. De même que, pour avoir un récit du siège 
de Galera et de la mort de Luis Quixada, il avait eu l'idée de 
s'adresser à un soldat ayant fait la campagne, de même il dut 
s'adresser, pour connaître avec quelques détails la fin d'Aben 
Abo, à un témoin, sinon oculaire, du moins placé sur le théâtre 
de ces événements ' : une fois documenté, il aurait rédigé son 
récit en imitant le style de Mendoza. Le manuscrit ainsi complété 
serait parvenu entre les mains de Tribaldos qui, peu clairvoyant, 
n'aurait vu, ni où finissait le texte de Mendoza, ni où commen- 
çait la nouvelle addition de Portalegre. Si l'on examine attenti- 



1 . Si la fin de la Guerra de Granada n'est pas de Mendoza, elle a dû être 
écrite (par Portalegre ou tout autre) sur les indications données par quelqu'un 
qui se trouvait à Grenade à la fin de 1570 et au commencement de 1571 ; cer- 
tains détails topographiques assez précis semblent l'indiquer. 



I56 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



vement les paragraphes en question, on n'en trouvera pas la 
valeur littéraire inférieure à celle de l'ensemble de la Guerra de 
Granada. Le pastiche, si toutefois c'en est un, est habilement 
fait, mais il n'y a à cela rien d'étonnant. La première addition qui 
est, sans conteste, de Portalegre, nous a déjà montré qu'il savait, 
à l'occasion, souder adroitement deux fragments de Mendoza. 
On peut même, je le reconnais, approuver les éloges que lui 
décerne Nicolas Antonio, qui le déclare vert purpuram auctoris 
purpura atlexcns 1 , on purpuram hercle purpura attexens 2 . 

Au surplus, savoir si la fin de la Guerra de Granada est due ou 
non à Portalegre, est d'un intérêt secondaire; ce qu'il importe- 
rait d'établir, c'est si elle est ou si elle n'est pas de Mendoza. 

Les motifs qui me semblent pouvoir être invoqués à l'appui 
d'une réponse négative sont les suivants : 

i° Aucun des manuscrits que nous connaissons actuellement 
ne donne cette fin de la Guerra. 

2° Le paragraphe 17 contient un anachronisme inadmissible 
chez quelqu'un qui, comme Mendoza, écrivait au moment même 
des événements, ou seulement peu de mois après, et était, par 
ses relations officielles, admirablement placé pour connaître l'ins- 
tant exact du départ de personnages aussi importants que l'étaient 
Don Juan d'Autriche, le duc de Sesa et le grand commandeur. 

3 Le manuscrit P, que je tiens pour un des meilleurs, sinon 
comme le meilleur de ceux que nous connaissons, nous donne 
un récit de la mort d'Aben Abo qui ferait double emploi avec 
celui contenu dans le passage contesté. Il est peu vraisemblable 
que Mendoza ait raconté deux fois cet événement. 

Le récit du manuscrit P est, il est vrai, autrement concis que 
celui du texte imprimé, mais cette concision même semble 
devoir lui faire accorder la préférence. Mendoza, ordinairement 
très précis, ne serait pas entré dans le détail de la basse trahison 



1. Article Didacus de Mendoza. 

2. Article loannes de Silva. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 157 

qui devait aboutir à la mort du dernier chef des révoltés ', alors 
surtout que la guerre était virtuellement finie depuis plus de cinq 
mois. Aben Abo ne tenait plus la campagne, en effet; avec ses 
derniers fidèles, il en était réduit à se dérober constamment aux 
colonnes volantes lancées à sa poursuite : sa capture n'était plus 
qu'une question de jours, et la trahison vint encore accélérer sa 
mort. 

Sans doute, à l'heure actuelle, après plus de trois siècles écou- 
lés, tout esprit impartial éprouve une certaine admiration pour 
cet infortuné musulman, qui avait donné, en plus d'une occasion, 
mainte preuve d'un merveilleux courage. En février 1569, il s'était, 
sans proférer une seule plainte, laissé infliger la plus épouvan- 
table des tortures 2 pour protéger la fuite d'Aben Humeya et d'El 
Zaguer. Proclamé roi, il sut mettre à profit les fautes de l'en- 



1 . Je m'étonne pourtant de ne pas voir figurer, dans le récit du manuscrit P, 
le nom du principal assassin : fue muerto por un moro companero suyo, dit le 
manuscrit. Or, Mendoza n'ignorait pas que ce Maure s'appelait El Xeniz, il 

nous le dit lui-même par avance, au paragraphe 7 du livre I : el Xeni\, 

que despues vendiô i mata al Abeuabô su senor (f. 1 1 verso). 

2. El capitan (Gaspar Maldonado) los mandô prender a todos, y preguntan- 
doles, si sabian de Aben Umeya, ô del Zaguer, dixevon que no los habian 
visto, y que los que alli estaban se habian reducido con la salvaguardia que 
Aben Aboo ténia. Y como no pudiesen sacar de ellos otra cosa, conociendo que 
no le decian verdad, hizo poner a tormento a Aben Aboo, mandandolo colgar 
de los testiculos en la rama de un moral, que estaba a las espaldas de su casa ; 
y teniendole colgado, que solamente se sompesaba con los calcahales de los 
pies, viendo que negaba, llegô a él un ayrado soldado, y como por desden le 
diô una coz, que le hizo dar un vayven en vago, y caer de golpe en el suelo, 
quedando los testiculos y las vinzas colgadas de la rama del moral. No debiô 
de ser tan pequeho el dolor, que dexâra de hacer perder el sentido a qualquier 
hombre nacido en otra parte ; mas este barbaro, hijo de aspereza y frialdad 
indomable, y menospreciador de la muerte, mostrando gran descuido en el 
semblante, solamente abriô la boca para decir : « Por Dios que el Zaguer vive, 
y yo muero », sin querer jamas declarar otra cosa. (Marmol, liv. V, ch. xxxiv)» 
— C'est l'homme capable d'endurer un tel martyre que les Espagnols espéraient 
amener à faire sa soumission ! 



I S 8 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



nemi, le harceler sans cesse, lui disputer pied à pied les ravins 
de son éphémère royaume, le leurrer par des négociations en vue 
du désarmement et de la soumission. Il luttait encore alors que 
tout espoir de vaincre était irrémédiablement perdu, alors que 
les Alpuxarras n'étaient plus qu'un désert. Il semble avoir tenu la 
promesse qu'il faisait le I er août 1570 en présence de Hernan 
Valle de Palacios envoyé par Don Juan d'Autriche pour s'infor- 
mer du sort d'El Habaqui : 

« Que Dios y el mundo sabian que no habia procurado ser Rey, y que los 
Turcos y Moros le habian elegido y querido que lo fuese : que no habia impe- 
dido ni iria a la mano a ninguno de los que se quisiesen reducir ; mas que 
entendiese Don Juan de Austria, que habia de ser él el postrero. Que quando 
no quedase otro sino él en la Alpuxarra con sola la camisa que ténia vestida, 
estimaba mas vivir y morir Moro, que todas quantas mercedes el Rey Felipe le 
podia hacer ; y que fuese cierto, que en ningun tiempo, ni por ninguna manera, 
se pondria en su poder. Y quando la necesidad lo apretase, se meteria en una 
cueva que ténia proveida de agua y bastimentos para seis anos : durante los 
quales no le faltaria una barca en que pasarse a Berberia ». » 

Mais pour un contemporain de la guerre, pour un Espagnol 
surtout, même pour un Espagnol comme Mendoza, les derniers 
jours de ce roitelet sont dénués de toute grandeur, comme ils 
sont dénués de toute importance. 

Pedraza, dans son Historia ecîesiastica de Granada 2 raconte assez 
longuement la guerre, mais ne parle même pas de la mort d'Aben 
Abo. Van der Hammen, dans son livre sur Don Juan d'Autriche, 



1. Marmol, liv. IX, chap. xm. 

2. Historia ecîesiastica de Granada por Don Francisco Vermnde\ tic Pedraza. 

Granada 1638 ,in-fol. ;àla fin : /:'// Granada. En la hnprcnta Real. Ano de 1639. 

Pedraza écourte singulièrement le récit de la fm de la guerre : Le chapitre 
104 (marqué par erreur c.vi.) est intitulé Fin de la Guerra y redneion de los 
Moriscos rébeldes. Il décrit les négociations qui amenèrent l'entrevue de Don 
|u.m et de El Habaqui, et cette entrevue elle-même, mais semble la considérer 
Somme mettant tin à toute opération. Il n'est pas dit un mot de la mort d'Aben 
Abo. Le ebapitre 105 parle aussitôt d'un voyage de l'archevêque de Grenade, 
don Pedro Guerrero, aux Alpuxarras, en août 1575. 



ETUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 159 

publié à Madrid en 1627, la même année que l'édition princeps 
de Mendoza, la raconte très brièvement '. Il en est de même du 
Murcien Gines Perez de Hita, dont la relation, nous l'avons dit, 
fut publiée en 1604. 

Le récit de Hita nous présente toutefois deux particularités 
assez intéressantes. Aben Abo, selon lui (chap. xxv), aurait été 
pris vivant, et c'est pendant qu'on le conduisait à Grenade qu'il 
se serait intentionnellement laissé tomber dans un précipice : 



1. Hallandose tan apretado Abenaboo, resoluio esconderse en vna cueua que 
auia junto al rio de Mecina, camino de Iator, con su muger, dos hijas, y 
muchas personas. Supolo D. Ivan, y embiô a combatirla a Francisco de 
Molina, cô buen numéro de arcabuceros. Resistieronse al principio bien los 
rebeldes ; y viendo auia dificultad en el ganarla, los dieron humo, con que se 
entregaron. Prendiolos a todos, sino fue a Abenaboo, que se saluo por vn agu- 
jero, aùque para pocos dias. Estaua ofendido dèl Gonçalo el Seniz, vno de los 
que auià ido a Argel a solicitar el socorro, hôbre determinado y dispuesto para 
qualquiera maldad. Este con el ayuda de otros viendole solo, dando color a su 
vengança, con la quexa de que reusaua los conciertos, le matô, y se fue con 
la cabeça a Granada al Présidente ; y el Rei le dio cien mil marauedis de por 
vida, y perdonô. Fuese a viuir a Valladolid, pero despues de algunos anos 
murio descuartizado por salteador en Guadalajara por orden del Licenciado 

Lieuana, Comissario contra salteadores (Don Juan de Austria, Libro II, 

f. 123 verso, ligne 9). — C'est vers le 15 septembre 1570 que se place l'épisode 
de la grotte de Berchul La femme et les deux filles d'Aben Abo y moururent. 
Le pocos dias est insuffisant, puisque six mois se passèrent avant la mort d'Aben 
Abo (15 mars 157 1). 

Dans son Don Felipe el Prudente publié à Madrid en 1625, Van der Hammen 

raconte le fait en quatre lignes : « con la muerte de Abenaboo cessô todo. 

Matole el Seniz, auièdose librado en Mecina de los Christianos salièdo por vn 
agujero, y leuole a Granada al Présidente. » (f. 42). 

Dans les deux ouvrages de Van der Hammen (Don Felipe el Prudente et Don 
Juan de Austria) écrits tous deux avant la publication de l'édition de Tribaldos 
(les approbations de Don Juan de Austria sont datées de 1625), on trouve des 
passages entiers de la Guerra de Granada de Mendoza. Van der Hammen n'in- 
dique jamais ses références, mais il a eu sûrement entre les mains soit un 
manuscrit de Mendoza, soit tout simplement la Coronica de Bleda dans 
laquelle figure, comme on sait, la plus grande partie de la Guerra de Granada. 
Le fait, au surplus, est ici sans grande importance. 



l60 R. FOULCHÈ-DELBOSC 



Finalmente, todo el reino se redujo y rindiô las armas ; solamente quedaba 
Avenabô con unos quinientos monfis, pues no le seguia otra gente ; y asi 
salian de Granada à buscarle para prenderle ô matarle ; y con efecto, toda su 
gente fue muerta y destrozada, y al fin él tambien hallado y preso ; y llevân- 
dole à Granada montado en una mula, de proposito se dejô caer de unas perlas 
abajo, y vino a dar en una rambla muy honda hecho pedazos. Alli le cortaron 
la cabeza y la llevaron â Granada, do esta en una jaula de hierro en la puerta 
del Rastro, con un letrero encima que hoy parece, y dice desta suerte : 

Aquesta cabeza es 

del grande perro Avenabo, 

que con su muerte diô cabo 

i la guerra é interés. 

Un fait sur lequel sont d'accord Marmol, Hita et l'auteur de la 
fin de la Guerra de Granada, c'est que la tête d'Aben Abo fut pla- 
cée au-dessus de la porte du Rastro : 

« y la cabeça fue puesta en una jaula de hierro sobre el arco de la puerta del 
rastro, que sale al camino de las Alpuxarras, donde hoy esta. » (Marmol.) 

« la cabeça pusieron encima de la puerta de la ciudad, la que dizen puerta 
del rastro, colgada de una escarpia a la parte de dentro, i encima una jaula de 
palo i un retulo en ella que dezia : 

Esta es la cabeça del traidor de abenabo, nadie la qvite so pena de 
mverte. » (Guerra de Granada.) 

Mais il y a divergence sur la question de l'inscription ; Mar- 
mol, on l'a vu, n'en mentionne aucune : il est, d'ordinaire, si 
précis, et s'arrête si complaisamment au moindre détail, que son 
silence a lieu d'étonner. Y avait-il ou n'y avait-il pas d'inscrip- 
tion ? La chose, en soi, importerait peu et ne mériterait pas que 
l'on s'y arrêtât longtemps, si l'on n'espérait en tirer quelque éclair- 
cissement pour l'étude de la fin de la Guerra de Granada. Ce qui 
semblerait indiquer que l'inscription existait, c'est qu'elle ne nous 
est pas connue par ce seul récit, mais aussi par l'ouvrage de Hita. 
Sans doute, celle qu'il donne est fantaisiste l : mais n'y faut-il 



i. Hita transforme même, pour les besoins du vers, le mot oxyton Aben 
Abo en un paroxyton Abat Abo. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA l6l 

pas voir un rifacimento de quelque letrero véritable? La première 
moitié est, au surplus, à peu près la même dans les deux textes. 

* 
* * 

Nous n'avons, actuellement, aucune autre donnée qui puisse 
nous permettre de nous prononcer, avec quelque sécurité, sur 
l'authenticité ou la non authenticité de la fin de la Guerra de 
Granada : on est toujours en droit de supposer que la découverte 
de nouveaux manuscrits viendrait apporter quelques éclaircisse- 
ments, mais je doute que l'on en trouve jamais un seul qui con- 
tienne les passages discutés. Il faudrait donc s'en tenir, comme 
je l'ai fait dans cette étude, à un texte rétabli d'après le manuscrit 
P, et considérer comme apocryphe la fin donnée par Tribaldos. 



APPENDICE 



LES MANUSCRITS 



Nous connaissons aujourd'hui dix-huit manuscrits de la Guena de Granada. 
Deux se trouvent à Paris, un à l'Escorial, un à Séville, dix à Madrid, un à 
Salamanque, un à Murcie ; enfin deux m'appartiennent. 

On peut les diviser en trois familles. 

La première famille comprend cinq manuscrits (G, K, N, R, S). Chacun d'eux 
est, sauf de nombreuses variantes à divers endroits, conforme à l'édition de 
1627, mais ne va pas au-delà de la phrase : « Tornô el rey i Côrdoba por Jaen 
y por Ubeda y Baeza, remitiendo la conclusion de las cortes para Madrid donde 
llego. » Aucun de ces manuscrits ne parle donc des opérations militaires de la 
Sierra de Ronda, récit qui occupe environ 600 lignes dans les autres manuscrits, 
ni de la mort d'Aben Abo. Il est à remarquer que certains manuscrits des deux 
autres familles (mss. J, T) portent à cet endroit l'indication : « Aqui acaban 



IÔ2 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



muchos originales. » Ces deux manuscrits ont peut-être été, du reste, copiés sur 
un même original. Il n'est pas inutile de faire remarquer cette première divi- 
sion ; le récit de la guerre de Ronda peut être, en effet, considéré comme une 
œuvre presque distincte de la Gnerra de Granada ; c'est ainsi que les manuscrits 
B et F portent à cet endroit un titre spécial : « La jornada y suçesso de la guerra 
de Ronda. » 

La deuxième famille comprend onze manuscrits (A, B, C, D, E, F, H, J, L, 
M, T). Chacun d'eux est, sauf de nombreuses variantes à divers endroits, con- 
forme à l'édition de 1627, mais ne va pas au-delà de la phrase : « como se 

ven en el alto las nubes formadas en varias figuras y semejanzas. » Aucun de 
ces manuscrits ne parle donc de la mort d'Aben Abo, récit qui, dans l'édition 
de 1627 et les éditions postérieures, occupe près de 300 lignes. Le manuscrit A 
possède, comme je l'ai dit, quelques passages inédits dans le livre IV. Les manu- 
scrits A, D, E, L semblent provenir d'une même source; tous les quatre, en 
effet, ont le livre IV marqué III par erreur. 

La troisième famille ne comprend que deux manuscrits, les manuscrits O et 
P. Ce sont les seuls qui possèdent les trois passages retrouvés par Yriarte au 
siècle dernier, passages qui avaient été remplacés dans les éditions par un dis- 
cours du comte de Portalegre. Ils ne s'étendent pas plus loin que les manuscrits 
de la deuxième famille, mais j'ai découvert dans le manuscrit P le fragment 
publié plus haut ; c'est le récit des négociations d'El Habaqui avec les Espagnols. 



LISTE DES DIX-HUIT MANUSCRITS 



A. Paris, Bibl. nat., mss. esp n° 180 — 273/195 millim. — 110 feuillets — 
1618-1619 — 2 e famille. 

Au f. 1 : Setuval Ano 16 18, ij Julij ; au f. 108 verso, finis, Anno 16 19, 
28 Januarij. Même division en livres et en paragraphes que dans l'édition de 
1627 : le livre IV est marqué III par erreur. Contient l'introduction et l'addi- 
tion de Portalegre. 

* 
* * 

B. Paris, Bibl. nat., mss. esp. n° 181 — 298/208 millim. — 104 feuillets — 
xvii 1 -' siècle — 2 e famille. 

A un titre inexact : Comentarios delaguerra de Granada échos por don Diego de 
Zuniga. Au f. 92, titre spécial : La jornada y suceso de la guerra de Ronda. 



C. Escorial. Catal. Haencl, col. 961 — 284/180 millim. — 162 feuillets à 
encadrement rou^e. Ecriture très nette. Fin xvn e siècle. — 2^ famille. 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 163 

Titre : Historia de la Guerra de Granada que escriviô Don Diego Hurtado de 
Mendoça. Les premiers feuillets seuls sont divisés en paragraphes. 

* 

* * 

D. Séville. Ancienne Bibliothèque de San Acacio. Catal. Haenel, col. 982. 
Cote actuelle, 332-32 — 148/203 millim. — 23ofeuillets — 1621 — 2 e famille. 

Deux notes, ajoutées au xvm e siècle, indiquent, d'une part, les éditions de 
Tribaldos et de Mayans, d'autre part, la publication de la Biblioleca Griega 
Matritense d'Iriarte. La fin de la Guerra a été copiée au xvm e siècle sur une 
édition. Le livre IV est marqué III par erreur. 

* 

* * 

E. Madrid, Bibl. nac, V. 229, couverture parchemin — 300/206 millim. — 
123 feuillets — 1 618-16 19 — 2 e famille. 

Au f. 1 : Sehibal ano de 1618 — 13 dejunio; au f. 123 verso : finis anno 
i6iç. Contient l'introduction et l'addition de Portalegre. Même division en 
livres et en paragraphes que dans l'édition de 1627. Le livre IV est marqué III 
par erreur. 

* * 

F. Madrid, Bibl. nac. G. 95, reliure veau — 300/220 millim. — 168 feuillets. 
— xvn e siècle. — 2 e famille. 

Sur le premier feuillet de garde : Este livro se intitula Flor de Verdades Catho- 
licas ; escrilnole Iuan Arias quien di%e averlo allado en todo lo que rejiere eu este livra. 

Plus bas, d'une écriture plus moderne : Es la guerra de los moriscos de Granada 
por Mendoça. Le nom du copiste Juan Arias reparaît au bas des feuillets 1 et 12, 
au feuillet 60 verso et à la dernière feuille collée à la reliure. Le feuillet 148 
est suivi de 3 pages blanches ; sur la 3 e , titre spécial : La jornada y suçesso Je la 
guerra de rronda. Même division en paragraphes que dans l'édition de 1627, 
mais la division en livres n'existe pas. Des noms propres sont fréquemment 

laissés en blanc. 

* 

* * 

G. Madrid, Bibl. nac, G. 99 — 288/208 millim. — 155 feuillets — 
xvn e siècle — i re famille. 

(Le G. 99 contient deux manuscrits de la Guerra de Granada, les manuscrits 
G et H de la présente liste.) 

Titre (sur le feuillet de garde) : Discursos de don diego de mendoça ambajor Jel 
5 r rey don felipe 2 : en Roma eu la guerra del lebantamiento de los moriscos dél 
reyno de granada. — Au f. 1 : De la Guerra de Granada. Autor D n Diego de 
Mendoça Embajador de Phelipe 2° eu Routa, tiene ij; folios. 



164 R. FOULCHÉ-DELBOSC 



H. Madrid, Bibl. nac, G. 99 — 288/208 millim. — 119 feuillets — 
xvii e siècle — 2 e famille. 

Titre : De la guerra de granada. 

* 

* * 

J. Madrid, Bibl. nac, G. 106 — 320/220 millim. — 102 feuillets — 
XVII e siècle — 2 e famille. 

Au f. 90, après la phrase .....para Madrid donde llegà, qui est la dernière 
des manuscrits de la i« famille, on lit la mention : Âqui acaban muchos origi- 
nales. 

* * 

K. Madrid, Bibl. nac, T. 216 — 278/205 millim. — 92 feuillets — 
XVII e siècle — i re famille. 
Titre : De la Guerra de Granada. Sans nom d'auteur. 

* * 

L. Madrid, Bibl. nac, V. 8 — 300/215 millim. — 127 feuillets à double 
encadrement — xvn e siècle — 2 e famille. 

Titre : Historia da Rebilliào de granada de Dom Diego de Mendoça. — Au 
f. 2 : Historia de Rebillaô de Granada ; au-dessous une signature à peu près 

illisible : D n Fran° Puis : Prologo de Don diego de mendoça a la ystoria 

de la guerra de granada que uvo por el levantamiento que los moriscos de aquel Reyno 
ycieron ai'w de mil y quinientos y cinquenta (sic) y nueve anos. — Au f. 3 : Ysto- 
ria de la guerra de granada de don diego de mendoça. — Même division en livres 
et en paragraphes que dans l'édition de 1627. Le livre IV est marqué III par 

erreur. 

* 

M. Madrid, Bibl. nac, G. 128, reliure veau — 285/200 millim. — 131 
feuillets — xvn e siècle — 2 e famille. 

Sur un feuillet de garde : Faltan en este Ms. los folios 19, 20, 21, 32 y 96. La 
même note indique des interversions de feuillets. Titre : De la guerra de gra- 
nada. Sans nom d'auteur. Les deux derniers feuillets contiennent une table 
alphabétique des principaux noms, lieux et faits de l'ouvrage. 

* 

* * 

N. Madrid, Bibl. nac, G. 208 — 210/150 millim. — 137 feuillets — 
xvii 1 -- siècle. — i re famille. 

(Le G 208 contient deux manuscrits de la Guerra de Granada. les manuscrits 
N et O de la présente liste. Il contient, en outre, entre les deux manuscrits de 
Mendoza : Invencion DelSacro Monte de Granada. Con las vidas de los Sanctos que 
m il fueron marliriçados. l'or Juan Herreros Je Almansa y otras cosas que veras a 
la niella. 50 feuillets.) 



ÉTUDE SUR LA GUERRA DE GRANADA 165 

Titre : Historia de la Guerra y Reveliou de Granada. La guerra de granada eu 

tiempo de Ph s 2° tiene 13 y folios. 

* 

* * 

O. Madrid, Bibl. nac, G. 208 — 210/150 millim. — 151 feuillets — 

xvn e siècle — 3 e famille. 

Titre : {Prologo De) La Historia de la Guerra y levantamiento De los Moriscos 

del Reyno de Granada. 

* 

* * 

P. Salamanque, Bibl. de la Universidad. Est. 3, Caj. 4, Nûm. 16 — 
210/155 millim. — 205 feuillets — xvn e siècle — ■ 3 e famille. 

Titre : Historia de la guerra y levantamiento de los Moriscos del Reyno de Gra- 
nada por don Diego de Mendoça enibaxador por su M d en Roma. 



R. Murcie, Bibl. provinciale. — 296/209 millim. — 101 feuillets — fin 
xvn e siècle — i re famille. 

Titre : La Guerra de Granada por Don Diego de Mendoça. 



S. M'appartient — 251/189 millim. — 159 feuillets — xvn e siècle — i re 
famille, mais contient en outre une trentaine de lignes semblables à l'édition 
de 1627. 

Titre : De la Guerra de Granada (Prologo') Por don diego de Mendoça. 



T. M'appartient. — 298/210 millim. — 67 feuillets — xvn e siècle — 2« 
famille. 

Titre : (Prologo) De don diego de mendoça. En la historia de granada. 



Les dix-huit manuscrits présentent à peu près à chaque page des diffé- 
rences, dont quelques-unes assez notables, avec le texte de l'édition de 1627. 

R. Foulché-Delbosc. 



Revue hispanique. 



POESIAS INÉDITAS 



DE 



DON JUAN MELÉNDEZ VALDÉS 



Les poésies inédites de Meléndez Valdés que l'on trouvera ci-après proviennent de 
deux sources. L'epitre à Jovellanos se trouvait parmi les papiers de Cadalso ', le reste 
faisait partie du recueil 516 de la Bibliothèque de Salvà-. 

R. Foulché-Delbosc. 



1. Ces papiers contenaient également les poésies de Moratin que j'ai publiées en 1892. 
(Poesias inéditasdeD. Nicolas Fernândez de Moratin publicadas por R. Foulché-Delbosc. 
Madrid : Murillo 1802, pet. in-8.) 

2. C'est dans ce même recueil que se trouvait le manuscrit de Los Besos d* Amor que 
j'ai publiés dans la Revue Hispanique (mars 1894, pp. 73 et suiv.). 



P0ES1AS INÉDITAS I 67 



AL SEXOR DON GASPAR DE JOYE-LLANOS, 

OIDOR EN SEVILLA '. 

SOBRE MI AMOR. 

SILVA POÉTICA EN VERSO BLANCO ENDECASILABO 

Quamquam animus meminisse horret, lucttique refugit, 
Incipiam. .. 

Virg. jEneîd. II. ver. 12. 



Tiempo fué, gran Jovino, que amarrado 
llevé del amor crudo la cadena, 
la pesada cadena a cuyos golpes 
el anima mezquina tiembla agora : 
teniendo por eterna bienandanza 
la gloria celestial, el rostro bello, 
el mirar amoroso, y riso afable, 
la delicada vôz, y blanda queja 
de aquella pura luz j ay ! ay ! que temo, 

10 y aun tiembla el corazon al acordarme 
inundada la faz de un largo lloro. 
i Ah malogrado tiempo, y quien pudiera 
tomar atras tu rueda voladora ! 
j oh ninez ! oh cuidados de los hombres ! 
j oh ciega voluntad ! No fuera dado 
en la tierna nihez a el aima débil 
el augusto consejo, y clara lumbre 
que goza en vano la vejez cansada : 
y el nombre a imagen de su Dios formado 

20 al vicio, y al error en el principio 
mancipado sera por su lîaqueza. 

Yo en la primera edad inocentillo, 
quando apenas, seiïor, el lento curso 



1. Cette longue épître à Jovellanos est peut-être de 1779 : c'est du moins ce que l'on 
peut inférer du trait final victus cum mettre Cupido que l'on retrouve dans une lettre de 
Mclcndez à Jovellanos, datée de Salamanque 27 avril 1779 et publiée en 1871 par 
D. Leopoldo Augusto de Cueto (Foetus liricos del siglo XVIII, tomo II, p. 84, dans la 
Biblioteca de Rivadeneyra) : 

...No me juzgue V. S. por ella (una bella niiia) ya preso ; desde el ensueno de las 
Sagas desperté enteramente, y puedo decir Victus cum matre Cupido. 



l68 JUAN' MELÉNDEZ VALDES 

quince vezes contara al sol dorado 
del Aries à los Peces, ni rompiera 
la delicada barba el blando bozo, 
ya de virtud sécréta conmovido, 
que sembrô Diva en mi inocente seno 
maldije del amor, del fuego impuro 

30 del lazo inévitable, do enredado 
un mozo malhadado vi abrasarse. 
j Ay si el fatal exemplo me salvara, 
y en el ageno dano docto fuera ! 

Fué mi sencilla diversion entonces 
en dulce sombra por el bosque ameno 
cantar desocupado algunas veces, 
seguir las artes de la casta Diosa, 
la casa freqùentando, 6 mas humilde 
disponer â las aves blanda liga, 

40 sus nidos inquirir, y tantos fuegos 
do la aima paz y la inocencia asisten 
à una con el candor en santo lazo. 
Tiempo voluble, y quai la sombra vana 
ô alegre en sueiîo que la mente burla, 
ni luego déjà de su bien seiïales. 

Porque subito, ay Dios ! senti encenderse 
mi blando corazon con una llama 
de regalado fuego, que en los huesos 
difundiô su veneno tan ligera, 

50 quai suele discurrir por el otono 

ardiente exalacion en noche obscura. 

Difundiérala amor, que descendiendo 
con jiro arrebatado dende el cielo 
por el aire vacio, à do volando 
somete cielo y tierra en mandar crudo, 
de la dorada Venus sostenido, 
indignado de mi, lanzô una flécha 
de inestinguible ardor, que en las entranas 
subito levantô tan grandes fuegos, 

60 y huyô volando con maligna risa 
d contar i su madré cl fatal hecho. 

Yo di al punto en temblar despavorido 
con la torpe vision la sangre helada, 
ignorando el misterio, y hacia el cielo 



POESIAS 1NEDITAS 



169 



las palmas levantando en taies voces, 
medroso y triste prorumpi llorando. 

« Acorre, acorre, o Dios, y el fuego apaga 
« que el misérable corazon dévora, 
o y el funesto tropel, y el alboroto 
70 « levantado apacigua, si merece 
« favor el inocente perssguido, 
« y mis himnos sonantes te cantaron : 
« dame amparo, senor, y poderoso confunde, 
« confunde el enemigo. » En este punto 
santa virtud del cielo descendida 
con agua saludable templô el fuego, 
y liaciéndome mas fuerte « A la batalla, 
« intrépido, me dijo, te apercibe, 
« y oponte valeroso al gran contrario. 
80 « j Ay de ti misérable ! si cayeres, 

« que càrceles te quedan, y que lloros, 

« que miseras lamentos, y cadenas, 

« y que mezquinos ayes ! » Cesô y fué c e 

volando al cielo con serenas alas, 

y dejando tras si de clara lumbre 

un rastro celestial, y perfumado 

de etéreo odor de liquida ambrosia. 

Yo la miraba con atentos ojos 
y volviendo en el ânimo estas cosas, 
90 sintiendo ya mi corazon tranquilo 
y una nueva virtud que me esforzaba 
contra el amor, y su maligno fuego : 
pero ; oh ciega natura ! y misérable 
inclinacion del hombre. à las virtudes 
rebelde marmol, y â los vicios cera ! 

Desde esta fatal hora que del cuento 
de los anos borrarse fuera digna, 
en negro olvido envuelta, mas ufano 
trataba va de amor, ni jamas pude 
100 atizar en el pecho el odio antiguo 

malgrado mis esfuerzos, ni à su canto 
de mdgico poder, y létal furia 
la oreja misérable ya negaba ; 
mas antes sosegado y con faz leda 
en platicas de amor me complacia 



1-0 JUAN MELENDEZ VALDES 

y la queja, el suspiro, y largo lloro, 
el ruego humilde, y el penar contino, 
y a vezes la alta gloria, y bien sin qùento 
del anima infeliz, que en lamentable 
110 misera esclavitud adormescida, 

à un recîproco amor vive ayuntada 
envidiaba j mezquino ! y ya quisiera 
gozar yo en torno tan falaces bienes. 

? Quantas veces tambien el blando fuego 
excitaba leyendo ? y que no pudo 
el ardiente Tibulo, y el divino 
Propercio con sus numéros sonoros ? 
ô el que llorô del pajaro la muerte 
delicias de su Lesbia, que mudable 
120 por otros le dejara tan liviana? 
ni que pccho feroz no ablandarian 
el deheado Ovidio, y tierno Laso, 
grande nombre del Tajo, do aun resuenan 
el cantar misérable del Salicio, 
y los suspiros, y el amor de Albanio ? 
j Ay numéros divinos ! quai mi seno 
llenasteis de letifera ponzoiïa ! 
v j ay ! ay de mf infeliz ! quien recel ara 
de tal dulzura tan amargo acibar, 
130 ni peste tan fatal! en este punto 
ya sujeto al amor sin yo sentirlo, 
llevaba la cadena, y las doradas 
esposas en las manos, y esta fuera 
de mi ciego dolor la causa prima : 
porque hallado en el mal, y alétargado 
del veneno mprtal en largo olvido 
comencé de go/.arme relajada 
la antigua propension al noble estudio. 
Ninguno de repente malo fuera 
140 y ;i par de la virtud tiene sus grados 
el vicio, y el error, ni pasar pudo 
subito a la maldad el inocente, 
que un mal otro mal llama. Conducido 
yo a la gran corte del Monarcha hispano, 
do las Magas habitan, que trasforman 
(quai escribe la fabula de Circe) 



POESIAS INEDITAS IJl 



con mâgico poder en aparîencias 
de animales los nombres misérables, 
v en formas tristes de sangrientas fieras, 

1 50 malgrado mi querer, y los esfuerzos 
de la virtud antigua de dar hube 
cl postrimero paso en mi ruina : 
alli acabé de hacerme a la dorada 
carcel, y avezarme al error ciego, 
porque alli plugo a Venus que morase 
todo el Reyno de amor, y la hermosura 
j oh fuerza del exemplo ! a quai no arrastra 
la freqùencia del mal, ni huyô prudente 
del vicio en la costumbre autorizado ! 

160 Cabe un ameno valle de odorosa 
yerba y flores pintado à do conduce 
un camino apacible, con la inmensa 
mudiedumbre de gentes y de pueblos, 
que van y vienen en tropel confuso, 
quai suelen en verano las abejas 
en largo enxambre acometer las flores, 
hubo un antiguo bosque venerado 
con larga religion, y santo miedo 
de la enganada gente, las encinas 

170 la copa alzada al cielo no permiten 
ver del dorado Febo la luz clara. 
Parece que los Dioses habitaron 
alli quando los hombres aun no fueran 
salidos de la tierra, tan antigua 
veneracion le ocupa. Conducido 
yo de mano invisible bien adentro 
fuime alejando en él por una senda, 
que â mil lados revuelta en error ciego 
envuelve la salida, y de otra parte 

180 sereno arroyo de sonante curso 

la corta y cierra con su vuelta el bosque. 

Aqui beben las gentes largo olvido 

de la virtud, y el bien, y en torpe sueno 

duermen de ciego amor aletargadas; 

la orilla es venenosa, y el deleite, 

el infâme deleite el mas horrible 

de los humanos maies esparcido 



I72 JUAN MELENDEZ VALDES 

alli con larga mano, luego causa 
la blanda ociosidad, y la pereza. 

190 Tal es del Dios alado el ciego imperio, 
tal el sagrado bosque, que conduce 
a su dorado Alcàzar, j quantas cosas 
viera yo alli, senor ! oh si contarlas 
dignamente pudiese ! Blanda Musa, 
dame tu voz, y tu divino fuego, 
mayores cosas canto, mayor orden 
empiezo desde agora, a ti se deba 
el levantado verso, y voz sonora. 

Vulcano, segun cuentan, el sumptuoso 

200 Palacio fabricara quando quiso 

al thâlamo llegar de la aima Venus : 
los entallados jaspes, las columnas 
de piedras preciosisimas demuestran 
el divino poder, y las paredes 
de esmeralda y chrisôlito altamente 
reverberan al sol en lumbre clara, 
venciendo â la materia, y ricos doues 
el arte y docta mano, ni jardines 
taies hubo en Thesalia, ô tan florido 

210 fué el valle de Dodona, ni las selvas 
de los Elyseos Campos que los Dioses 
plantaron de propôsito, y colmaron 
de primavera eterna y manso viento. 

Aqui agrada esperar i la aima Venus 
del cristalino Olimpo descendida 
la triunfal pompa del amor su hijo, 
quando hace ostentacion el gran Tirano 
del crudo imperio en que los hombres manda 
él en carro de fuego, y por seis potros 

220 de la raza apolînea conducido, 

quai en la clara Roma un tiempo fueron 
los victoriosos Cônsules llevando 
tras si un numéro inmenso de varones 
y los vencidos Reyes en cadena ; 
tambien Uevaba en torno larga tropa 
de mczquinos mortales, que en ley cruda 
su mandar obeJecen misérables. 
Alli vieras los Reyes victoriosos 



POESIAS 1NÉDITAS 173 



acâ un tiempo en la tierra ser vencidos, 

230 y los claros varones, que inundaron 
el orbe de su fama ir como siervos 
al cuello la cadena, y bajo el rostro. 
Hercules, y Perseo en pos de Achiles 
con el grande Agamenon por caudillos 
van del numéro inmenso, sin que faite 
de divinos ingenios luenga copia. 
A todos vence amor, ninguno pudo 
de sus pesadas redes sacudirse. 

En blando fuego por su dulce Laura 

240 ardiendo va el Petrarcha, y el divino 
Orpheo por Erudice aun osando 
tornarla con sus cantos del Averno, 
luego en pos de Propercio y mi Catulo, 
el amador de Nemesis, y Délia 
y el tnfeliz Ovidio acompanaban 
en faz llorosa el apolïneo coro ; 
jcomo el numéro inmenso contar puede 
mi voz de los que siguen, quai si pinta 
primavera la tierra de mil flores ? 

2 >o ; ni la alta Magestad con que los nuestros 
el culto Herrera, y el ardiente Laso, 
y el claro Figueroa, y tantos otros, 
tras el divino Lope en talar ropa 
a par cenidos de laurel los siguen? 
Amor desde su carro à todos manda 
y enciende mas y mas en voraz fuego 
porque el pesado yugo no sacudan 
con que su cuello y libertad humilia 
i quai linaje de mal, ay, amor crudo 

260 à tus esclavos mfseros no causan ! 

Quando hacia mi tornando al verme aun libre 
y casi exempto de su ardor el pecho, 
indignado en el rostro tornô â hablarme 
con taies voces de furor henchidas, 
que temblô al empezar la esquadra toda. 
« ; Y aun mîsero, prétendes resistirte 
« del poder del amor ! y aun en tu pecho 
« el dardo agudo que lancé no pudo 
« prender su cruda llama ! escapar quieres 



174 J UAX MELEXDEZ VALDES 

270 « del duro cautiverio, y la cadena ! 

« no soy, no soy yo amor quien en mil formas 

« de Olimpo hace bajar los altos Dioses? 

« ô algun mortal con resistencia inûtil 

« de mi yugo librarse jamas puede? 

« Presto, infeliz, seras de entre mis siervos, 

« y sentiras mis penas, y quai arde 

« tu empedernido pecho j que castigos, 

« duros castigos de mi fuerte mano 

« te quedan que llevar ! no me enternecen 

280 « tus làgrimas futuras, no tus ruegos 

« ni el crudo lamentar ; por luengos dias 
« arde y padece misero ». Y cesanJo, 
torna a seguir con la dorada pompa 
por mil regiones, que contar no puedo, 
al Reyno antiguo de su dulce madré. 
Hermosîsima Virgen en pos de ella 
en este punto de otra parte asoma, 
de las gracias seguida, y de la turba 
de lascivos amores pequenuelos. 

290 1 bastaré yo a pintarla? ô ser humano 
puede alabar su angélica belleza ? 
Enlazado el cabello ô libre al viento, 
oscuro déjà al Sol en luengos hilos, 
los ojos de paloma, y con tal gracia 
que el m.îs exempto corazon humillan, 
un partido rubi la dulce boca 
de do la blanda persuasion discurre 
con la esplendente tûnica que muestra 
el mds que humano ser del alto dueno. 

300 Tal en los cinthios valles va Diana 
seguida de mil ninfas descollando 
quai palma sobre todas en belleza, 
y del ebûrneo lado el carcax pende, 
el dorado carcax a cuyos tiros 
rinde su ligereza el alto ciervo. 

Yo que a tanta beldad hasta aquel punto 
jamas mi débil vista alzado hubiera, 
absorto de su gracia, y del decoro 
del rostro, y del augusto senorio, 

310 hincada la rodilla por très veces 



POESIAS INEDITAS I75 



probe d adorarla, y lajuzgué por Diosa. 

Quando un ardor secreto se fué entrando 
de subito por medio de mis huesos 
que todo me mudara, y en silencio 
discurriendo la llama, el aima Venus 
con la beldad brillante, v blandas gracias 
que entre los Dioses en Olimpo ostenta, 
asî tomô la voz con dulce risa 
capaz de seducir al almo Jove : 

320 « El Revno del amor, y el feliz lazo 
« de la vinud, y angélica hermosura 
« goza, joven dichoso, y para siempre 
« en mis delicias anegado vive : 
« que una llama os abrase, y mis placeres 
c< juntos bebais en una misma copa, 
« y en ôsculos iguales vuestros labios 
t« las amorosas tôrtolas imiten, 
« y que Cupido del Olimpo baje 
« con blanda risa, y ademan travieso 

330 « d reposar en medio de vosotros. 

« j O très veces feliz al que los Dioses 
« tal suerte concedieron, y el que puede 
« en mi gremio gozar de un dulce sueno ! 
Enganosa dijera, y de la mano 
à entrambos nos uniô con blanda fuerza, 
y al cielo torna respirando amores. 

j Quien a Venus jamas resistir pudo, 
o de su dulce voz no fué vencido ! 
que hiciera yo infeliz ! La sangre helada, 

340 quedé como en la noche el caminantc, 
que viô el agudo rayo desatado 
de negra nube deshacer el roble, 
pasmado de temor j que acerbas penas 
la vision deliciosa me costara ! 
quien fuera a bien contarlas poderoso ! 

Aun el ânimo agora se horroriza 
con la cruda memoria, v los temores, 
y las cansadas ldgrimas que un tiempo 
del anigido corazon lanzaba. 

3)0 Errores, suenos, y dolor de muerte, 
miedo, vergùenza, y suspirar contino, 



I76 JUAN MELÉNDEZ VALDES 

confusa ceguedad, y largos ayes 
de agudos celos, y esperanza vana, 
vergonzoso sufrir, y en mil marieras 
pesada servidumbre, taies fueron 
de mi amor loco los acerbos irutos. 
j Av misérable amor ! aletargado 
con sus blandos halagos ya no euro 
del bien, y ciego abandonando todo 

360 cesa el ardiente estudio, y de las letras 
el augusto exercicio desdenado 
yace hollado por tierra, ni i los dones 
doy de Minerva reverente oido, 
del ciego error premiado, que en mis venas 
siembra ya libre su mortal veneno. 
Mojados de las lâgrimas mis ojos 
solo amor respiraban, sus delicias 
solo cantaban mis dolientes voces, 
y el misérable pecho asi inflamado 

370 quai si tuviera su deidad présente, 
con mil latidos atizaba el fuego 
del blando corazon. j Ay ! en mi rostro 
la flaca amarillez, y la tristeza, 
y el dolor, y el silencio, iban pintados. 

Asi en miseras ansias yo acababa 
con indigna flaqueza, â todas partes 
volviéndome veloz, quai alto ciervo 
que hinche los montes de bramidos tristes 
del diestro cazador atravesado 

380 y en vano intenta con veloz corrida 
del lado sacudir la flécha aguda : 
ô volviendo la noche, y en las alas 
de su callada sombra el blando sueno, 
yo solo, y desvelado i quantos votos 
(el frio lecho en lâgrimas banado) 
desperdiciaba en vano ! en que temores 
el ânimo alligido se anegaba ! 
que agudo cavilar ! j Ay infelice 
el que el amor airado lia bien herido ! 

390 pues mortales congojas son sus suerïos. 

Que de veces tambien llamaba en vano 
la muerte, y quai la rosa desfallece 



POESIAS INÉD1TAS 177 



perdiendo con el sol su lozania, 
yo me iba consumiendo, sin que hallase 
otro consuelo à mi dolor agudo 
que la callada soledad, en ella 
los infelices casos revolviendo 
de mi cuitado error. Acaso un dia, 
del bosque enmaranado sin pensarlo 
400 entrémetan adentro, que â una cueva 
de algun selvaje Dios morada inculta, 
(tanto el rûstico adorno, y la hermosura 
del florido terreno tanta fuera) 
llegué, y de fatigado el flaco cuerpo 
recliné en tierra â la callada sombra, 
que en très lôbregas noches jamas pude 
al placido descanso dar entrada. 

Algun Dios lo dispuso que el gobierno 
tiene alla de las cosas de los nombres, 
410 y mandandome un suerïo sobrehumano 
la regalada paz tornô a mi pecho. 
Yo durmiera tranquilo los ardores 
del insano dolor casi estinguidos, 
quando en medio las sombras j quien pudiera 
contarlo agora todo dignamente ! 
Minerva del Olimpo descendida 
con beldad simple, y ademan modesto 
armada de su égida impénétrable, 
v en la derecha la brillante lanza 
420 se présenté a mis ojos : yo en las senas 
conociéndola al punto, un santo miedo 
me ocupô todo el pecho, y erizados 
los cabellos de horror temblando apenas, 
pude en tierra postrado humildemente 
adorândola hablarla en esta forma : 
« O santa Diosa, poderosa estirpe 
« de Jupiter divino, j en que peligros 
« estoy agora puesto ! ô donde puedo 
« tornarme sino à vos ! la aguda llama 
430 « ya por el pecho libremenre corre : 

« libradme j ay ! ay ! libradme y poderosa 
« templad el fiero mal. » Entonces ella 
asî torno sus voces celestiales, 



I78 JUAN MELÉNDEZ VALDES 

blando aroma en los labios respirando : 

« Al que una vez la acata y las razones 
« divinas oye de su santa boca, 
« jamas Minerva abandonado déjà : 
« huye esta fatal tierra, y parte luego 
« a la ciudad antigua, do mi numen 

440 « tiene su culto y aras, y el fragante 

« odor siempre es quemado, que cortada 
« te tiene allî mi mano la Victoria : 
« y oye en la orilla del undoso Betis 
« con cïtara dorada, y docto labio 
« reclinado cantar al gran Jovino, 
« honor augusto de la toga hispana, 
« el ensueno de amor, y los encantos 
« que las Magas hicieran a tu nombre, 
« i que fiero sonilegio ! y quai scria 

450 « con él martirizado el blando pecho 
« sin su sagrado ruego ! él lo deshizo 
« tu faz librando de la eterna infamia : 
« asi escûchalo agora y quai si fuesen 
« sus preceptos de Apolo, los venera, 
« porque pueda acabar tu mal agudo. 
Luego el varon clarisimo descubre 
en quien Themis guardara sus secretos, 
y en todo semejante al cano Orfeo, 
pues quando ornado de sus largas ropas 

460 diestro la lira de marfil tania, 

las aguas se pararon, y en las cumbres 
de los âsperos montes se movieron 
los ârboles erguidos, y a escucharle 
las indômitas fieras se humillaron. 

Yo embelesado con la voz divina 
quasi hablar no pudiendo, quai si alguno 
viô entre sueiîos su muerte, que despierto 
d respirar no acierta de alborozo, 
« O amigo, Padre, dije, va recibo 

470 « con voluntad humilde los consejos 

« que os dicta el almo Apolo, ya mi pecho 
« los sigue arrepentido, y pues los Dioses 
« tocados de mis Liyrimas humildes 
« gozar en vos me dieron... ; ay no puede 



POESIAS INEDITAS 179 



« seguir mi flaca voz ni â decir basta 

« la regalada llama, y blando fuego 

« de la santa amistad : ella nos una 

« con vi'nculo inmortal que eterno dure, 

« roto el del ciego amor » La Diosa entonces 

480 mi faz viendo bullir en lumbre clara 
y ya en santo deseo arder mi pecho 
de seguir sus avisos celestiales, 
con su diestra tocô mi débil vista 
tornândola clarisima, y al punto 
en mi acuerdo volvi del dulce sueno. 
Huyôse la vision quedando el aire 
de angélicos aromas perfumado, 
y el cielo fulgidfsimo, y mi pecho 
ya del acerbo mal del todo libre, 

490 merced a vos, seiïor, arrepentido 

de haber seguido a Amor, y sus errores 



.l'ictus ciim maire Cupido. 



i8o 



JUAN MELENDEZ VALDES 



A qualquiera Fulana 

ROMANCE 

Senora mia, supuesto 
que yo quiero divertirme, 
usted no debe extranar 
que sin mis ni mas me pinte. 

Va usted d ver mi retrato, 
pues no es cosa incompatible, 
el que usted no me le pida 
con el que yo se le envie. 

Mi cara es muy pasadera, 
mas Naturaleza libre 
avara anduvo en las cejas 
y prôdiga en las narices. 

Ojos de color de cielo 
y como suele decirse, 
no veo très sobre un asiio, 
pero asnos solos d miles. 

Ni soy alto ni soy baxo, 
soy asi como quien dice, 
entre mercë v salaria ; 
(lo rubio que no se olvide). 

Algo cargado de espaldas, 
no cosa que escandalize, 
mira bien por donde andas 
es un consejo sublime. 

Mi deseo se ha cumplido, 
mi figura va la dixe, 
yo por lo que soy me vendo, 
quien no me quiera que avise. 



d Venus amorosa 
seguida de las gracias ! 

Como sus bellos ojos 
el corazon encantan, 
y al mirarlos se queda 
mi atencion elevada ! 

I Pero que es lo que digo? 
I Que es lo que me arrebata ? 
Por una muger viva 
doy mild Venus pintadas. 



A un quadro de Venus 

ANACREONTICA 

Con que gracia y viveza 
viendo estoy retratada 



Carta de F... a Vecinta 
que havian puesto monja. 

Victima del error, de la violencia, 
que con un yugo bdrbaro oprimida, 
Uoras en tu retiro silencioso, 
de un placer ignorado las delicias : 

oye la voz de un nombre que te ama; 
ah... puedan resonar las quexas mias 
en esa tu prision, donde gimiendo 
acabards tus infelices dias. 

El poder abusô de tu inocencia, 
tu padre te arrastrô con mano impia 
hasta el pie del altar de aquel Dios justo 
que castiga el delito y la injusticia. 

Tu padre débil y preocupado 
crevô tal vez asegurar tu dicha, 
quéciegos son los miseras mortales...! 
ellos mismos sus maies se fabrican. 

Piensan que el Ser Supremo nos prohibe 
hasta el menor placer, y de él se privas : 
nada pueden con Dios los sacrificios, 
la virtud sola d su morada guia. 

En el claustro horroroso las pasiones 
adquieren una fuerza mds activa, 
y tanto mds terrible quanto d veces 
un reposo falaz las tranquiliza. 



POESIAS INEDITAS 



181 



Asi como en el mar quando las aguas 
alguaa gran borrasca pronostican, 
esta la superficie en dulce calma 
mientras el fondo rdpido se agita. 

; Que en fin va no hay reraedio ! que es 

[précise 
abandonar à la infeliz Vecinta... ! 
I ... Sabes, Vecinta, lo que renunciaste ? 
la obligacion nids dulce, institûida 
por aquel mismo Dios â quien adoras... 

En tristeza indolente sumergida, 
tu corazon en movimiento siempre, 
sin disfrutar jamas de sus delicias, 
sentira del Amor las amarguras.... 

El Ser Supremo no es como le pintas ; 
en él terne un tirano tu respeto, 
en él un padre mi carino mira. 

Ven â mis brazos... rompe tus cadenas, 
la fiel Naturaleza es nuestra guia, 
y si este amor tan justo, tan sagrado, 
una debilidad te le imaginas, 

Dios te bizo débil, él sera indulgente; 
él ve mi corazon. 

A Dios, Vecinta. 



Confesion de Flora 

l Que bas diebo, Flora hermosa ? 

pues que capriebo es ese ? 
Conque quieres, mi bien, que te confiese? 

por cierto, extraiîa cosa ! 
<; De confesor acaso tengo cara ? 
I tengo aquella modestia tan prudente 

que con astucia rara, 

grave y humildemente 

ha logrado en el suelo, 

con zelo infatigable 

ser juez inapelable 

Revue hispanique. 



de culpas cometidas contra el cielo? 
No, amable Flora mia : sin embargo 

yo tambien me hago cargo 

(si lia de decirse todo) 
de que a ellos me parezeo en algun modo. 
Quando un fraile, a sus pies, modesta- 

[mente, 
ve que alguna bonita pénitente, 

los ojitos baxando, 
los felices pecados va contando 

en que se ha entretenido 

el padre reverendo, 

la narracion oyendo, 
la escucha un si es no es enternecido, 
y su corazon triste y aterido 
el ardiente deseo va encendiendo, 
tanto que al cabo cometer quisiera 
quanto su casta boca vitupéra. 
Y te confieso, Flora, ingenuamente, 
que lo mismito a mi me sucediera, 

i pesar de esagracia 
de divina eficacia, 
que al justo anima poderosamente. 

Ello te bas empenado, 
y el convencerte ahora es excusado : 
l que no baré \ - o, mi bien, por agradarte? 
Vamos... ya puedes, Flora, arrodillarte. 

Empecemos : alguna vez, hermana, 

vanidad ha tenido ? 
Sera muy regular : habrd sabido 
que tiene una carita soberana ; 
se lo habran dicho... se lo habrd crei'do... 
la crïada, la amiga, y el cortejo... 
se habrd visto al espejo... 
Ello, que todos mientan no es posible. 
Eh ! milagro no ha sido que lo créas : 
vaya, que no es pecado tan horrible : 
la humildad se inventô para las feas. 

Prosigamos : diga, hija, escodiciosa? 
se pone colorada ? muy bien hecho ; 



l82 



JUAN MELENDEZ YALDES 



porque esculpa gravîsima. . . horrorosa, 
v vicio que d ninguno trae provecho. 

No ve, nina avarienta 
que del bien que pudierahabernos hecho 
ha de pedirla Amor estrecha cuenta. 

Con todo, no se aflixa : 

todo pecado, hija, 
el arrepentimiento le repara. 
Déxese, en adelante, de rigores : 

no haga à todos favores, 
pero no es decir esto que sea avara. 

Es glotona ? — Cupido 
va me dice al oi'do, 
que quando hizo esa boca tan hermosa, 

en corner no pensaba, 
y â otro gusto mayor la destinaba. 

Si alguna vez furiosa, 
en côlera, hija mia, se ha encendido, 

habrd sin duda sido 

porque en aquel instante 

algun rendido amante 

andaria atrevido. 
Hija, razon no tuvo ; considère 
que amor quiere de veras quando quiere : 
créame, no se enfade : que ya veo 

que el ardiente deseo 
que inspira su hermosura, no se aviene 
con el respeto que su honor merece. 

Vaya, sobre la envidia, me parece 

nada que decir tiene : 
todos en adorarla, hija, se emplean... 
I De quien lia de poder estar zelosa ? 
De eso se acusardn quantas la veau : 
no hablemos mas : pasemos à otra cosa. 

Otro pecado no tan horroroso 
hav tambien... y me temo 
que la gusta en extremo. 

Pecadillo agradable y silencioso 



que las ninas, a solas, en la cama 
cometen d menudo... no se espante 

y los ojos levante, 

que pere^a se llama 

este dulce pecado 

que la daba cuidado. 
Hija, de este no trate de enmendarse : 

y si Amor entre suenos 
la pintare sus gustos halagùenos, 
verificarlos luego al despertarse. 

Ya al fin vamos llegando : seis pecados 

tiene ya confesados : 
pero falta el mejor... el escogido... 

Mas si en él ha cai'do, 
no solamente su razon abono, 
sino que por haberle cometido, 
los demas, hija mia, la perdono. 



SONETO 

Del tierno Amor los lazos poderosos 
mi libre corazon no han sugetado ; 
de la inconstancia pldcida guïado, 
evito sus encantos enganosos. 

Pocos han sido por amar dichosos, 
y no alivia el Amor al desdichado, 
antes siente torraento duplicado, 
al ver sentir sus maies rigorosos. 

Pero no pende, no, del valor mio, 

mi grata libertad apetecible ; 

(que esnecio quien vencer al Amor piensa). 

Veo mi corazon... y desconfio, 
huyode un enemigo irrésistible, 
y mi mismo temor es mi delensa. 



POESIAS INÉDITAS 



Ii 



MADRIGAL 

Dexa, Fenisa hermosa, 
que goze de mi vida libremente, 
sin que turbe mi paz dulce y dichosa 

el Amor inclemente. 

Fenisa, en vano quieres 

pintarme sus placeres ; 

en él todo me asusta : 
amado, la inconstancia temeria, 
y olvidado... ay Fenisa !... moriria. 



A Dorila 

Ayer mi Dorila hermosa 
al Amor durmiendo viô, 
y la aljava le escondiô 
entre la yerba arenosa : 

y yo exclamé con temor, 
al ver que le despertaba : 
no tiene fléchas, ni aljava, 

mas mira que es el Amor. 

ANACREÔNTICA 

Un beso te di, Filis, 
pero tu con despego 
por ello te enojaste, 
diciéndome con ceno : 
yo nada quiero tuyo. 
Bien, Filis, pero al menos 
cûmpleme tu palabra 
y viaélveme mi beso. 



A P. 

Sonaba esta manana. 



ay Dios... fué 

[sueiîo ! 



que gozoso veia 
a la pastora mia : 
yo la abrazé impaciente, 
su pudor resistia debilmente, 
y en el feliz momento en que miraba 



que su rostro mi triunfo me anunciaba, 
despierto, y veo absorto y confundido 
que mi felicidad un sueno ha sido. 

^Adonde te lias ido 

encanto halagùeno... ? 

en alas del sueno 

huyô mi placer ! 

Ay... ! j que desvalido 

sera quien amando, 

tan solo sonando 

feliz puede ser... ! 

A Susana 

Susana, di, que es esto ? 

I como élevas tan presto 
tu vanidad extrema y mal guiada 
y que (lo peor de todo) es infundada ? 

Mira que la hermosura 
no eternamente dura. 
Un sabio dice : « La muger hermosa 

viene à ser quai la rosa : 

la coge el jardinero 

siempre que se le antoja, 
la paga algun ricote majadero, 
y un lacayo \apisa y la deshoja. 
Sea pues tu marido el jardinero... 
(no quiero disputar si fué el primero 
que te cogiô, Susana ; 
la verdad es dificil se descubra, 
y aun quando tuera fâcil fuera vana, 
y es mejor que el silencio nos la encubra). 

Hoy vemos los ricotes, 
que te pagan... No grites ni alborotes, 
diciendo que mi envidia maldiciente 
con equivocos quiere licenciosa 
en tu honor limpio hincar el negro diente : 
quiero decir que pagardn la rosa. 
Despues que de los ricos pase el fuego, 

nosotros los menores 

con doues inferiores 



i8 4 



JUAN MELENDEZ VALDES 



tambien alternaremos en cl juego. 
Quando por tu belleza supla cl Artc, 
los lacayos vendrân a marchitarte ; 

y asi, Susana hermosa, 
tendras el paradero de la rosa. 



El maullido de las gâtas 
CUENTO 

Hace algun tiempo (quando no sabia 
en que el ruido raaldito consistia 

que arma por los texados y desvanes 
la gatuna familia tan urana), 
pareciame cosa muy extraùa 
que las esquivas gâtas no quisieran 
permitir que la cosa las meticran 

sin arano y bufido : 
mas ahora que todo lo lie sabido, 
digo que hacen muy bien : y por si acaso 
alguno lo ignonire, escuche el caso. 

Sucediô que una gâta cierto dia.... 
(hemos de suponer que todavia 
ninguna al fornicarla maùllaba) 

por un desvan andaba 
buscando algun gatillo comedido 

con quien folgar un rato : 

a cuyo tiempo un gato 

hambriento y desvalido 
(en causa deshonesta no pensando) 
que corner iba por alli buscando. — 
La gâta al verle, con rubor fingido, 
poquito â poco se le lue acercando, 

y con dulce maullido 
le preguntô porque tan cabizbajo 

estaba, v tan doliehte. 
Tengo hambre (respondiôla cortcsmcntc) 

y ella basta aqui me traxo : 
pero perdon os pido, gâta hermosa, 

de haber hasta aqui entrado : 
ved si mandais, seiïora, alguna cosa, 

que me vuelvo al texado. 



La gatilla admirada 
de ver gato tan noble v bien hablado, 

le dixo remilgada : 
Apenas la criada de esta casa 
(que es de un rico canônigo, y escasa 

nunca anda la comida) 
acabe de guisar un grande plato 

(digno en fin de tal gato) 
de sardinas v sopa bien hervido, 
comeréis — entretanto aqui esperemos, 
y al sol (si gustais de ello) nos sentemos. 
Sentâronse; y el gato agradecido, 

deseoso esperando 

el plato prometido, 
y fuerzas de flaqueza en fin sacando, 
la requiriô de amores, no creyendo 
que tuviera gatilla tan modesta 

tanta gana de fiesta. 
Pero ella, alzando poco â poco el rabo, 
dixo que no... que si... que hay mil 

[acasos... 
en fin quanto se dice en taies casos. 

Ello es, que tuvo al cabo 
el gatazo infeliz, sin saber como. 

que montarse en el lomo 

de la gâta paciente, 
que lo sufria silenciosamente. 
A este tiempo un raton pasô corriendo 
no creyendo encontrar aquella gente, 

lo quai el gato viendo, 

de gâta y de sardinas olvidado 
echa â correr tras el desventurado, 

le coge, hfncale el diente, 
y de un salto se pone en el texado. 

La gâta avergonzada, 
à las demas refiere el caso todo, 
y todas juntas inventaron modo 
de no verse en la afrente va citada : 
y fué dar mil maùllos y bufidos, 
quando tienen los rabanos metidos, 
v asi, al oirlaSj nunca los ratones 
viencn à interrumpir sus diversiones. 



POESIAS INEDITAS 



i8s 



Traduccion de Mr. Parny 

El dia siguiente 

ODA 

Ya Lisis adorada, 
aquel placer divino lias disfrutado ; 

aquel dulce pecado, 
que temerosa Lisi apetecias, 
y aun quando lo gozabas le temias, 
di'rneLisi... <jque tiene de terrible...? 

que ha dexado en tu aima ? 
una agradable turbacion ligera, 
una memoria dulce y lisongera, 
un fuego que la inflama y que la admin 
un pesar delicioso y un deseo. 

En tu rostro ya veo 
que brilla n los colores de la rosa ; 
la dulce languidez, tierna, amorosa 

que al deleite précède 

y tambien le sucede, 

ya en tus ojos ocupa 

el lugar que usurpaba 

cl pudor desdeiîoso. 

Tu seno delicioso 
va no con tanta timidez se imprime 

en la gasa ligera 

que te puso la mano 

de una madré sedera, 
y que menos prudente y mas benigna 
abrd correr la mano de Cupido. 

Tu espi'ritu embebido 
en una suspension quieta, agradable, 
te hace olvidar aquel humor risueno, 
aquel genio con todos halagûeno 

que me desesperaba. 
Tu aima enternecida en este dia 

ya se abandona deliciosamente 

al tierno sentimiento 
1 e una dulce y feliz melancolia. 
Dexemos â los n'gidos censores, 



que traten de delito abominable 
este consolador de nuestros maies, 
este puro placer, cuyo principio 

puso un Dios favorable 
en todos los humanos corazoncs. 

No créas su impostura ; 
de su zelo la bârbara porfia 
ultraja, Lisi, à la Naturaleza... 
— No es tan dulce el delito, Lisi mia. 



Imitacion de La Fontaine 
FABULA 

Estaba la Locura cierto dia 

con el Amor jugando 
(hemos de suponer que todavia 

el Amor no era ciego), 

y résulté del juego 
que se fueron los dos ibrmalizando. 
FI Amor, como nino mal criado, 
a quexarse à su madré iba corriendo, 

mas la Locura viendo 

el lance mal parado, 

sin reparar en nada, 
le diô tal golpe al infeliz Cupido 

que le dexô aturdido 
y la vista perdiô. Venus airada 

se alborotô de modo 

que el alto Olimpo todo 

estaba consternado. 

El caso averiguado, 

los Dioses se juntaron, 
y despues que despacio lo miraron 
(y vieron que la cosa estaba hecha, 

y el mal era sin cura) ; 
dexaron à la madré satisfecha 
por un medio justi'simo y sencillo, 
y fué de condenar a la Locura 
a servir al Amor de lazarillo. 



i86 



JUAN MELENDEZ VALDES 



Imitacion dcl frances. 

El muchacho y la muneca 

FABULA 

A cierto senorito 
le llevan à una feria 
donde ve mil juguetes 

que su atencion elevan ; 
ya le gusta un soldado, 
ya quiere un purchinela,, 
y ya no quiere nada... 
Ve al fin una muneca, 
la compra, y muy contento, 
vuelve à casa con ella, 
la desnuda, la vistc, 
la acaricia, la besa, 
y por toda la casa 



alegre la pasea. 
Al acostarse llora, 
duerme, y con ella sueiïa, 
y la dulce esperanza 
mitiga su tristeza. 
Dichoso parecia... 
mas, cielos !...,; quien dixera 
que al fin se hizo costumbre 
la. posesion mas tierna? 
La costumbre y el tedio 
unidos siempre llegan ; 
en fin mi senorito 
lovida à su muneca. 

De todos los amantes 
que necias son las quexas ! 
Ay hombres,... sois muchachos, 
mugeres,... sois munecas. 



Traduccion de la carta de Abelardo a Heloïsa, 
escrita en frances por Mr. Colardeau. - 

NOTA 

Mr. Pope escriviô en ingles la Caria de Heloïsa ci Abelardo, y Mr. Colardeau la trnduxo al france 
aûadiendo una respuesta original. 

He visto en un M. S. (atribuido â Santibanez) la traduccion (aunque algo alterada) de la Caria de 
Heloïsa à Abelardo ; pero la respuesta que en dicho M. S. se supone île Abelardo, û es de pura invencion 
de Santibanez, 6 la sacô de otra parte que ignoro : lo cierto es que la respuesta fie Abelardo segun 
Colardeau es la présente. V. 



Abelardo esta ocupado en lecturas sagradas quando recive la Caria de Heloïsa, 



Abramos... de Heloïsa... ! Ah cielos jus- 

[tos! 
oh dia el mas dichoso que he tenido, 
esta carta, estas letras que, estoy viendo, 
encienden otra vez mi fuego tibio. 
Depositarios lugubres y obscuros, 
idos lexos de mi, sagrados libros, 
en donde nuestra le se pierde en medio 
de confusos misterios escondidos. 
Todas vuestras verdades tan austeras, 



que adoramos temblando sometidos, 
A disipar no bastan de un amante 
las desgracias acerbas y el martirio. 
La duda en vuestro seno me rodea : 
de la felicidad solo el camino 
obscuros me mostrais, pero Heloïsa 
me présenta el placer mas exquisito. 
Es engano... ! que veo... ? Ay infelice... ! 
I ...duda entre el cielo v un amante fino? 
El cielo colma mi furor zeloso, 



POESIAS INEDITAS 



I8 7 



me priva de mi esposa y de mi mismo. 
I ...De tu amor te avergûenzas, Heloïsa? 
f ...los recuerdos tu amor aun no ha extin- 

[guido ? 
Tu Dios... (oye mis voces, fiel amante,) 
ese terrible Dios,... su amor divino, 
no deben ocupar enteramente 
un corazon sensible, y que? 1 ...ofendido 
se juzgara de este deseo inûtil 
el Autor del placer, ese Dios mismo ? 
Consûltate, légitima es su llama, 
no hay virtud si el amor es un delito. 

Un momento contempla al universo ; 
por amor animado y dirigido, 
es el mundo feliz ; aquella dulce 
conmocion deliciosa que sentimos, 
la ardiente embrïaguez que nos ocupa 
quando estrechamos con ardor activo 
de nuestra amada el seno... es un tributo 
que el hombre débil paga al Ser divino. 
La preocupacion no te domine, 
cesa de someterteâ los caprichos. 
si, no dudes, tu Dios sea Abelardo, 
y mi amada Heloïsa sera el mio. 

Esposa fiel de un infeliz amante, 
yo te amo y mi amor es mi martirio. 
En lo interior del aima yo me abraso, 
a pesar de mi Dios y â pesar mio. 
En un cuerpo ya helado yo conservo 
un corazon de fuego ardiente y vivo, 
y yo rëuno en mi... (dolor terrible... !) 
por un contraste pocas veces visto, 
de la vida y la nada, de la nieve 
y del fuego los limites distintos. 

<; No soy aquel mortal cuya aima activa, 
de mi amante en los ojos encendidos, 
sin césar se abrasaba en otro tiempo ; 
y lleno de un amor constante y fino, 
que aumentaba el deseo con su soplo, 
del amor supo con ardor benigno, 
probarte los excesos agradables 



por un exceso de ese placer mismo ? 

En vano limitando su venganza 
me hace gozar el cielo de... (yo expiro !) 
de un resto de existencia misérable... 
Favor inûtil ! Si, favor impio ! 
existo en esta vida... (ay infelice) 
solo para saber que ya no existo. 
Oh muerte ! n.e lias herido, pero débil, 
de una vez destruirme no has podido... ; 
en mi yace mi ser aniquilado, 
y lo que de mortal, en mi destino 
me ha quedado, avergùenza y horroriza 
a la Naturaleza... Yo deliro... ! 

I Deberé confesar tu misma ofensa? 
te adoro... quieres mas? Si, lo repito, 
te adoro... pero no tengo esperanza... 
de un amante furioso los delirios, 
Heloïsa, perdona.. , mis deseos 
hacen brillar mis ojso encendidos : 
este triste recurso me ha dexado 
el acero cruel que no ha podido 
de la Naturaleza, en mi desgracia, 
secar el manantial de amer lascivo. 

Solo ocupado en tu divina imagen 
aun al pie del Altar, con mil suspiros, 
un amor inmortal jura Abelardo. 

En un combate barbaro y continuo 
paso mis dias... — dias que detesto ! — 
Vîctima de la muerte, en el sombrio 
espacio de estas lugubres paredes, 
en secreto devoro mi martirio ; 
como en el centro obscuro de la tierra, 
dos fuegos poderosos, oprimidos, 
hacen sonar con truenos horrorosos 
el seno de sus côneavos abismos, 
y en vapores estériles se exalan, 
al lin por su ardor mismo consumidos. 

Aun yo te dire mas, quiero que veas 
de mi debilidad el colmo iniquo ; 
me avergùenzo... oprimido con mis 

[mal es, 



i88 



JUAN MELENDEZ VALDÉS 



me complazco en régir este recinto 
en donde la infeliz Naturaleza 
■A mis ojos se ofrece en sacrificio. 

De mis jôvenes victimas el yugo 
hago mas duro, injusto las oprimo, 
y vo castigo en estos inocentes 
el recuerdo interior de mis dtlitos ; 
me vengo de este modo (en mi desgracia) 
de un bien que deseoso lesenvidio .... 
del que va por mi mal gozar no puedo. 
Quando contemplo con secreto y miro 
grabada con dolor sobre sus frentes 
y en sus lânguidos ojos abatidos 
la triste austeridad palida y débil, 
me creo mas felîz y mâs tranquilo ; 
v de estos infelices rodeados, 
que no es tanta mi pena me imagino. 
— Esta borrible pintura te estremece 
v tu sensible corazon ha herido... 
Si para ti, Heloïsa, yo viviese, 
(al cielo mismo pongo por testigo) 
mi voto, el juramento quebrantara 
que me une à mi Dios... yo te lo afirmo. 
Que digo ? nada tiene el universo 
que ocupe mi deseo ; à nada aspiro : 
,; ...compite con un beso de tus labios 
acaso quanto abraza en su recinto ? 

Qj-iando vi que mis dias se eclipsaban, 
del sepulcro à las puertas, fué mi asilo 
tu Dios... — iy que debia hacer enton- 

[ces? 
Tu ternura, tus ojos, s:', ellos mismos, 
con ldgrimas parece que culpaban 
;i mi debilidad... — era preciso 
para unirme a mi Dios abandonarte .. 

culto debi(') desde el principio 
ocupar à un amante que arrancaban 
de tus brazos, pero, ah... que gran vacio 
de.xa este culto en un corazon débil 
à quien hace el amor scr tan iniquo ! 
Va A la Naturaleza la contemplo 



como un desierto horrible, donde miro 
que à su pesar el dia, de sus rayos 
à un infeliz prodiga el claro brillo. 
Mi vista opaca extiende tristemente 
aun sobre los objetos mas lucidos 
el vélo que la oprime v la obscurece. 
En el descanso pldcido y tranquilo, 
siempre veo tu imagen que me sigue ; 
todo el dia le paso en mis suspiros, 
en amor por la noche yo me abraso, 
V quando ansioso creo en mi delirio 
abrazar à mi dueno, enagenado, 
desaparezeo de mis ojos mismos. 

Esta noche, mi bien. . . (vana esperanza ! ) 
un sueiïo seductor... av ! mis sentidos 
a su vigor primero habia vuelto — ■ 
yo dormia en tu seno, dueno mio, 
mi aima se exalaba enagenada 
sobre tus bellos labios encendidos... 
dulce îlusion... ! — mas ay! que va en 

[las alas 
del fugaz sueno mi placer ha huido ! 
Me contemplé à mi mismo, y al instante 
détesté tus hermosos atractivos : 
han sido mi placer, si, mas ahora 
causan el llanto de los ojos mios. 

Quai estado es el mio! ;...y porque 

[ahora 
contândote mis maies infinitos, 
renovar quiero el môvil de los tuyos? 
Acuérdate mâs bien, si, dueno mio, 
de aquel feliz momento de mi gloria, 
en el que, à tu pesar, Amor benigno 
me cediô la Victoria. Va al Ocaso 
estaba el astro de la luz vecino, 
un apacible zéfiro movia 
lasyerbasde los prados va sombrios : 
te conduxe con mano vacilante 
à un canapé de murta entretexido 

uché con un gozo inexplicable 
de tu virtud dudosa los suspiros. 



POESIAS INEDITAS 



l8 9 



El fuego de mis ojos te pintaba 

mi deseo... los tuyos luego miro... 

la senal del placer en ellos veo... 

vueloâ tus brazos... ay !... y de improviso 

del amor venturoso nuestras aimas 

agotaron la llama y los delirios. 

^...Te acuerdas, Heloïsa... (ay infelice !) 

de placer tantas veces repetido ? 

Abelardo triunfaba enagenado 

de un corazon amante y combatido ; 

tu voz en vano interrumpida y débil, 

afear pretendia mi delito ; 

d mi vïctima hermosa entre mis brazos 

estrechaba ardoroso mi carino. 

En vano el trueno hubiera resonado, 

nada escuchar podian mis o:dos, 

y era feliz entonces, Heloïsa, 

aun mas por tu placer que por el mio. 

Si contigo estuviera, tierna amante, 
pudiera una mirada... algun suspiro, 
reanimar mi ser tan apagado ; 
en tus ojos veria un nuevo brillo, 
pues la Naturaleza sometida, 
obedece de amor al poderio. 
A lo menos contenta te veria, 
con un sueno ligero y fugitivo, 
prestarte à los inutiles esfuerzos 
de un engaùo penoso y no seguido 

Por mas que el Ser Eterno se me opon- 

fea, 

ya rompo el lazo que con él me lia unido : 

yo volaré hacia ti ; tû sola puedes 

sacar mi corazon de tal abismo ; 

justo es mi amor, legîtimo le creo 

si llegas à admitir el amor mio. 

Ya nada puede haberque me contenga, 

nada hay que temple mi deseo active : 

Heloïsa me espéra, entre sus brazos 

moriré... moriré con regocijo. 

Ya estoy de arrastrar tanto fatigado, 

la cadena forzosa en que abora vivo, 



de religion tan triste corao austera. 
Con mis pasados yerros oprimido, 
y baxo el yugo humilde y agobiado, 
paso mi triste vida entre martirios ; 
no hay en la esclavitud accion alguna 
que de virtud merezea el nombre digno. 

En vano ante mi vista se présenta 
de lo futuro algun recuerdo tibio ; 
en tus ojos encuentro yo mi gloria, 
nada me importa mas — à nada aspiro. 

Yo volveré, si, i ver esos lugares 
edificados por el zelo mio, 
asilos de la ti'mida inocencia 
à quienes tu'piedad les da cultivo ; 
esos lugares solitarios, donde 
ufana la virtud con su suplicio, 
a si misrha se impone tristemente 
del vicio los tormentos y el castigo. 

Yo darte puedo en todos tus afanes 
algun pequeno y momentâneo aliviô ; 
yo puedo dirigir de tus hermanas 
el tïmido rebano desvalido, 
de sus cândidas aimas temerosas 
alexar con ternura los peligros, 
v de su obligacion triste y severa, 
compasivo allanarlas el camino. 
En esa mansion triste, mansion donde 
el arrepentimiento encuentra abrigo, 
verân ante sus ojos, aunque en vano, 
del deleite brillar los rayos vivos .. 

Mas que digo... infeliz ! — Esta palabra 
aumenta mi furor y mi martirio. — 
l ...puedo realizar yo por ventura 
una imagen tan dulce ? Que delirio ! 
I A ese lugar iré donde a mi vista, 
hermosos é inocentes atractivos 
presentarân inutiles combates 
a mi corazon débil y abatido ? 
De sus habitadoras la belleza 
insultaria siempre con gemidos 
mi timida flaqueza vergonzosa ; 



190 



JUAN MELENDEZ VALDES 



yo volveria à ver de mi caritîo 
al objeto estimable, y sin gozarle 
siempre arderia en un deseo activo? 
Todo, todo huiria con presteza 
de un mortal de desgracias combatido, 
a quien dévora un inmortal deseo 
y oprime de su ser el poderio. 
Y tu misma, Heloïsa, si, tû misma, 
buvendo de mi barbaro destino, 
detestarias el amor funesto 
que expiraria entre los brazos mios. 
I Vemos acaso baxo la alta encina 
que abrasô el presto rayo enfurecido, 
descansar a la tîmida pastora ? 
^ ô vemos en los prados muy floridos 



con diligencia activa y laboriosa 
un enxambre de abejas dividido 
sobre la adormidera moribunda 
ô sobre el lirio cârdeno y marchito ? 
Perdamos esta inûtil esperanza : 
volvamos â la nada... ella es mi asilo : 
adios... mitiga tu pesar acerbo ; 
del placer goza, déxame el martirio. 
Abelardo fué siempre (si, Heloïsa) 
el amante mas tierno y el mas fino ; 
pero quando un amante ya no existe 
...hay quien adore su sepulcro frio? 
De un infeliz extingue la memoria ; 
solo te pido tu ûltimo suspiro. 



Les deux poésies suivantes proviennent des papiers de Cadalso à qui elles sont 
dédiées ; bien qu'elles figurent déjà dans les œuvres de Meléndez. (Edition Rivade- 
neyra, p. 187, col. 2, et p. 194, col. 1), je crois intéressant de les reproduire à cause 
des nombreuses variantes fournies par mes manuscrits. Tout ce qui n'est pas stricte- 
ment conforme au texte des éditions est imprimé en caractères italiques. ■ — La pre- 
mière de ces poésies est précédée d'un titre qui nous indique l'âge auquel la composa 
Meléndez. 

CANCION DE UN POE TA JOI'EX 

[DON JUAN MELÉNDEZ VALDÈS, DE i 9 ANOS DE EDAD) 

EN ALABANZA DE SU AMIGO DALMIRO. 



Caro Dalmiro, quando a Filis suena 

tu armoniosa lira, 
el rio, por oirte, el curso enfrena 

y el mar templa su ira. 

Sacan las ninfas la dorada (Vente 

coronada de flores : 
suelta Neptuno el hûmido tridente 

y escucha tus amores '. 



Los encontrados vientos se adormecen 

sopla zéfiro blando ; 
v los marchitos prados reflorecen 

quando tû estas cantando. 

Desde el Olimpo baja Citerea, 
tanto tu ix\ le agrada : 

v cou el dulce canto se recréa 
de su Marie blvidada. 



1. Cette strophe lut remplacée par une autre dans les éditions de Meléndez postérieures aux 
premières. (Voir le texte donné dans le tome LXIII de la Biblioteca de Autores espanoles de Riv.i- 
deneyra, p. 187, col. 2.) 



POESIAS INEDITAS 



191 



Tus consonancias signai arrullando 

sus nevadas palomas : 
sus Cupidos contino estân tirando 

sobre ti mil aromas. 

Las vagorosas y parleras aves 

viendo à la cipria dea 
modulan en cromdticos suaves 

(7 cantoque recréait. 

Cou trînadosy tonos no aprendidos 
le dan la bienvenida ; 

y oyendo de tu lira los sonidos, 
queda su voz vencida. 

Tù, en tanto reclinado estas cantando 

sas loores divinos, 
y el favor de la Venus implorando 

en mil sâficos himnos. 

Todo, al oirte, calla : tu voz suena 

con acento amoroso ; 
y el aima embebecida se enagena 

en éxtasi glorioso. 

Pues, no ceses, poeta soberano, 
tu son dulce y subido, 

don que Febo te diô con larga mano, 
y que tù bas merecido. 



ALLA VA SEA LO QUE FUERE 
AL BUEN DALMIRO. 

De pompa, magestad y gloria llena, 

baja, sonora Clio, 
y infunde herôiro aliento al pecho m'o 
con alto soplo y abundante vena 

para cantar osado 
el verso de Dalmiro arrebatado. 



Arrebatado sobre el alto cielo 

y los dioses que atentos 
a lo sublime estàn de sus acentos 
envidiaudo esta gloria al bajo suelo 

que tiene en tal poeta 
de su delicia imitation perfecta. 

Y las sagradas mesas olvidando, 

do Jove presidia, 
desamparan el nectar y ambrosia, 
y bajan todos de tropel volando ; 

y Jove, al verse solo, 
tambien desciende desde el alto polo, 

a escucbar embebidos los loores 

que del Moratin canta, 
Moratin el que à todos se adelanta ; 
y tal vez algun dios de los menores 

quai bacante furiosa 
la ci'tara acompana sonorosa. 

Mas<; que furor sagrado acd en mi pecho 
me entré sin ser sentido ? 

parêceme que un fuego me ha encendido; 

el orbe inmenso me parece estrecho, 
v mi voz, mas robusta, 

al numéro del verso no se ajusta. 

Quai suele el sacerdote arrebatado 

del alto dios de Delo 
mirar con ojo ardiente tierra y cielo, 
v el pecho y el cabello levantado, 

con las voces espanta, 
el tn'pode oprimiendo con la planta, 

asi yo tiemblo, v el furor que siento 
me inspira que le cante, 

no vestido de acero_y de diamante, 

con la cruz del apostol que ardimiento 
da al cora^on hispano, 

y ajrentoso terror al africano ; 



192 



JUAN MELÉNDEZ VALDES 



no en el caballo que del dueno siente 

el poderoso mando, 
tascando espumas y relinchos dando ; 
y el pie sacude y gôzase impaciente 

quando al son de las trompas, 
rige su esquadra netre marciales pompas. 

Mas hiriendo la citant sonante 

con el marfil agudo, 
que fieras y hombres amansarlas pudo 
ô bien cou pecho y cora^on constante 

à su Filis cantando 
y cl caso acerbo Je su fin llorando. 

Cenida de laurel la docta f rente 
que Febo agradecido 
por sus sagrados dedos ha tejido, 
}• al aima Citerea que clémente 

iujicve por su mano 
mirto oloroso al lauro soberano, 

con los dioses menores que le cercan, 
y él cantando entre todos 

con alto aliento y con sublimes modos : 

alguuos de temor no se le acercan, 
mas olros diligentes 

corren aunque cou pasos reverentes. 

I Quai poêla ô quai hombre en este mundo 

ha merecido tanto ? 
£qual pudo de los dioses ser encanto, 
y no de los del Tartaro profundo, 

sino de las mansiones 
do suben pocos fnclitos varones, 

do la pa\ setupiterna sin nicJida, 
do cl couliuuo i, 
• ia celeslial calma el Jesco, 



do del ciclo la mùsica subida 

calma los celcstiales, 
pasma los dichosisimos mortalcs. 

Orfeo y Anfion tan celebrados, 
que al dulce son movian 

hombres, fieras y montes do querian, 

y el otro que los mares allerados 
paraba con su acento, 

y la vida salvô por su instrumento ; 

la citara de Pi'ndaro divino, 
y la trompa de Homero, 

y el grau Virgilio que cantô guerrero 

las armas y el varon que a Italia vino 
oigan todos pasmados 

los versos de Dalmiro levautados. 

Las saluas moradoras de Pireue 

no como solas canteu, 
ni sus sagradas voecs nuis levauten, 
ni su instrumenta armouico resueue ; 

110 cante el dios de Delo, 
pues hay ya quien le igualc aca eu el stielo. 

Y tu, salve, poeta soberano, 

y de iniuortal corona . 
adôrnese tu frentey tu persona ; 
la patria te la ponga por su mano, 

y tù, reconocido, 
con tus versos la libres del olvido. 

Salve, Delio espanol y venturoso, 

de mil grandes -enroues 
los hechos y las iuclitas acciones 
canta ton alto verso numeroso, 

y tu fama <'// el suelo 
se eslicnda dignamente y toque al cielo. 



POESIAS INEDITAS 193 



Dans le recueil 316 de la bibliothèque de Salvâ se trouvait un manuscrit du 
sonnet En unas bodas (He aqui el lecho nupcial...) ; le vers 5 commence ainsi 
dans ce manuscrit : Yo tambien como ta... au lieu du Tambien yo, como là... des 
éditions. 



Dans le recueil 316 de la bibliothèque de Salvâ se trouvait un manuscrit du 
romance El nâufrago déjà connu (romance XXXIX de l'édition Rivadeneyra) ; 
il est précédé d'une épigraphe et accompagné de notes qui ne figurent pas dans 
les éditions. Le texte lui-même différant peu du texte imprimé, je me suis 
borné à indiquer les variantes en caractères italiques. 

Alegorîa. 
Nupcr sollicitum qua mihi tadium, 
Nunc desiderium attaque non levis. 

HORAT. carm. !!!>. I. 

Antes tedto solicito me fuiste; 
Ya deseo v gravisimo cuidado. 

ROMANCE 

El nâufrago. 

vers 5 1 No eran ya, dime, sobrados 
tantos agravios y ardides, 

vers 19 en caliçinosa noche 

vers 24 llegô un instante a reirme ' 

1. Cuando fui catedrâtico. 

vers 29 me arrastraste al mar ondoso ». 

2. Mi ida â la corte. 

vers 31 de los enconados vientos > 

3. Jovellanos y Godoy. 

vers 32 entre Scilas y Caribdis. 

vers 40 vivf tranquilo y felice +. 

4. Mi jubilacion y destierro à Zamora, como amigo de Jovellanos, y à ins- 
tancias del favorito. 

vers 41, 42, 43 et 44 n'existent pas dans le manuscrit. 

vers 56 y yo en medio el mar me vides. 

5. La revolucion. 



194 J UAX MELENDEZ VALDES 

vers 68 donde naufragos se abriguen 6 

6. La prision del rey, y el desorden y abandono en que se vio la nacion. 

vers 72 subito/ o dolor ! hendirse 
vers 74 entre las vadosas sirtes 

vers 76 en los abismos sumirse ' 

7. Nuestras pérdidas y derrotas. 

vers 80 el ponto en sangre se tifie. 

vers 89, 90, 91 et 92 n'existent pas dans le manuscrit. 

vers 96 hacer una tregua quise 8 . 

8. Mi retirada a Francia. 

vers 99 la desgracia es ominosa, 

vers 123 y otros tan dichosos dias, 
cual son estos infelices '->. 

9. Mi patria en sus tiempos de tranquilidad. 

vers 127 que un tiempo indagar ansidba, 

vers 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135 et 136 n'existent pas dans le manuscrit. 

vers 154 tanto ya Uega i afligirme, 

vers 177 Necesidad imperiosa ,0 

10. El huir de la persecucion y los punales. 

vers 180 de cruJo dogal me sirve. 

vers 192 no mas su virtud mancilles. 

vers 206 cual otro patiente Ulises, 

vers 209 j Cuando mis estrechos lares, 

vers 212 tornardn a recibir;»! 1 , 

vers 216 contra mi bondad conspiren ! 

vers 221, 222, 223 et 224 n'existent pas dans le manuscrit. 

vers 236 tlejaré fiel de servirte. 

vers 237, 238, 239, 240, 241, 242, 243 et 244 n'existent pas dans le manuscrit. 

vers 245 Asi un nàufrago, en desgracias 

vers 247 hablaba à su amada patria, 

vers 249 De subito mil recuerdos 



POESIAS INEDITAS 



195 



Cadalso avait dressé une liste de quelques-unes des poésies qu'il possédait ; celles de 
Meléndez étaient au nombre de dix-neuf, sur lesquelles une seulement (Caro Dalmiro...) 
a été retrouvée par moi dans ces intéressants papiers : les dix-huit autres ont disparu. 
Comme on le verra par la liste que je transcris ci-dessous, huit poésies nous sont connues 
par les éditions, et onze inédites sont actuellement perdues. — La poésie De pompa, mages- 
tac!..., retrouvée et republiée plus haut, ne figure pas dans la liste. 

Edition Rivadeneyra : 

Elegia C rompa ya el silencio p. 162, col. 2 

Oda Ahy como el Palomito p. 167, col. 1 

Oda Caro Dalmiro ' . p. 187, col. 2 

Oda Desciende del Olimpo p. 190, col. 1 

Soneto O si el mal que en rai siento Inéd. 

Soneto Quedense de tu templo Inéd. 

Soneto Quedate a Dios pendiente Inéd. 

Oda pindarica Don grande 2 p. 231, col. 2 

Idilio Dame sagrado Apolo Inéd. 

Idilio Que te pide el Poeta p. 101, col. 3 

Oda Iba a cantar de Marte Inéd. 

Oda Vuela, pues, pajarillo Inéd. 

Oda Decidme, zagalejas Inéd. 

Oda Texeme, mi Belisa Inéd. 

Oda Como, Cupido, como Inéd. 

Oda Pensaba, quando niiïo P- 95» c °l- J 

Oda tr. gr. Si es forzoso Inéd. 

Oda burlesca Al prado fué por flores p. 100, col. 1 

Letrilla Venid, Pajarillos Inéd. 



1. Voir plus haut, page 190. 

2. On savait que cette ode avait été lue le 14 juillet 1787 à une séance de l'Académie 
de San Fernando, mais on ignorait l'époque de sa composition : celle-ci est antérieure à 
1782 puisque Cadalso en possédait une copie. 



VA R I A 



3. Un sonnet retrouvé de Cervantes. 

Le nombre de publications de tout genre sur Cervantes est depuis quelques 
années si grand, en Espagne et à l'étranger, que je ne saurais affirmer que le 
présent sonnet n'ait déjà été « retrouvé » par un autre chercheur; mais comme 
il ne figure dans aucun des documents cervantistes que j'ai été à même de 
consulter, je crois intéressant de le reproduire. 

Il est extrait d'un livre médical imprimé à Madrid en 1588 et aujourd'hui 
fort rare : 

Tratado nuevamente impresso, de todas las enfermedades de los Rinones, 
Vexiga, y Carnosidades de la verga, y Vrina, dividido en très libros. Com- 
puesto por Francisco Diaz Dotor en Medicina, y maestro en Filosofia, por la 
insigne universidad de Alcala de Henares, y Cirujano del Rey nuestro Senor. 
— Dirigido al dotor Vallès, Protomedico del Rey nuestro Sehor, y Medico de 
su Camara, etc.. Con privilegio. Impresso en Madrid por Francisco Sanchcz. 
Atîo 1588. — in-8. 408 feuillets. 

C'est au feuillet 407 que se trouve le sonnet suivant : 

Al dotor Francisco Diaz 
de Miguel de Cervantes. 

SOXETO 

Tu que con nuevo, y sin igual decoro, 
Tantos remedios para un mal ordenas, 
Bien puedes esperar destas arenas, 
Del sacro Tajo, las que son de oro. 

Y el lauro que se deve al que un tesoro, 
Halla de ciencia con tan ricas venas 
De raro advertimiento, y salud llenas, 
Contcnto v risa del eniermo lloro. 

Que por tu industria, unadeshecha piedra, 
Mil marmoles, mil bronzes a tu fama, 
Dara sin imbidiosas competencias. 

Darate cl Cielo palma, el suelo yedra, 
Pues que el uno y cl otro, ya te llama, 
Espiritu de Apolo en ambas ciéncias. 

I . li. Graser. 



VARIA I97 

4. Le testament d'un Juif d'Alba de Tormes en 1410. 

Dans les documents justificatifs du tome II de la Historia social, politica y religiosa de 
les judios de Es pa n n y Portugal de don José Amador do los Rios (Madrid, 1876) figure 
(pp. 615 à 617) le testament d'un Juif d'Alba de Tormes provenant de l'Archiva munici- 
pal de cette ville. J'ai trouvé à la Bibliothèque Nationale de Madrid (K. 97, ff. 87 et 88) 
un texte de ce même testament qui présente avec celui publié par Amador de los Rios 
des différences, sinon importantes, du moins intéressantes sous plus d'un rapport. 

TÊSTAMENTO DE DON JUDA, JUDIO 

Doliente y en el postrimero punto de su postrimeria, jazia el honrradu don 
Juda en su cama echadu, y cabs el faziendo gran duelu dona Sol su muger, 
fija de Mosen Tusillu que el dio guarde de mal, y junto a su alfolla Dona 
Jamilica, nina de siete anos, andados de su infancia y Sadoc y Benjamin sus 
fijos, nombres robustos y de gran diligencia, los ojos del honrradu viejo pues- 
tos en ellos dixo. — 

Fago mi testamento e lecho valga como cosa fecha, ygual en el mundo 
para el siglo que nos a de tener. La muerte non la niego pues tan çierta es, 
mi consejo en mis postrimeros dias tomareis tomadu, que non tengais ni aya 
entre vos riiïas ni mal dichu, y que vos honrredes y tengades y mantengades 
tan buena hermandad y parentesco, non postizo ca mis fijos sodés, sino digalo 
la vra madré que lo sabe, a la quai se le de toda creedura como buena q ella 
es, tal sea mi fin. 

Yo doy gracias al alto senor Adonay q fizo todo el mundo, nos mantiene, 
q non me fizo bruto e me a tenido fasta agora en sus mandaderias, ca bueno 
y noble es el varon q en su postrimeria y senectud muere para vivir; y asi lo 
quiera el dio ca mi esperança siempre fue en el su amor, y pues tierra soy e a 
la tierra buelvo, mando que non sea lloradu, nin nadie se quebrante por mi, 
ni vos dona Sol fagades malandança, yo vos tengo por tal, que aunque vos 
diera el llibelo del repudio non le quisierades, y asi me lo dixistes vos : maguer 
me diesedes el libello non le tomare, ca el vro çapato es firme porfia del mi 
coraçon ; e yo vos dixe : ansi lo quiero y lo quiera el Dio, ca marido y muger 
somos, quarenta y très anos ' fizo agora poca a q nos gozamos y hazemos en 
uno, y muero en el tiempo que agrado a todos. 

Mi cuerpo sea puesto en mortaja y aviso me entierren en el campo doradu 
do yazen nros padres y pasadus quel Dio buen siglo de, en tierra tiesta non 
tocada non tanida; no me pongan en pie ni echadu, sera fecha en la foya una 
silleta firme donde me asienten, mis ojos y cara puestos fazia el oriente decli- 



1. Le texte d'Avila donne très veynte anos. 

Revue hispanique 



I98 VARIA 

nante al sol y su salida : sientase mi muerte por las dos Aljamas de Segovia y 
Alua ca bien quisto fui de toda mi parentela y asi lo espero ser en el siglo 
venidero, digan todos : guayas, guayas, que murio el que bien fazta. 

Llevaran el tafeli Rabi santo y Mosen Tusillu y su fijo Davidico y a ratos le 
ayudara Samuel, ca mis parientes son. Darles han sendas aljubas en senal que 
non se a olvidado el parentesco y cantaran el talmud (sic) en remembrança 
del arca del testimonio de los fijos de Isrrael por que non se ponga dudança 
que fueron sacados de la captividad terrible. 

Faran todo bien en la sinoga (sic) y non diran dichos fermosos sino tristu 
de tristeza a manera de los que dixeron las fijas del pueblo, ca yo sabio soy 
en la ley e muero en ella como bueno. 

Hago mejoria a Dona Jamilica las manteneduras hasta otros siete aiîos sobre 
los que ha, y quien la tocare o dixere mal, por si lo vea. Tendranla sus her- 
manos en toda honrra por que se vean honrradus fasta que se le de marido de 
nra generacion, el quai seiîalara el mayor pariente, quier sea hermano, quier 
sea primo; y de mas de su herencia yguala con mis fijos llevara de dote como 
lo mandan los establecedores de las leyes cinquenta mill maravedis de la 
moneda del s r rey don ferrandu el nuestru 1 , quel Dio mantenga y mas las 
alfajas apodado por los apodadores. 

Y si el Dio non la diere fijos no es mi intencion quitallo a Sadoc, ca buenu 
y honrradu me lue, el quai se aventaje en ello porque yo lo quieru y el lo 
mereçe mereçidu, que en Toledu le fizieron en una piema con un cuchillu de 
carniçeru y non se querello de Buenu ; y quien paso mal e derramo sangre, 
que le fagan bien que muriera y non murio, quel Dio le guardo para aver 
bien. 

Mis casas en las yo vivo con las joyas yo la di, lleve mi mujer y mas su 
dote que nadie la fable en ello y pues es suyo ello la valga. 

Ayan todos mis biencs Sadoc y Benjamin y Dona Jamila, asegurados de 
personas de quien los han de tomar sin rehierta ni engaiîo que no es bien ni 
el Dio lo quiere. — 

Nos Juçu, Açobi, y Levi, todos très fazederus desta escritura le diximos : 
el Dio vos lleve por buen camino, Don Juda, y vos de por ello buena postri- 
meria, ca aveis hechu como buenu y sin codiçia que aca lo dexais; y el dixo : 
si dexo porque el mundo faga como mundo. Y el bolvio la cara fazia la pared 



1. Le texte d'Avil.i donne : cinquenta mil maravedis de la moneda de nuestro rey, don 
Juan... ("est en effet Jean II qui régnait en Castille en 1410; le texte de Madrid a été 
modifié par le copiste qui a substitué arbitrairement au nom de Jean II le nom du roi 
qui régnait quand fut faite la copie, Ferdinand V le Catholique, selon toute vraisem- 
blance. 



VARIA 



199 



con grande ansia e non lloro ca esforçadu era, el Dio le aya en su guarda, q 
muerto es, en la era de la creacion del mundo de quatro mill y ciento y diez, 
despues del diluvio gênerai en el segundo dia de la semana a seis dias del mes 
de Adar en la villa de Alua, siendo testigos dello Azor de Galgala y Rabi 
Mosen y Zaifaçor Alfayates vezinos del testador y firmamoslo Juçu, Açobi, 
Levi. 

Les dernières lignes semblent avoir été remaniées dans le texte de Madrid : il convient 
de reproduire ici le texte d'Avila : 

ca muerto es en el ano de mil quatroçientos é diez anos, en la villa de 

Alba de Tormes. — Testigos : Joide, Galga, Lain-Navi, Moséh Casa, Soçal, 
Faya, vecinos del testador : é firmdmosla con nuestra senal. — Juçé. — Acebi. 
— Levi. » 

Les noms des témoins diffèrent dans les deux textes, mais il est facile de voir qu'il 
s'agit simplement d'une erreur de copiste. Quant à la date, il est à peine besoin de faire 
remarquer que le quatro mil! y ciento y àle\ donné par la copie de Madrid ne doit être 
considéré que comme une naïve interversion du mil quatroçientos è clic; du texte d'Alba ; 
le 6 Adar 4110 de l'ère juive nous ramènerait en effet au milieu du quatrième siècle de 
l'ère chrétienne, c'est-à-dire à une date antérieure de plus de dix siècles à la véritable. 

R. Foulché-Delbosc. 



BIBLIOGRAPHIE 



Langue. 



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Averiguaciones de las antigûedades de Cantabria, enderezadas principalmente 
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Ignacio de Loyola... Su autor el P. Gabriel de Henao. Nueva ediciôn, corre- 
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Quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique. Comité du Puy-de- 
Dôme, chargé d'assurer la participation du département aux congrès et expo- 
sitions de Huelva et de Madrid. Rapport à M. le Marquis de Croizier, délégué 
général du centenaire pour la France, sur les travaux du comité en 1892-93 ; 
parle docteur Pierre Hospital, président du comité du Puy-de-Dôme. Clermont- 
Ferrand : imprimerie Mont-Louis, 1894, in-8, 16 pp. 

Commémoration du cinquième centenaire de l'infant dom Henri de Portugal, 
dit le Navigateur (1394- 1460), au nom de la Société de topographie de France, 
le 19 avril 1894, par M. Ludovic Drapeyron. Paris : Delagrave, 1894, in-8, 
20 pp. (Extrait de la Revue de géographie.) 

Beaux-Arts. 

Ermita de Santa Cristina en Lena (Oviedo). Reserïa de las obras hechas 
para su restauraciôn, por D. Juan Bautista Làzaro. Madrid : Fé, 1894, in-4, 
33 pp., 4 pi. cart. — 10 pes. 

Paseo arti'stico por el campo de Calatrava. Estudio de las très principales 
residencias de la orden, ô sea Calatrava la vieja, Calatrava la nueva y Almagro, 
por D. Rafaël Rami'rez de Arellano. Ciudad Real : Impr. del Hospicio provin- 
cial, 1894, in-8, 63 pp. (Tirage de 200 exemplaires, non mis dans le com- 
merce.) 

Une châsse de la Cathédrale d'Astorga. Communication faite au ix e congrès 
russe d'archéologie, tenu à Vilna(i893), parle baron de Baye. — Paris : Nilsson, 
1894, in-4, 8 pp. 3 pi. 



204 BIBLIOGRAPHIE 



Hispanice Schola musica sacra ; opéra varia (ssecul. xv, xvi, xvn et xvm), 
diligenter excerpta, accurate revisa, seculo concinnata a Philippo Pedrell. 
Vol. I. Christophorus Morales. Barcelona. Juan Bautista Pujol y Comp., 1894, 
in-fol., xxxi-55 pp. — 8 pes. 50. 

Voyages, etc.. 

Por levante (notas de viaje), por Alfonso Pérez Nieva. Tomo I. Valencia, 
Tarragona, Barcelona. Tomo IL Barcelona (continuation), Zaragoza. — 
Valencia : Juan Guix, in-12. 162 et 156 pp. (Biblioteca selecta, tomos 68 y 
69.) — Chaque tome, o, 50 cent. 

Andalusien. Eine Winterreise durch Sùdspanien und ein Ausflug nach 
Tanger. Von Ernst von Hesse-Wartegg. Leipzig : Cari Reiszner, 1894, in-8, 
Yiii-443 pp. 

Léon de Rosny. Taureaux et mantilles. Souvenirs d'un voyage en Espagne 
et en Portugal. Paris : G. Charpentier et E. Fasquelle, 1894, in-12, vn-372 pp. 
— 3 fr. 50. 

Recuerdos. Notas intimas de Francia y Espana, por Eusehio Blasco. Madrid : 
Fé, 1894, in- 16, 243 pp. et portrait. — 3 pes. 

Pierre Loti. Au couvent de Loyola (dans : La Revue de Paris du I er février 
1894), Paris, 1894, in-8. — 2 fr. 50. 

Ricordi di Spagna e dell' America spagnuola, di Paolo Mantegazza. Milano : 
Fratelli Trêves, in-16. — 2 fr. 50. 

La Navarre. Huit jours à bord d'un grand paquebot-poste transatlantique ; 
La Corogne, Lisbonne, Gibraltar, par Eugène Lucciardi. Avec notice technique, 
suivie d'une préface, par Maurice Charpentier. Illustration de Jean d'Udine. 
Saint-Nazaire : Letourneur, 1894, in-8, 74 pp. — 3 fr. 

Le caractère espagnol, conférence faite à la section d'Auvergne du Club 
Alpin, le 2 décembre 1893, par G. Desdevises du Dezert. Clermont-Ferrand : 
imprimerie Mont-Louis, 1894, in-8, 22 pp. 

De Paris à Huelva. Les fêtes du 4 e centenaire de la découverte de l'Amérique 
en Espagne. Notes d'un voyageur, par M. Gaston Routier. Lille : imprimerie 
Danel, 1894, in-8, 72 pp. (Extrait du Bulletin de la Société de géographie de 
Lille.) 

Manuel de tauromachie ou Guide de l'amateur de courses de taureaux, par 
J. Sanchez Lozano. Traduit de l'espagnol par Aurélien de Courson. Paris : 
Sauvaître, 1894, in-12. 281 pp. 

Littérature. 

Un sabio espanol dcl siglo xvm. Fr. Miguel de San José, gênerai de los 
Trinitarios descalzos. Indicaciones bio-bibliogrdficas, por D. Juan P. Criado y 



BIBLIOGRAPHIE 20) 



Dominguez. Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 1894, in-8, 37 pp. (Tirage de 
50 exemplaires, non mis dans le commerce.) 

Cervantes en la Exposiciôn histôrico-europea, por D. Manuel de Foronda. 
Con una carta-prôlogo del Excmo. Sr. D. Luis Vidart, y dos apéndices conte- 
niendo el articulo del « Doctor Pôstumo » y el fotograbado de cuatro de las 
paginas del libro parroquial de Santa Maria de Alcazar de San Juan. Madrid : 
Ruïz, 1894, in-16, 95 pp. — 2 pes. 50. 

Homenaje a Miguel de Cervantes Saavedra, soldado Je la infanteria espa- 
nola. (Revista téenica de infanteria y caballeria, tome VII, num. 8, pp. 337 à 
384.) Madrid : E^t. tip. de Juliân Palacios, 1894, in-8. — 1 pes. 

Discursos lei'dos ante la Real Academia Espanola, en la recepciôn pûblica 
del Excmo. Sr. D. Manuel del Palacio, el dû 13 de Abril de 1894, y contes- 
taciôn del Excmo. Sr. D. Vicente Barrantes. (Sobre la poesfa.) Madrid : Suce- 
sores de Rivadeneyra, 1894, in-4, 58 pp. 

Bastero provenzalista catalan. Estudio cn'tico bibliografico por D. Joaqui'n 
Rubio y Ors. Barcelona : Est. tip. de Jaime Jepûs, 1894, in-4, I0 ° PP- 

Discursos leidos ante la Real Academia Espanola, en la recepciôn pûblica del 
Excmo. Sr. D. José Echegaray el dia 20 de Mayo de 1894, y conteslaciôn del 
Excmo. Sr. D. Emilio Castelar. (De la legalidad comûn en materias literarias.) 
Madrid : Hijos de J. A. Garcia, 1894, in-4, I0 ° PP- — - pes. 

Précis des littératures étrangères, anciennes et modernes , par- Eugène 
Bouchet. Paris : J. Hetzel et C ie , 1894, in-8, v-430 pp. — 7 fr. 50. 

Textes. 

Antologia de poetas hispano-americanos, publicada por la Real Academia 
Espanola, con un prôlogo de D. Marcelino Menéndez y Pelayo. Tomo III. 
Colombia, Ecuador, Perû y Bolivia. Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 
1894, in-8, ccxcix-492 pp. — 10 pes. 

Anoranzas, por Victor Balaguer. Burgos, historias, recuerdos, leyendas, glo- 
rias y ruinas. — Orillas del Neva, impresiones y apuntes de viaje. — La 
romeria de mi aima, traducciôn de un poema catalan. Madrid : El Progreso 
editorial, 1894, in-8, xin-223 pp. cart. (Non mis dans le commerce.) 

La mujer y el arte. Conferencia que diô en el Circulo de Bellas Artes en la 
velada del 17 de Febrero de 1894, el Excmo. Sr. D. Victor Balaguer. Madrid : 
E. Jaramillo, impresor, 1894,111-8, 23 pp. 

La hoja perdida del poema del Cid, por Eduardo de la Barra. Rosario de 
Santa-Fé : Tip. lit. J. Ferrazini y Comp., 1894, in-8, 11 pp. 

El Doctor Wolski. Paginas de Polonia y Rusia, por Sofia Casanova. Madrid : 
Impr. del Suc. de J. Cruzado a cargo de Felipe Marqués, 1894, in-16, 321 pp. 
— 3 pes. 50. 



206 BIBLIOGRAPHIE 



El origen del pensamiento. Novela, por Armando Palacio Valdés. Madrid : 
Hijos de M. G. Hemàndez, 1894, in-8, 477 pp. — 4 pes. 

El mundo festivo, por Luis Taboada ; dibujos de Pons, fotograbados de Paez. 
Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 1894, in-16, 272 pp. 

Los barrios bajos ; colecciôn de composiciones en verso por José Lôpez Silva, 
con un prôlogo de Ricardo de la Vega. Madrid : Hijos de M. G. Hernàndez, 
1894, in-8, 4 ff. prels et 240 pp. — 3 pes. 

El gran pecado ; novela espanola, por M. Marti'nez Barrionuevo. Madrid: 
Fortanet, 1894, in-16, 301 pp. — 3 pes. 

Addn y Eva (ciclo). Dona Milagros, por Emilia Pardo Bazdn. (Obras com- 
plétas, tome XL) Madrid : Agustfn Avrial (1894), in-8, 301 pp. — 3 pes. 50. 

Cajôn de sastre, por Antonio Pena y Goiïi. Madrid : V-> de J. Ducazcal, 
1894, in-16, 307 pp. — 3 pes. 

El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Manche, compuesto por Miguel de 
Cervantes Saavedra y comentado por D. Diego Clemencin. Tomos II, III, IV, 
V.Madrid : Viuda de Hernando, 1894, in-12. — Chaque volume 3 pes. (Biblio- 
teca cldsica, tomos 181, 182, 183, 184.) 

Filosofi'a antigua poética, del Dr. Alonso Lôpez Pinciano, médico cesdreo 
(de la Emperatriz Dona Maria de Austria), ahora nuevamente publicada con 
una introducciôn y notas, por D. Pedro Munoz Pena. Valladolid : Hijos de 
Rodriguez, 1894, in-8, xxxiv-516 pp. — 8 pes. 

Torquemada en el purgatorio, por B. Pérez Galdôs, Madrid, 1894, in-16, 

337 PP- — 3 pe s - 

Teatro cldsico moderno. Tomo I. obras dramdticas de D. Manuel Breton 
de los Herreros, D. Juan Eugenio Hartzenbusch, D. Antonio Garcia Gutiér, 
rez v D. Tomds Rodriguez Rubi. Madrid : Sucesores de Cuesta, 1894, in-8- 
432 pp., portrait. — 3 pes. 

El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, por Miguel de Cervantes 
Saavedra. Barcelona : Luis Tasso, s. d. (1894), 49 s pp. à 2 col. — 1 pes. 

Los besos de amor, odas inéditas de D. Juan Meléndez Valdés, publicadas 
por R. Foulché-Delbosc. Madrid : Murillo, 1894, in-8, 15 pp. à 2 col. — 2 pes. 

Chispas, por Manuel del Palacio. Madrid : Murillo, 1894,111-8, 274 pp. illustr. 
— 4 pes. 

Obras complétas de Dona Concepcion Arenal. Tomo I. El visitador del 
pobre. Madrid : V. Sudrez, 1894, in-16, 251 pp. ; 2 pes. — Tomo IL La bene- 
ficencia, la filantropi'a y la caridad. Madrid : V. Sudrez, 1894, in-16, 244 pp.; 
2 pes. — Tomo III. Cartas d los delincuentes. Madrid : V. Sudrez, 1894, 
in-16, 443 pp. 3 pes. 50. 

Dos rivales, por D. JoséSelgas. Novelas. Tomo VI. Madrid : Murillo, 189 |, 
in-8, 420 pp. (Obras, tomo XIII). — 4 pes. 

José Maria de Heredia. La Nonne Alferez. Paris : Alphonse Lemerre, 1894, 
in-32, illustré. — 2 fr. 



BIBLIOGRAPHIE 207 



Le « Don Quichotte »; par Cervantes. Traduction Filleau de Saint-Martin" 
Notice, analyse et extraits par Emile Caries. Paris : Delagrave, 1894, in- 18, 
175 pp. (Petite bibliothèque des grands écrivains). 

Vie et Œuvres spirituelles de l'admirable docteur mystique, le bienheureux 
Père saint Jean de la Croix. Traduction nouvelle, faite sur l'édition de Séville 
de 1702, publiée par les soins des Carmélites de Paris. Préface par le T. R. P. 
Chocarne. 3 e édition. Tome I er . Paris: Oudin et C ie , 1894, in-18, xxxii-520 
pp. et 3 grav. 

Branthôme. Rodomontades et gentilles rencontres espagnoles. Tome IX de s 
Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles, abbé et seigneur de Branthôme. 
Publiées pour la première fois selon le plan de l'auteur, augmentées de nom- 
breuses variantes et de fragments inédits. Paris : E. Pion, Nourrit et C le , 1894, 
in- 16, cart. — 6 fr. 

Enseignement. 

Correspondencia mercantil hispano-francesa, con un manual de conversa 
ciôn comercial en los mismos idiomas, para uso de los comerciantes y de los 
que estudian la lengua francesa, por A. Casasus. Barcelona : Tip. de Luis 
Tasso, 1894, in-8, 471 pp. — 6 pes. 

Cours élémentaire de langue espagnole suivi d'un précis historique de litté- 
rature espagnole à l'usage des classes, par J. M. B. Mareca... 2? édition entière- 
ment refondue. Toulouse : Edouard Privât, 1894, in-16, 182 pp. 

Revista dos lyceus. IV an. 1° semestre. Junho de 1894, n° 1. Porto : Typ. 
de José da Silva Mendonça, 1894, in-8, 48 pp. 

Périodiques. 

Boletin de la Real Academia de la Historia. Tomo XXIY. 

Cuaderno 4°. Abril de 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 257 à 352.— 1 pes. 25. 
Sommaire : Anuario de la Real Academia de la Historia a principios de 1894. 
Informes. I. Materiales para la historia de Espaiïa en el archivo secreto de la Santa 
Sede, por Pedro de Madrazo. — II. Concilios nacionales de Carriôn en 1103 y de 
Léon en 1107, por Fidel Fita. — Varied.ides : Investigaciones arqueolôgico-rornanas 
de la provincia de Almeria, por Enrique Lôpez Rull, Trinidad Cuartara, Miguel 
Ruiz de Villanueva. — Noticias. 

Cuaderno 5°. Mayo de 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 353 à 448. — 1 pes. 25. 

Sommaire : Informes. I. Investigaciones histôricas referentesâ Guipûzcoa, porCamilo 

de Echegaray, por José Gômez de Arteche. — II. Libros procedentes de Marruecos, 

por Francisco Codera. — III. Estaciôn prehistôrica de Badajoz, por Luis Villanueva. 

— IV. Xuevo estudio geogràfico, Aureliano Fernandez Guerra, Francisco Coello, 
Fidel Fita. — V. Las costas de Espana en la época romana, por Antonio Bldzquez. 

— VI. El sepulcro del doctor Eximio, por Antonio SAnchez Moguel. — Variedades : 



208 BIBLIOGRAPHIE 



I. Carta autôgrafa del beato P. Fr. Diego José de Cadiz, por Luis Jiménez de la 
Llave. — II. Lapida monumental del beato Diego de Gidiz en Cartagena, por Fidel 
Fita. — Noticias. 

Cuademo 6°. Juniode 1894. Madrid, 1894, in-8, pp. 449 à 560. — 1 pes. 25. 

Sommaire : I. Concilios nacionales de Salamanca en 11 54 y de Valladolid en 
115 5, por Fidel Fita. — IL Cartas inéditas del Beato Padre Maestro Juan de Avila, por 
Luis Jiménez de la Llave. — III. El primer Coude de Ficallo, por Antonio Sânchez 
Moguel. — IV. Noticias pôstumas de don José de Vargas Ponce y de D. Martin 
Ferndndez de Navarrete, por Cesdreo Fernàndez Duro. — Bulas inéditas de 
Urbano IL Ilustraciones al concilio nacional de Palencia (j-8 Diciembre noo), por 
Fidel Fita. — Noticias. — ■ Indice del tomo XXIV. 

La Espana moderna. Director-propietario J. Ldzaro. Abril de 1894. Madrid, 
s. d. (1894) in-8, 206 pp. — ■ 3 pes. 

Sommaire : Espana en la Biblia, por Fr. R. Martinez Vigil. — Cabeza y cora- 
zôn (dolora), por Ramôn de Campoamor. — La educaciôn del Rey, por Adolfo 
Posada. — Lo verde, por el Dr. Thebussem. — Las cinco cartas amatorias de la 
monja portuguesa Mariana Alcofurado, por el Licenciado Pero Pérez. — Adân v 
Eva, novela (continuacion), por Emilia Pardo Bazin. — Revista critica, por 
M. Menéndez y Pelayo. — Crônica internacional, por Emilio Castelar. — Impre- 
siones literarias, por F. F. Villegas. El Espanol Blanco White (conclusion) por 
W. Gladstone. — Obras nuevas. 

Mayo de 1894. Madrid, s. d. (1891), in-8, 206 pp. — 3 pes. 

Sommaire : Colecciôn de papiros y otras antigùedades de Egipto, pertenecientes 
al archiduque Raniero, por Juan Valera. — Juan del Encina y los origenes del 
teatro espanol (obras dramâticas de Encina), por Emilio Cotarelo. — Cômo han iJo 
civilizàndose los japoneses (episodio del galeôn San Felipe), por Cesdreo Fernande/ 
Duro. — A propôsito de la causa de Varela, por Pedro Dorado Montero. — Adan v 
Eva, novela (conclusion), por Emilia Pardo Bazàn. — Revista critica, por M. Menén- 
dez y Pelayo. — Crônica internacional, por Emilio Castelar. — Crônica cientifica, 
por Luis de Hovos Sainz. — Impresiones literarias, por F. F. Villegas. — Obras 
nue vas. 

Junio de 1894. Madrid, s. d. (1894), in-8, 203 pp. — 3 pes. 

Sommaire : El hechicero, por Juan Valera. — La psicologia de la juventud en la 
novela moderna, por Rafaël Altamira. — Villergas y su tiempo, por \'. Barrantes. 
— La degeneraciôn y el proceso Willié, por Rafaël Salillas. — Crônica cientifica, 
por Luis de Hovos Sainz. — Revista europea, por Emilio Castelar. — Revista cri- 
tica, por M. Menéndez y Pelayo. — Luis Vives (continuacion), por A. Lange. — ■ 
Obras nuevas. 

Julio de 1894. Madrid, s. d. (1894), in-8, 205 pp. — 3 pes. 

Sommaire : Las obras de Villergas, por V. Barrantes. — De pedagogia, por Enrique 
(iil y Robles. — Vida pùblica de I). Enrique de Villena, por Emilio Cotarelo. — La 
Celestina, por Lorenzo Gonzalez Agejas. — ■ Revista critica, por M. Menéndez y 
Pelayo. — Crônica cientifica, por Luis de Hovos Sainz. — Crônica internacional, 
por Emilio Castelar. — Luis Vives (continuacion), por A. Lange. — Obras nuevas. 



BIBLIOGRAPHIE 209 



Collections. 

Mémorial histôrico espanol : coleccion de documentos, opûsculos y antigùe- 
dades que publica la Real Academia de la Historia. 

Tomo XXVII. Madrid, 1894, in-8, 464 pp. — 3 pes. 50. — Sommaire : 
Estado de Portugal en el ano de 1800. Tomo II, que trata de las provincias de 
Extremadura y de la Beira, y contiene el censo de sus comarcas, por D. José 
Comide. 

Tomo XXX. Madrid, 1894, in-8, 268 pp. — 3 pes. 50. — Sommaire : 
Historia de Carlos IV, por D. Andrés Muriel. Tomo II. 

Tomo XXXI. Madrid, 1894, in-8, 239 pp. — 3 pes. 50. — Sommaire : 
Historia de Carlos IV, por D. Andrés Muriel. Tomo III. 

Tomo XXXII. Madrid, 1894, in-8, 203 pp. — 3 pes. 50. — Sommaire : 
Historia de Carlos IV, por D. Andrés Muriel. Tomo IV. 

Nueva coleccion de documentos inéditos para la Historia de Espana y de sus 
Indias. Publicanla D. Francisco de Zabalburû y D. José Sancho Rayon. 
Tomo V. Madrid : Impr. de los Hijos de M. G. Hernàndez, 1894, in-8, 
378 pp. et 4 ff. d'index n. ch. — 12 pes. 

Sommaire : Continuacion de la correspondencia de D. Luis de Requesens y 

D. Juan de Zûniga con Felipe II y cou el Cardenal de Granvela, D. Diego de 

Zùùiga, el Conde de Monteagudo, etc.. etc., de 16 de Agosto i 7 de Octuhre de 

1574- 

Coleccion de documentos inéditos del Archivo gênerai del reinode Valencia, 

publicada por Joaquin Casdn y Alegre. Tomo I. Valencia : Manuel Alufre, 

1894, in-8, xxiv-219 pp. — 10 pes. 

Sommaire : Pactos, tratados y avenencias que mediaron entre los reyes de Aragon, 

Navarra y el bastardo Enrique de Trastamara, con motivo de la invasion del reino de 

Castilla. 

Coleccion de documentos inéditos para la historia de Espana, por el Marqués 

de la Fuensanta del Valle. Tomo CIX. Madrid : Murillo, 1894, in-8, xn- 

499 pp. — 12 pes. 

Sommaire : Ensayo de un catàlogo biografico-bibliogràfico de los escritores que han 
sido individuos de las cuatro ôrdenes militares de Espana, por Frey D. Carlos Ramirez 
de Arellano y Gutiérrez de Salamanca, del hdbito de Calatrava. 

Bibliographie. 

Tipografïa hispalense ; anales bibliogrdficos de la ciudad de Sevilla, desde el 
establecimiento de la imprenta hasta fines del siglo xvin, por D. Francisco 
Escudero y Perosso. Obra premiada en concurso pûblico por la Biblioteca 
Nacional en 1864, é impresa i expensas del Estado. (Con la biograffa del autor, 
por D. A. Maria Fabié.) Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 1894, in-4, xix- 
657 pp. à 2 col. 



210 COMPTES RENDUS 



Apuntes para un catâlogo de periôdicos madrilenos, desde el ano 1661 la 
1870, por D. Eugenio Hartzenbusch. Obra premiada por la Biblioteca Nacio- 
nal en el concurso pûblico de 1873, é impresa à expensas del Estado. Madrid : 
Sucesores de Rivadeneyra, 1894, in-4, xn-424 pp. à 2 col. — 7 pes. 

Biblioteca colombina. Catâlogo de sus libros hnpresos, publicado por primera 
vez... bajo la inmediata direcciôn de su bibliotecario el Ilmo. Sr. Dr. D. Ser- 
vando Arboli y Faraudo... con notas bibliogrâficas del Dr. D. Simon de la 
Rosay Lôpez. Tomo III. Sevilla : Tip. de Di'az y Carballo, 1894, in-8, vm- 
338 pp. — 10 pes. 

Nota bibliogranca sobre un libro impreso en Macao en 1590, por José 
Toribio Médina. Sevilla : Impr. de E. Rasco, 1894, in-8, 1 s pp. — 3 pes. 

Catalogue de la Bibliothèque de M. Ricardo Heredia, comte de Benehavis. 
Quatrième partie. Paris : Ém. Paul, L. Huard et Guillemin, 1894, in-8, vn- 
524 pp. 



COMPTES RENDUS 



Colecciôn de escritores castellanos. Tomos 97, 100 y 102. Historia critica de la poesia 
castellana en el siglo xvm por D. Leopoldo Augusto de Cueto, marqués de Valmar. 
Tercera ediciôn, corregida y aumentada. Madrid : Sucesores de Rivadeneyra, 1893, 3 vol. 
petit in-8. 

C'est en 1869, en tête du tome premier de la collection des poètes lyriques 
du xvm e siècle publiée dans la Biblioteca de au tores espanoles de Rivadeneyra, 
que parut pour la première fois l'œuvre de Don L. A. de Cueto, sous le titre 
modeste de Bosquejo bistôrico-critico; nous préférons lui voir celui d' Historia 
critica auquel lui donnent droit et son étendue et le soin avec lequel elle a été 
composée. L'auteur ne s'est pas borné, comme l'ont fait, hélas, la plupart des 
préfaciers d'éditions compactes, à faire précéder les œuvres des poètes de la 
période à laquelle il s'attachait d'un prologue de quelques lignes : il a, d'une 
part, dégagé la synthèse de cette époque de transition que fut le xvm>-' siècle, 
et, d'autre part, tracé, presque toujours sous d'heureux traits, la physionomie 
de chaque écrivain. M. de V. a, en effet, adopté pour son travail un plan 
excellent et que l'on ne saurait trop recommander : sachant combien le plus 
souvent une histoire d'ensemble laisse dans l'ombre la plupart des personna- 
lités d'une époque au profit de quelques noms éclatants, il a très judicieusement 
réservé toutes les notes monographiques dont il disposait pour en former, en 



COMPTES RENDUS 2 I I 



tête des œuvres de chaque auteur, autant de biographies abondamment docu- 
mentées. Enfin il n'est pas inutile de rappeler que, dans les trois volumes de 
la Bïbîioteca de au tores espanoîes, M. de V. avait réservé une très large place 
à l'inédit, mieux inspiré en cela que les autres éditeurs de cette même collec- 
tion qui ont presque tous cru devoir faire un choix dans les œuvres des auteurs 
qu'ils republiaient. Cet inédit a contribué dans une large mesure à permettre 
au collecteur de fixer d'une manière définitive bien des points jusqu'alors 
obscurs de l'histoire littéraire du siècle dernier : qu'il me suffise de citer les 
lettres inédites de Meléndez Valdés à Jovellanos, écrites de 1776 à 1779. 

VHistoria crilica reste et restera vraisemblablement longtemps encore la 
seule œuvre de mérite que l'on puisse lire sur le xvin e siècle : ce siècle qui, 
selon les propres expressions de son historien, fut un siècle sans idées propres, 
sans doctrines définitives, sans énergie morale, sans enthousiasme et sans 
poésie, a néanmoins laissé un héritage vaste et varié ; héritage qui a permis au 
marquis de V. de nous en tracer un tableau assez attrayant pour nous montrer 
que son jugement est peut-être entaché de quelque exagération : à défaut de 
doctrines définitives (quel siècle peut se vanter d'en avoir vu naître?), d'idées 
propres ou d'énergie morale, il n'est pas excessif de croire que, bien qu'infé- 
rieur de beaucoup au siècle d'or, le xvm e n'a manqué, dans certains genres 
et à certains points de vue, ni d'enthousiasme ni même de poésie. 

R. Foulché-Delbosc. 

Estadismos de las Islas Filipinas, ô mis Viajes por este pais, por el Padre Fr. Joaquin 
Martinez de Zuniga, Agustino calzado. — • Publica esta obra por primera vez, extensa- 
mente anotada W. E. Retana. Madrid : \V. E. Retana, Diciembre de M.DÇCC.XCIII, 
2 vols. in-8. — 20 pes. 

Tel est le titre in extenso d'un ouvrage précieux que vient de publier 
W. E. Retana, et pour lequel il n'a épargné ni son temps, ni ses soins, ni ses 
dépenses, ne reculant devant aucun sacrifice pour perfectionner son œuvre et 
s'y dévouant tout entier. C'est ainsi qu'il fut amené à visiter Valladolid, 
Burgos, Avila, Ocaiîa, etc., tous les lieux en un mot où il y avait un document 
utile ou intéressant a consulter. C'est à Paris qu'il a fait fondre des caractères 
spéciaux d'imprimerie et fabriquer le beau et solide papier de ses deux volumes 
sur les Philippines. 

L'ouvrage du P. Joaquin Martinez de Zuniga est remarquable à tous égards; 
mais avec le grand nombre d'additions, annotations et appendices dont l'a 
enrichi W. E. Retana, il constitue une véritable encyclopédie philippinaise, un 
monument unique pour l'étude du grand archipel magellanique. Le texte de 
Zuniga remplit 670 pages d'impression serrée, il a été augmenté par M. Retana 
de 664 autres pages, dont 38 pour le prologue et 626 pour neuf Appendices qu 1 
sont autant de Mémoires spéciaux dignes de fixer l'attention du monde savant 



212 COMPTES RENDUS 



par l'exactitude des renseignements de toutes sortes qu'ils fournissent sur 
l'histoire, la géographie, la biographie, la topographie, l'ethnographie, la géo- 
logie, l'histoire naturelle, la statistique, l'agriculture, l'industrie et le commerce 
des îles Philippines. De cette mine abondante nous nous contenterons de signa- 
ler ici quelques filons et plus particulièrement les appendices suivants : 

i° Les origines de la fondation de l'imprimerie aux Philippines, avec le cata- 
logue complet des livres imprimés et des imprimeurs, depuis 1610 jusqu'à la 
fin de l'année 1893 ; 

2 La transcription en fac-similé de frontispices d'ouvrages rarissimes, absolu- 
ment inconnus aux Philippines ; 

3° Un catalogue bibliographique contenant, outre les descriptions de plus de 
quatre cents ouvrages, des notes critiques et des extraits des passages les plus 
importants ; 

4° L'appendice coté C, où se rencontrent neuf cents notes géographiques, 
rangées par ordre alphabétique ; 

5 Les appendices D et E, où sont classés méthodiquement une multitude de 
notes relatives à l'histoire naturelle. 

Enfin cette ample collection de renseignements curieux et instructifs se ter- 
mine par de nombreuses notices biographiques qu'il serait très difficile de 
trouver ailleurs. Nous ne résistons pas à l'envie de mentionner ici celle relative 
à un jeune héros, le type du chevalier espagnol au xvi e siècle, don Juan de 
Salcedo, le petit-fils du célèbre conquistador des Philippines, don Miguel Lopez 
de Legazpi. 

On sait que Legazpi, parti du port de Natividad, en la Nouvelle-Espagne, le 
21 novembre 1564, vint mouiller le 27 avril 1563 dans la rade de Mandave, île 
de Cébou, non loin de l'îlot de Mactan où Magellan était tombé sous les coups 
des naturels, le 27 avril 1521. Legazpi demeura six ans dans Cébou et ne quitta 
cette île que le 15 avril 1 57 1 pour aller conquérir Manille. Le 20 août 1367 
arrivait à Cébou, avec deux cents hommes partis de Mexico, don Juan de 
Salcedo, fils de Pedro de Salcedo et de Theresa de Legazpi. L'année suivante, 
le roi de Cébou et son fils âgé de vingt-cinq ans recevaient l'un et l'autre le 
baptême ; Legazpi était le parrain du père et Salcedo le parrain du fils. Don 
Juan de Salcedo n'avait que dix-sept ans lorsqu'il débarqua dans l'île de Cébou, 
mais il se lit remarquer aussitôt entre tous ses compagnons d'armes par sa 
bravoure chevaleresque, son activité infatigable et son caractère noble et entre- 
prenant. Envoyé par son aïeul à la conquête de Manille sous les ordres du 
mestre de camp Martin de Goyti, il pénétra dans l'intérieur du pays en remon- 
tant le Pasig et mit en fuite les naturels qui l'assaillirent ; c'est là qu'il reçut sa 
première blessure et fut atteint d'une flèche au genou. Nul plus que Salcedo ne 
contribua à la conquête de la grande île de Luçon, dont il fut le premier à 
découvrir et à soumettre les diverses provinces. Manille conquise ainsi que les 



COMPTES RENDUS 21 



pueblos d'alentour, le jeune capitaine voulut reconnaître les provinces du nord ; 
il arma à son compte une expédition et Legazpi lui donna quarante-cinq soldats 
espagnols. Avec sa petite troupe il sortit de Manille le 20 mai 1572; il ne 
devait plus revoir son aïeul qui mourut dans cette ville le 20 août de cette 
même année, à l'âge de soixante-dix ans l . Au troisième jour de navigation, il 
arriva à la pointe de Bolinao ; là il fit rencontre d'un navire chinois qui emme- 
nait en esclavage des Tagales et leur chef, s'empara des captifs et les rendit à 
la liberté. Les Tagales qui n'étaient pas accoutumés à de tels actes de magna- 
nimité, en furent si vivement touchés que spontanément ils se reconnurent 
vassaux du roi d'Espagne. Continuant, sa route vers le nord, Salcedo fut le 
premier descubridor et conquistador des provinces de Zambales, de Ilocos où il 
fonda la ville de Vigan , de Cayagan, puis de celles de Tayabas et de Came- 
rines au sud. Avec une poignée d'hommes il avait conquis la Laguna; il en fut 
de même pour la province de Camarines, fameuse par ses mines qu'il alla visi- 
ter, et il y fonda, sur la rivière de Bicol, une ville qu'il appela Santiago de 
Libôn. Il vainquit les naturels de l'île de Mindoro et les soumit à l'obéissance 
au roi d'Espagne. Il était mestre de camp et gouverneur de la province de Ilocos, 
en résidence au port de Vigan, lorsque voyant passer une flotte de soixante- 
deux sampans chinois et supposant avec raison qu'ils allaient attaquer Manille, 
il rassembla à la hâte tous ses Espagnols et s'embarqua pour défendre la capi- 
tale ; c'était la flotte du fameux corsaire chinois Li-Ma-Hong, la terreur des 
côtes des Philippines, qui attaqua Manille en 1 574. 

Le désir de revoir ses sœurs qui étaient restées à Mexico fit que Don Juan 
de Salcedo demanda un congé pour retourner au pays natal, mais avant de 
s'embarquer pour la Nouvelle-Espagne, il se mit en route pour les mines de 
Ilocos, dans le dessein d'y recueillir quelques échantillons de minerai et de les 
faire examiner à Mexico. Après deux jours de marche, malade de la fièvre, il 
but de l'eau d'un arroyo et mourut quelques heures après, le 11 mars 1576, à 
l'âge de vingt-sept ans, laissant la réputation d'un des plus nobles représen- 
tants de cette chevalerie espagnole qui, à cette époque, brillait du plus vif éclat 
et passait pour la première de l'Europe. Aristide Marre. 

Les Jésuites et la pédagogie au xvi" siècle. Juan Bonifacio, par le P. J. Delbrel, de la 
Compagnie de Jésus. Paris : Alphonse Picard et fils, 1894, in-8, xi-89 pp. 

Le P. Delbrel nous dépeint la vie d'un pédagogue du xvi e siècle, le jésuite 
Juan Bonifacio : presque célèbre en son temps, l'auteur de Cbristiani pneri 
institutio, de De Sapiente Fruciuoso et de YHistoria Virginalis était tombé dans 



1. Ce n'est que dans ces derniers temps que l'Espagne, tardivement reconnaissante, a 
élevé une statue à Lopez de Legazpi. 



214 COMPTES RENDUS 



un oubli dont il faut savoir gré au P. D. de l'avoir tiré. Bien qu'on y sente un 
peu trop, par endroits, un plaidoyer pro domo, l'étude est bien faite, attrayante 
même : le tableau de la vie scolaire au xvi e siècle est plein de détails curieux 
que l'on désirerait peut-être un peu plus spéciaux a l'Espagne. La bibliographie 
des œuvres de Bonifacio n'est malheureusement pas aussi précise et aussi com- 
plète qu'il eût été à désirer. F. H. Graser. 

Rafaël Altamira — Juan Ochoa — Tomâs Carretero. Novelas. (Fatalidad. Su aniado 
discipulo. Sagrado sacerdocio.) Madrid : Ricardo Fé, 1894, in-16, vi-284 pp. — 5 pes. 

Fatal idad, de D. Rafaël Altamira, occupe près de la moitié du volume ; l'œuvre 
eût gagné à être plus étendue. On regrette à plus d'un endroit ce manque de 
développement qui rend la psychologie de Guillermo Moreno quelque peu 
obscure. Le début surtout prépare insuffisamment le lecteur : on se demande 
pourquoi, disposant de tant d'éléments de bonheur, le héros n'arrive qu'à 
une noire mélancolie. Quant au caractère de Teresa, il est trop laissé dans 
l'ombre. Le dénouement est peu plausible ; on n'en attend qu'un seul : le sui- 
cide de Guillermo. Mais l'espoir en un lendemain meilleur est bien peu dans 
la nature de l'homme que l'on nous dépeint. — Les qualités de style sont 
supérieures aux qualités d'observation : elles nous donnent le droit de penser 
que, l'expérience aidant, M. Altamira pourra occuper un rang des plus hono- 
rables parmi les nouveaux romanciers. 

Su aniado discipulo est une très simple historiette : contée sans prétention, 
elle se distingue par beaucoup d'originalité et plus d'un détail heureux. Il n'y 
qu'à en louer M. Juan Ochoa. — Quant à Sagrado saccrdocio, le mieux est de 
n'en rien dire et d'attendre, pour juger l'auteur, qu'il nous donne une œuvre 
un peu plus sérieuse. F. H. Graser. 

Sofia Casanova. El doctor Wolski. Paginas de Polonia y Rusia. — Madrid : imp. dcl 
suc. de J. Cruzado à cargo de Felipe Marqués, 1894, in-16, 320 pp. — 3 pes. 50. 

C'est un type assez étrange que celui de ce médecin polonais dont la vie 
entière doit être consacrée à la régénération de l'humanité : détraqué plutôt que 
philanthrope, il fait le malheur d'une fiancée qui l'adore sans réussir en fin de 
compte à faire son propre bonheur. Mara, belle et instruite, élevée par le doc- 
teur Wolski pour être un jour sa femme, est assez lâchement délaissée par lui 
quand il découvre en elle les germes de la phtisie. Wolski ne voit du reste dans 
une femme que la mère de ses futurs enfants ; écrit-il une lettre d'amour, la 
plus grande partie en sera consacrée à des considérations sur l'hygiène... Ne 
nous étonnons pas de le trouver peu d'années plus tard marié à une jeune 
fille qui s'en est éprise (cet hygiéniste est, paraît-il, irrésistible) et mettant en 
pratique les fameux préceptes qui lui sont chers. Mais un premier enfant meurt 
et c'est tout juste si sa femme, condamnée désormais à la stérilité, survit à une 
douloureuse opération. En même temps un hôpital-modèle — la plus grande 



COMPTES RENDUS 215 



pensée du docteur — s'abîme dans un incendie. Et puis c'est tout, car il n'y a 
pas de dénouement à ce roman bizarre, et le lecteur est libre d'en tirer la morale 
qu'il voudra ou de n'en pas tirer du tout. 

Le livre est bien écrit et ne manque pas de jolis détails : je reprocherai seu- 
lement à l'auteur de s'étendre trop complaisamment sur l'énumération et la 
description de mets ou de boissons russes ou tartares ; à la longue, cela fatigue 
et dénote l'amour d'un exotisme facile et factice qu'il eût mieux valu éviter. 

R. Foulché-Delbosc. 

Tirso de Molina. Investigaciones bio-bibliogrdfkas por Emilio Cotarelo y Mori. — 
Madrid : imprenta de Enrique Rubinos, 1893, in-8, 221 pp. — 3 pes. 

11 y a quelques années, l'Académie espagnole mit au concours une étude 
biographique et critique de Tirso de Molina. Deux monographies seulement 
furent présentées : l'une de dona Blanca de los Rîos et l'autre de D. Pedro 
Murïoz Pena. Cette dernière est la seule qui ait été imprimée {El Teatro de] 
Maestro Tirso de Molina, Valladolid, 1889, in-8, 694 pp.), mais, tant au point de 
vue biographique qu'au point de vue bibliographique, elle est loin d'être aussi 
précise qu'il le faudrait. D. Emilio Cotarelo y Mori vient heureusement de 
remédier au silence de tous les écrivains qui ont eu à s'occuper de Tirso et nous 
donne un volume où ne manquent ni les faits nouveaux, ni, chose plus rare 
chez beaucoup de ses compatriotes, l'esprit critique. Il serait à désirer que de 
semblables monographies fussent plus fréquentes : M. C. y M. a prouvé une 
fois de plus que l'initiative personnelle se passe souvent fort bien des encoura- 
gements officiels. R. Foulché-Delbosc. 



CHRONIQUE 



Le I er avril dernier, l'Académie espagnole a quitté le vieil hôtel qu'elle 
occupait depuis de longues années rue de Valverde, 26, et s'est installée dans 
le palais récemment construit pour elle entre le Retiro et le Prado. Des dis- 
cours ont été prononcés à cette occasion par le comte de Cheste et D. Alejan- 

dro Pidal y Mon. 

* 
* * 

La vente Ricardo Heredia. — La bibliothèque Salva est définitivement 
dispersée. M. Ricardo Heredia, comte de Benahavis, qui l'avait achetée il y a 
plusieurs années, s'en est dessaisi, et de 189 1 à 1894 la vente s'en est effectuée : 



2l6 CHRONIQUE 



les dernières vacations ont eu lieu à Paris du 12 avril au 11 mai. M. Heredia 
avait considérablement augmenté cette splendide collection : tandis que le 
catalogue de Salva ne comprend que 4.070 numéros, les quatre volumes du 
catalogue de vente en comprennent 8.304; un grand nombre, il est vrai, ne 
sont pas des livres espagnols et n'ont aucun rapport avec ceux au milieu des- 
quels ils ont été assez maladroitement intercalés. Ce n'est pas précisément un 
chef-d'œuvre bibliographique que nous ont donné MM. Em. Paul, L. Huard 
et Guillemin, libraires de la Bibliothèque nationale. Tout en sachant combien, 
le plus souvent, sont imparfaits les catalogues dressés en vue d'enchères 
publiques (ainsi le veut, paraît-il, une routine contre laquelle personne ne 
proteste), il est permis de regretter que l'on ne se soit pas adressé en cette 
circonstance à un bibliophile un peu au courant des livres d'Espagne, et l'on 
en aurait certainement trouvé à Paris. Nous aurions ainsi possédé un ouvrage 
qui aurait pu, à certains égards, être l'utile complément du Catalogue de Salva. 
Mais rien de tel n'a eu lieu : on a préféré disposer les choses de manière à 
vendre pendant les trois premières années les livres les plus rares et reléguer 
dans la quatrième partie plus de la moitié de la bibliothèque (n° s 3815 à 8304), 
qui avait une valeur moindre : on comprend aisément à quel point une sem- 
blable disposition peut rendre impossible toute classification sérieuse. Les détails 
ne rachètent malheureusement pas ce que l'ensemble a de défectueux, bien 
au contraire : qui en douterait n'aurait qu'à se reporter au Catalogue de la 
première partie (1891). Suivant un usage assez répandu, deux bibliophiles dont 
personne ne mettra en doute l'érudition, MM. Manuel R. Zarco del Valle et 
M. Menéndez y Pelayo adressent à M. Ricardo Heredia une assez longue le'.tre 
dans laquelle ils font l'éloge de sa bibliothèque et en vantent les raretés. Ladite 
lettre a été écrite en espagnol, mais on nous en donne simplement la traduction 
française, la vente devant avoir lieu à Paris. Que dire des lignes suivantes 

(p. xvi) : votre collection de Bibles, qui a été l'objet de vos premiers goûts et de 

vos dernières acquisitions. Il n'y manque ni les deux Polyglottes, la complète et celle 

d'Anvers, monuments de la science biblique de nos ancêtres, ni 

Qu'est-ce donc que la Bible polyglotte complète ? Ne cherchons pas trop loin ; 
il s'agit du n° 1 du Catalogue : c'est la Bible polyglotte imprimée à Complu- 
tum (Alcahi de Henares). MM. Zarco del Valle et Menéndez y Pelayo avaient 
écrit dans leur lettre : la complutense, et les traducteurs ont traduit de l'intelli- 
gente façon que l'on sait. On jugera, par cette échantillon, du soin avec lequel 
a été rédigé le catalogue de la bibliothèque de M. Ricardo Heredia. 



Le Gérant, Aug. Picard. 
Archiviste-Paléographe. 



MAÇON, l'HOTAT MU.Ri:S, IMPRIMEURS. 



ÉTUDES 



SUR 



LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIÈCLE 



MELENDEZ VALDES 

La poésie lyrique espagnole, à la fin du xviii siècle et au 
début du xix u , ne nous présente aucun nom plus illustre que 
celui de Meléndez Valdés. C'est autour de lui que gravitent les 
astra minora, dont l'éclat, un moment assez vif, paraît bien 
amorti aujourd'hui. Il est le représentant le plus partait d'une 
école importante, celle de Salamanque, dont il permet de pré- 
ciser les tendances, de fixer les principes, et aussi de mesurer 
l'influence. De son vivant comme après sa mort, il est regardé 
comme le meilleur lyrique de son époque, quoique d'autres, 
Cienfuegos, Cadalso, Forner, Iglesias, aient eu des parties, ou 
des inspirations, ou des dons supérieurs. Enfin il est atteint en 
pleine carrière par le flot envahissant des idées nouvelles, et son 
œuvre porte la trace de la révolution produite dans les esprits 
par les événements historiques contemporains. A ces divers 
titres, il doit être étudié comme l'un des vrais précurseurs de 
l'époque moderne. 

Nous n'avons pas l'intention de raconter ici la vie de Melén- 
dez. Quintana, qui s'honorait d'avoir été son disciple, — illu- 
sion touchante, — nous a laissé de lui une biographie, trop 
académique sans doute, mais à laquelle il n'y a rien de bien 

Revue hispanique. 14 



2l8 E. MÉRIMÉE 



important, ce me semble, à ajouter. Toutefois, ceux qui souhai- 
teraient un Meléndez plus familier, plus intime, le trouveront 
sans peine dans les Lettres ou dans les Poésies publiées, depuis 
Quintana, soit par M. L. A. de Cueto, marquis de Valmar, dans 
sa très précieuse Histoire de la Poésie espagnole au XVIII e siècle 1 , soit 
tout récemment par M. Foulché-Delbosc, à cette même place 2 . 

Sans vouloir donc refaire — sur nouveaux frais — ce qui a été- 
bien fait, il nous suffira de rappeler les événements principaux de 
cette existence. Né à Riberadel Fresno (Badajoz) le n mars 1754, 
Juan Meléndez Valdés, orphelin de bonne heure, fit ses études 
dans son pays d'abord, puis à Madrid, et, à partir de 1772, à 
Salamanque. Il se lie, dans cette dernière ville, avec le poète 
Cadalso, qui l'encourage et le protège, et il entre bientôt en 
relations avec d'autres écrivains, Iriarte, Forner, Jovellanos 
surtout. Pendant la décade qui suit, il n'y a guère à signaler dans 
sa vie d'autres événements importants qu'une grave maladie qui 
le force à se réfugier aux champs, la mort de son frère en 1777, 
le prix remporté à l'Académie pour son églogue de Balilo et son 
séjour à Madrid, où il fait directement connaissance avec Jovel- 
lanos. En 1782, Meléndez obtient une chaire d'humanités à 
Salamanque, et il épouse une jeune fille de bonne famille, dont 
Somoza nous a laissé un curieux portrait. Deux ans plus tard, 
nouveau triomphe académique avec les Bodas de Camacbo, sorte 
de comédie pastorale, qui échoue devant le public. Le grand 
succès de sa vie d'écrivain tut la publication de ses poésies en 
1786; mais ce triomphe littéraire ne lui suffisant pas, il songe à 
utiliser ses amitiés, et se fait successivement nommer Alcalde de 
Crimen à Saragosse (1789), Oidor de la Chancilleria de Valladolid 
(1791), puis Fiscal de la Sala de Alcaldes de casa y carte (1797). 
En cette même année, il publia une nouvelle édition de ses 



1. Historia critica de la poesia casteïïâna en el sigïo XVIII... tercera edic. 

Madrid, 1893. 

2. Revue hispanique, num. 1, p. 73 et suiv.j num. 2, p. 166 et suiv. 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 219 

poésies, enrichie d'œuvres nouvelles. Meléndez partagea la faveur, 
puis la disgrâce de Jovellanos : il fut exilé à Médina del Campo 
en avril 1798, et à Zamora en 1800. Il avait été dénoncé à 
l'Inquisition quelques années auparavant pour avoir lu Rous- 
seau et Montesquieu. En 1802, il retourne à Salamanque où il 
vécut dans la tristesse et le découragement, « fruit du despo- 
tisme, » assure Quintana. Son rôle pendant l'invasion française 
a été jugé sévèrement. Il accepta d'abord des Français une mission 
en Asturies, qui faillit avoir une fin tragique. Après Bailén, il est 
nommé fiscal de la Junte du contentieux, mais bientôt il dut 
s'exiler. Il vécut successivement à Toulouse, Montpellier, Nîmes, 
Alais, et mourut à xMontpellier, le 24 mai 1817. 

Pour quiconque a lu la biographie de Quintana, quelque 
bienveillante qu'elle soit, il s'en dégage cette conclusion, aussi 
vraie du poète que de l'homme, que Meléndez manque de 
caractère. Il en manque absolument, dès le début et jusqu'à la 
fin. Très indécis au moment où, ses études de Salamanque ter- 
minées, il faut qu'il choisisse une carrière, il est sur le point, 
parce que le hasard des événements l'y pousse, d'embrasser l'état 
ecclésiastique. Il avoue cependant qu'il ne s'y sent que médio- 
crement propre. On peut voir sur ce point une lettre à Jovellanos; 
à son défaut, ses poésies erotiques sont là pour nous renseigner 
sur la sincérité de sa vocation. L'on ne voit pas bien l'auteur des 
Bcsos ou de la Confesiôn de Flora 1 appelé à diriger les âmes dans 
les voies de la perfection. A Salamanque, Meléndez tombe dans 
un milieu littéraire où l'on a le goût, la manie de la poésie buco- 
lique. Il s'y essaye, par esprit de suite, et il réussit. Cette fois, 
les circonstances, le hasard l'on servi à merveille : il a trouvé sa 
voie. Mais il la quitte aussitôt, parce qu'on J'y engage, et il se 
lance dans la politique, pour laquelle il n'a ni goût ni aptitude. 



1. Revue hispanique, nu m. 2, p. 181. 



220 E. MERIMEE 



Il aime la liberté ; il se laisse remorquer (par Jovellanos toujours) 
dans le courant libéral, ce qui ne l'empêche pas de célébrer le 
Prince de la Paix. Il « entonne la trompette » pour exciter les 
Espagnols à résister aux Français (voyez son Alarma espanohï), 
et il accepte honneurs et fonctions de Murât, le héros du 2 mai, 
et du roi intrus. Il prodigue à Joseph Napoléon les déclarations 
les plus passionnées (... mas juro aniaros cada dia...)\ et il 
accueille la rentrée de Ferdinand VII par une cantate où il traite 
la Constitution de Cadiz de « monstruo que irisana abortô la facciôn », 
et où il prédit, le malheureux! le retour de l'âge d'or. Tout 
cela, admettons-le, sans arrière-pensée d'intérêt personnel, non 
point par bassesse d'âme, mais par faiblesse, par manque de 
volonté, par une incurable absence de volonté, parce que les 
dieux ou les hommes en ont disposé ainsi. 

Le poète est tout aussi flottant, inconsistant et mou. Son âme 
est une pâte molle qu'une main étrangère pétrit et modèle à son 
gré. Blanco, remarquant que Meléndez était le seul Espagnol, à 
sa connaissance, qui eût cessé d'être catholique sans devenir 
athée, ajoute qu'il avait très développée « la bosse delà vénération ». 

Et en effet, ses admirations successives pourraient être aisé- 
ment cataloguées. Il subit tout d'abord l'influence de Cadalso, 
poète estimable, dont les anacréontiques, les idylles, les endechas 
lui révèlent la poésie champêtre. « Sans lui, je ne serais rien 
aujourd'hui. Mes goûts, ma passion pour les bons ouvrages, mon 
talent poétique, mes connaissances littéraires, tout me vient de lui. 
C'est lui qui me rencontra au cours de ma seconde année 
d'études, qui m'inspira ce noble enthousiasme pour l'amitié et 
pour la vertu, et qui me forma le jugement. » (Lettre à 
Mena, 16 mars 1782.) Ses goûts personnels, si tant est qu'il en 
ait de bien marqués, le poussent évidemment vers la poésie 
bucolique; ses succès académiques (Batilo, Las Bodas de Camctcho) 
l'engagent tout à fait dans ce genre, où il excelle. Et peut-être 



1. Ode à Joseph Napoléon, 3 mai 18 10. 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 221 

i'aurait-il, en effet, exclusivement cultivé, si Jovellanos ne s'était 
avisé de l'en détourner. « Et toi, ardent Batile, lui disait-il, 
émule insigne du chantre de Méonie (!), jette les pipeaux rus- 
tiques et porte à tes lèvres harmonieuses la trompette retentis- 
sante... Que nos héros espagnols soient l'objet de tes chants!... » 
L'excellent Jovellanos avait raison et tort tout à la fois. Il avait 
raison de croire que s'il n'est pas absolument nécessaire d'avoir 
des idées pour être poète, il est impossible cependant d'écrire 
indéfiniment sans idées, à moins d'avoir une sensibilité capable 
de renouveler sans cesse sa provision d'images et d'impressions. 
Or, ce n'était pas le cas de Meléndez, lequel, dès 1785, avait 
épuisé sa provision peu abondante, et redit déjà ce qu'il avait à 
dire. Il ne pouvait plus que se répéter, et tourner dans le même 
cercle. La saine odeur des champs est agréable, mais trop de 
rieurs nous affadit et trop de parfums nous écœure. Peut-être 
Jovellanos avait-il encore raison de croire que, dans l'état de l'Eu- 
rope et de l'Espagne, le temps des Balilo, des Delio et des Amintas 
était passé, et qu'entre les enfantines distractions de ces bergers 
enrubannés et les préoccupations publiques, il y avait décidé- 
ment une discordance trop criante. La grande voix qui grondait 
au loin couvrait trop le frêle chalumeau de ces Arcadiens. Mais 
il avait tort certainement en croyant que tous sont bons à tout, 
qu'on peut indifféremment passer d'un genre à l'autre et prendre 
tous les tons. Il méconnaissait lourdement l'essence de l'inspi- 
ration poétique, laquelle ne souffre pas la contrainte, et il 
la confondait avec le métier, qui peut s'apprendre en effet, 
puisque lui-même l'avait appris. Meléndez, plus sage, sent les 
limites de son talent, ce qui est rare chez un poète; il présente 
timidement quelques objections. Il parle de son « génie doux et 
affectueux » (yo de un genio suave y bondadoso), de son « cœur 
sensible » et du « don de la tendresse » qu'il a reçu des cieux 
(el don de mi Imuira) 1 . Et plus tard, au milieu de ses élans et de 

1. Voyez, la pièce El Mediodia, où Meléndez. définit très agréablement son 
talent. 



222 E. MERIMEE 



ses efforts vers la grandeur, son imagination reviendra d'elle- 
même vers ces images simples, riantes, naïves, qui avaient suffi 
à sa Musc, parce qu'elle se sent là dans son vrai milieu, à son 
juste niveau, et que l'effort lasse vite son aile. Sans le vouloir 
sans doute, il a très joliment et très justement caractérisé sa Muse 
dans la pièce intitulée : Le Chant de l'alouette. Comme l'alouette, 
en effet, elle s'élève d'une aile facile, et si on ne la voit plus, ce 
n'est pas précisément, comme elle le croit, qu'elle se perde dans 
les hauteurs ou qu'elle traverse les nuages; c'est plus simplement 
qu'elle est assez menue et fine. En réalité, elle ne perd jamais de 
vue le sillon, le taillis et le ruisseau. Son chant, monotone à la 
longue, plaît par sa facilité, par son joli timbre net et clair : cette 
musique manquerait à ce paysage tranquille. Que va-t-elle 
devenir au milieu des orages, des éclairs et des convulsions de la 
nature ? 

Meléndez obéit cependant. Peut-être est-il las de tournoyer 
toujours dans le même cercle et de voleter au dessus des mêmes 
buissons. Il veut aller plus loin, plus haut, et cette ambition, 
qu'on lui a soufflée, il l'a d'assez bonne heure. Déjà, en 1779, 
il écrit : « Le genre moral me plaît infiniment, quoique je me 
reconnaisse sans ressources suffisantes pour y réussir. Mais le 
désir d'avoir autre chose que des chants d'amour à offrir à des 
personnes dont de telles bagatelles sont indignes, m'a engagé à 
essayer mes forces... » Il les a essayées, en effet. Il s'est élevé à 
l'ode morale, philosophique, sociale, politique, et il l'a fait, en 
somme, avec un succès suffisant pour que ces graves personnes, 
dont il parle, aient vu là ses meilleurs titres, et pour que les fai- 
seurs d'anthologies, qui s'inspirent volontiers du goût de ces per- 
sonnes graves, aient fait figurer ces « morceaux » parmi les 
modèles de la lyrique espagnole. 

Après tout, l'ambition de Meléndez était légitime. Elle prouve, 
sinon une conscience bien nette des limites de son talent, du 
moins le sentiment très juste de l'épuisement, de l'inanition 
dont il était menacé de mourir. Peut-être aussi y a-t-il quelque 



ETUDKS SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 223 

injustice à enfermer à tout jamais le poète dans le domaine où il 
a une fois excellé. A ce compte, Virgile s'en serait tenu aux 
Bucoliques et Victor Hugo aux Odes et Ballades. On peut même 
aller plus loin, et soutenir que Meléndez n'avait pas à « forcer 
son talent » autant qu'on pourrait le croire pour s'élever de ces 
pastorales à la poésie morale et philosophique où il ambitionne 
de s'exercer. Pour qui admire avec intelligence le spectacle de la 
nature, il est aisé de passer du fait à l'idée que ce fait enveloppe, 
de la matière à l'esprit. La poésie des champs embellit, mais elle 
ne cache pas nécessairement la philosophie de la nature. Combien 
cette poésie est suggestive, c'est précisément ce que montraient, 
à peu près à la même époque, J.-J. Rousseau et Bernardin de 
Saint-Pierre. Peut-être Meléndez, à torce de dépeindre en vers 
gracieux les spectacles accoutumés de la nature, le matin et le 
soir, les saisons et leur perpétuel écoulement, les astres et le ciel, 
le silence des nuits constellées, qui effrayait Pascal, et qui inspire 
tant de métaphores à notre poète, peut-être aura-t-il la tentation 
de soulever le rideau, pour voir quelle main machine ce spectacle. 
Peut-être encore s'avisera-t-il quelque jour que ces bergers, ces 
paysans, qu'il n'a vus que sous des couleurs trompeuses, sont 
des hommes comme les autres, en chair et en os, qu'ils vivent 
dans un monde dur pour eux, à une époque qui remue confu- 
sément dans leur intelligence, traversée de vagues lueurs, des 
idées en germe, et dans leur cœur, des sentiments qui cherchent 
leur expression. 

Et certainement il a lait cette découverte, une fois au moins, 
en voyant ces rustres « nus, sales, affamés, courbés vers la terre, 
près d'exhaler le dernier soupir sous l'écrasant fardeau que le 
Destin a placé sur leurs épaules, 

viendoles desnudos, 

Escuàlidos, hambrientos, encorvados, 
Lanzando ya el suspiro postrimero 
Bajo la inmensa carga que en sushombros 
Puso la suerte... » 



224 E - MERIMEE 



Meléndez pouvait, partant d'où il est parti, arriver là. La fré- 
quentation de la nature « élève l'âme », comme l'on dit; elle 
peut suggérer, à qui n'y cherchait tout d'abord qu'un délasse- 
ment, des idées et des sentiments qui ont leur grandeur. A une 
double condition : c'est d'abord que l'on fréquente effectivement 
la nature, et que l'on s'abandonne ensuite en toute sincérité à 
l'impression qu'elle produit sur notre esprit. Cela fut-il le cas de 
Meléndez ? Je le rechercherai tout à l'heure ; pour le moment, 
j'essaye de m'expliquer le développement de son talent, et je 
signale les inspirations auxquelles il a successivement obéi. Et à 
propos de ce manque d'originalité, je présenterai une dernière 
remarque, qui complète ce qui précède. 

Comme Meléndez est au plus haut point de ces natures 
faibles, qui ont besoin, pour produire elles-mêmes, de voir 
leurs propres sentiments prendre forme au préalable dans l'ima- 
gination d'autrui, il est très préoccupé de rechercher et d'étudier 
les modèles. Non point seulement, — ce qui est la condition 
du progrès et un apprentissage indispensable, — pour leur 
emprunter des procédés nécessaires au génie le plus vigoureux, 
pour y forger et y aiguiser l'instrument dont il se servira, mais 
surtout pour substituer aux siennes leur pensée et leur émotion, 
pour essayer, en perdant sa propre personnalité, d'acquérir la 
leur, ce qui est la pire façon d'imiter. Mèmeà propos de 
bergeries, il a besoin, pour se donner le ton, de lire et de relire 
Boscan, Garcilaso, Francisco de la Torre et généralement tous 
ceux qui se sont signalés dans ce genre, depuis Anacréon jusqu'à 
Saint-Lambert. Puis, quand il éprouvera le besoin d'enrichir un 
peu ou de refaire sa provision d'idées épuisées, il ira dans sa 
bibliothèque, qui parait avoir été assez riche', et il ouvrira, un peu 
au hasard, l'un de ces livres qui représentaient alors en Espagne 
la haute culture philosophique. « C'est à YEssaisur l'entendement, 



i. Voyez les lettres publiées par M. de Cueto, Historia criiica tome III, 

pp. 38-91- 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 22) 

dit-il, que je dois et que je devrai toute ma vie le peu de philo- 
sophie que je connaisse : Al Ensayo sobre cl entendimiento debo v 
deberé toda mi vida lo poco que sepa discurrir. » Prévenons ceux qui 
seraient tentés de prendre cette déclaration à la lettre qu'ils per- 
draient leur temps à chercher chez Meléndez la trace de l'in- 
fluence de Locke. Mais on trouverait aisément, dans ses poésies 
de la seconde manière, la traduction des idées de Turgot ou de 
Condorcet, qu'il a connues non point, je crois, d'original, mais 
par le canal de Jovellanos. Car Meléndez avait encore plus raison 
qu'il ne croyait quand il disait à ce dernier dans une effusion 
charmante : « Obra soy tuya, je suis ton ouvrage. » Oui, cela 
est vrai. Disciple de Jovellanos ou de Cadalso, des bucoliques 
anciens ou modernes, des encyclopédistes français ou des 
économistes anglais, de Gessner ou de Young, Meléndez n'a 
presque toujours été qu'un reflet ou un écho, dont la douceur 
peut avoir son charme, mais qui impatiente parfois parce que 
l'on y cherche vainement une réalité que l'on puisse saisir. 

A s'en tenir à ce qui précède, le mérite réel de Meléndez se 
réduirait à peu de chose. Mais ce jugement, tel qu'il est, paraî- 
trait bien sévère, car il est excessif de reprocher à un moderne 
de puiser chez ses devanciers et de les imiter. Tout a été dit, 
et il n'y a plus guère de façon de sentir ou d'exprimer ses senti- 
ments que les lyriques n'aient découverte. La seule chose qui 
importe donc n'est pas tant de savoir si la poésie de Meléndez 
est originale dans son fonds, — il est clair qu'elle ne l'est en 
aucune laçon, — que s'il a su marquer de son sceau personnel 
une matière, tombée depuis longtemps dans le domaine com- 
mun. Au surplus, en ce qui concerne tout au moins ses poésies 
anacréontiques et champêtres, on ne s'étonnera pas outre 
mesure de n'y trouver ni idée originale ni sentiment tant soit 
peu profond. De toutes les variétés de poésie lyrique il n'en est 
pas, en effet, qui nous paraisse aujourd'hui plus vide et plus 
fausse que celle-là, et ce qui nous donne le droit d'être sévères, 
c'est que, depuis Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, 



226 E. MÉRIMÉE 



Lamartine, George Sand et tant d'autres, nous prétendons mieux 
goûter le charme de la nature, et plus fortement sentir la prise 
qu'elle a sur nos imaginations ou sur nos cœurs. Il n'y a au fond 
rien de commun entre cette traduction éloquente des sentiments 
qu'éveille en une âme moderne la vue de la nature et ce que les 
poétiques classiques nommaient bucolique, idylle, pastorale. 

La poésie anacréontique et pastorale, — car il se sert indiffé- 
remment de ces deux mots, — est chez notre auteur, comme 
chez ses prédécesseurs, depuis Virgile jusqu'à Garcilaso, un 
genre conventionnel, un cadre banal et gracieux, où Ton peut 
faire entrer une foule de choses fort diverses. C'est un fait qu'à 
la veille de la Révolution, ce genre était à la mode en Espagne 
comme dans toute l'Europe. La petite société de Salamanque, 
où vivait Meléndez, nous offre un cas bien singulier de cette épi- 
démie de poésie gessnérienne. Nous rencontrons auprès de notre 
Hatilo, affublés, eux aussi, de surnoms champêtres, deux religieux 
Augustins, les PP. Gonzalez et Fernandez, les pasteurs Delio et 
Liseno, qui se sont fait, vers 1780, une réputation de poètes, en 
entretenant le public de leurs moutons et de leurs bergères. On 
aimerait — si l'on ne craignait les digressions — à étudier dans 
la correspondance de l'un d'eux, Fr. Diego Gonzalez, le singulier 
état d'âme que révèlent ces poésies. Je crois bien volontiers, — 
puisque M. de Cueto et d'autres s'en portent garants, — que ce 
dernier resta toujours un religieux exemplaire, un amant plato- 
nique, mais on m'accordera en revanche que le berger Delio, 
des RR. PP. Augustins, paraît avoir eu, plus qu'il n'est utile 
dans l'état ecclésiastique, ce « don de lit ternura » dont parle 
Meléndez. « Mon âme, hors d'elle-même, s'écne-t-il, aimait ten- 
drement; elle aimait sans mesure, elle aimait enfin de telle sorte 
que même maintenant, en y songeant, j'en suis tout tremblant! 

El anima perdida 
Amaba tiernamente, 
Amaba sin medida, 
Amaba en fin de modo 
Que aun, al recordarlo, tiemblo todo. » 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 227 

Et cet amour n'est pas une pure métaphore mystique, comme 
celui de sainte Thérèse ou de Fr. Luis de Leôn. Nous connais- 
sons les deux bergères, égalas, que chante le P. Gonzalez : 
elles se nommaient Melisa et Mirta. Nous savons même que la 
première habitait Séville, la seconde Cadiz, et que celle-ci, s'étant 
mariée, et déjà mère de famille, se fatigua à la longue du com- 
merce épistolaire dans lequel elle jouait le rôle de bergère, et le 
P. Gonzalez celui de berger. Peu soucieuse de prendre place dans 
l'histoire, à côté des Béatrix et des Laure, l'excellente dame laissa, 
paraît-il, languir et tomber la correspondance, car Delio s'en 
plaint dans une lettre du 8 août 1778, adressée à Jovellanos, 
lequel, ne l'oublions pas, était le berger en chef, cl mayoral 
Jovino. Il s'en console philosophiquement en déclarant qu'après 
tout, cela ne changera pas grand' chose à la nature de leurs 
relations : « Delio ne l'en aimera pas moins de la même façon 
et au même degré qu'autrefois, car il ne saurait faire autrement, 
et il n'est point dans sa nature de ne plus aimer ce qu'il a une 
fois aimé. » Quant au P. Fernândez, auteur d'œuvres d'ailleurs 
ingénieuses, telles que la satire philosophique La Crotalogia ou 
Art de jouer des castagnettes, il ne reste pas en arrière, et, sans plus 
d'ambages, regrette bravement dans ses vers d'être fraile « étant 
jeune et sensé ». Tout cela à distance nous semble assez extra- 
vagant et très digne de D. Quichotte lors de sa crise bucolique 
dans la Sierra Morena, mais il est certain que l'on ne sentait 
alors nullement le ridicule de tels enfantillages. 

Ces détails connus, on ne s'avisera pas de chercher dans les 
poésies de ce groupe et dans celle de Meléndez, son principal 
représentant, le moindre trait de vérité particulière, locale, la 
moindre préoccupation de description exacte, d'observation 
réelle. La nature qu'ils peignaient, les personnages qu'ils y met- 
taient étaient tout entiers dans une imagination d'emprunt et 
une mémoire pure-livresque. Pour les voir, il leur fallait, non 
point ouvrir les yeux, mais les fermer plutôt. Je serais bien 
étonné que le lecteur de Meléndez, en passant par Salamanque, 



228 E. MÉRIMÉE 



pût reconnaître les bosquets d'Otea, ou le Zurguen, ou les bords 
du Tonnes, dans les vagues descriptions du poète. Je sais bien 
qu'il n'est pas facile non plus de se représenter bien exactement 
« le lac » de Lamartine, ou les rives bordées de roseaux du Min- 
cio de Virgile, ou la villa d'Horace, puisque le bon abbé de 
Chaupv a mis plusieurs années à la retrouver, et encore n'en est- 
il pas lui-même bien sûr. Mais l'exactitude descriptive était, au 
fond, le dernier souci de Lamartine, de Virgile ou d'Horace, 
qui voulaient surtout nous parler d'eux-mêmes. Or, la psycho- 
logie que l'on peut extraire des tableaux champêtres de Meléndez 
est une quantité négligeable. Quant à leur poésie, un contempo- 
rain, et Quintana après lui, trouvent qu'elle sent le thym « olia ci 
tomillo ». C'est affaire de goût : Alcalâ Galiano, lui, était d'avis 
qu'elles sentaient la ville : « Sus campos huelen à la ciudad. » 
Meléndez n'était sans doute pas insensible aux charmes de la 
campagne, mais, au témoignage de son biographe, il ne s'en 
aperçut bien qu'après avoir lu Thomson, Gessner et Saint-Lam- 
bert. Ce qui est certain du moins c'est que les riants tableaux 
qu'il nous décrit, il les composait au fond de l'étroite ruelle de 
Sordolodo, au bruit des enclumes et des marteaux de vingt forges 
voisines. Il n'est pas étonnant que dans ce milieu, dans cette 
« caverne des cvclopes », comme il disait, l'odeur du thym se 
soit vite évaporée. 

Ainsi qu'on doit s'y attendre, Meléndez se sert souvent de la 
poésie pastorale ou anacréontique en manière d'allégorie, pour 
nous révéler, en jetant sur eux un voile, d'ailleurs transparent, 
les petits événements de sa vie intime et de celle de ses amis. 
Les joies de l'amitié, les tristesses de l'absence, le charme du 
retour, la sympathie pour les maux d'un ami ou pour ses succès, 
tous ces sentiments modérés et tendres, tous ces lieux communs 
de la sensibilité banale sont traités avec une douceur aimable, 
encore qu'un peu affadissante, avec une élégance infiniment 
supérieure à tout ce qui existait alors dans le même genre Ces 
sentiments moyens, ces amitiés, ces amours tempérés, c'est le 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 229 

domaine propre de Meléndez; c'est là qu'il faut chercher 
quelques-unes de ses meilleures pièces, telles que l'églogue 5 e , 
Le Berger du Tonnes, où il décrit, non sans émotion, son départ 
pour Saragosse. Il y est aussi naturel et aussi sincère que le 
genre adopté et le goût du temps le lui permettaient. Il est vrai 
qu'il ne le reste pas longtemps, et qu'à côté de ces heureuses in- 
spirations, il y a dans son œuvre des parties absolument illisibles 
aujourd'hui. Catulle a consacré une chanson au moineau de 
Lesbie : elle se termine d'une façon inattendue par une note 
mélancolique qui en rend le charme plus pénétrant. Meléndez ne 
dédie pas moins de trente-et-une odes à la colombe de Philis 
{La Paloma de Filis). Et il déclare en note « qu'il s'est étendu 
sur ce sujet plus qu'il ne pensait, mais que 1 innocence de Philis 
et les grâces de sa colombe ne sauraient se dépeindre briève- 
ment ». Quant à la mélancolie épicurienne de Catulle, — Surgit 
amari aliquid..., — elle est trop souvent remplacée chez Melén- 
dez par une note franchement grivoise, égrillarde, qui est, elle 
aussi, la marque de l'époque, mais qui détonne au milieu de ces 
fadeurs. Elle achève cependant de définir Meléndez qui a beau- 
coup d'Ovide, la faiblesse de caractère, la facilité, la grâce un 
peu molle, l'imagination voluptueuse. Il s'est d'ailleurs très sou- 
vent rencontré avec lui, et l'on peut comparer son ode 7% inti- 
tulée le Boudoir, à l'une des plus célèbres pièces d'Ovide. Parnv a 
été de même l'un de ses modèles, ainsi que l'auteur des Bai- 
sers, Jean Second, et cela très probablement dès sa jeunesse. Les 
23 Besos de Amor n'avaient pas été jusqu'ici publiés, por ser 
demasiado 1 bscenos, selon l'expression de Salvâ. La Revue hispa- 
nique nous les a fait connaître intégralement. Les lettrés 
doivent lui en savoir gré, car nulle part Meléndez n'a été plus 
poète; nulle part son talent, très souple et très riche en images, 
n'a montré plus de grâces à la fois et plus de fécondité. L'éditeur 
de ces Besos les considère comme « l'un des chets-d'œuvre de la 
poésie anacréontique espagnole », et il a peut-être raison. Mais 
il est fâcheux que les seuls tableaux quelque peu vigoureux, 



2}0 E. MERIMEE 



voire réalistes, que Meléndez ait tracés soient de ceux sur lesquels 
il semble nécessaire de jeter une gaze ou même un rideau. Evi- 
demment le jeune docteur, frais émoulu de Salamanque, qui 
commentait avec une si belle verve l'œuvre de Jean Second, 
n'avait plus grand'chose à apprendre en matière d'amour. Il y était 
passé maître, et il est étonnant même qu'il ait pu trouver tant 
de charmes à « l'innocente » Philis et à sa colombe, pour ne point 
parler des bergères si galamment endoctrinées par les PP. Gon- 
zalez et Fernandez. 

A partir d'une certaine époque, avons-nous dit, et sous l'in- 
fluence de Young, Meléndez s'exerça dans un genre qui con- 
traste violemment avec les anacréontiques et les pastorales du 
début, celui de la poésie sentimentale et larmoyante. On dirait 
qu'un orage a voilé tout à coup le ciel limpide, éteint la riante 
lumière qui baignait les bosquets et chassé tous nos bergers de 
théâtre. Ces nuées, chargées de tristesse, déchaînées sur les rives 
du Tonnes par les poètes anglais, surprennent le lecteur comme 
un contre-sens. Et, de fait, on n'en comprend pas la raison; on 
cherche en vain ce qui, dans la vie du poète, dans l'histoire 
intime de son âme, a pu soulever une pareille tempête. C'est 
qu'elle aussi, je le crains bien, est tout entière dans son imagi- 
nation, qui repercute, comme un écho, un bruit lointain : 

A su voz lamentable enternecidos 
Repitamos sus lugubres gemidos. 

Et il les répète de son mieux, racontant à la Lune, la grande 
confidente de cette école, aux Asti es, à la Solitude, ses douleurs 
incomprises, soupirant et pleurant sur ces mêmes bords témoins 
des gentils ébats de sa muse : 

Mi dulce musa 

No sabe va sino lanzar suspiros, 
Ni saben va sino llorar mis ojos. 

Naguère tout était joie, amour autour de lui; maintenant il 



ÉTUDES SUR LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 23 I 

ne voit plus, sous les cieux lourds, que douleur, misère, châti- 
ments immérités, et qu'un refuge, la mort : 

; Nacen los nombres â penar ? 1 Ajeno 

Es el bien de la tierra?... 

El mal de todos lados le rodea, 

Hasta que da por termine en la Muerte. 

Que cet accès de spleen anglais ne s'était pas développé spon- 
tanément chez l'aimable Batile, on l'eût deviné sans peine. Une 
lettre à Jovellanos, du 17 juillet 1779 ' , nous montre les premières 
atteintes sérieuses du mal, qui remonte assez haut, on le voit. Il 
y célèbre « l'inimitable Young et la force divine de ses pensées ». 
Quoi qu'en ait dit Tineo, il savait assez bien l'anglais. « J'ai 
beaucoup lu les Nuits, ajoute-t-il, et il m'en estresté beaucoup. » 
On le voit de reste, en lisant La Noche y la Soledad, qui accom- 
pagnait la lettre. D'ailleurs, s'ils ne mouraient pas tous, beaucoup 
de poètes étaient frappés comme Meléndez, tant Young exerçait 
de ravages parmi eux. Les Nuits lugubres de Cadalso en sont un 
témoignage curieux, et surtout, la fantaisie macabre à laquelle il 
s'abandonna, lorsque, l'imagination troublée par l'abus des poètes 
anglais, il s'avisa de déterrer le cadavre de sa maîtresse, l'actrice 
Maria Ignacia Ibanez, aventure véridique qui forme proprement 
le sujet de ses trois Nuits lugubres. 

Je n'insisterai pas sur cette nouvelle phase traversée par l'ima- 
gination de Meléndez. Si les grâces mignardes de ses pastourelles 
nous fatiguent assez vite, il y a apparence que nous ne supporte- 
rons pas non plus sans impatience 

Les pleurards, les rêveurs à nacelles, 
Les amants jle la nuit, des lacs, des cascatelles. 

Veut-on sentir la différence entre un thème d'école honnète- 



1. Citée par M. de Cueto, Historla critica..., tom. I, p. 406. — On voit par 
une autre lettre de M. que, déjà en 1778, il s'exerçait à imiter le poète anglais. 



-;>- 



E. MERIMEE 



ment traité et l'inspiration d'un vrai poète? Que l'on compare 
l'élégie dont je citais plus haut quelques vers, au Désespoir de 
Lamartine, lequel se termine par la même pensée : 

. . . Jusqu'à ce que la Mort, ouvrant sou aile immense 
Engloutisse à jamais dans l'éternel silence 
L'éternelle douleur ! 

Je préfère de beaucoup, pour ma part, les poésies, à moitié 
philosophiques, à moitié politiques, inspirées à Meléndez par 
son commerce avec Jovellanos. Ces idées de bonheur social, 
d'humanité, de progrès indéfini, chères aux réformateurs de 
l'époque, convenaient mieux à l'âme du poète, peu profonde, 
mais aisément ouverte aux sentiments tendres et sympathiques. 
Sans doute, ce sont encore des lieux communs, et, comme tou- 
jours, Meléndez a besoin d'une excitation étrangère pour les 
aborder, mais enfin ils tiennent si profondément au cœur de 
l'homme qu'ils y remuent toujours quelque fibre, et, défait, c'est 
là qu'il faudrait chercher les vers les plus capables de donner une 
idée avantageuse de notre auteur : YEpislola à Jovellanos, lors- 
qu'il fut nommé ministre de Grâce et de Justice; l'ode à la 
Bienfaisance : 

un infelice 

Es un justo acreedor a nuestro auxilio. 
A un pecho noble y gencroso basta 
Ser hombre y ser desgraciado. 

Le Philosophe au champ, qui marque assez heureusement la 
transition entre les deux manières principales de Meléndez; 
l'élégie Les Misères humaines, où l'on notera un tableau un peu 
trop arrangé, mais touchant en somme, des maux qui accablèrent 
l'Europe au début du siècle (Yo vi la asoladora guerra...} et qui 
se termine par quelques vers dignes de Térence : 

« Miro à mi hermano, 

Al hombre miro en infeliz cadena, 

Y, aunque grave mi mal, ya me es liviano ; » 



ÉTUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 233 

Et surtout La Despèdida del anciano, les Adieux du vieillard, 
où Melétidez, sous le coup de ses malheurs personnels et de la 
tristesse des temps, arrive au sentiment juste et à la véritable 
poésie. 

En résume, on trouve dans l'œuvre poétique de Meléndez une 
triple inspiration. D'abord l'inspiration bucolique et anacréon- 
tique, — celle-là est vraiment nationale et castillane, — puis 
une veine sentimentale, romanesque ou romantique, qui est plus 
particulièrement anglaise, enfin des poésies philosophiques, 
morales, humanitaires, où se manifeste surtout — plus ou moins 
directement — l'influence française. On aura, je crois, une idée 
assez complète des éléments qui se sont unis pour former le 
talent de Meléndez, si l'on ajoute à ces trois inspirations fonda- 
mentales — qui peuvent être caractérisées par les noms de 
Cadalso, de Young et de Jovellanos — des imitations fréquentes 
des poètes espagnols du xvi e siècle,, particulièrement des Sévil- 
lans. 

Remarquons-le : cette succession d'inspirations qui se mêlent 
et parfois se combattent, était le résultat des influences diverses 
exercées successivement sur cette âme impressionnable par les 
idées ou les goûts contemporains. Le poète est l'écho de son 
temps dans ses bergeries aussi bien que dans ses tirades huma- 
nitaires et dans ses aspirations sentimentales, qui font pressentir 
René et Werther. Mieux que tout autre, en Espagne, il a reflété 
cette époque si troublée, et c'est là ce qui donne à ses œuvres 
une sorte d'intérêt historique. 

Après les réserves que nous avons dû faire et les atténuations 
nécessaires aux éloges hyperboliques de certains critiques, notre 
jugement resterait incomplet si nous ne constations que l'écrivain, 
chez Meléndez, est incomparablement supérieur au penseur et au 
poète. Il a des qualités rares à toutes les époques dans la litté- 
rature espagnole, la clarté, la limpidité, le choix, le goût et l'art 
de composer. Ses idées sont courtes et maigres, mais les images, 

Revue hispanique. 1 J 



234 E - MERIMEE 



quoiqu'un peu flottantes, les habillent, les enguirlandent si 
richement qu'elles en dissimulent la ténuité. Cette molle abon- 
dance n'est pas sans charmes dans les meilleures de ses poésies 
anacréontiques ou pastorales. Son talent descriptif, quoiqu'il 
doive presque tout à la seule imagination, est réel, surtout pour 
les petites choses et les menus détails. Il excelle à composer en 
quelques vers un paysage gracieux, aussi peu vrai que ceux de 
Watteau ou de Boucher, mais charmant dans son lointain vapo- 
reux et sa vague poésie. De même, il sait peindre en quelques 
mots un sentiment tendre et doux, tels qu'en peut inspirer cette 
riante nature. Ses petits vers de sept et de huit syllabes sont une 
musique pour l'oreille et un plaisir pour l'imagination, qu'ils 
bercent agréablement. Plus tard, on constate chez le poète un 
effort pour donner plus de nerf au style en même temps que plus 
de vigueur à la pensée, mais, si je ne me trompe, dans ses hen- 
décasyllabeset ses longs vers, la gène, la tension sont manifestes : 
le manque de force, qui est le défaut capital, devient plus sen- 
sible. Il est à peine besoin de signaler, — car on les retrouve 
malheureusement dans toutes ses œuvres, — cette phraséologie 
pseudo-classique, ces élégances d'école, ce vernis mythologique 
qui sont la marque du temps et dont Meléndez n'est guère res- 
ponsable : c'est cette rouille qui donne surtout à sa poésie cet 
air vieillot et fané qu'ont aujourd'hui la plupart des œuvres de 
l'époque. Je ne dirai rien non plus des critiques qu'Hermosilla et 
autres rhéteurs de son école ont dirigées contre les gallicismes 
et les prétendues incorrections de sa langue : cette polémique, 
qui a été vive, a perdu tout intérêt et n'a pas empêché Meléndez 
de figurer parmi les meilleurs écrivains de ce siècle. On trouvera 
beaucoup moins chez lui ces défauts d'emphase, de pompe, d'fl/- 
tisonancia et de grandilocuencia, qui furent ceux du lyrisme espa- 
gnol, et dont les néo-sévillans, en particulier Roldan, ReiriOSO 
et Arjona, prétendaient encore faire des qualités. Reinoso ne 
déclarait-il pas que « la altisonancia es una virtiid eu la liried v cl 
poêla debe tener uua lengua altisonante? » Certes, la langue de 



ETUDES SUR LA LITTERATURE ESPAGNOLE AU XIX e SIECLE 235 

Meléndez est encore trop ornée à notre goût, mais c'est celle d'un 
poète. Il avait surtout du vrai poète la faculté de voir les choses 
sous une forme imagée, « un estilo lleno de imagination, calidad 
principal suya », a-t-on dit avec raison. Il avait le sens du 
rythme, delà période poétique et de l'harmonie, toutes qualités 
qui devenaient extrêmement rares à son époque, où le prosaïsme 
et la platitude triomphent. Sous ce rapport, la poésie de Melén- 
dez, considérée dans sa forme, est un rajeunissement, car elle 
retrouve des qualités perdues depuis longtemps ; elle est un pro- 
grès certain, car, sur cet instrument bien accordé, d'autres, 
comme Q_uintana, pourront, d'une main plus vigoureuse, tirer 
des accents plus énergiques. 

E. MÉRIMÉE. 



HUMORADAS, DOLORAS 



ET 



PETITS POÈMES 



DON RAMON DE CAMPOAMOR 



Rien n'est plus difficile, pour le public lettré, que de se former 
une opinion sur tel ou tel écrivain espagnol, d'après les apprécia- 
tions formulées par les critiques même les plus éclairés et les plus 
remarquables du pays de Larra. A les en croire, l'Espagne serait 
peuplée de génies : le moindre barbouilleur de papier, le plus 
humble folliculaire y sont traités, à tout le moins, d'écrivains 
distingués; les auteurs qui, dans d'autres littératures, jouiraient 
de quelque notoriété, y deviennent des esprits supérieurs; quant 
à ceux qui vraiment ont du talent, qui tout œuvre durable et 
parviennent à se faire lire ou traduire à l'étranger, le vocabulaire 
des louanges les plus ampoulées ne suffit plus, et non seulement 
les critiques, mais encore la grande masse de la nation est loin de 
penser qu'il puisse y avoir dans d'autres pays des hommes 
capables de supporter un instant la comparaison avec eux. Cette 
tendance est assurément fort respectable : elle indique un grand 
fond de bienveillance, des mœurs littéraires pleines d'aménité et 
un sentiment de fierté nationale qui peut produire de grandes 
choses; malheureusement elle a le grave défaut de réserver des 
surprises désagréables au lecteur ingénu qui s'apprête à savourer 
un chef-d'oeuvre et qui souvent échoue au milieu de préten- 
tieuses banalités. 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 237 

Ce ne sont donc pas les articles dithyrambiques 1 écrits sur Don 
Ramon de Campoamor (de l'Académie espagnole) qui nous ont 
engagé à étudier ses œuvres avant celles d'autres poètes contem- 
porains. Notre curiosité à son sujet a été plutôt éveillée par les 
attaques passionnées dont il a été l'objet. Ce fait, très rare en 
Espagne quand il s'agit d'un littérateur et surtout d'un poète qui 
n'a rien de satirique ou dont la satire est impersonnelle, semble 
d'autant plus étrange qu'un nombre respectable d'éditions, se suc- 
cédant à des intervalles relativement rapprochés, paraît indiquer 
que la poésie de Campoamor est goûtée et lue dans les pays de 
langue castillane. Prétendre qu'elle est populaire serait peut-être 
exagéré ; le poète nous dit bien quelque part 2 que, comme Dante, 
il cherche à plaire aux femmes du marché, mais il ne nous 
apprend pas s'il y a réussi et d'ailleurs il se désavoue lui-même 
lorsqu'il ajoute 3 , avec une noble modestie, que ses humoradas, 
la partie la plus abordable de son œuvre, sont destinées à devenir 
le chant populaire des classes éclairées. Quoi qu'il en soit, il est 
bien certain qu'une telle poésie doit être intéressante et que 
l'opinion du public, qui s'obstine à la trouver belle alors que les 
gens du métier la déclarent insipide et ridicule, mérite d'être 
discutée. Examinons donc sur quoi elle repose. 

Nous ne parlerons pas ici des premières poésies de Campoamor 
intitulées Touchas y Flores qui ne se distinguent pas autrement 



1. Le prologue de l'édition des Doloras que nous avons entre les mains, signé 
Leopoldo Alas (alias Clarin) est un chef-d'œuvre du genre. Sa brièveté nous 
ptrmet de le citer ici : « Campoamor como poeta es un filôsofo ; y como filo- 
sotb es un carâcter. » Il y aurait eu là, pour un écrivain gai, une charmante 
matière de chronique amusante. Cette simple phrase sur Campoamor, maître 
Jacques changeant à volonté de personnalité, autoriserait de singulières affir- 
mations. On pourrait, par exemple, dire d'un homme : comme charpentier 
c'est un tailleur et comme tailleur c'est un Belge. 

2. Procurando en mis versos como Dante 
Custar à las mujeres del mercado. 

Petits poèmes. Los amores de mut santa. 
]. Préface des Humoradas. 



238 H. PESEUX-RICHARD 



de celles des autres poètes espagnols du commencement et du 
milieu de ce siècle (Campoamor est né en 18 17). Ses Fables, qui 
forment peut-être la partie de ses œuvres dont la valeur est le 
moins contestable, n'ont que peu contribué à sa renommée, puis 
ce genre de poésie a, au dire du poète ', quelque chose de faux 
et de conventionnel, et ne peut être acceptable que dans les pays 
où la croyance à la transmigration des âmes a laissé des traces pro- 
fondes. Or cette croyance paraît avoir disparu depuis longtemps 
de l'Europe occidentale, si tant est qu'elle y ait jamais existé. 
Nous sommes donc dispensés de nous y attarder. Du poème de 
Colon, écrit dans le mètre, la forme et l'esprit ordinaire de ce 
genre de composition poétique assez suranné, il n'y a pas davan- 
tage à retenir. Quant à ses Ayes del aima et à son Dnumi uni- 
versai, il faudrait sans doute, pour les juger en toute connais- 
sance de cause, étudier le système philosophique du poète dans 
ses œuvres en prose sur le Personnalisme et l'Absolu, et cela 
sortirait du cadre d'un article purement littéraire. D'autre part, 
nous ne sommes pas assez audacieux pour oser pénétrer dans 
cette métaphysique échevelée, dans ces conceptions nuageuses, 
dans ces obscurités protondes, dans ce voyage à travers l'infini 
qu'il n'est pas donné à tous d'entreprendre sans danger pour leur 
raison. L'auteur lui-même semblerait nous laisser entendre que 
la sienne n'en est pas sortie intacte, si l'on en juge par ces deux 

vers : 

Antique muy poco & poco 
Ya llegué al gran saber : j Se que estoy loco ! 2 

Mais il ne faut pas prendre cela au pied de la lettre, car Cam- 
poamor, avec la sollicitude d'un homme qui prend les devants, 
que se cura ensahul, comme on dit en espagnol, nous avertit qu'il 



1. Poética, p. 31. 

2. Humoradas, } L ' partie, XXVIII, corroborée par celle-ci : 

lie ;umdo ;i esn mujer Je t.il manera 

Que no me volvi loco, porque lo era. (/</., 2° partie, XCIX.) 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 239 

faut toujours lire entre les lignes et chercher à dégager, sous le 
sens vain et fugitif des mots, le principe général qu'ils ren- 
ferment. Chacun est donc libre de découvrir une vérité éternelle 
dans la boutade du poète, et nous ne demandons pas mieux que 
de pouvoir l'interpréter en bonne part. 

Le Draina universal, malgré l'envergure de la thèse qu'il pré- 
tend développer et le cadre immense où il est enfermé ', a peu 
fait pour accroître la gloire de son auteur. Son obscurité le rend 
peu accessible à la masse des lecteurs, et ce serait une tâche par 
trop ingrate que de vouloir l'éclaircir. 

Nous nous en tiendrons donc à des compositions poétiques 
plus abordables et qui ont contribué plus que toutes les autres 
à taire de leur créateur un grand homme aux yeux de beaucoup 
d'Espagnols. Il s'agit des Humoradas, des Doloras et des Petits 
Poèmes : ici, Campoamor n'est plus seulement un poète, c'est 
l'inventeur d'un genre poétique nouveau auquel il a appliqué des 
dénominations nouvelles et qu'il a entrepris d'acclimater sur le 
Parnasse espagnol. Malheureusement pour celui-ci, il y a réussi 
dans une certaine mesure : la dolora est aujourd'hui cultivée par 
plusieurs écrivains — - et non des moindres — et tend à s'im- 
planter définitivement au delà des Pyrénées. 

Dans l'esprit de Campoamor, Yhumorada, la dolora et le petit 



1. Nous pensons qu'il peut être curieux de donner rénumération des lieux 
où la scène se passe et qui sont désignés par le poète au commencement de 
chaque chant : le jardin d'un couvent — le Golgotha — une forêt — un 
cimetière — ■ les cinq parties du monde — le ciel — entre le ciel et la terre — 
devant le soleil — dans les nuages — partout — au dessus et pas très loin du 
monde — au dessous et près du ciel — une cathédrale — le corps humain — 
une âme — le cœur de l'homme — la voûte étoilée — ■ un astre volcani^ado — 
un astre d'or — un astre moribond — un soleil putréfié — des deux à la terre 
— un astre paradisiaque — le cadavre d'un astre — une étoile nébuleuse — le 
vide du ciel — un astre embryonnaire — le jardin de Joseph d'Arimathie — le 
sein d'Abraham — l'enfer — la tombe de Lazare — la vallée de Josaphat — la 
montagne des Oliviers. 



24O H. PESEUX- RICHARD 



poème forment les trois anneaux d'une chaîne, l'évolution d'un 
cycle : la dolora n'est qu'une humorada convertie en drame et le 
petit poème une dolora amplifiée 1 . Il serait donc naturel de com- 
mencer cette étude par Yhumorada, mais, à vrai dire, cette filia- 
tion poétique n'a été inventée qu'après coup : c'est la dolora qui 
est née la première; c'est la dolora qui, à son apparition, a suscité 
l'enthousiasme de beaucoup d'écrivains espagnols et exercé la 
verve satirique de beaucoup d'autres; c'est elle dont la création 
semble le plus enorgueillir le poète et qu'il a défendue avec le 
plus d'acharnement 2 . 

C'est donc par la dolora qu'il faut commencer quand on veut 
étudier le domaine original de Campoamor. Et d'abord était-il 
bien opportun de faire une nouvelle subdivision dans le champ 
de la poésie déjà si morcelé? Les panégyristes de Campoamor 3 
ont répondu affirmativement et se sont appuyés sur les progrès 
que font faire aux sciences, à la botanique par exemple, des clas- 
sifications de plus en plus complètes. Pourquoi, disent-ils, n'en 
serait-il pas de même en littérature ? L'homme ne peut pas se 
condamner à verser éternellement sa pensée dans les mômes 
moules; quiconque inventera un cadre nouveau contribuera au 
progrès des lettres. 

Malheureusement le progrès en matière littéraire n'est qu'un 
vain mot. Comment peut-on juger de l'état des lettres à une 
époque déterminée ? Le critérium varie suivant les âges et 
échappe presque toujours à une génération pour s'apprécier elle- 
même. Dans les sciences, au contraire, les efforts de l'homme 
s'exercent sur une matière qui est toujours la même : en isoler 
de nouveaux éléments, deviner de nouvelles forces pour les taire 
servir à ses besoins, tel est le but où il doit tendre et, dans cette 
branche de son activité, tout perfectionnement a son utilité et sa 



1. Voir le prologue des Humoradas. 

2. Voir sa Poétique. 

,. Voir le Juicio crîtico de tas Doloras de Gurnersindo Laverde Ruiz. 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 24 1 

raison d'être. Mais préconiser de nouvelles catégories littéraires, 
cataloguer la poésie, c'est faire œuvre de scoliaste et non de 
poète. De grands écrivains ont pu créer de nouvelles formes, de 
nouveaux modèles de pensée et d'expression, mais eux-mêmes 
n'en ont pas soupçonné le côté mécanique : ils ont laissé ce soin 
aux grammairiens, aux rhétoriciens et autres abstracteurs de 
quintessence qui voient les choses par leur petit côté, la toile par 
sa trame, la poésie par ses mètres. Campoamor peut, à juste 
titre, être rangé parmi ces derniers. Depuis le commencement de 
la littérature, les poètes ont fait des doloras ; il est le premier qui 
s'en soit aperçu et qui ait mis l'étiquette sur ce que d'autres 
avaient dédaigné de réduire en formules à l'usage des traités de 
belles-lettres. Il avoue en effet, mais non sans peine, qu'il n'a 
pas créé de toutes pièces la àolora et qu'elle a existé avant lui ', 
mais il prétend en avoir reconnu les éléments, dégagé les prin- 
cipes et décrit les attributs, et il se fait gloire d'avoir appliqué un 
nom de son invention à ce nouveau substratum. Sur ce dernier 
point, il serait puéril de chicaner : que le nouveau genre poétique 
s'appelle àolora ou autrement, peu nous importe. 

Et maintenant qu'est-ce que la àolora} Les critiques espagnols 
se sont donné beaucoup de mal pour en donner des définitions à 
peu près intelligibles. Il vaudra mieux, croyons-nous, pour ne 
pas nous égarer, nous en tenir à celle que l'auteur a donnée lui- 
même. Dans une lettre au comte D. Alvaro Armada y Valdes , 
il nous apprend que le mot àolora désigne une composition 
poétique où l'on doit trouver la légèreté unie au sentiment et la 
concision à l'importance philosophique. D'autre part, la 263 e 
humorada de la 2 e partie est conçue comme suit : 



1. Si l'on se reporte non pas au précepte du poète, mais à ses poésies, on 
peut dire que toutes les littératures fourmillent de doloras. Pour ne citer que 
des pièces universellement connues, Vode d'Horace à Lydie (IX du livre m), les 
copias de Jorge Manrique, la Ballade des dames du temps passe de Villon, le l r ase 
brisé de Sully Prudhomme, le Doigt de la femme de Victor Hugo, sont de 
véritables doloras. 



242 H. PESEUX-RICHARD 



Me preguntas, Luis Montt £ lo que es dolora ? 
— Es lo que vemos desde el puerto ahora ; 
Mientras résiste un bote al mar bravio, 
Con el casco al rêvés se hunde un navi'o. 

L'une et l'autre définition, mais surtout la seconde, semblent 
s'appliquer à un genre littéraire des plus anciens, la fable. En 
effet, la scène que nous dépeint le quatrain ci-dessus nous rap- 
pelle un des morceaux les plus connus de La Fontaine : Le Chêne 
et le Roseau. D'autre part, dans la Poétique que le poète a publiée 
pour répondre à ses détracteurs et exposer sa manière de com- 
prendre la poésie, il semble considérer la dolora comme un 
genre assez voisin de la fable, mais qui s'en écarte cependant 
parce qu'il repousse les métaphores et les symboles d'une poésie 
indirecte. Ce serait, selon lui, une sorte de drame tiré directe- 
ment de la vie, et dans lequel on doit résoudre, au moyen du 
sentiment ou de l'idée, un problème universel. Néanmoins, 
Campoamor professe pour la table une singulière prédilection ; 
quelques-unes de ses doloras pourraient porter ce nom, entre 
autres celle qui est intitulée Corla es la vida, et la poésie des 
doloras, dépourvue de tout élan, visant à la sobriété et à la pré- 
cision plutôt qu'à l'harmonie, rappelle sans cesse un fabuliste. 

Il y a sans doute un assez grand nombre de doloras qui fran- 
chissent les limites tracées par l'auteur à ce nouveau genre poé- 
tique, et ce ne sont pas les moins bonnes. Aussi, pour ne pas 
nous exposer à donner un exemple contestable, citerons-nous 
avec le poète et ses admirateurs', comme modèle de dolora, le 
fameux dizain de Calderôn dans la Vida es Sueùo : 

Cuentan de un sabio que un dia 
Tan pobre y misero estaba 
Que solo se alimentaba 
De las yerbas que cogia. 
; Ilabra otro (entre si decfa) 
Mis pobre y triste que vo? 
Y cuando cl rostro volvié 
1 [allô la respuesta viendo 
Que iba otro sabio cogiendo 
Las yerbas que él arrojo. 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 243 

Un critique non prévenu ne pourrait certes pas donner à cette 
admirable composition un autre nom que celui de fable ou 
d'apologue. Pourtant la dolora a d'autres prétentions : la table se 
contente de tirer d'un exemple pris dant la nature une conclusion 
le plus souvent pratique ou tout au moins compréhensible qui 
s'appelle la morale. C'est une des nombreuses variétés de la 
poésie didactique. La dolora, au contraire, met bien en scène des 
êtres mortels, mais elle a l'ambition de dégager de leurs paroles 
et de leurs actes des vérités éternelles, surhumaines et éthérées. 
Tel est le sens attaché par Campoamor au mot intenciôn par 
lequel il désigne la portée philosophique qui s'arrête on ne sait 
où et qui lui permet de se moquer des défiances et des railleries 
de la simple raison qui n'a cure de la métaphysique et que l'on 
peut toujours récuser lorsqu'on étaie ses théories sur des sous- 
entendus ou des mystères. Campoamor dédaigne profondément 
ce qu'il appelle fart pour Fart, c'est-à-dire le culte exclusif de la 
forme; il ne s'arrête pas à l'art pour F idée, car avoir des idées 
c'est donner prise à la critique; et il se décide pour Y art trans- 
cendani où il se croit à l'abri des regards indiscrets dans les hau- 
teurs où il plane. Malheureusement pour l'auteur, ces vérités 
éternelles qu'il n'est donné qu'à lui de regarder face à face pou- 
vaient sembler hiératiques à des Espagnols du milieu du siècle, 
mais elles sont aujourd'hui du domaine public et la componction 
avec laquelle il les énonce leur donne un caractère prudhom- 
mesque tout à fait ridicule. 

Seule, la forme sous laquelle le poète les présentait pouvait 
les rendre acceptables, mais nous savons que pour lui la forme 
n'est rien et le sentiment pas davantage : la poésie doit faire 
penser et non pas émouvoir. Il admire ce géomètre qui, après 
avoir assisté à la représentation d'une tragédie de Racine, deman- 
dait : Qu'est-ce que cela prouve? La forme lui semble même 
tellement méprisable qu'il donne à des amis des poésies à publier 
sans s'exposer au supplice de les relire (c'est lui-même qui s'ex- 
prime ainsi) et qu'il ne s'effraierait pas le moins du monde de les 



244 H - PESEUX-RICHARD 



voir substituer à ses vers d'autres vers de leur composition, 
pourvu que l'idée dominante de la pièce restât intacte. On voit 
tout de suite où peut mener une pareille théorie : si l'idée seule 
importe, pourquoi l'affubler des oripeaux de la poésie ? Les traduc- 
tions en prose des grands poètes étrangers sont du même coup 
assimilées aux originaux, et c'est peine perdue que de chercher à 
les lire dans leur propre langue 1 . 

Il ne faut donc pas chicaner l'auteur sur la forme des doloras : 
leur portée philosophique seule doit être envisagée. Campoamor 
fait remarquer avec raison (et c'est encore un des nombreux 
points où il fournit à la critique des armes contre lui-même), 
que les grands génies ont eu l'intuition des mystères inson- 
dables de l'âme humaine. Cervantes, en écrivant Don Quichotte, 
n'avait d'autre but que de combattre le goût de ses contempo- 
rains pour les extravagances des romans de chevalerie, et pour- 
tant son œuvre reflète plus qu'aucune autre les contradictions de 
notre nature et fait naître chez nous les plus hautes pensées. Les 
doloras voudraient en faire autant et c'est justement cette idée 
fixe, cette tenace et obsédante préoccupation du poète qui en 
rend la lecture si aride. Au lieu de nous laisser le plaisir de 
retrouver sous l'élégance du style, sous la chaleur des sentiments, 
les axiomes que nous connaissons tous, il les énonce comme un 
théorème qu'il s'applique à gloser avec la pédanterie d'un péda- 



i. Sur ce point, comme sur bien d'autres, Campoamor se contredit : il a 
beau dire que le sujet est tout et que la forme n'est rien , en citant ces quatre 
vers : 

El que freno diô al mai- de blinda arena. (Lope de Vega) 

Celui qui met un frein à la fureur des flots. (Racine) 
Dios al bravo niar enfrena 
('.on nuiro de levé arena. (Martine/, de la Rosa) 

il s'extasie sur le premier tandis qu'il conteste la beauté du second et qu'il 
condamne les deux derniers comme trop vulgaires. A quoi tient donc l'impres- 
sion différente que produisent ces vers si ce n'est à la forme? 



HUMORADAS, DOLORAS HT PETITS POEMES 245 



gogue 1 . Malgré tout, Campoamor n'admet pas qu'on traite les 
doloras de poésies didactiques, il tient au mot de « trascendental » 
qui sonne mieux et qui est moins précis, mais ne serait-il pas 
préférable de qualifier de « dogmatiques » ou de « doctrinales » 
ces petites dissertations philosophiques, artificielles et banales ? 
Quant aux autres critiques adressées à Campoamor à qui l'on 
a reproché son scepticisme, nous n'avons pas à nous y arrêter. 
Le poète s'en montre très affecté et s'en défend avec la plus 
grande vivacité; mais cela n'a rien à voir avec la valeur littéraire, 
et puis le scepticisme des doloras n'est pas bien sérieux, c'est un 
scepticisme de bonne compagnie aussi bien que le pessimisme 
qu'on a voulu y découvrir et qui n'a assurément rien de bien 
amer 2 . D'autre part, on a voulu voir des tableaux un peu trop 



1. Voici quelques échantillons des idées qui servent de matière aux gloses 
de Campoamor : 

Que hunio las glorias de la vida son. (Doïora, IL) 

— Que la inconstancia es el cielo 

que el senor 
abre al fin para consuelo 
â los màrtires de amor. (Dolora, III) 

i Ah ! 
la dicha que el hombre anhela 

Donde esta? (Doïora, VII) 

— Tarde ô temprano es infalible el mal. (X) 

— Todo se pierde, si, todo se pierde. (XIV) 

— Nada me importa (XXI) 

— Es un bàlsamo la ausencia 

Que cura maies de amor. (XXVI) 

— Que es el placer la mente del hasti'o. (XXXV) 

Comme on peut s'en rendre compte à l'examen de ces quelques exemples, 
qu'on pourrait facilement augmenter de beaucoup d'autres, les conceptions 
philosophiques de Campoamor n'ont rien de transcendant. Il est bien peu de 
poètes qui n'aient eu à les développer, sans pour cela se croire obligés à inven- 
ter une forme nouvelle pour des propositions si vieillies. 

2. Yo, que amante meritorio 
Llevé en Espaha mi ardor 
De un jolgorio a otro jolgorio 
Haciendo el don Juan Tenorio • 
Con doncellas de labor. 



246 H. PESEUX-RICHARD 



légers dans dans quelques-unes des dolents; à notre avis, il n'en 
est rien et cela nous importe pou, puisque nous avons à juger un 
poète et non un moraliste. Nous n'avons pas à nous arrêter non 
plus aux accusations de plagiat. Sur ce point, Campoamor a très 
bien démontré qu'une idée appartient à celui qui lui a donné 
sa forme la plus parfaite, tout en n'admettant pas que la forme 
soit un facteur sérieux dans le mérite d'une composition poé- 
tique. Il serait donc superflu de rechercher à quoi tient cet air de 
famille qu'ont entre elles les poésies de Campoamor et celles de 
Heine ni quelle influence a pu exercer la philosophie de Fkhte et 
de Hegel sur la métaphysique de l'auteur. De cette façon, nous 
n'encourrons pas le reproche de faire de cette critique analytique 
qui semble négligeable à Campoamor. Pour lui, la chose essen- 
tielle, c'est la intencionalidad ; or nous avons dit comment cette 
préoccupation constante de la portée philosophique des doloras 
qu'aucune élégence de formes, qu'aucun élan, qu'aucune marque 
d'inspiration ne dissimule, les condamne à rester un genre faux, 
pédantesque, aride et par dessus tout ennuyeux. 

La dolora n'a pas un moule poétique qui lui soit propre, elle 
n'est assujettie à aucun rythme déterminé; salongeur est variable 
ainsi que l'emploi des vers et des strophes. On y trouve des 
vers de trois syllabes et des hendécasyllabes italiens, des redon- 
dillas et des octaves, et il faut reconnaître que la partie technique 
des doloras est particulièrement soignée; les rimes sont faciles et 
leur arrangement aussi varié que possible. 

Il en est de même dans Yhiimorada, mais celle-ci étant le germe 
de h dolora doit se confiner dans un cadre plus étroit. La majeure 
partie des humoradas se compose de pareados et de quatrains, et 
les plus longues sont des seguidillas. Mais qu'est-ce qu'une bumo- 
rada ? On peut s'étonner à bon droit en songeant au sens ordi- 
naire du mot que l'on pourrait traduire par « saillie, trait 
d'humour, boutade », qu'un auteur intitule ainsi un livre de sa 
composition. S'imagine- t-on sur la couverture d'un volume 
« Mes traits d'esprit, par M. X. ? » Heureusement pour Cam- 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 247 

poamor et malheureusement pour nous, sa modestie n'est pas ici 
en cause, car, dans sa pensée, le mot humoradû n'a pas cette 
signification vulgaire ; elle n'est autre chose qu'un rasgo inten- 
cionado, ou si l'on préfère, et nous croyons en effet que cela est 
préférable, parce que cela est plus clair : los pensamientos adolora- 
dos que, por carecer de forma dratndtica, no se deben incluir cuire las 
doloras 1 . L'humorisme serait la contraposiciôn de situaciones, de 
ideas, actos ô pasiones encontradas. Le poète a sans doute voulu 
dire que l'humorisme était non pas la contraposiciôn, etc., mais 
bien la tendance à remarquer cette contraposiciôn et à exprimer 
plaisamment l'effet qu'elle produit sur nous. Il paraîtrait, d'après 
Campoamor, que la métaphysique, à l'instar de l'Académie 
espagnole, limpia fija, y da esplendor, mais il faut croire qu'elle ne 
donne pas la clarté; on s'en convainc encore davantage si l'on 
cherche, dans le prologue des humoradas, à s'éclairer sur la signi- 
fication du mot : si el esceptismo no crée en lo que dice, cl humorismo 
hasta se rie de lo que crée, no dejando de créer uada de lo que dice. 

Il faudrait avoir la subtilité de Lorenzo Graciân pour expliquer 
ce pathos 2 . Plus loin, l'humorisme est défini un peu plus intel- 

1 . A ce compte, pourquoi la dolora suivante intitulée : Amor al mal n'est- 
elle pas une humorada ? 

Por nias que me avergùenz.i y que lo lloro 
No te amé buena y pérfida te adora. 

2. La prose de Campoamor fourmille de phrases aussi peu compréhensibles. 
Citons un passage de sa Poétique : 

« El arte, al condensar la idea, saca de lo gênerai metafi'sico, lo particular 
artistico, y después el ingenio trascendental hace que de lo particular artistico, 
se deduzca lo gênerai metaffsico. 

« No se si me comprenderàn las mujeres que detestan y bacen bien, el len- 
guaje téenico, pero por si no me entienden, explicaré la idea de otro modo. 

« El arte trascendental éleva las ideas, aplicadas à los hechos, à afirma- 
ciones générales, a categorias. 

« Creo que todavi'a no me explico cou bastante claridad. Quiero decir que el 
que escribe ha de dar reglas universales de sentir y de pensar. » 

Ici Campoamor, en tâchant de se faire comprendre des femmes, laisserait à 
penser qu'il est persuadé que les hommes l'entendent. Nous avouons à notre 
grande honte que, pour notre part, il n'en est rien ; c'est à peine si nous entre- 
voyons sa pensée dans la dernière phrase. 



248 H. PHSEUX-RICHARD 



ligiblement un carnaval reentrante en la cuaresma; enfin ce serait 
h phrase « buen humor 1 » qui aurait créé le genre littéraire que 
Campoamor appelle humorada. Nous savions bien qu'on a tou- 
jours attribué au Verbe une puissance extraordinaire, pourtant 
nous étions loin de supposer que deux mots pussent avoir une 
telle initiative. 

Mais revenons aux humoradas. Nous n'avons pas à aller bien 
loin pour voir que le poète s'est souvent déjugé : la première 
humorada 

La amo tanto, à mi pesar 
Que, aunque yo vuelva a nacer 
La he de volver â querer 
Aunque me vuelva â matar. 

ne répond pas à la définition qu'il donne de Phumorisme en 

général et de Yhumorada en particulier. Il n'y a pas là d'antithèse 
et pas là de quoi faire rire l'homme le plus folâtre du monde. 
La deuxième 

Desde que perdi el encanto 
De mi primera pasiôn, 
No he entrado en mi corazon 
Por no morirme de espanto. 

n'a rien d'humoristique non plus : elle ne fait ni rire ni pleurer; 
les suivantes sont dans le même cas. Il y en a des milliers, dans la 
littérature espagnole, faites dans cet esprit, et quiconque s'en 
est occupé, même superficiellement, ne s'y trompera pas, presque 
toutes les humoradas écrites sous forme de quatrain ne sont autre 
chose que des copias d'une facture plus savante, et rimées au lieu 
d'être imparfaitement assonancées. Ce qui confirme cette appré- 
ciation, c'est qu'un grand nombre d'humoradas n'ont pas vu le 



I. Nous croyons devoir faire remarquer que si les mots buen humor sont 
genuinamente espagnols, leur équivalent exact « bonne humeur » est aussi genui- 
namente français; comment se fait-il qu'ils n'aient créé en France rien de sem- 
blable à Vbunioniila ? 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 249 

jour sous ce nom; en effet, à leur naissance, le poète les avait 
baptisées Cantares et on peut les lire sous cette rubrique; ce n'est 
que plus tard et pour compléter sa trinité littéraire qu'il leur a 
donné cette nouvelle dénomination. Hâtons-nous de dire que 
c'est grand dommage. Un grand nombre de cantares étaient 
charmants et méritaient, ce qui est le suprême mérite, d'être 
confondus, sans nom d'auteur, dans le vaste répertoire de la 
poésie populaire. Mais là Campoamor était dans la tradition 
purement espagnole, il n'avait pas encore le parti pris d'un chef 
d'école. Il n'en a plus été ainsi dès qu'il s'est imaginé que la 
poésie devait prouver quelque chose. Le quatrain suivant 

Vuélvemelo hoy â decir, 
Pues, embelesado, ayer 
Te escuchaba sin oir 
Y te miraba sin ver. 

considéré uniquement comme un cantar renferme une idée ori- 
ginale joliment exprimée, mais dès qu'on veut lui attribuer une 
importance métaphysique, dès qu'on en fait une bumorada, le 
charme disparaît. 

Pour justifier la création de ce diminutif de la dolora, l'auteur 
nous expose une nouvelle théorie. Pour lui, c'est peine perdue 
que de faire des épopées, des tragédies, des poèmes, des chro- 
niques : le grand art consiste à trouver la forme elliptique qui les 
synthétise. Un dizain de Calderon reflète toute sa façon de penser 
et de sentir; tout le reste est inutile. Calderon eût donc agi 
sagement en se bornant à écrire dix vers : mais un esprit mal 
intentionné pourrait insinuer que celui qui aurait encore mieux 
fait de suivre les préceptes de Campoamor, c'est Campoamor en 
personne qui s'est montré souverainement inconséquent avec 
lui-même en composant son poème de Colon, son Draina nniver- 
sal et ses autres œuvres de longue haleine. 

Et pourtant cette idée lui est chère, il y revient à plusieurs 
reprises. L'art en général, dit-il , et la poésie en particulier, 

Revue hispanique 16 



250 H. PESEUX-RICHARD 



gagnent en intention ce qu'ils perdent en extension. Cela ne semble 
pas évident : il y a des poèmes admirables et des sonnets qui, 
comme celui d'Oronte, sont bons à mettre au cabinet. Ce ne 
sont pas toujours les plus courtes humoradas qui sont les moins 
mauvaises, témoin celle-ci : 



ou cette autre 



De esa antigua coqueta la hermosura 
La gana me quitô de hacerme cura. 



En materia de flores y de amores 
Estoy por los amores y las flores. 



Mais il y a plus : la concision n'est pas seulement une qualité 
chez un écrivain, elle devient une vertu, une force supérieure 
aux événements et qui leur survivra à l'infini. Si l'on supprime 
quelques phrases inspirées, la Révolution française, au dire du 
poète, n'est plus qu'une orgie de cannibales. Enfin, tirant les 
dernières conséquences de sa théorie, il conclut, dans un langage 
digne du Draina universal : « No hay nada sublime que no sea 
brève. Cuando se acabe el mundo i<\uè quedarâ de nuestras 
agitaciones, deseos, esperanzas, ambiciones y temores ? Nada, 6 
casi nada. De todas nuestras habladurias solo quedarân cuatro 
frases célèbres, hasta que algûn Homero sidéral, senalando con 
el dedo el vaeio que deje el mundo en el espacio, reduzca las 
:uatro expresiones que flotarân sobre el lugar del planeta extinto, 
a una sola frase parecida a esta : « ; alli fué Troya ! » 

Nous ne pouvons pas abandonner les humoradas sans exposer 
encore quelques affirmations contenues dans le prologue, qui 
complètent celles de la Poétique et qui permettent au lecteur de 
juger les œuvres de l'écrivain à un point de vue moins étroit. 
Selon Campoamor, il n'y a au monde que deux genres de poésie : 
celle qui reste en deçà des choses et celle qui pénètre au delà, el 
de mâs acâ y el de mâs alla de las cosas. On ne peut donc pas taxer 
notre poète de matérialiste : pour lui le phénomène n'est rien, 
les choses sont dépourvues de poésie; ce n'est pas lui qui eût 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 25 I 

jamais prononcé le fameux sunt lacrymœ rerum. Au reste, il déve- 
loppe sa conception plus loin : « Il y a, dit-il, deux systèmes 
poétiques, l'ancien et le nouveau ; l'ancien peut se définir le 
système poétique de ce qui se voit et le nouveau celui de ce qui 
ne se voit pas. L'ancien système n'a pas besoin d'explication, le 
nouveau consiste à voir par intuition ce que l'on ne perçoit pas 
à première vue, à faire remarquer au lecteur le point où les idées 
éclairent les faits, en lui montrant le chemin qui conduit du 
monde matériel au monde ultra-idéal. » Tout cela ne serait pas 
si nébuleux que cela en a l'air si Campoamor avait joint l'exemple 
au précepte; malheureusement ses bumoradas ne nous aident pas 
le moins du monde à nous tirer d'embarras. 
Prenons quelques exemples : 

En guerra y en amor es lo primero 
El dinero, el dinero y el dinero. 

Los padres son tan buenos 
Que hasta el menos iluso 
Anhela para yerno un noble ruso 
O un principe italiano d lo menos 1 . 

Si como el héroe de la Mancha, antano 
Realicé por tu amor grandes hazanas, 
Hoy sentado d la sombra de un castarïo, 
Pensando mucho en ti, como castarïas 2 . 

Dans ces quelques vers, les deux systèmes sont sans doute com- 
binés : il y a bien quelque chose que l'on voit, c'est le sens ordi- 
naire et quelque chose qu'on ne voit pas, c'est la moindre éléva- 
tion de sentiment et la moindre tendance à l'idéal. Il vaut donc 
mieux croire le poète sur parole et ne pas approfondir la question. 
Nous arrivons a la dernière manifestation du génie inventif de 
Campoamor, au pcqucno poema. Nous savons déjà que c'est une 



1. Humoradas, 2 e partie, CCXXXI. 

2. M., 2e partie, CCXXXVI, 



zyz 



H. PESEUX-RICHARD 



dolora amplifiée. Pourtant on dirait, au premier abord, que cette 
tendance à tirer d'un fait tangible, d'une scène de la vie journa- 
lière, une vérité philosophique, s'est un peu affaiblie. Mais il 
n'en est rien : cette impression tient surtout à la longueur de 
quelques-uns des petits poèmes. Il est évident que la forme 
dogmatique apparaît moins dans une composition qui comporte 
parfois un développement d'un millier de vers et qui, à l'instar 
du Diablo miiudo d'Espronceda, est souvent coupé de digressions 
familières. 

Plusieurs petits poèmes présentent même, comme le Train 
express et Y Anneau de mariage, de fort beaux passages et détonnent 
heureusement dans l'ensemble de cette poésie prétentieuse. La 
métaphysique de l'auteur s'est un peu humanisée; il traite 
volontiers des faits d'expérience et il est tel petit poème qui n'est 
qu'une dissertation sur un proverbe. Celui qui est intitulé Los 
bnenos y los sabios pourrait porter comme épigraphe le vieil adage : 
Ha^le miel y comerte ban las moscas. On peut donc affirmer qu'en 
dépit du poète qui s'est efforcé que en el fonda de los Peqneiios 
poemas, lo mismo que en las Doloras, palpilase algo de lo incondicional 
absohtto humano, la lecture des petits poèmes est moins ingrate 
que celle des doloras. 

A propos de ces dernières, Campoamor s'était expliqué sur ce 
qui doit constituer le fond de la poésie; à propos des petits 
poèmes, il aborde la question de la langue poétique. Sur ce point 
comme sur d'autres 1 , il est tout a lait de l'avis de Victor Hugo : 
il veut en bannir les anciennes expressions ambitieuses et con- 
ventionnelles, les épithètes vaincs et monotones; la langue de la 
poésie doit être la même que celle de la prose, le rythme seul 
doit les distinguer. 

Campoamor fait donc le procès du cultisme qui consiste aussi 
bien dans la subtilité de ridée que dans la préciosité de la forme, 



i. Campoamor estime aussi avec V. Hugo que toute poésie doit être aujour- 
d'hui dramatique. 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 253 

mais ici encore il lui est bien pénible de suivre ses préceptes. 
Qu'y a-t-il de plus maniéré et de plus gongorique que les vers 
suivants : 

Como no vives tû en mi, 

Vivo en ti, mas no contigo, 

Y hasta no vivo conmigo 
Como vivo solo en ti '. 

Mi deseo es desear 

Mis que alcanzar lo que quiero 

Y mejor que lo que espero 
Lo que quiero es esperar 2 . 

Ama mucho, mas de modo 
Que eslés siempre enamorada 
De un cierto todo que es nada 
De un cierto nada que es todo 5 . 

I Conque una buena dolora 
Me pides, Juana ; tan llena 

De candor ? 
Tal vez tu ignorancia ignora 
Que sera si es la mas buena 
La peor i. 

Il faut faire parler à chacun son langage habituel, dit le poète, 
mais cette règle n'est pas toujours appliquée non plus dans ses 
œuvres. Dans le petit poème intitulé : Los grandes problemas, 
une jeune fille du peuple, habitant un tout petit village, s'écrie 
en parlant de la mer qui la sépare de son fiancé : 

Como siempre fantastico el deseo 
Me arrastra a orillas de la mar, vo, â sôlas 
Que me habla de él y su venida, çreo, 
El monôlosïo eterno de las olas. 



1 . Hamoradas, V. 

2. /</., cm. 

3. Amar al vuélo. Dolora. 

4, Las Doîoras. Dolora. 



254 



H. PESEUX-RICHARD 



Quant à l'allure naturelle et exempte de prétention du voca- 
bulaire poétique de l'auteur, on ne peut guère en juger par 
cette strophe d'une dolora intitulée El beso 

j Gloria à esa obscura senal 
Del hado en incubation, 
Que es el germen inmortal 
Del aima en fermentation, 

Y â veces trasunto fiel 

De todo un mundo moral ; 

Y si no, dîgalo âquel 

De entre el cual y bajo el cual 
Naciô el aima de Platon ! 

Les anciennes épithètes fleuries, les ancienes circonlocutions 
obligées ont disparu, mais, à tout prendre, elles étaient encore 
préférables à cette technologie, à ces termes scientifiques dont 
sont émaillées ses œuvres. Citons quelques passages : 

Tu comercio de amor naturalista 
No gira mâs que letras à la vista \ 

Y a los diez anos, como todas, siente 
Su inmersiôn en las brumas de la vida. 

A Pablo con el aire de la ausencia 

Se le constipa el aima con frecuencia 2 , etc. 

No extranaré que, extâtica y nerviosa, 

Me dé una amigdàlitis amorosa 

Que me extinga la voz en la garganta ', 

La virtud se le subc a la cabeza 

Y siente congestiones religiosas*. 

j Café ! y mas café ! Ven tû 
A dar i mi sangre ardor, 
Del sueiïo infalible bû, 
Mana que oxida el dolort. 



i. Humoradas, 2< partie, CCXXI. 

2. Como re^an las solteras, petit poème. 

3. Loi amorti de una santa. [d. 

4. Don Juan. Id. 

5. El café, Dolora. 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 255 

En prescrivant l'emploi d'une langue plus naturelle que la 
langue poétique traditionnelle, Campoamor avertissait cependant 
qu'il ne fallait pas tomber dans la vulgarité ou l'enfantillage. Or, 
quoi de plus trivial que ces vers d'une humorada ? 

Siempre es para vosotras peligroso 

Un ànimo aguerrido 

Y un uniforme hermoso. 
El fausto militar j sexo precioso ! 
Siempre ha sido v sera tu prometido '. 

Quoi de plus puéril que ceux-ci ? 

Jacinta, siempre fiel, escribe y llora 
Y a veces, por variai', llora y escribe-. 

Tels sont donc les caractères distinctifs de la poésie de Cam- 
poamor : des lieux comuns en prose rimée, des aphorismes 
vulgaires présentés comme de profondes pensées, des maximes 
philosophiques exposées en vers de mirliton, des sentences 
morales empruntées aux poètes et aux prosateurs de tous les 
pays et de tous les temps, des vérités de La Palisse ' ingénue- 
ment rythmées, des subtilités puériles, une tendance à traiter 
légèrement les choses graves et gravement les choses légères, 
voilà ce qui frappe à la lecture des pièces qu'il a rangées sous la 
dénomination pompeuse de humoradas, doloras et pequenos poemas . 

Sans doute, tout n'est pas aussi mauvais que les quelques 
passages que nous avons cités; il y a même quelques morceaux 
assez remarquables : 



1. Humoradas, 2 e partie, Cil. 

2. Dulccs cadenas, petit poème. 

3. Nous nous contenterons de citer un exemple : 

Esa mujer tan bella 

Fué por mi tan querida 
Que alguna vez para morir por ella 
Tan solo me faltô perder la vida. {Humoradas, 2' partie, CLXVI.) 



256 H. PESEUX-RICHARD 



Preguntas £qué es amor ? Es un deseo 
En parte terrenal y en parte santo 
Lo que no se expresar cuando te canto 
Lo que se sentir cuando te veo \ 

Les doloras intitulées Vaguedad de! placer, Todos son itnos , 
Todo esta en el cora~ôn, Sufrir es vivir, Los progresos del amor, sont 
bien conçues et bien écrites, mais cela ne suffit pas pour justi- 
fier l'admiration où est tenu leur auteur. Campoamor peut être 
intencionado — nous avons vu que c'était là son plus grave 
défaut — il n'est jamais inspiré et jamais ému; il n'a donc rien 
de ce qui peut faire pardonner à un poète quelque négligence de 
style : or sa forme est loin d'être impeccable et présente des 
contrastes extraordinaires d'élévation et de trivialité. Son seul 
mérite est d'avoir tenté de proscrire de la langue poétique tout 
le clinquant des qualificatifs inutiles et encombrants, et d'avoir 
préconisé un style concis et nerveux, c'est-à-dire possédant les 
qualités dont les écrivains espagnols manquent le plus. En effet, 
comme on l'a dit souvent, sa poésie n'a rien de national. Cam- 
poamor n'a pas cette ampleur, ce feu, cette grandiloquence 
qui ont toujours distingué les Ibères; il n'a rien non pins de ce 
bon sens pratique, de cette tendance à tout matérialiser, de cet 
amour de la réalité qui ont toujours dominé dans les lettres et 
les arts de l'Espagne. On a remarqué avec raison qu'il y avait 
chez lui quelque chose de germanique, et c'est peut-être cet 
exotisme qui a éveillé la curiosité et déterminé le succès. On 
peut penser aussi que la première apparition d'une poésie exclu- 
sivement philosophique a pu égarer le jugement des Espagnols 
ordinairement si sain et si pratique. Peut-être aussi saluaient-ils 
la poésie de Campoamor comme une réaction contre le roman- 
tisme. Tout cela est possible, mais ce que l'on ne s'explique 
plus, c'est qu'aujourd'hui encore, alors que le romantisme n'est 
plus qu'un souvenir, que les pensées philosophiques n'ont plus 

1. Humoradas, 2 e partie, I .X XII 



HUMORADAS, DOLORAS ET PETITS POEMES 2)7 

l'attrait de la nouveauté, on continue à publier dans de grandes 
revues espagnoles des humoradas qui ne valent pas les moindres 
menus propos d'un journal quotidien. Y a-t-il là une question 
d'amour-propre et ne veut-on pas se déjuger ? Est-ce un résultat 
de cet engouement qui pousse en ce moment les peuples latins à 
admirer tout ce qui est conçu dans l'esprit nuageux et exprimé 
dans la forme aride des littératures du Nord, de cette aberration 
qui fait goûter certaines pièces d'Echegaray en Espagne et des 
imitateurs d'Ibsen en France ? Le problème n'est sans doute pas 
insoluble, et le temps le résoudra vraisemblablement comme il a 
résolu celui de la popularité de Gôngora, de Marini et des poètes 
de l'Hôtel de Rambouillet. 

H. Peseux-Richard. 



OBRAS INÉDITAS 



DE 



DON JOSÉ CADALSO 



« La guerra declarada d los ingleses en 1779 llevo a Cadalso con su regimiento, al 
egército que se formô para el bloqueo y sitio de Gibraltar. La nombradia y bucn concepto 
de este sdbio militar le captô la confianza y distincion del General en gefe el Excelenti- 
simo Sr. Don Martin Alvarez de Sotomayor, hoy Conde de Colomera, quien le nombre 
desde luegosu Edecan ô Ayudante de Campo, y récompensé su mérito, proporciondndole 
a fines de 1781 el grado de Coronel ' ; pero halldndose por ôrden del mismo gênerai en 
una bateria de caiionesmuy avanzada, llamada san Martin, frente d Gibraltar, en la noche 
del 27 al 28 de Febrero de 1782, a las nueve y média se viô una granada disparada de la 
bateria enemiga, denominada Ulises, que se dirigia al parage donde se ballaba Cadalso. 
Advirtiéronle del riesgo que corria ; pero despreciando el aviso con serenidad, y creyendo 
algunos que pasaba la granada por encima, un casco de ella, que le hiriô de rechazo en la 
sien derecha, le llevo parte de la frente, y acabô con su temprana vida '-'. » 

« Eue ocasiôn de su muerte el haber aquel dia él entrado de servicio en lugar de un 
amigo suyo, Caraqueno, hermano de la Marquesa de Cuerpo-Santo ; el cual, nuierto 
Cadalso por hacerle d él el obsequio de reemplazarle, de pesar, luego se entra capuchino 
en Sevilla, donde le llamaban el padre Caracas 3 . » 

Segùn lo refiere Lafuente, alentado Lord Elliot con los refuerzos y socorros que d 
pesar del bloqueo recibia, se habia determinado d hacer salidas nocturnas contra las obras 
mds avanzadas de los espanoles : en la del 26 de noviembre de 17S1 logro destruir 
varias baterias enemigas; mas en la que hizo la nocbe del 27 de febrero siguiente fué 
rechazado. De esta ùltima no hablan varios autores ingleses; John Drinkwater ' dice 
solo : " They also worked on tbe magazine of the S' Martin's battery, and deboucbed 
from the centre of tbe parallel, tbrowing up a tritling Une, extending towards tbe South- 
west. The 27U1, four rows, of ten tents each, were pitched in the rear of the Catalonian 
camp. We imagined they were occupied by the artillery cadets. At night the Enemy 
added several traverses to their thirteen-gun battery. » 

En la Biblioteca Nacional de Madrid (Pv. 31, n° 6) se halla una carta manuscrîta de 
un desconocido d D. Leandro Ferndndez de Moratin en la cual se lee : 



1. Cadalso era coniandante de escuadron del regimiento de Borbon y ayudante de campo 
Jcl gênerai. (Gaceta de Madrid, 12 de Marzo de 17H2). 

2. Prologo .i las Obras de don José Cadabalso, Madrid, 1818, pp. XVI y sig. 

3. Apunte autôgrafo de don Bartolomé José Gallardo, citado en el tonio 61 de la 
Colecciôn Rivadeneyra, p. CVI. 

4. A bistory of the late siège of Gibraltar by John Drinkwater. London 1785, pdg. 228. 




ia's BATTCT[Y [VLBCSj 



TOHT/i ne euhop> 



27 » FEBRERO û£ 1782 



2Ô0 JOSÉ CADALSO 



« El prôlogo puesto en la ûltima edicion de 1818 por Repulles, da noticia bastante 
circunstanciada de su vida, y su sobrino que vive en Bilbao actualmente, dice que nada 
puede anadir porque era muv joven quando aquel muriô. Lo ûnico que dice poder ase- 
gurar es que efectivamente descendia de la casa solar infanzona de Cadalso, pues descen- 
dian ambos de un mismo abuelo, y dicho solar existe en el dia en el vinculo de la 
familia ; que la familia de su madré era muy distinguida y originaria de Estremadura. 
rambien dice que oyô decir à su padre que quando muriô Cadalso, se présenta al gênera' 
en gefe su eompanero de casa que era otro ayudante Ilamado Salin as, sobrino de Flori- 
dablanca, que en el dia, si vive, es teniente gênerai, y le dixo que Cadalso le ténia 
pedido que si moria de pronto le hiciese el favor de quemar todos sus papeles ; que el 
gênerai en gefe se lo permitiô y que él lo ejecutô ; pero que esto no parece probable. Su 
vida que fué singular tanto en asuntos serios como en fruslerias, la ténia escrita hasta el 
dia en que muriô, pues él mismo la escribia todos los dias, y esta no llegô à manos de 
su sobrino. a pesar de que él mismo le dixo, siendo este muchacho, que la ténia siempre 
con una carpeta rotulada à su nombre para quando él muriese. Una de las obras que 
tambien ténia escritas era el Diario critico del sitio de Gibraltar y no se sabe su paradera 
entre la familia, aunque el padre del aetual Cadalso la leyô poco antes de que el poeta 
muriese, y se la devolviô. Estas son, senor Inarco Celenio, las ùnicas noticias que aiïade 
Cadalso en su carta al Marqués » 

Es cierto que cuando muriô Cadalso, se hallaban varias obras suyas inéditas en manos 
de algunos amigos à quienes las habia mandado ' y otras en los papeles que ténia consigo 
durante el sitio de Gibraltar. Constaban à lo menos, segùn se puede inferir de la carta à 
D. Leandro Fernàndez de Moratin que existe en la Biblioteca Nacional de Madrid, de su 
propia Vida que escribia todos los dias y del Diario critico del sitio de Gibraltar. Ahora es 
posible afirmar que mucho mas numerosos eran aquellos papeles, asi como no se puede 
dudar que, si fueron quemados algunos como lo deseaba el mismo Cadalso, se extraviaron 
otros muchos que estàn hoy dia entre mis manos. 

Constan estas obras autôgrafas de très partes distintas : poesias, cartas y un conjunto 
tan curioso como ûnico en su género de epitafios para los monumentos de los principales 
liéroes espanoles : por una ironia verdaderamente notable, quiso la suerte que el ùltimo 
de esos epitafios fuese precisamente dirigido à la memoria del famoso bloqueo en el cual 
el m.Uogrado literato habia de morir tan gloriosa como prematuramente : 

Dignissimo merito, 

Inclito animo, 

prœclaraeque constan tiae, 

et fortitudini, 

in obsidionalibus lineis 

contra Heracleam, 
famae monumeimini. 



1. Se puede leer en una carta de don Juan Meléndez Valdés ;i su amigo el padre 
Mena, escrita en Salamanca cl 16 de Marzo de 17K2 : « Tengo tambien algunos versos 
suyos inéditos, mejores, sin comparacion, que los publicados por él, como cosa de sete- 
cientos. Quiesiera tambien darlos d luz. » 



OBRAS INEDITAS 26 I 



Falta el texto eastellano que acompana à los demâs y quizà no sera" temerario suponer 
que fueron estas las ùltimas lineas que escribiô el autor. 

Ademàs de sus propias ohras, existian en sus papeles poesias de algunos de los poetas 
mas eminentes de aquel tiempo côn quienes mantenia amistad : don Nicolas Fernande/ 
de Moratin, don Juan Meléndez Valdés, don José Iglesias, Fray Diego Gonzalez, don 
Alonso Carbonel, don Juan Forner. Parte de estas poesias figurait en las obras respectivas 
de sus autores, parte se han publicado ô se publicaràn por mi diligencia. 

Al mismo tiempo que las obras de Cadalso cuyos manuscritos estin en mi posesiùn, 
publico ahora varias cartas suyas asi como un Kalcndario manual que posée la Biblioteca 
Nacional de Madrid. Puede ser que se encuentren todavia en manos de aficionados ô en 
los estantes de alguna que otra biblioteca de la Peninsula 6 del extranjero fragmentos 
iuéditos del célèbre Dalmiro : ; ojahi sus posesores los den à conocer à los amigos de las 
letras castellanas ! R. Foulché-Delbosc. 



Reproducimos aqui el indice puesto por Cadalso en la primera pagina del cuaderno 
primero de sus manuscritos : 

Poesias ineditas, 

con algunas otras obrillas de Uteratura compueslas despues de las 

que se imprimieron eu Madrid por los anos de iyji y 17 72, à saver 

1. Cartas à varios amigos. 

2. Noches lugubres. 
j. Carias iiiarruecas. 

4. Indice de una Biblioteca. 

5, Varios fragmentos. 

De las obras indicadas en este indice han desaparecido los manuscritos de las cuatro 
ùltimas : solo quedan las poesias y las cartas. En cuanto a los epitafios, forman cuadernos 
distintos de los anteriores. 

A pesar de lo expresado, no son inéditas todas las poesias contenidas en los papeles de 
Cadalso : hé aqui la lista compléta de dichas poesias con la indication de las publicadas é 
inéditas. 

A don Nicolas Fernandez Moratin, Sobre su estilo magnitko en las imitaciones de 
Pindaro, y otras composiciones sublimes. 

Caution (publicado) 

El semidos que alzàndose à la cumbre... 

Variantes : 

versos 11 del huerto, vina, monte, campo y mares. 

17 mientras durô cantando 

20 ya no se admira, quando 

44 solo el guerrero ardor le llena el pecho 

Esta poesia ha de ser separadaen cinco estrofas de once versos cada una, y cuatro versos 
finales. 



26 2 JOSÉ CADALSO 



A un quadro en que se ven Jupiter, Neptuno y Pluton cou todos sus atributos, y 
Cupido volando mas arriba. 

Epigrama (publieudo). 
Ufanos cou el o-obierno... 



Oda pindârica .i Moratin, sobre el mismo asunto de la canciôn auterior (publieada). 
[ Ay si cantar pudiera 



Epigrama (publiante). 
En la cabeza le diô 



Remitiendo a un poeta joven las poesias de Garcilaso con algunos versos mios. (Véase 
pàg. 26 4-) 

Sobre los peligros de una nueva pasion. Odas en sâficos y adonicos (publicadas x ). 
i ra A Cupido. (Nifio temido...) 

Variantes : 

versos i Nifio temido de los Dioses y nombres 

7 quando la triste, la divina ninfa 

9 Desde que el hilo de su tierna vida 

ii desde que el Hado la llevo à la oculta 

13 guardo constante la promesa justa 

27 otra pastora desde tan borrenda 
29 haz que a mi falso corazon as us te 
47 y otro castigo que es el ser llamado 
j9 todo me llena de terror y al suelo 
72 tu alevosia. 

2' A Venus. (Madré divina ) 

Variantes : 

versos 11 ni el que por s 11er le se llamo tu esposo 

15 blinda alegria Jove con la copa 

17 y el eco suena por los altos techos 

19 lleno de estrellas, de luceros y astros 

20 lu^ soberana, 

28 te llamo madré. 

38 bajar del cielo ■. tu belleza veo : 

39 ya mi deseo coronaste, madré, 



1. Véase ademâs p. 266 la copia de un manuscrito de la Biblioteca Nacional de Madrid. 



OBRAS INÊDITAS 263 



Cou motivo de haber encontrado en Salamanca un joven Poeta (Don Juan Meléndez 
Valdés) de exquisito gusto, particularmente en las composiciones amorosas. 
Idilio anacreôntico (publicadd). 
Ya 110 venin, o Tonnes 

Variantes : 
versos 10 con mùsica divina 

23 las nueve bermanas cantan 
27 mcis que el oro que llega 
3 1 para tejerlc flores 
35 Pues ese mismo joven 



Al mismo sobre el propio asunto (publicadd). 

Quaudo Laso murio, las nueve hermanas. 



Letrillas puériles, (publicadas,) 

De amores me muero. 
Variantes : 
Estrofas 3 versos 7 y tierna mirada 

4 3 quai cosa de espanto 

7 3 se pone mas rojo 



A la nave en que se embarcô Ortelio desde Bilbao para Inglaterra. 
Sàficos y adonicos (publicados). 
Ya déjà Ortelio la paterna casa 



A Meléndez (publicado). 

Sigue con dulce lira 

Variantes : 
Estrofas 3 versos 5 tal es la fuerza del ingenio y arte 
10 2 (los anos gratos al amor y ri Febo 

12 2 no pierdas tiempo en tu edad florida 

12 5 en milicirti y en cortes mal perdida. 

13 4 à los moros vencidos 

16 S y à l as delicias del Averno (sic) llegue, 

20 4 y a quai zagala quieres 



Soneto (publicado). 
Ya veis quai viene, amantes, mi pastora. 
Variante : 
Verso 12 Ni veis ni ois el misero tormento 



Epistola d Batylo y Arcadio. (Inédita. Véase pâg. 264.) 



Letrilla por el mismo estilo que las impresas (publicada). 

Que un sabio de mal humor 

Solo hay en el manuscrito las estrofas 1 y 9 



26 4 



JOSE CADALSO 



POESIAS 



REMITIENDO A UN' PORTA JOVEN LAS POESIAS DE GARC1LASO 
CON ALGUN'OS VERSOS MIOS ' 



Si mis âsperos métros yo te envio 
con dulces versos del divino Laso, 
no juzgues que- el orgullo necio mio 



me finja que le igualo en el Parnaso. 
Lo hago porque juntas quiero darte, 
con prendas de mi amor, reglas del arte. 



CUM AMICO CUIDAM MEO GARCI.E LASSI TOLETANI CARMINA 
NEC NON MEA MITTEREM, HOC QUOQUE 1LLI DEDI 

EPIGRAMMA 3. 



Quos feci quondam versus juvenilibus versibusin nostris pignus amoris habes. 

[annis, Hoc est cur mittam Lassi cura carminé 

et teneri Lassi carmina mitto tibi. [nostrum : 

Carmina si Lassi Phœbi prœcepta viden- non tanti socii dignus amore fui. 

[tur, 



EPISTOLA 

 BATYLO Y ARCADIO, 

SOBRE EL RUMOR DE GUERRA CON PORTUGAL, 

Ô DE NUEVA EXPEDICION CONTRA ARGEL. 



Vuelve el rumor de la africana guerra 
al lusitano campo trasladada ; 
y el trozo antiguo de Borbon repite 
lo que en Nâpoles, Flandes y Sicilia 
en Aragon, Castilla, y en Valencia, 
hizo en pasados siglos ; y se alientan 
los jôvenes que hoy siguen sus pendones, 



ansiosos de igualarse con los viejos, 
6 superar tal vez la antigua gloria, 
con hechos que merezcan mas loores. 
Dulce Batylo, sentencioso Arcàdio, 
amigos ambosy consuelos mios 
en cuyo pecho halle dulce consuelo, 
quando sali de la engaiïosa corte, 



i. Los seis versos espanoles se hallan en las obras impresas, pero no los latinos. 

2. Variante : 

Si mis àsperos versos yo te embio 
con dulces metro Jel divino Luso, 
no créas que .... 

3. En otra copia autôgrafa, después de los versos castellahos, no se lee este titulo latino; solo 
hay : El mismo pensamiento en latin. 



OBRAS ÎNEDITAS 



2(> 



vosotros, cuyos nombres dan delicia, 
gozo, dulzura y paz à mi memoria, 
iserân estos los ûltimos renglones 
que he de escrivir, con mano que enlazada 
con las vuestras un tiempo fué dichosa 
y prenda de un cariiîo mutuoy firme? 
Desde hoy, tal vez, no tomarâ mi diestra 
la pluma, repitiendo, quai solia, 
de la sacra amistad el dulce empleo, 
sino el hierro que cântabras montanas 
envian a Toledo, desde donde 
hecho mortal segur, corta las vidas 
que lloran viudas, huérfanos y madrés ! 
I No mâs pisar entre mis dos amigos 
en plâticas gustosas é inocentes 
las orillas que bana el Padre Tonnes 
y resuenan del Eco de sus nimphas, 
ni el âmbito magnifico, ostentoso 
de la Plaza Mayor de Salamanca 
con pôrticos suntuosos, y columnas, 
y bustos de los héroes de Castilla, 
(empleo digno de patriotas manos). 
iNo mâs parar la noche obscura y larga 
de Enero, juntos con preciosos libros 
de gustoso moral escrito en verso, 
por Mendoza, Léon, Lope, Argensola? 
Truécase todo en sangre, horror, es- 

[truendo, 
por inconstante mar, hôrrida tierra, 
fértil en tigres, vfvoras, leones, 
ardiente arena y bârbaros contrarios, 
con arroyos de sangre agena y propia, 
cadâveres y cuerpos desmembrados 
que juntos forman pâlidos montones, 
saliendo de ellos lastimeras voces, 
de moribundos ùltimos alientos, 
tremenda consonancia del ruido, 
y el estrépito de armas, roncas trompas 



y relinchos de béticos cavallos, 
cuyas madrés conciven de los vientos, 
segun la'antigua tradicion refiere. 
Si alli me espéra la inflexible Parca, 
Uorad, llorad, amigos, como os dije 
en la lengua de Tulios y Marones, 
bien que en bârbara frase, no tan pura 
como quando en Paris cursé la escuela. 
Llorad, digo otra vez, llorad, amigos, 
que yo, espirando, estenderé la mano 
al que tenga mâs cerca, y moribundo 
diciendo : muero por la patria, alegre, 
que tal muerte es honrosa quanto dulce. 
Si acaso vuelves â pasar los montes 
que separan las dos nobles Castillas, 
â Batylo y Arcadio di mil veces 
que nada me es terrible en este instante, 
sino dejar su trato y su carino ; 
en esto moriré. Los ojos yertos, 
herizado el cabello, el pecho hinchado, 
la lengua seca, y todo envuelto en polvo, 
pasto tal vez de fieras ô de peces '. 
Pero luego al pasar el lago Estigio 
el dios barquero llevarâ con pocos 
mi espi'ritu hacia el campo del Eliseo. 
Yo no veré de Ixion la horrible rueda 
ni â Sisifo, ni â Tântalo, ni â tantos 
que sufren bajo el brazo de las furias 
castigo justo de mortal audacia 
que no viô sin espanto el pio Eneas 
llevando el ramo que le daba el hado 
guiândole entre sombras la Sibila, 
con ser nieto de Jupiter tonante 
y ser â quien fiô sus dioses Troya 
para formar en Roma el pueblo invicto 
cuyo imperio sin fin daria leyes 
â todo el orbe desde el Capitolio. 
Iré tranquilo donde viven juntos 



1. El autor habia escrito : de fieras y leones, y lo borro despucs. 
Revue hispanique. 



266 



JOSE CADALSO 



formando coros de apacible gozo 
los que (fieles al culto de los dioses 
à su patria, sus hijos, y sus padres, 
y a sus amigos) llegan sin recelo 
à Minos y â los otros rectos jueces, 
cuya vista extremece a los que vivos 
despreciaron el rayo del gran Jove, 
traidores a su patria la olvidaron, 
con mofa hirieron las antiguas leyes, 
del Senado y la purpura y corona, 
ô del anciano padre y madré tierna 
las canas y el amor, que â tanto obligan, 



(delitos que las fieras no conocen 
privadas de la luz que el hombre tiene) 
6 los que rasgan con atroz malicia 
de la atnistad el cândido regazo. 
Si al culto de la Diosa erigen templo 
los hombres algun dia, quai debieran 
en sus aras, pondréis, dulces amigos, 
mis cenizas en urna de diamante 
que â los ejes del mundo alcance en 

[tiempo 
por premio del amor constante, y puro 
que hasta morir os profesô Dalmiro. 



SOBRE UN NUEVO AMOR. 
ODAS EN VERSOS SÀFICOS Y ADÔNICOS Â VENUS Y CUPIDO 1 . 

(Biblioteca National de Madrid, P. V. 40 — C. 35 — N° 46. ) 



ODA PRIMERA À CUPJDO 

Niiïo temido por los dioses y hombres ! 
Hijo de Venus! Ciego amor! tirano! 
Con dévil mano, vencedor del mundo! 

Dulce Cupido! 
Quita del arco la mortal saeta 
Déjà mi pecho que con fuerza heriste, 
Quando la triste, la divina nimpha 

Me dominaba. 
Desde que el hilo de su dulce vida 
por dura Parca feneciô cortado, 
desde que el hado la Ilevô a la sacra 

Cumbre de olimpo, 
Guardo constante la promesa antigua 
de que ella sola me séria cara, 
aunque pasara las estigias olas, 

Con Aqueronte. 



De lutos largos me vestf gimiendo, 
y de cipreses coroné mi trente : 
eco doliente me sigitiô con quejas, 

hasta su tumba. 
Sobre la loza que regué con sangre 
de una paloma negra y escogida, 
lue repetida por mi voz la triste 

justa promesa. 
Nunca las voce s que mi fêjuraron 
creo que puedan merecer olvido ; 
ni tu, Cupido, punies olvidarlas, 

si las oiste. 
Sacra ceniza! repeti mil veces, 
Sombra de Philis! si mi pecho adora 
otra pastora, desde tau horrenda, 

lôbrega noche, 
Haz que .i mi l'also corazon castigue 
quanto las cuevas del Averno ofrecen ; 



1. À pesar de hallarse ambas odas en las obras impresas, las reproducimos aqui por tener cl 
manuscrito de la Biblioteca Nacioual de Madrid notables variantes y versos inédites que indicamos 
en itàlù 



OBRAS INEDITAS 



267 



quanto padecen los malvados, quanto 

Sysifo sufre. 
Jùrolo, Philis, por mi amor, y el tuyo, 
por Venus misma, por el Sol y Luna, 
por la laguna que venera el mismo 

Omnipotente. 
Las iiegras losas a mi fino acento 
mil veces dieron ecos horrorosos ; 
y de dudosos ayes resonaron 

tûmulo y ara. 
Dentro del mdrmol una voz contusa 
dijo : Dalmiro ! cumple lo jurado! 
quedé asombrado, sin mover los ojos, 

pâlido, yerto. 
Temo, si rompo tan solemne voto, 
que Jove apure su rigor conmigo ; 
v otro castigo, que es el ser llamado 

pértido, aleve. 
Entre los brazos de mi nueva amante 
temo la imagen de mi antiguo dueno : 
ni alegre sueno, ni tranquilo dia, 

ha de dejarme. 
En vano Cloris cuyo amor me ofreces, 
y a cuyo pecho mi pasion inclinas, 
pone divinas perfecciones juntas 

ante mis ojos. 
Ante mi vista se aparece Philis ; 
en mis 01'dos su lamento suena : 
todo me llena de terror; v al saélo 

ti'mido caigo. 
Ldstima causen a tu pecho, oniho! 
las voces mias, mis dolientes voces. 
Ay, si conoces el dolor que causas, 

ldstima tenme ! 
La nueva antorcha que encendiste apaga, 
y mi constante corazon respire. 
Haz que no tire tu invencible bra{0 

otra saeta. 
Ay, que te alejas ; y me siento herido ! 
ardo de amores, y con presto vuelo, 
Uegas al cielo ; y a tu madré cuentas 

tu tirania. 



ODA SEGUNDA A VENUS 

Madré divina del alado nino ! 
oye mi ruego; que jamas oiste 
otra tan triste lastimosa pena, 
como la mia. 
Baje tu carro desde el alto Olimpo, 
entre las nubes del tranquilo cielo. 
Rdpido vuelo traiga tu querida, 
blanca paloma. 
Xo te detenga con amantes brazos 
.Marte, que déjà su rigor por verte; 
ni el que por suerte se llamô tu esposo, 

sin merecerlo. 
Ni lu delicia de la sacra mesa, 
quando a los Dioses lleno de ambrosia 
brinda alegria Jove con la copa 

de Ganimedes; 
Y el eco suena por los techos altos 
del noble alcdzar, cuyo piso huellas 
lleno de estrellas, de luceros lleno, 

y tachonado. 
Cerca del ara de tu templo en Pafos, 
entre los himnos que tu pueblo dice, 
este infelice tu venida aguarda : 

baja, volando! 
Sobre tus aras mis ofrendas pongo, 
testigo el pueblo por mi voz llamado; 
y, concertado con mi tono el suyo, 

lldinate madré. 
Alzo los ojos al verter el vaso 
de lèche blanca, y el de miel sabrosa ; 
cino con rosa, mirtos, y jazmines 

esta mi frente. 
Mi palomita con la tierna pluma 
aun no tocada por pichon amante 
pongo delante de tu simulacro : 

no la deseches. 
Ya, Venus, miro resplandor céleste 
bajar al templo : tu belleza veo : 
ya mi deseo coronaste, o madré ! 

madré de amores I 



268 



JOSE CADALSO 



Virgenes tiernas, nirios, y matronas ! 
ya Ih'ga Venus] vuestra Diosa viene! 
El tetnplo suene con alegres himnos, 

)i\h\\o grato. 
Humo sabeo saïga de las urnas, 
dulces aromas que agradarla suelen, 
âmbares vuelen, tantos que a la excelsa 

bôveda toquen. 
Pueblo de amantes que a mi voz llegaste 
a Venus pide que â mi ruego atienda ; 
y que a mi prenda la pasion inspire 

quai yo la tengo. 

CORO DE NINAS 

Reina de Chipre, Diosa de Citeres ! 
tu queâlosDioses yâloshombres mandas, 
porque no ablandas â la dura Cloris? 
mandalo, Venus ! 

CORO DE NINOS 

Reina de Pafos y de amores madré ! 
tu que las aimas llenas de placeres, 
porque no quieres que Dalmiro triumphe ? 
mandalo, Venus! 



I 1 - 1 NINA 

Como la rosa 
agradecida 
da mil olores 
de sus aromas 
al amoroso 
Zéfiro blando 
quando la halaga 
y la rodea : 

CORO DE NINAS 

Reina de Chipre &c. 

2 a NINA 

Como la yedra 
halla en el olmo 
vinculo firme 
quando la abraza : 



l r NINO. 

Haz que reciva 
en su regazo 
Cloris afable 
al que la adora. 



CORO DE NINOS. 

Reina de Pafos &c. 



CORO DE NINOS. 

Reina de Pafos &c. 

2° NINO. 

Haz que â su amante 
pldcido rostro 
ponga la ninfa 
quando la vea : 
pâbulo nuevo 
halle su llama 
en su querida 
dulce zagala. 

CORO L)E NINAS. 
Reina de Chipre &c 



OBRAS INÉDITAS 269 



EPITAFIOS 

PARA LOS MONUMENTOS DE LOS PRINCIPALES 

HÉROES ESPANOLES 

OBRA PATRIOTA-MILITAR 

DEDICADA 

AL 

PRINCIPE DE ASTURIAS 

(NRO senor) 

u Dulce et décorum est pro patria mon' » 
« El morir por la patria es gusto y gloria. » 
Horat. 



1. Numancia. 



Posl annos 14 in obsessione consutnptos, 

1res debellatos exercitus, totidetn gloriosos anteavictos consules 1 

summique Scipionis 

fortitudinem, peritiam, et fortunam superatas, 

super combustam palriam 

ga%as 2 , pueros, maires, saies, Deos, et semetipsos projecerunt 

Numantini. 



In eorum memoriam hoc à posteris Hispanù erigitm 
Monutnenium. 



Monumento 

levantado por la posteridad espanola a la antigua 

Numancia, 

cuyos habitantes, después de 14 anosdesitio, 

haver vencido très exéreitos, 

derrotado très consules hasta entonces gloriosos 3 

y superado el valor, pericia, y fortuna del gran Scipion 1, 

incendiaron su patria, 

arrojdndose a la hoguera, con sus hijos, madrés, ancianos y 

Dioses. 



1. Variante : lot idem victos consules antea gloriosos ; — otra : tôt idem gloriosos antea consules. 
?. Var. : natos, mat tes... 

3. Var. : victoriosos. 

4. Var. : y superado el valor del gran Scipion, su pericia guerrera y su fortuna. 



27O JOSE CADALSO 



2. Sagunto. 

Pro servando cum Romanis facto fadere 

Saguntini 

Numantinorum fortitudinem sunt imitati 

(Jïirenle Aunibale) 

et, combustâ patriâ, 

nihil uisi numquam consummendam famam reltnquere voluerunt. 



Hoc hàbeant constant ici et amicitia 
Monumentum. 



Monumento 

a la constancia y lealtad de los Saguntinos 

que, por no entregarse al dominio de Anibal, 

ni abandonar la alianzade los Romanos, 

imitaron â los de Numancia, 

poniendo ellos mismos fuego a sus casas y templos, 

y nada dejaron de su patria sino la fama eterna de su 

firmeza y honradez. 



3. Los Càntabros. 



Cantàbra genti 

jnga Romanorum ferre indocta 

{[teste Flacco Horatio) 

Monumentum. 



Monumento 

à la memoria de los càntabros 

que, segun Horacio, jamas supieron llevar cl iugo de los 

Romanos. 

A. Pelayo f 737. 

Quoi sunt in Hispania, 

expulsis Mauris, 

templa, mania, domus 1 , imo et arva, 

lot sunt Peîayi illiusque virtutis monumenta. 

Hoc tamen habeat 

Héros ille cujus ope veteribus mis cl focis fruimur 

Mou mnenl uni, 

' 1 itiilis reîigione innumeros servandumper iinnos-. 



Obi il au no à Christo j]j. 



1. Var. : arces. 

2 . Var. : Ha tam< » 

po teritatis reîigione innu ndum per miuos 

Héros 

CUJUS ope fruimur cl avis 



OBRAS INEDITAS 27 1 



Monumento 

que la religion de los Espanoles conserva™ eternamente 

en memoria de Pelayo 

à cuyo brio debemos libertad y culto 

por la derrota do los Moros ; 

y a falta de este, lo serân quantos templos, 

ciudades, torres, y aun canipos tiene 

Espana 

restituida por él a su antigua religion y estadu. 

Alfonso ei Catôlico y 757. 

Alfonsus Catholicus 
qui opus à Pelayo incœptum, paiicis adhuc viribus, omnibus autem virtutibus, 

innixus 

contra Mauros perficere conatus est, 

nomenque suum, fausti Augurii pignus posteris œlatibus reliquit, 

quot ciiim postea Alfonsi sunt cognominati loi inter maximos 

Hispania reges numerandi sunt. 

Iïïi, iîlisque omnibus hoc commune erigitur 

Mouumculmu. 



Obiil anno à Christo 
7)7- 



Monumento 

de 

Alfonso cl Cathôlico 

que seguido de pocos soldados, pero acompanado de todas las virtudes 

procurô concluir la obra empezada por 

Pelayo, 

dejando su nombre por feliz agûero, 

pues quantos reyes se llamaron conio él, tambien fueron 

como él gloriosos. 

Sirva a la memoria de todos ellos. 

Muriô 757. 

6. Ramiro 1° 7 850. 

Ramiro 1° 

Monumentum. 

Mauros in Gàllœcid, Lusitaniâet Bctica, 

nec non La Coruna Noiuiamlos 



2J2 JOSE CADALSO 



aliosque pyratas 
debellavit. 



Obîit anno à Christo 
8jo. 



Monumento 

de 

Ramiro i° 

que venciô los Moros en la Bética, Lusitania y Galicia 

v deshizo cerca de la Coruna 

los piratas de Normandia y otros. 



Muriô en 8so. 



7. Ramiro 2° ■'- 950. 

Rituiiro 2 do 

qui, post limitas contra Mauros inditas victorias, eos gloriosissimè 

apud Clavijo, favente divojacobo 

(ut fides nobis est) 

minimo exercitu, omnino debellavit, 

Monumentum. 



Obiit anno à Ch isto 
9)0. 



Var. : Ramiro II 

(/ni, post militas contra Mauros victorias 

illos gloriosissimè minimo exercitu apud Clavijo. 

favente Jacolo, ut pic creditur, 

debellavit, 

Monumentum. 



Obiit anno 9/0. 



Monumento 

a Ramiro 2' 1 » 

que, después de muchas victorias contra los Moros, 

los deshizo del todo en Clavijo con tan corto exéreito 

que se atribuyô su triumpho al socorro de 

Santiago. 



Muriô en 050 



OBRAS IN ÉDITAS 2 73 



8. Veremundo, Garcia, y Fernan Garcia. 998. 

Extinctd inter Cfmstianos discordiâ 

qua rursus Mourorum arma Legionem, Castellam, et Navarram minabantur 

Veremundus, Garcia, et Fernan Garcia, 

Legionenses, Navarros, et Castelîanos suscitaverunt, et uni la' virtute 1 , 

Abderramanum 

/<) triumphis superbum vicerunt, 

anno à Christo 998*. 

Trium virorum prœclara nomhia in hoc honoret postentas 
Monumento. 



Monumento 

en que la posteridad venerarâ los nombres de 

Veremundo, Garcia, y Fernan Garcia, 

Reyes de Léon, Navarra, y Castilla, 

los quales, después de extinguir las discordias 

que dividian a los Christianos de Esparïa, 

humillaron â Abderramen 

orgulloso con las 50 victorias que havia ganado 

â los Espanoles. 



9. Fernando 1° 7 1065. 

Ferdinando 1 Casléïla régi 

Monumentum. 

Post horrida bella, 

captis demum Toîeti, et César Augustœ regibus, 

réligioni, 

ïegïbus, scieutiis et artibus opérant dédit. 

Obiit anno à Christo 
106) > 



Monumento 

de 

Fernando i° de Castilla, 

por haver dado digno establecimiento a la 

Religion, govierno, y ciencias, 



1. Var. : et unitâ fortissimo virtute. 

2. Var. : JO triumphis superbum anno qqS vicerunt. 

3. Var. : Obiit anno ro6). 



274 J OSE CADALSO 



después de hacer prisioneros a los reyes moros de 

Toledo y Zaragoza 

al cavo de una horrorosa guerra. 



Muriô 
en 1065. 



10. El Cid f 1099. 

Roderico de Vivar 
a Mauris, quos sœpe vieil, Domino (Cid) cognominato, 

qui 

Toletum, VaUntiam, multasque alias civitates cœpit 1 , 

Monumentum. 



Obiit anuo à Christo 
I0 99 



Monument» 

de 

Rodrigo de Vivar 

que tomo Toledo y Valencia, con otras muchas ciudades 

à los Moros, los quales por respeto le llamaban 

Cid, que significa Seiîor. 

Var. : Monumento 

â la memoria de Rodrigo de Vivar 

que tomo 

Toledo y Valencia 

y otras ciudades a los Moros los quales por respeto le llamaban 

el Cid, que significa Seiîor. 

11. Alfonso 1° de Aragon ■]■ 1134, y Alfonso 1" de Castilla y 1109. 

Pétri Aragonia Régis 

fratri invicto Alfonso 

propter innumeras contra Mauros pugnas vnlgo Batallador cognominato, 

qui Casar Augustœ, Tarracona, Bilbilis, Daroca et aliarum urbium mania 

religionis et patrice vexillo munivît, 

alioque Castelhc Régi, eodem nom'uie, cognomine, et honore insignito, 

commune hoc erigitur 

Monumentum. 



Hic anno à Christo 1109 obiit : ille vero r 1 34. 



1. Var. : alias i\rpit civitates. 



OBRAS INEDIT AS 2J$ 



Monumento 

para 

Alfonso, el invicto hermano de Pedro Rey de Aragon, 

llamado el Batallador por el mucho numéro de sus 

batallas, 

que, con la insignia de la Fé y de la Patria, 

honro las murallas de Zaragoza, Tarragona, Daroca, 

Calatayud y otras ciudades ' ; 

y tambien â otro rey de Castilla del mismo 

nombre, sobrenombre, y heroismo. 



Este muriô 1109, y aquel 11 34. 



12. Batalla de Las Navas de Tolosa. 1211. 

Castella, Navarrœ, et Aragonia regibus 

Alfonso 9, Sancho 7, Pet 10 2, 

qui in loco vnîgo Navas de Tolosa, innumeris interfectis Mauris, 

religionem et patriam statue nuit, 

anno à Chr. 12 1 1 

hoc in remotissimas imperii hispani 2 partes et atates erectum est" 

Monumentum. 

Monumento 

que sera famosô para todo el dominio y duracion del 

imperio espanol, 

Ievantado en memoria de los reyes de 

Castilla, Navarra, y Aragon, 

Alfonso 9 , Sancho 7 , Pedro 2°, 

que con muerte de innumerables Moros en las Navas de Tolosa 

aseguraron la religion y estado, 

aiïo de 121 1. 

Var : Monumento 

de eterna veneracion para todas las partes y edades del dominio de Espana 
por ser en memoria de 
Alfonso 9 de Castilla 



1. Var. : que adornà las murallas de Zaragoza, Tarragona, Calatayud v Daroca 

y otras mâchas dudades 
con la insignia de la Fé y Patria. 

2. Var. : hispani imperii. 

3. Var. : eregitur. 



276 JOSÉ CADALSO 

Sancho 7 de Navarra 

Pedro 2 de Aragon 

que juntos aniquilaron el poder de los Moros en la batalla de 

Las Navas de Tolosa 

ganada en 121 1. 

13. Fernando 3° y 1252. 

Duci, Régi, Sancto, 

Ferâinando J 

Monumentum. 



Obiit an 110 à Christo 1252. 



Sive : Viro immortali 

quem pat rem vocant cives, heroem castra, sanctum rcligio, 
quem honorent Hispani, tiniuerunt Mauri, laudet posteritas 

Monument uni. 



Obiit anno à Christo 

12} 2. 



Sive : FerdinanJo 

quem cives regem vocant, heroem castra, sanctum rcligio 
Monumentum, 



Monumento 

de 

Fernando y° 

a quicn la religion proclama santo, 

las tropas héroe, la patria rey. 

Muriô en 1252. 



Var. : Monumento 

à Fernando 3 

que igualmente mereciô los nombres de 

General, Rcy, y Santo. 



Muriô 1252. 



Var. : Monumento 

al varon inmortal 

que la patria ha llamado dignamente Padre, 

el exército Caudillo, 

y la Iglcsia Santo, 

venerado de los Espanoles, temido de los Moros, celebrado de la posteridad- 



Muriô 1252. 



OBRAS INEDITAS 



2 77 



14. Alfonso 2° + 1350. 



AlfOHSO 2 d ° 

qui jamdudum' plurimis contra Mauros prœliis praclarus 

in loco vulgo Salado, 

interfecto bostium vix credendo numéro, 

posteritatis admiratiomm acquisivit, 

Monumentum. 



Obiit anno à Chris lo i])0. 



Monumento 

para 

Alfonso 2 do 

digno de las alabanzas de la posteridad 

por la batalla del Salado en la que 

muriô un numéro apenas creible de Moros 

después de haverles ganado muchas otras 

victorias. 



Muriô en 13SO 



Var. : A Alfonso 2 

que después de una larga série de provas contra los Moros 

complété su gloria 

en la jornada del Salado 

y por el numéro increible de Moros que murieron en ella 

bizo su nombre admirable a los futuros siglos. 



Muriô 
ijjo. 



15. Martin Bozo -'- 1401. 



Ma rt ii 10 Bo^o, 

Equiti ordim vulgo de la Banda jure insignito, 

qui non an te atatis sua annutn 120 obiit, 

tt in pneliis quotquot integro swculo vidit Hispania, 

puer, juvenis, vit, senex, adfuit, 

gloriosamque tandem in pugnâ vitam anuo 1401 

peregit, 

Monumentum. 



1. Var. : jam. 



2y8 JOSÉ CADALSO 



Monuraento 

de 

Martin Bozo 

digno Cavallero de la Banda, 

que cumpliô 120 aiïos de edad, 

se havia hallado en todas las guerras de Espana 

durante un siglo entero, 

v nuirio cl ano de 1401 con las armas en la mano, 

como las havia llevado, 

en su ninez, juventud, vigor, y vejez. 

Var. : A Martin Bozo 

Cavallero de la Banda 

que muriô 1401 

después de haver vivido 120 afîos hallândose en quantas 

guerras alcanzô en un siglo entero. 

16. Alfonso Henriquez. 1407. 

Alfonso Henrique^ 

Monumentum 

qui Maurorum è Tutie\ et Tremecen classes debellavit, 

régnante Johanne 2 do 

annoà Chris to 140J. 

Monumento 

de 

Alfonso Henriquez 

que derrotô las armadas moras 

de Tûnez y Tremecen 

reinando Juan 2 do 

ano 1407 

17. Pedro de Vera. 1480. 

Pelro de Fera 

qui aiuw à Domino 1480 Insulas Fortunatas subjugavit, 

Monumentum. 

Var : Petro de Vera 

propter subjugatas aiino à Domino 14S0 Fortunatas 

Insulas 

Monumentum 



OBRAS INEDIT AS 279 



Monumento 

de 

Pedro de Vera 

por la conquista de las islas afortunadas 

en 1480 



Var. : Pedro de Vera 

que en 1480 conquistô las islas fortunadas. 



18. El Gran Capitan f 1512. 

Gon\alo Fernande^ de Cordova 

Castelhe exercitum imperatori 

non à civibus tantum sed etiam db hostibus Magno cognominato, 

a Gallis scïlicet et Mauris, 

Monumentum. 



Obiit Granata anno à Christo 

1)12 



A Gonzalo Fernandez de Cordova 

gênerai espanol 

a quien no solo sus conciudadanos pusieron el nombre de 

Gran Capitan 

sino tambien sus enemigos los Franceses ylos Moros. 



Muriô 15 12 



19. Fernando 5° -J- 1516. 

Ferdinando V 

Aragonia et Castella régi 

Monumentum. 

Victis Gallis, Navarram, 

et 

Mauris debellatis, Granatam, 

post tôt et tanta egregia facta fortiter occupavil 



Anno iji6 à Christo 
Obiit. 



280 JOSÉ CADALSO 

Var. : Ferdinando 5 to 

propter, devictis Gallis occupatam Navarram, 

Maurisque debellatis Granatam 

Auno à Christo 

iji6 
Monumentum. 

Monumento 

de 
Fernando S to 
por haver tomado la Navarra vinciendo los Franceses. 
y el reino de Granada derrotando a los Moros. 



Muriô en 1 516 



Var. : A Fernando S to 

Rey de Castilla y Aragon 

que después de muchas hazanas 

ocupô la Navarra derrotando â los Franceses 

y Granada venciendo a los Moros 



Muriô 1 5 1 6 . 



20. El Conde de Cabra. 

Comiti de Cabra 

qui horrendam numéro et ira' Turcàrum classent 

prope insulam Gerbes, 

laulo antea etpostea sanguine inundatam, 

superavit, 

Monumentum . 

Al Conde de Cabra 

que derrotô una inmensa armada de Turcos junto a la 

Isla de Gerbes 

inundada tantas veces con sangre. 

21. Hugo de Moncada. 

Comitis de Cabra 

in Tu ira ru m uavibus debelhindis, el 

insuhi Gerbes subj Uganda 

digno socio 

Hugo de Moncada 

Monumentum. 



OBRAS 1NÉDITAS 28 I 



A Hugo de Moncada 

digno companero del Conde de Cabra 

en la derrota de los Turcos. 



22. Duque de Najera. 

Duci de Najera 
Monumentum. 



Galloritm prœdarum ducem Comitem de Foix 

post pugnam capit, 

Mosquée Iota Navarrâ expuhit 

anno à Christo 1 521. 



Al Duque de Najera 

que después de echar de Navarra â los Franceses 

hizo prisionero al gênerai de ellos 

Conde de Foix 

1521 



23. Sébastian Cano f 1525. 

Sebastiano Cano 

qui 

audacid vix credendâ 

primas ante omiies 

Hispanos, GaJlos, Anglos, Batavos, Lusitaiiosque nautas 

veterum et novum mundum 

circumdedit, 

Monumentum. 



Obiit anno à Christo 

1)2). 



A Sébastian Cano 

primer mortal 

que diô la vuelta al mundo nuevo y viejo 

imitado después 

por los Franceses, Ingleses, Holandeses, Portugueses, etc. 



Muriô 1525. 

Revue hispanique. 



282 JOSÉ CADALSO 



24. Garcia de Holguin. 1525. 

Garcia de Holguin 

qui navetn, qud, magnâ comitante catervd procerum 

barbarorum rex Guatimo\vn vehébalur, 

in mediâ illorum innumerd classe capit : 

quo facto 

Mexicanum Imperium 

nostris (ut infatis erat) succumbuit armis 

die iS Agusti anno i )2j. 

A Garcia de Holguin 
que abordé el navio en que iba Guatimozin 

emperador de Méjico 

y dândole muerte en medio de su armada 

y de su innumerable comitiva 

consumô la conquista de aquel imperio 

que Dios havia decretado 

18 de agosto 1525 

25. Beltran de la Cueva j 1526. 

Egregio juveni 

Bertrano de la Cueva, 

Ducis de Alburquerque dignissimo filio 

Monumentum. 



Gallos c lotd Navarrd rursus expulsit. 
( Mit anno à Christo 

I$2Ô. 



Al herôico joven 

Beltran de la Cueva 

digno hijo del Duque de Alburquerque 

que volviô i\ arrojar a los Franceses 

de toda Navarra. 



Murio 1526. 



26. Fernando de Alarcon. 

Ferdinando de Alarcon 

qui 

virilité, prudentid, indole, peritiâ, imo el vullu, 
hostium, eiviuni, militum el Caroli etiam r 



OBRAS INÉDITAS 283 



reverentiam est assecutus, 
Monumentum- . 



Illum semper Dominum vocabat Cœsar invictus. 

Germanos et Hispanos discordiâ agitatos placavit. 

Gallos prope montes Alpes dux débéllavit et miles. 

Vigiliœ illius et prasidio 

duo maximi fuerunt commissi captivi, 

seilieel 

Pontifex summits Ecclesiœ et Gàlliœ magnanimus Rcx. 



A Fernando de Alarcon 

llamado por Carlos 5 el senor Alarcon. 

Por su pericia militar, virtud, genio y aun por su aspecto 

se adquiriô la consideracion 

de su rey, de sus patriotas y enemigos. 

Reuniô 

los Espanoles y Alemanes que se hallaban divididos en discordias : 

como gênerai y como soldado venciô â los Franceses junto â los Alpes, 

y tuvo en su custodia 

los dos mayores prisioneros del mundo 

a sa ver 

el Ponti'hce Màximo de la Iglesia, y al magnànimo rey de Francia. 



27. Leiva, Davalos, Davilas. 

Strenuis Viris 

Leiva, Davalos, Davilas, 

quorum sanguine, peritid, etfiducid toties triumphavit 

Carolus 

V apttd Germanos, apud Hispanos I 

Monumentum. 



A los varones insignes 

Leiva, Davalos, Davilas , 

a cuyo esfuerzo, pericia y fidelidad debiô su Victoria 

Carlos 

primo en Espana y quinto en Alemania. 



284 JOSÉ CADALSO 



28. Antonio Alaminos. 



Antonio Alamino 
Monumentum. 



Navium fuit rector 

qitibus in Américain vida sunt Hispaniarum arma, leges, mores, artes 

Réligio, 

nec non illis à cash datum in novo mundo imperium sine fine. 

A Antonio Alaminos 

Piloto que fué a la America con las naves que establecieron en ella 

la Religion, tropa, gobierno, costumbres y artes 

de la Espaiîa 

y el imperio que para siempre les ha dado el cielo 

en el nuevo mundo. 

29. Hernan Cortes f 1554. 

Ferdinando Cortes 
Monumentum. 

Patria decus 
America terror 
Europa invidia. 

Obiit anno à Christo 1554 

A Hernan Cortes 

honra de Espaiîa. 

terror de America 

embidia de Europa. 



Muriô 1554. 



29* Hernan Cortes f 1554. 

Ferdinando Cortes 
Monumentum. 



Haud alio similis 
quoi fabula, historiave narrât Hcroas superavit. 



Obiit anno à Christo i$54- 



A Hernan Cortes 

héroe solo igual a si mismo 

y superior d quanto la historia cuenta y la fabula ha iingido. 

Muriô 1 5 s4 



OBRAS INÉDITAS 28 S 



30. Francisco Pizarro j- 1540. 

Francisco Pizarro 

Monumentum. 

Quidquid de illius savitid, plura et majora de iïïius fortitndine 

sunt dicenda. 

Comitum et mïlitum seditionem, 

ignoti maris et inhospita terra pericula, 

morbos, famem, sitini, œstum, frigus, belliim, antbroyopbagos, 

circumspexit, 

et ad imperium Peruviarium subjugandum 

omnia visu et dictn borribilia 

çontempsit. 



Obiit anuo à Cbristo 
1540 



A Francisco Pizarro 

de cuya crueldad claman tanto los extranos 

haviendo tanto mas que decir de su mérito, 

pues supo aplacar la sublevacion de sus companeros y sûbditos 

despreciô los riesgos de un mar desconocido y de una tierra xxx 

para conquistar el Peru 

y desdenô 

la sed, hambre, calor, frio, guerras, antropôphagos 

y todo quanto puede aterrar al corazon humano. 



Muriô 1540 



31. Alvaro de Bazan, marqués de Santa Cruz ■]- 1588. 

Alvaro de Ba\an, Marq. de 5 ,a Cru\ 

Monumentum. 

Turcas, Mauros, Lusitanos, Gallos et Auglos 

Asiœ, Africa, et Europa maribus 

débellavit. 

Félix belîo, morte felicior. 

Tôt enim et tanti triumphi unâ tant uni clade delendi fuissent, 

arma Pbilippo in Angliam, fato sinistro, arma pararentiir. 



Obiit anno 1588 



286 JOSÉ CADALSO 



A Don Alvaro Bazan 

vencedor 

de Turcos, Moros, Portugueses, Ingleses y Franceses, 

muy feliz en la guerra, y mâs en la muerte 

pues toda su gloria tal vez se huviera eclipsado con el mando que 

se la destinô de la armada que Phelipe 2° équipé contra los 

Ingleses à. quien el cielo no fué propicio. 

En aquella época muriô 1588. 



32. Moncada, Oquendo, Requesens, Valdés, Verdugo ■]■ 1588. 

Verdugo, Oquendo, Moncada, Requesens, Valdes, 

contra Britannorum non adversus élementa wissos, 

eîementa débéllaverunt non Britanni, 

anno à Christo 1588. 

In cor uni memoriam 

(proh Dolor!) 

hoc erigitur a posteris Hispanis commune 

Monumentum. 

A los Oquendo, Verdugo, Moncada, 

Requesens, Valdés 

y otros héroes que su gloriosa carrera concluyeron 

desgraciadamente 

ano de 1 588 

en las costas y mares de Inglaterra 

no por el brio humano de los Ingleses 

sino por la voluntad irrésistible de los cielos. 



33. Alfonso Ercilla de Zùïiiga. 

Alphonso Ercilla et Zttniga, 

contra Araucanos per dies pugnanti, 

per noctes pugnas scribenti, 

Monumentum. 

A Alfonso Ercilla de Zûniga 

que peleaba de dia contra los Araucanos 

y de noche escrivia lo acaecido. 



OBRAS INEDITAS 



287 



34. Fernando de Aguirre. 

Fernando de Aguirre 

qui 

terras vulgo Australes detexit, 

mariaque horrïbilia superavit 

Monumentum. 



A Fernando de Aguirre 

que 
descubriô las tierras australes v domô los mares horribles. 



35. Juan de Ojeda. 

N. Ojeda 

Monumentum. 

Détectant ab ipso Auream Castellam, Novam Beticam 

et Darienem 

horrendo subjugavit bello. 

A Juan de Ojeda 

que conquistô contra horrorosos salvajes antropôphagos 

la Castilla Dorada, Nueva Andalucia v el Dariense. 



36. Valdivia y Pedro Melendez. 

Regionem vulgo Chile 

ab Almagro détectant subjugavit Valdivia, 

haud secus 

Pelrus Melende^ Floridam a Johanne Pouce inventant, 

et a Coligni cum Gallis hareticis occupa la m. 

Ferdinandi Cartes 

coustautiam suut imitati illorum cum illius nomiue 

in hoc légat posteritas 

Monumento. 



Valdivia y Pedro Melendez 

criados en la escuela de Cortés 

conquistadores de Chile y de la Florida, provincia 

no poblada de Indios indefensa sino ocupada 

por los herejes franceses al mando de 

Coligni. 



288 JOSÉ CADALSO 



37. Juan de Salamanca. 

Johanni de Salamanca 

qui 

in valle vulgo Otumba regium Mexicanornm vexïïlum 

ab Mis fortiter et religiose, pro aris et focis, defensum 

i> medià barbarorum acte 

vi et artnis rapuit, 

Monumentum. 

A Juan de Salamanca 

que en el valle de Otumba se arrojô al medio 

del exército mejicano, y a fuerza de armas 

arrancô la insignia impérial que los barbaros 

defendian como la suma de su religion, estado y esperanzas. 

38. Juan Nunez de Mercado. 

Juvenis quidam Johannes Nunê^ de Mercado 

cxim vix essel annos 16 rialus, coram utrdque barbarâ et hispand acie 

horrendum, informent, ingénient americanimt, 

rumine jubente, tantumque suadente virtute, 

interfecit : 

illiusque gladium, clypeum, et hastam lattis et superbns 

Ferdinaiido Cartes, domino suo 

obtiûit. 



Puero Mo lot vivis prœstantiori 

Monumentum. 



A Juan N ûnez de Mercado 

joven de tierna edad , y héroe igual a los de la mayor, 

pues en la de 16 anos 

hallândose de page de Hernan Cortés 

â impulso de su valor y sin orden que se lo prescribiese 

se arrojô sobre un amcricano agigantado 

que desafiaba d los christianos à singular batalla 

v dândole muene le quitô sus armas 

v lasdeposito à los pies del gênerai espaiiol 

el quai por el exceso de valentia 

le perdonô la falta de subordinacion, 

y con un abrazo dado al freine de aquellas tropas vencedoras, 

le diô valor para empresas mayores. 



OBRAS IXÈDITAS 289 



39. Jacobo Ordax. 

Ignivomi mentis inhospitum vertex scandere ausus est 

Jacobus Ordax. 

Mirabantur Hispani : Americani stnpebant 

et 

flammas, stilpbur, strepitum, vapores, monstrua, 

amicorum lacrymas, barbarorum reh'gionem, 

horrendasqite totius naturce ruinas conlemnens', 

Duci suo makeriam bellici pidveris in gurgite inventant nuntiavit. 

Iïïius nomini et jortitudini 

Monumentum. 



A Jacobo Ordax 

que con admiracion de los Espanoles y espanto de los Americanos, 

subiô a la impénétrable cima de un monte que arrojaba fuego 

v descubriô en él azufre para fabricar la pôlvora, 

por entre Hamas, vapores, ruido, monstruos, 

lâgrimas de sus amigos, gritos supersticiosos de los bdrbaros 

y la amena/a de la naturaleza. 



40. Mesa y Montano. 

Artis tormentaria peritissimi 

Mcsa et Montano, 

in baraihrum à Jacobo Ordax exploratum ne pulvere bellico carcrent nostra castra, 

(sine qno non erat novus mundus subjugandus) 

victis periculis et obstaciilis, patriœ et religionis amore ducti et pulsi 

descenderunt. 



Hoc habeant monnnientuni. 



A los famosos artilleros 

Mesa v Montano 

que llevados del amor d su fé y a su rey 

bajaron i la cueva descubierta por Ordax 

a pesar de tantos peligros 

v saecron los materiales para la pôlvora sin la quai 

no se podia conquistar aquel nuevo mundo. 



290 JOSE CADALSO 



41. Juan de Guzman. 

Mexicanorwn Deorum ante aras sanguine bumano 

s.epissime fœdatas, 

Johanni de Guzman jugulato 

virtutis sua, gloria, honoris, et erga Cartes amoris 

potius quam barbarorum religionis 

victimœ 

Monumentum. 

A Juan de Guzman 

vi'ctima no tanto de la venganza y supersticion de los Mejicanos 

que le sacrifioiron en sus aras tantas veces manchadas 

con sangre humana 

quanto de su amor a Cortés y de su heroismo. 

42. Conquista de Granada. 

/;/ subjugandi Maurorum nepotibus, 

in quietis pace, beïïo strenuis, 

adhuc Granata et inter montes permanentibus 

Marquiones tic Mondejaret Fêle;, 

Duces tic Arcos, Osuna, Medinasidonia, Sesa 

nec non egregii viri 

Requesens, Ouijada, Luna, Villaroel, 

nomina qu'idem prastantia praclariora fcccruiit. 



In coi um gloriam hoc commune erigitur 
Monumentum 



A los héroes 

famosos por la conquista de Granada 

y derrota de los Moros y Moriscos que aun se defendian en sus montes, 

Marqueses de Mondejar y Vêlez 

Duques de Arcos, Osuna, Médina Sidonia, Sesa, 

y los Requesens, Quijada, Luna, Villaroel. 

43. Conde de Alcaudete. 

('ornes Je Alcaudete 
civitatis Qran mania défaillais contra Maures 
eoi non semel, nec bis tantum, sed sapissime vicit. 
rlim 
diebus 



OBRAS INEDITAS 29! 



Al conde de Alcaudete 
que defendiô tantas veces los muros de Oran contra los Moros. 

44. Conquista de America. 

De viris omiii lande dignissimis 

ut pote 

Ferdinandi Cartes fortitudinis, religionis, et gloriœ soeiis 

inter hispanorùm castrôrum in America pracipicos milites et duces, 

Olid, Lercano, Alvarado, Liste, 

Arguello, Tapia, Marin, Monlejo, Lugo, Domingue^, 

Portillo, Escalante, Morbn, Moral, Sandovàl, Dia\, 

Saucedo, Ramire~, etc 

tacente invidiâ loquatur Posteritas, 

et hoc commune in eornm memoriam 

Monumentum 

Monumento 
a cuya vista calle la envidia y hable la posteridad 

en perpetuo elogio 

de los caudillos y soldados mas dignos de su gefe 

Hernan Cortés 

en la conquista de America 

À saver 

Olid, Lercano, Alvarado, Iuste, Arguello, Tapia, 

Marin, Montejo, Lugo, Dominguez, Portillo, etc... 

45. Bernardino Avellaneda. 1596. 

Bernard! 110 Avellaneda 

qui anglicant classent prope Portobello debellavit 

anno à Christo 

i) 9 6 
Monumentum 

Bernardino Avellaneda 

vencedor de la esquadra inglesa en Portobello 

ano 1 596 

46. Juan Ronquillo Fajardo, Contreras, Fadrique de Toledo. 

Johannes Ronquillo Bàtavicas noues probe Philippinas insulas 

anno 1606 ; 

in Africâ Mauros, in Tago Batavos Fajardo 

anno 1606; 



292 JOSÉ CADALSO 



Batavos mari, et terra Mauros prope Marmara Contreras 

anno 1621 ; 

Batavos propre Africa et Am \> ica littora Fadrique de Toledo 

annis 16 21 et 162; 

debeîïaverunt. 

Hoc commune habeant 

Monumentum. 

Juan Ronquillo 
(En el el manuscrite» no hay mas que estas dos palabras). 

47. Jorge Brito. 1647. 

Jorgio Brito 

pro Leridd defensâ, quant Princeps de Condè jure Magnus cognominatus 

exercitu Gàllorum fortissimo frustra expugnaverat 

anno 1647 

Monumentum. 

Monumento 

de 

Jorge Brito 

que defendiô a Lérida contra un poderoso exéreito francés 

mandado por el Principe de Condé, jusiamente llamado 

el Grande 

ano de 1647. 

48. Rivera, Menesses, Aragon, Bazan, Andrade. 

Afrîcanorum classent seculo iS vicerunt 

Rivera, Menesses, Aragon, Basait, Andrade, 

quibus hoc commune erigitw 

Monumentum. 

Monumento 

de 

Rivera, Menesses, Aragon, Bazan, Andrade, 

que en el siglo 17 triumpharon de las 

armadas africanas. 

49. Marqués de Villadarias. 

Pracipuos Baticarum ndbiles 

in arma pro Philippi Borbonici justissimd causa 

amore, labore, et Jivitiis convocavit 



OBRAS INEDIT AS 293 



marquio de Villadarias . 

Il lin s gloria et nomini 

Monumentum. 



Monumento 

del 

Marqués de Villadarias 

que à su costa, con su exemplo, y por su amor 

à la augusta casa de Borbon 

puso en armas la nobleza de Andalucia 

en justa defensa 

de Phelipe el animoso 

digno nieto de Luis el grande, rey de Francia. 

50. Conde de Aguilar. 

Comiti de Aguilar 

aulw et exercitus pracipuis munerïbus dignissime ornato 

natura dotïbus prœdito 

origine nec non virtute clarissimo 

qui posl pugnas multas totidemque victorias prœsertim apttd Vïllavkiosa 

equitatum phiïippicum 

non modo invictum sed etiam invincibilem esse patefecit 

Monumentum. 

Monumento 

del 

Conde de Aguilar 

insigne por su virtud, cuna, talentos y valor 

condecorado con los primeros empleos de la corte y milicia 

y famoso después de muchos triumphos 

por haver completado la Victoria Villaviciosa 

à la cabeza de la cavalleria espanola 

acreditando este cuerpo no solo de invicto sino de invencible. 



51. Guerra de la sucesion. 

Duci de Aytona 

Marquioni de Vàldecanas 

Comiti de las Torres, 

et 

strenuis militibus Vallejo, Bracanionte, Cercuda, 



294 J OSE CADALSO 



qui ad Philippi V tempora diademate hispano cingenda 

belli exercerunt artes, horreurs contenipseruut, 

commune hoc erigitur 

Monument uni. 

A la memoria 

de los egregios 

Duque de Aytona, Marques de Yaldecarïas y Conde de las Torres 

y de los honrados soldados 

Vallejo, Bracamonte y Cercuda 

que para coronar a Phelipe el animoso 

exercieron las artes de la guerra y despreciaron sus horrores. 

52. Duque de Montemar y Marqués de la Mina. 

Duci de Montemar, et Marquioni de la Mina 

quorum cineres dignis sub teetis jacent, nempe 

Cœsaraugustœ et Barcinoue 

iioviim ecce erigitur 

Monumentum. 

Monumento 

de los Duques de Montemar y Marqués de la Mina 

cuyas cenizas yacen en otros dignos sepulcros 

en Zaragoza y Barcelona. 



53. Juan Josef Navarro. 

Britannorum 

qui sibi imperium pelagi datum credunt etgîoriantur 

supei biam copiorâ classe inuixam 12 tantum navibus conculcavit 

Joseph Navarro, 

a niaguauimo Philippo )', marquio delà Victoria cognominatus. 

H 11 jus nominis 

honorent fatetur Anglia, lauJal Hispania, dicat posterilas 

hoc erecto 

Monumento. 

Obiit Gadibus 

>77 2 - 



De Don Juan Josef Navarro 

[lamado por Phelipe 5 Marqués de la Victoria 

por la que ganô con 12 navios à los Ingleses 

los quales con una armada incomparablemente maior 



OBRAS INEDITAS 295 



se atribuian orgullosamente el supremo senorio 

de los mares, 

pero tuvieron que aplaudir su valor, 

como lo honrô su patria, 

y lo celebrarâ la posteridad. 



54. Eslava y Leso 1740. 

Carthaginem americanam 

contra Britannorum naves, castra, artes, et superbiam 

defenserunt 

Eslava et Lcso 

anno 1J40 

viri génère, virhite, cl bellicis factis jam toiige antea cogniti. 

lu connu memoriam 

Monumentum. 

Monumento 

de Eslavo y Leso 

que defendieron Carthagena de Levante 

ano de 1740 

contra las tropas, naves, astucias, y sobervia de Inglaterra 

quando esta va havia fingido su rendicion 

acunando medallas del supuesto triumpho ; 

insignes varones 

mucho antes conocidos por su nacimiento, valor, y 

hazanas 



55. Velasco y Gonzalez -j- 1762. 

Velasco 

bellica navis prafecto, atavis edito nobilibus, 

que dextrd gladium, et sinislrd vexillum rotam 

etiam postquam hostes haberent muros 

innumeris cecidit interfectus vulneribus. 

Ncc non diguo illius socio 

paribus virtutibus ornato, ccquâ nobilitate insigui, 

eâdem morte glorioso 

Gonifde^ 

qui anno à Cbristo IJÔ2 obicrunt 

Monumentum. 



29e JOSÉ CADALSO 



Monumento 

de 

Velasco 

capitan de navio, 

que muriô aûo de 1762 

esgrimiendo con una mano la espada 

y con otra enarbolando la bandera de su rey 

cayô cubierto de innumerables heridas 

aun después de estar el castillo poblado de Ingleses 

y à su digno companero 

Gonzalez 

igual en virtudes, nobleza y gloriosa muerte. 

56. Marqués de la Romana y 1775. 

Primas in prima acie 

socios iu arma suscitans 

Maurorum innumeras legiones irruit, 

et vitam, quant diu antea Deo, régi, et patrice voverat, amissit 

prope Argel 

8 va die julii an 110 à Chrislo ijjf 

Marquio de la Romana. 

Veteris Hispaïue virtutis recens exemplum in hoc légat atas nostra hoc irecto 

Monumento. 

Monumento 

de un héroe moderno que ha dado reciente exemplo 

del antiguo valor espanol 

a saver 

cl marqués de la Romana 

el quai guiando las primeras tropas se arrojô sobre innumerables Moros 

y perdiô gloriosamcnte la vida 

que mucho antes havia consagrado 

;i la patria, al rey y ;i Dios 

ano de 1775 

57. Garcia Ramirez de Arellano, marqués de Arellano -j- 1781. 

Aqui yace 

Don Garcia Ramirez de Arellano 

Marq s de Arellano. 

Cavallero comendador de la Ov> de Santiago 



OBRAS INEDITAS 297 



Mariscal de campo de los R s exércitos. 

Naciô en Ezixa en 20 de Diz r <= de 171 5 

Muriô à 4 de Mayo de 1781 

de Mayor General de Cavalleria y Dragones 

en el Bloqueo de la Plaza de Gibraltar. 

General de no menos luces que esperiencias : 

tan adornado de prendas civiles como militares : 

sirviô en quantas guerras tuvo Espana en su tpô* : 

empleô los intérvalos de la paz en utiles estudios : 

sus obras iluminaron el cuerpo de Cav. ria y Drag. s 

sus virtudes le conciliaron el amor de todos. 

Su aima descanse en paz 

Amen. 



58. Sitio de Gibraltar. 



Dignissimo Merito 

Inclito Animo, 

pneclarœque constantiœ, 

et Fortitudini, 

in obsidionalibus Liueis 

conlra Hcraclcam, 

Faillie Monumentum 



Revue hispanique 



298 JOSÉ CADALSO 



CARTAS 



A DON JOSÉ IGLESIAS 

Dilectissimo amico suo Arcadio salutem dat plurimam 
Dalmirus. 

A teneris unguibus studia reliqui ad castra é scholis vocatus; et ideo latinam 
linguam barbaro more loquor, ineptiusque scribo, quamvis illius inter omnes 
hominum sermones praestantiam admiror. Aurei Divi Augusti saeculi opéra 
omnia, re verà, pro manibus habeo ; sed ipso quo potest modo Barbarus quili- 
bet in America; nostrae silvis Garcia; Lassi Toletani dulcia possidere poemata. 
Hac de causa non sine timoré linguâ ipsâ, quam tibi infundere voluit mater 
natura, respondere conabor, amice dilectissime, musarumque omnium dignis- 
sime alumne. 

De Batvlo nostro, ipsiusque amoribus plura dicas : quemnam sese gerit? An 
tristis, an lastus videtur? Q.ucenam de amicâ sua carmina facit, favente Phcebo ? 
Dominam suam crudelem, gratamve vocat? Tacetne dubitans? Facilis est inge- 
nio, juvenis ille, forma egregius, a;tate florens, indole amabilissimus. Tôt ergo 
et tantis causis formosarum puellarum amore nunc et diu fruatur. 

Nuper ego ab illo litteras habui amores suos ncgante. Sed frustra. Illius 
flammae vestigia agnosco. Carmen enim ipsius in làtronem quenidam qui Bdlyli 
colunibam rapere conatus crut legi. Carmen, mehercule, cultum, elegans et can- 
didum. Dulcia de columbâ, horrida de latrone ab illo dicta cor ejus amore plé- 
num esse probant luce mcridianâ clarius. 

De caeteris amicis ne taceas mecum; sed multa et saepe scribas. Nominaenim 
illorum «ratissima sunt auribus meis. Hos ego fraterno more diligo, vel almse 
tua.' académie condiscipulos, vel probaj patriae tuas cives. Quamvis multorum 
hominum mores vidi, et urbes, in patriâ tuâ vitas me.e finem (si lata sinant) 
attingam, procul negotiis, palatiis, et hominum variis stultitiarum gerieribus. 

Jubé, et vale. 



OBRAS INEDITAS 299 



A DON JOSÉ IGLESIAS 

Arcadio suo Dalmirus sal. dat plur. 

De salute tuâ, de Batyli nostri amoribus, de Cantabri Bararrati corde erga 
puellam tenero, de caeterorum amicorum vitâ, de incognito alio Cantabro, quid- 
quid mihi latina tua elegantissima epistola nuntiat, mihi gratissimum est. 
Omnia enim quœ ad tuae civitatis probissimos viros. almaeque academiae inge- 
niosissimos alumnos, necnon doctores sapientissimos, magnâ cordis mei laetitiâ 
semper audio, et audiam libentissime, sive in hac vivens provintiâ inhospitali, 
(pace Batyli nostri dixerim) sive Matriti inter proceres, sive inter régis vexilla 
et castra apud barbaros. Qua propter iterum, iterumque, saepissime, imo et 
quoties fie ri possit, de illis, et de te scribas. Quod si facias, amabo te. Quidquid 
de amicitiâ Batylo nostro nuper dixi tibi dictum ducas. Mores hominum mul- 
torum et urbes vidi (sic veritatis gratia praaterito mente scribebam), in nullâ 
autem totius orbis civitate amicitiae digna corda sicut in patriâ tuâ inveni ; 
quippe claro ingenio, probo corde, indole facili, sermone jucundo, omati non- 
nulli numerandi sunt viri : et nihil amplius ad nostram consummendam vitam 
est desiderandum. Heu illis qui alia petunt ignorantiâ ducti vel invidiâ. 

De 8 vo Parnassi volumine 1 quid tibi videtur?ne taceas, precor. 

De pugnâ nuper factà in civitate vulgo Melïllâ carmen componere conabor, 
favente Phcebo : et quod olim de Bello apud Clavijo fueram, principium mihi 
praebet et ecce. 

(hic 24 versus qui in initio leguntur 2 .') 

De bello nunc agens quid referam, nisi quod gloriae gratum, et amicitiaî 
triste? Istius borbonicas cohortis turmae, Carolo jubente , castra, ni fallor, vide- 
bunt. Dux primus noster (coroncl) jamjam in Herculea adest civitate, ibique 
sunt naves, milites, arma, bellica tormenta, caeteraque mortis gênera, in Afri- 
cam parata. Si forte in illâ avidâ mundi parte mors est à me invenienda, ecce 
Batylo nostro omnia meâ manu scripta opéra relinquam, amicitiâ; pignora. Si 
vero reditum meura secunda sinunt iata, \vxc mihi iterum reddet scripta, eo 
pretiosiora, quo pro manibus tam cari amiei fuerint. Si autem sum moriturus, 
lugete, amici, lugete. Proborum lacrymse mortui sunt praestantissima; laudes, 
quippe eum quoque probum fuisse praedicant. 

Barbara pyramidum miracula, quas Memphis laudat, non desideranda mihi 
videntur. Nec ludos optos quos habuit, propter patris mortem pius ^Eneas, cur- 
sum scilicet navalem, ac pedestrem, cestuum pugnas, et sagittarum ejaculatio- 
nem. Si aliquando inter amicos pia cordis mei memoria habetur, si nomen 
Dalmiri inter vos audiunt profani, hilariter sedes tangam beatas. Et quod erit 
satis mihi, in tumulo humili, 



1. Fué publicado en 1774. Puede conjeturarse que esta carta fué escrita aquel mismo 
aiio. 

2. No se hallan en el manuscrite 



300 JOSE CADALSO 



Epitaphium. 



Qui jacet hic 

mortuus est, quia natus est. 

Nec de nativitate suà, nec de morte curavit : 

natus dives ; mortuus pauper. 

Angliam, Galliam, Italiam, Germaniam, Bataviam, vidit : 

patriam vero suam Hispaniam dilexit. 

Puer studia coluit : arma juvenis gessit. 

Patrix' laudes cecinit ; de illo una laus tantum est dicenda, 

scilicet 

probus fuit, probosque amavit. 

Quam in terra vivens omnibus dédit pacem illi mortuo det in cœlo 

Deus 

optinius, maximus, 

Amen. 

Post mortem nihil est (ut ait Seneca) ergo postquam de morte nieâ 
loquutus sum, nihil amplius est à me dicendum, nisi in sternum 

Vale. 



A DON JUAN MELENDEZ VALDÉS. 

Amico suo jucundo Batylo 
sal. dat. plur. Dalmirus. 

Epistolam tuam mihi latine scriptam nuntiavit Arcadius noster. Hanc diû 
maximo desiderio expectavi. De te enim, de tuis amoribus, carminibus, studiis, 
prosperis rébus, de omnibusque tuis, libentissime semper audio. Utinam saepis- 
simel Latino vero Deorum sermone quidquid mihi dicas, tanto me gaudio 
felicem facict, quanto ego te amore prosequor. 

Tuas tandem accipiam litteras Ciceronis more scriptas, tuncque elegantiâ 
captus, grati nomini memor, clamabo ipso quo Horatius Flaccus furore 

Odi profanum vulgus, et arceo, etc. 

et litteras alias à multis Matriti hominibus scriptas, procul à me llammis dabo, 
iterum, iterumque sublimiori voce damans Odi profanum, etc. Ha;c autem à 
multis scripta quos liomines non viros voco, quamvis proceres sunt, et atavis 
alite regibus, nihil mihi nisi falsas aulie, civitatisque artes, quas odi, ofterunt : 
tuœ, vero, dilectissime Batyle, omnia delitiarum gênera habcre, et mihi dare, 
vidintur. Si tempus revocari posset (sed fata non sinunt, et numquam, eheu ! 
numquam reditura tugit quie semel abest dies), si tempus, inquam, esset revo- 



OBRAS INED1TAS 3OI 



candum, juvenilia omnia mea, annos, scilicet, formam, latina; linguas peritiam, 
cordis et oris gaudium, revocare etiam vellem, non mehercule, ad suprema 
militiae, palatii, togse, vel reipublica; munera obtinenda, non ad incipienda, 
in posteritatis gratiam opéra, non ad alla facienda qua facere totis viribus non- 
nulli volent (quamvis omnia nihil sunt nisi umbrae et nugas), sed ad plures 
tecum consumendos annos inter juventutis tua; dulcissimas horas et ingenii tui 
cultissima carmina. 

Quid enim nisi amicitiam probis viris dare potuerunt boni Divi, ut humanse 
vita; miserandam sortem aliquo ferre modo valeamus? tôt inter et tantas pala- 
tiorum insidias, castrorum horrores, togas officia, plebis insolentiam, procerum 
superbiam, fortuna; vicissitudinem, mentis insaniam, phisici corporis morbos, 
c;eterasque nostras vix numéro continendas, vix nomine distinguendas calami- 
tates, nihil, nihil profecto, miseris hominibus solatium prœbet, nisi amicitia, 
amicitia, inquam, etsi à multis ficta, apud te et alios (paucos, re vera) inve- 
nienda. Et jure apud te inventum à me esse dico pretiosum illud cœli donum, 
et apud nonnullos quos ego, ut ait Ovidius noster, fraterno dilexi more. 

Quidnam de Hymena;o tuo credam? Arcadius qua; affirmât tu negas. Dice- 
turne Hymenasus? Vocibus puerorum, puellarumque inter pocula, et convivia 
diceturne à me factum epithalamium? Eritne tandem inter Hymemei amo- 
risque ignés libero pede pulsanda tellus? Cingamne tempora floribus sua ve 
olentis amarisi, et qua; nuptialii jubet religio hilariter faciens, concinamne in 
modum : Io Hymen, Hymenœe Io? Die, dulcissime, responde, âge. 

Phoebe, musarum pater, qui futura scis, vatibusque nuntias, salve. Fata 
mihi per te pateant. Non de rébus quee ad régna attinent interrogo. Nec de 
scientiis colendis, nec de armis gerendis, nec de finibus imperiorum, nec de 
gentium origine, nec de veteris terra; partibus consummendis, nec mundis dete- 
gendis novis, scire cupio. Quid enim ad me? De Batylo autem, de Batvlo 
meo, quem plus oculis meis amo, nihil mihi taceas. De illo, de illius uxore, 
natis, natorum filiis, filiorumque nepotibus, sciam quidquid est futurum. Quod 
si facias, Jovis Latona;que fili, laudes tuas canendo verba nova per audaces 
dithyrambos devolvens numeris lege solutis ferar, Horatii instar, Pindarum 
semulari studentis. 

Tu denique, Deorum hominumque pater, mundique rector, et orbis quem 
videmus, invisibiliumque numéro carentium opifex omnipotens, Jupiter, fave. 
Amici mei prolem bonis omnibus virtutibus ornes quas in tam caro capite 
admiror., 

Batyle, jubé et vale. 



302 JOSE CADALSO 



CARTA AL EX m ° S or MARQUES DE PENAFIEL 

CONDE DUQUE DE BENAVENTE, ETC. 

LA MITAD EN LENGUAGE ESPANOL ANTIGUO, 

Y DESPUÉS EN EL ESTILO AFRANCESADO 

QUE HOY USAN ALGUNOS DE LOS QUE NI SAVEN CASTELLANO, NI FRANCÉS. 

Muy excelente Sennor : A un gentilhome de vro talante é prez non vagard 
tiempo de escochar mis homildosos acatamientos : mas guay de mi, si por ende 
yo cometiera el desaguisado de non saludarle. Enderezo, pues, a Vra Grandeza 
mis letras cuibdosas de su salud, magùer que en el magin se me ha metido 
tendra las mien tes paradas en cosas de gran pro. 

Asaz éen demasia ha atendido vro escodero las nuevas de Vra Grandeza sin 
tenellas, nin merecer la tardança ; fasta que fablando con mi sobrina é sen- 
nora prisé la buena andanza vra, que me place muy mas que todo lo posible. 
De grado vos rogo non me las escatimeis, si non quereis catarme finarme de 
tristura. 

Quijera yo escodrinar, muy magnifico Sennor, las vras tareas ; si revolveis 
el trotero ; si esgozais la lanza ; si con uno catareis las fiestas de toro é tomareis 
una otra vegada, ô si non cuibdais de ello. Fabladme, Sennor, con poridad, 
como d vro amigo, ca tengo en mucha valia tal nome, é fuera muy mas pla- 
ciente para mi anima que quanto finca scripto en tamanas historias de aquende 
é de allende de los amigos que hovo marras en las alcurnias de Griegos é de 
Romanos. 

Ansi lo fagais, é yo os deseo que de la su diestra os bendiga el gran Plasmador 
del mundo muy muchas eras, en compania del rapaz vro fijo, é de mi muy 
excelente sobrina é sennora. 

(Pansa y se inuda el estïlo como todas las cosas del mundo.) 

Esto es con el mas gran placer que yo prendo la pluma para aprender de las 
nuevas de vra salud. Madama la Marquesa y el pequeno (que esta al village 
con su nutriz y su governadora) se portan d maravilla. Yo he tenido hoy el 
honor de acompanarla la mds grande partida de la jornada d la mesâ, al paseo, 
y al spectaculo. 

A proposito de spectaculo, han dado hoy al teatro del Principe alguna cosa 
de bonito. Tienen un drolo de cuerpo que hace el maestro de mûsica, y bâte 
la medida superiormente. El teatro de aqui, ello es verdad, no esta purificado ; 
pero de tiempos en tiempos nosotros alli vemos parecer de lo sencillo y nat Li- 
rai que nos place de otro tanto nids que esto nos sorprende. 

Que yo huviera querido os ver ayer después de corner d Madrid para que 
huvieseis visto al cavallero d'Auquendeaux furioso contra su buen amigo, el 
grueso mayor de cavalleria, p r qe este aqui le dijo una frase hechizanteempres- 



OBRAS INEDIT AS 303 



tada del francés. La conversation rulaba sobre la guerra de Alemania ; y nro 
nombre le dijo todo buenamente : 

Si el emperador ataca el Rey de Prusia, el no tendra bello jitego. 

O mi Dios. como el montô en colera ! Toda la asamble se metiô â reir, etc., 
etc. '. 



FRAGMENTO DE OTRA A DON MAN 1 LOrE7 

Misrespetos al Gefe, â quiendeseo felices Pascuas, entradas y salidas deano, 
segun la antigua usanza, con aumentos de gracia espiritual y temporal, bien 
que en esta no cave mas gracioso humor que el que le acompana, lo quai célé- 
bra pues es prueba de su buena salud y satisfacciones. He estimado mucho 
quanto vm. me dice de su parte. Respôndale vm. de la mia, que si supiera yo 
q e havia en el mundo Vizcayno mas Vizcayno que yo, iba en derechura a Viz- 
caya, echaba abajo el ârbol de Garnica , y con sus ramos y tronco pegaba 
fuego â un pobre y pequeno, pero honrado y antiguo solar que se halla en la 
anteiglesia de Zamudio. Anddale vm. que si algo se me ha pegado de los 
muchos paises que he visto ha sido solo de lo exterior que en nada influye i lo 
interior ; y si algo he sacado de ver tanto pi'caro ha sido la i Jea de que p r lo 
mismo he de ser yo mas hombre de bien. Item que de esto me he formado un 
sistema del quai p r ningun acontecimiento prospéra û adverso me apartaré 
hasta morir; y que para perfeccionarlo hago un estudio formah'simo q e prefiero, 



1. No sera inûtil recordar el trozo siguiente Je las Cartas Marrtiecas : 
Hoy no lia sido dia en mi apartamento hasta medio dia y medio. Tome dos tazas de 
thé : pûseme un deshabillé y bonete de noche : hize un tour en mi jardin : lei cerca de 
ocho versos del segundo acto de la zaira. Vino Mr. Labanda : empecé mi toeleta : no 
estuvo el Abate. Mandé pagar mi modista. Pasé a la sala de compania : mesequé toda 
sola. Entrô un poco de mundo; jugué una partida de mediator : tiré las cartas. Jugué al 
piqueté. El maitre de hôtel aviso. Mi nuevo Xefe de cocina es divino, él viene de arrivar 
de Paris. La crapaudina mi plato favorito estaba deliciosa. Tome café y licor. Otra partida 
de quince; perdi mi todo. Fui al espetàculo ; la pieza que han dado es exécrable : la 
pequena pieza que han anunciado parael Lunes que viene, esmuy galante, pero los actores 
son pitoyables : los vestidos horribles, las decoraciones tristes. La mayorita cantô una 
cabatina pasablemente bien. El actor que hace los criados, es un poquito extremado, sin 
eso séria pasable. El que hace los amorosos, no jugaria mal; pero su figura no es previ- 
niente. Es menester tomar paciencia, porque es preciso matar el tiempo. Sali al tercer 
acto y me volvi de alli à casa. Tome delà limonada : entré en mi gabinete para escribirte 
esta porque soy tu véritable amiga. Mi hermano no abandona su humor de misantropo : 
él siente todavi.i furipsamente el siglo pasado y no le pondre jamas en estado de brill.ir : 
aora quiere irse à su provincia. Mi primo ha dexado à la joven persona que él entretenia. 
Mi tio ha dado en la devocion ; ha sido en vano que yo he pretendido hacerle entender la 
razon. Adios, mi querida amiga, hasta otra posta, y ceso porque me traen un domino 
nuevo para ensayar. 



304 JOSE CADALSO 

con no poca estimacion, d los q e tuve quando nino y joven; porque miro esto 
corao principal dcber y digna ocupacion del nombre ; y al contrario solo aprecio 
como meras diversiones, pasatiempos y adornos quanto se puede aprender y 
ensenar de gramàtica, retôrica, poesia, lenguas muertas y vivas, philosophia 
antigua, phi'sica moderna, derecho de gentes, historia, mathemdticas, y mas 
lejos iba a estender este catâlogo de lo que llaman ciencias , pero suspendo por 
temor de que llegue d Salamanca, y el claustro pleno me anathemalise, etc. 

De mas a mas diga vm. al consavido que me debe a mi carta sin fecha una 
respuesta, y que a trueque de ver algo de su alegre genio, juro sobre el santo 
Libro de los fueros de Vizcaya, Guipuzcoa y Alava, no olvidar ni perdonar 
esta deuda, ni en la présente vida ni en la futura, ni para aqui ni para delante 
de Dios. — Que para vengar este agravio, si le alcanzo en dias volveré desde 
los Campos Eliseos con Aqueronte, y en su barca traeré d Sisifo, a Tantalo, a 
los Titanes, al Briareo, d los Centauros, a las Scylas, d la Quimera, d las Har- 
pias, Gorgonas, Lapythas, Ixion, Eumenides, y toda la comparsa infernal, con 
aquello de las achas, culebras, vivoras, sierpes, cerbero, por adelante, hasta su 
alcova, y armard toda esta quadrilla tal estrépito , estruendo, rumor, bulla, 
ruido, griteria, alaridos, gemidos, silbidos, barahunda, confusion, horror, tem- 
pestad, tormento, alboroto, terremoto, que no podrd menos de dispertarse 
nuestro buen gefe, sudar, temblar, dudar, cerrar los ojos, cubrirse con la 
almohada, llamar al padre capellan, y si acaso, por quanto dho gefe (tomemos 
un polvo, v un poco de aliento que yo me hallo cansado de escrivir tanto 
desatino, y vm. lo estard mucho mas de leerlos), si acaso, repito, nuestro 
gefe. . . 



 DON NICOLAS FERNANDE/. DE MORATIN 

(BibJiokca National de Madrid, P.V. 40— C. s S — N° 46.) 

Malvado Moratin : No solo le reprocho d vmd. el no haverme respondido d 
mi ûltima, sino que le encargo me escriva de nuevo, y me envie alguna com- 
posicion suya, particularmente de lo herôico épico 6 pinddrico ; porque d mas 
del gusto que tendre en verlo, lo deseo tambien por complazer d Meléndez y 
otro que bien baila que continuamente me piden cosas de vmd. como si las 
tuviera en el bolsillo, ô fuera fdcil hacerle d vmd. hacer una cosa buena quai lo 
séria esta. 

Remito d vmd. los adjuntos himnos en sdficos ù adônicos, digo sobie poco 
mds ô menos pues tengo muv bajo concepto de las lenguas vivas para créer 
que quepa en ellas la harmonia fija de brèves y largas de cuya colocacion y 
numéro hicieron los griegos y latinos sus versos : pero en fin alla van taies 
quales me los ha inspirado una nueva pasion que acabô al empezar, y muriô en 



OBRAS INEDITAS 305 



la cuna. La consonancia del segundo verso con la mitad del tercero es imitado 
de Estevan de Villegas y creo que no es importuna salvo meliori sententia quai 
es la de vmd. a la que me remito. 

Aun no me ha dicho M r Dupont si ha recivido la carta francesa que le escrivi 
dirigida à la fonda de S" Sébastian : pregûntesele vmd. en mi nombre para 
sacarme de esta duda. 

Agur. 



A DON NICOLAS FERNÀNDEZ DE MORATIN. 

(Biblioteca National de Madrid, P.V. _/° — C. 3$ — No 77.) 

Malvado Moratin : recivo la carta dogmdtico-poëtica pero haciéndole yo 
menos favor a nuestra lengua que cl que vmd. le hace, no me parece practicable 
la observacion teôrica, y mucho menos la prâctica colocacion de las brèves y 
largas : tengo por imperceptible toda quantidad que no sea — u larga en los 
finales que llamamos agudos, y v 6 brève en las penûltimas de los esdrûjulos : 
todas las demds sîlabas me suenan indiferentes en este oido vizcaino cuyo tim- 
pano debe ser tan duro como el hierro de su patria. La derivacion latina sin 
duda debera guiarnos pero como distinguiremos v. g. la a final de musa que 
en el nominativo y vocativo es brève Mûsâ, y en el ablativo es largo Mûsâ? De 
estas y otras consideraciones me he hecho un sistema tan cômodo de prosodia, 
como lo es la Ley de Dios pues se reduce como vmd. sabe y prâctica, a dos 
mandamientos, d saver, amar à Dios sobre todas las cosas y al proximo como à si 
viisino. 

Los sonetos se leerdn en la academia de Meléndez y su companero que jun- 
tos me hacen tertulia dos horas todas las noches leyendo nuestras obras û las 
agenas y sujetandose cada uno de los très d la rigurosa cn'tica de los otros dos. 
Dentro de poco tendra vmd. un quaderm'llo de poesias de Meléndez : entre otras 
hay una elegia a la muertede mi Philis, imitada delà de vmd. a la de la Reina 1 , 
que le ha de gustar d vmd. no solo por verse hecho modelo, sino por el ménto 
esencial delà imitacion. Me han gustado tanto las composiciones de este joven 
que no obstante mil cosillas que traigo entre manos he compuesto con este mo- 
tivo la siçaiiente 



1. Es la elegia que empieza asi : 

j Oh ! rompa ya el silencio el dolor mio 



306 



JOSE CADALSO 



Sigue cou dulce lira 
el métro blando y amoroso accento 

que el gran Phebo te inspira ; 

pues Venus te da aliento, 
y el coro de las musas te oye atento. 

Sigue, joven gracioso 
de mirto, grato à Venus, coronado: 

y quedarà embidioso 

aquel siglo dorado, 
por Lasos y Villegas afamado. 

Dichosa la Zagala 
à quien le sea dado el escucharte, 

pues tu musa la iguala 

à la Diosa de Marte : 
tal es la fuerza de tu ingenio y arte. 

Aunque mas dura sea 
que màrmoles y jaspes de Granada, 

quai otra Galatea, 

ô sea màs helada 
que fuente, con los hielos, estancada. 

Al punto que te oyere 
te ofrecerà su càndido re *azo ; 

si tu voz prosiguiere, 

te estrecharâ su brazo; 
v Amor aplaudirâ tan dulce lazo. 



Mas ay de aquellos necios 
que intenten competir con tu blandura! 

solo hallaràn desprecios 

de aquella bermosura 
que una vez escuchàre tu dulzura. 

Diran su rabia y zelos 
en el bosque màs lôbrego metidos, 

injuriando a los cielos ; 

y oyendo sus gemidos, 
responderàn las fieras con bramidos. 

La entrada del Averno 
parecerâ aquel bosque desdichado ; 

y do tu métro tierno 

huviere resonado 
el campo que a los buenos darà el hado. 

Paso mi primavera, 
(los anos gratos al amor y à Phebo 

quien revocar pudiera !) 

y à juntar no me atrevo 
mi voz cansada, con tu tu aliento nuevo. 



Si no. yo cantaria 
al tono de tu lira mis amores; 
y al tono de la mia 
cantâras, entre flores, 
a ton i tas las aves, y pastores 2 . 



Y las otras pastoras 

de embidia correràn por selva v prado: 
y ver.i la que adoras 
el triumpKo que lia ganado 

por baver tus ternezas escuchado. 



Sigue, signe cantando ! 
no pierdas tiempo de ht edad Honda 

que yo vov acavando 

mi fastidiosa vida 
en milicia, v en coït? mal perdida. 



i. Publicada : variantes en it.ilicas. 

2. En las obras impresas, se lee : 

Cantâras tiitre flores 
conio suelen acordes ruisi 
aïonius Ijs aves y pastores. 



OBRAS INEDITAS 



307 



En alas de la fama 
tus versos llegardn a mis oidos, 

si la trompa me llama 

a' los moros vencidos 
û à los indios de Apache embravecidos. 

o al antàrtico polo 

llevando las banderas del Gran Carlos 
dirame siempre Apolo 
tus versos; y a. escucharlos 

acudirân las gentes y a alabarlos. 

Ni el estrépito horrendo 
de Neptuno que ofrece muerte impia, 

ni de Marte el estruendo 

turbarà el aima mia, 
si suena en mis oidos tu harmonia. 

Aun quando dura Parca 
mayores plazos à mi vida niegue, 

y en la funèbre barca 

por la estigia navegue 
y ;i las delicias del eliseo llegue ; 

Oiré quando Catulo 
â la sombra de un mirto recostado, 

con Propercio y Tibulo, 

lea maravillado 
los versos que tu musa te ha dictado, 



Quando acudan ansiosos 
Laso, y Villegas al sonoro accento, 
repitiendo embidiosos : 
« i que celestial portento ! 
j â quien ha dado Apolo tanto aliento? » 

Yo, que serè testigo 
de tu fortuna, que tendre por mia, 

dire- : yo fui su amigo 

y por tal me ténia 
gozando yo su amable compania x . 

Harànme mil preguntas 
puesto en medio de todos : De quien ères ? 

y quantas gracias juntas > 

y â quai zagala quieres? 
y como baila quando el plectro hieres? 

Y con igual ternura 
que el padre cuenta de su hijo amado 

la gracia y hermosura, 

y se siente elevado 
quando le escuchan todos con agrado, 

Responderé contando 
tu nombre, patria, genio, y poesia : 

y asombrarànse, quando 

les diga tu elegia 
a la memoria de la Philis mia. 



Tambien le he compuesto con el mismo motivo là siguiente 



Quando Laso muriô, las nueve hermanas 
lloraron con tristisimo gemido : 
destemplaron las liras soberanas 



que solo daban lugubre sonido : 
gimieron mas las musas castellanas, 
creyéndose entregadas al olvido. 
Mas Phebo dijo : aliéntese el Parnaso; 
Meléndez nacerà si muriô Laso. 



1. En las obras impresas se lee : 

y por tal me queria 
V en dulcisimos versos lo decia 
gozanjo yo su amable compania. 

2. Figura en las obras impresas. Las variantes van en itâlicas. 



308 JOSÉ CADALSO 



Veo la gran pereza de vmd en no querer copiar sus poesias : haga vmd. una 
cosa buena que es remitirnos por el ordinario un monton de ellas : por aca las 
veremos despacio, las extractaremos y se le devolverân p r conducto seguro. 

Esto pide la academia, y con sus voces y veces 

Dalmiro. 

Se solicita saverquando ha de salir el 8 V0 tomo del Parnaso 1 . 

Item que busqué vmd. a sol y a sombra un exemplar de mi antigua tragedia 
Don Sancho Garcia y que me la remita p r el correo. 

Item que pregunte vmd. a D n Vicente de los Rios d quantas estamôs de la 
impresion de Villegas. 

Item que retratos nos dard el 8 vo tomo del Parnaso. 



A DON TOMAS DE IRIARTE 

Biblioteca National de Madrid, Ms. K. 356. 
1 

Mi querido v muy apreciable amigo : Concluida mi corta licencia me fué 
imposible obtener prorroga alguna, con lo quai me vi obligado a venirme con 
toda precipitacion por no perder la revista à este destino que aseguro a vmd. 
ser el mas infeliz que he tenido en la vida, sin que pueda figurarme que le 
haya peor en todas las pobres provincias de fira penfhsula; mediante lo quai se 
me hace cada dia mâs tedioso este ofkio. 

jDichoso vmd. que vive quieto disfrutando el descanso apetecible de la 
vejez mezclado con los gustos de la juventud, y en la lectura y cultivo de las 
letras que debieran ser la ûnica ocupacion de los nombres; pues es la iinica 
cosa que los puede hacer mejores y mâs sabios! Anadiria yo de buena gana 
otrascosas que me representan como muy enbidiable la vida de vmd. pero las 
callo todas, menos la compania de dos tan amables hermanos , a quienes dard 
vmd. un abrazo muy estrecho de mi parte. Yo nunca tuve hermanos, ni ami- 
gos, sino los comunes. 

Nunca me ha sido tan sensible la salida de Madrid como ahora, porque 
habia hecho ânimo de entablar mi gran pretension que es la de retirarme; v de 
imprimir una obrilla la quai, sin mi presencta, nunca podra salir i mi gusto; 
siendo lo peor de todo esto que el mismo dia que me desaviaron de quédar en 



1. Fué publicado en 1774, y el sétimo en 1773 ; puede conjeturar.se que esta carta fué 
escrita à fires de 1773 ô â principios de 1774. 



OBRAS INEDITAS 309 



Madrid , se havia presentado en el Consejo ; de modo que aqui viene bien lo 
de Le vin est tiré : il faut le boire. 

Supongo que ya havrd vmd. recobrado el manuscrito de sus poesias : avîse- 
melo vmd. para mi quietud sobre este particular y para en caso de no, escrivir 
que se lo devuelva el sugeto en cuya mano quedô que es de toda mi confianza. 

Repito à vmd. y a los suyos una y mil veces mi inûtil pero cordial amistad y 
las veras con que les soy afecto. 

Cadat.so. 

PorMérida, Montijo 31 oct. 1774. 

Sr. Don Thomas Iriarte. 



Ni al saulo el voto, niai nifio el coco. Con que asi ha hecho vmd. muy mal en 
no darme las noticias que me prometiô del papelote panegîrico del Padre Flo- 
rez ; siendo asi que mi curiosidad esta sumamente exaltada con la idea que for- 
mé en vista del que se hizo para el Padre Sarmiento y vmd. se sirviô extractar 
para mi consuelo. No le perdono d vmd. la omision, ni se la perdonaré in arti- 
culomortis quando tenga un padre capuchino a mi derecha, un agonizante a mi 
izquierda, el bacin a la cabecera, el orinal d los pies y todo lo restante de estas 
comparsas. Si desdelacama voy al cielo como lo espero de los méritos de Jesu- 
christo, intercesion de la Virgen de Atocha, y oraciones de una tia monja que 
tengo en opinion de santa, perderd vmd. mucha parte de mis buenos oricios 
con Dios, por esta sola culpa, y si me condeno lo que no permita la Virgen 
santi'sima que suceda d mi ni d ningun devoto de su rosario, le atormentaré 
a vmd. en suefios haciendo todas las noches el viaje arrastrando cadenas, 
echando fuego por los ojos y boca, llenando el quarto de humo, apestando a 
azufre, y dando unos ahullidos, rugidos, relinchos, rebuznos, chillidos y otros 
gritos que se ha de ver vmd. muy negro si no tiene la precaucion de poner en 
sus puertas y ventanas un letrero que diga : Ave Maria Padre Roxas û otro 
conjura semejante de los que hay muchos, y vmd. supiera algunos de memo- 
ria , si mirase mas por su pobrecita aima que estard save Dios como : Sobre 
cuyo ûltimo asunto no quiero dilatarme por no faltar d la caridad fraterna ; 
pero este escrûpulo no me ha de bajar de un grado el zelo para la salvaciôn de 
las aimas de mis prôjimos : y asi me reservo la facultad de acudir d la piedad y 
autoridad de sus dos hermanos mayores para que corrijan al hermano menor, 
y le vuelvan d poner en el camino de la salvaciôn, del quai se ha apartado 
sobradamente : con cuyos saludables consejos y edificantes exemplos, ayudados 
de mis fervorosas oraciones, aun espero verle d vmd. digno de gozar la vida 
eterna, ad quant nos perducat etc. Amen. 



10 JOSE CADALSO 



Se encarga un padre nuestro y un ave maria por el peligro en que esta el 
aima del predicador por la vecindad de una mozuela que vive frente por frenie, 
y tiene dos ojos como dos îizones sacados del infierno para abrasar al siervo de 
Dios. 

Chantas d parte soy de vmd. y de sus hermanos muy de veras. 

Cadalso. 

Lo de chantas y veras, que tal ? 



Ave Maria. 

Mil veces me he puesto a escrivir a Vra. Charidad, hermano en Christo, 
sobre la muerte de los dos famosos monstrnos, como Vra. Charidad los llama 
con todo tervor religioso, pero el mal enemigo de rïro bien espiritual, aquel 
que en alianza con el mundo y la carne se opone à que ganemos el reino de los 
cielos, me distrae de tan santa empresa, poniendo ante mis ojos cierto objeto 
de concupiscencia, cuya vista atormenta la quietud de mi espîritu, y me causa 
aquellos vivos estîmulos de la carne de que se queja tan energicamente Pablo, 
el apôstol de lasgentes, y vaso de eleccion. No obstante el remedio de ayunos, 
cilicios, oraciones, y los restantes que aconsejan todos los doctores misticos, 
siento una ley en mi sangre contraria a la divina, y como nombre frdgil, hecho 
del lodo, y concebido en pecado, he hecho repetidas veces la déplorable espe- 
riencia de que pienso mas en cierta Samaritana que en todos los elefantes del 
Asia y todos los carmelitas de Europa. 

Y para que veais, hermano, quan d paso de gigante camina la propagacion 
del darïo, llegué pocas noches ha a figurarme que yo no era espanol ni chris- 
tiano, ni vivia en Salamanca, ni en el afïo que segun el almanak del sucesor 
de Don Diego de Torres es 6973 de la creaciôn del mundo (antesde cuya época 
esta tierra que pisamos era sin duda alguna inanis et vacua el tenebra erant super 
faciem abyssi segun Moises en el libro del Genesis hebraice rvtL\\°2 sive Beresith 
y segun Ovidio 

rudis indigestaque moles etc. 

en el primer libro de sus transformaciones :) figuréme bien al contrario ser yo 
un poeta griego que por extravagancia sabia el espanol como algunos espaiïo- 
les saben el griego : llena la cabeza de Dioses, templo, aras, urnas etc. com- 
puse a Cupido y a su senora madré los himnos adjuntos en sàphicos y adôni- 
cos que remito d Vra. Charidad y d sus hermanos para que se lean en el primer 
capftulo que celebren ; con protesta de que comprehendo muy bien que en 
ninguna de las lenguas vivas pueden hacerse talcs versos porque rïras. proso- 
dias no senalan la quantidad de todas las silabas : con que asi lo de sdfico y 
adônico pretendo se entiendan sobre poco mas 6 menos. 



OBRAS INEDITAS 3 I I 



En medio de la afliccion que me causa esta tendencia mia â lo que no es mas 
que un muladar cubierto de nieve (segun Fray Luis de Granada) he tenido 
estos dias un consuelo espiritual que ha llenado mi aima de gozo. El caso es 
como sigue. 

Desde que tuve uso de razon (digo ratkviis ratiocinantis) me ha llenado de 
espanto la posesion de las Américas y destruction de unos 14 millones de ai- 
mas hecha por unos quantos extremehos que fueron alla a predicar à canona- 
zos la ley del Cordero que los ancianos vieron sobre el Libro de los Sellos (Apo- 
cal. Sn Juan. Cap. V). Pero acaban de defenderse en este claustro pro Univer- 
sitate unas conclusiones tocantes â estos asuntos y entre otras una dice asi ni 
mas ni menos : 

THEOREMA SEXTUM. 

at cum in Scripturis canonicis pcr D. P.iulum tcstetur. Quid enitn mihi de iis qui foris 
sunt judicare disserendum venit an Ferdinand. V et Elisabeth, ob eximiam religionem 
catholicis cognqjninatis, S. P. AlexanderVI. ann. 1493, jure ac débite ex plumbaria Bulla 

committeret, ut hos Indos hispanico subjicerent imperio, et ad Christi fidem reducendos 
curarent? Nos vero havito respectu ad dicta, non solum affirmative, verum et in bello 
indico, ita processisse contendimus, prout ad tôt Catholicos decebat Dynastas. 

Con esto me he aquietado hecho cargo de las fuertes razones que aqui se 
irasinuan, siendo mucho mayor mi humildad que la de algunos doctores que 
arguyendo sobre esto se dijeron cosas poco conformes i la charidad christiana y 
que pasaban de correccion fraterna. 

Otra plumbaria bulla (que para eso la he rayado) sea concedida a vos y vros. 
hermanos para que tomeis segura, légitima y quieta posesion de los cielos. 
Amen. 

4 

Estimado amigo : Sacaré una copia del Poema Philosôphico que vnid. me 
remite y le devolveré el original. 

En mis Carias marruecas (obra que compuse para dar al ingrato piiblico de 
Espana, y que detengo sin imprimir porque la superioridad me ha encargado 
que sea militar exclusive) he tocado el mismo asunto aunque con menos serie- 
dad. Copiaré de mi borrador la que lo trata, y alla ird. 

Pero, amigo, no hay patria. Todo lo que sea patriotismo es quando menos 
inûtil ; tal vez peligroso. Vmd. créa que desde los chapuceros â quienes viô 
Phelipe 2° le hicieron créer que para que un pueblo fuese fâcil de governar era 
preciso empobrecerlo, desnudarlo, abatirlo, y arrastrarlo, no se lia pensado 
sino en ello. De aqui vino una série larga y cruel de providencias tomadas para 
llevar aquella idea a efecto total y cumplido. Se ha logrado tan al pié de la 
letra que ningun hombre, no digo patriota, pero solo racional y humano, se 
desmaya de dolor al ver toda hra. peninsula y mucho mas si la compara con 



12 JOSE CADALSO 



otros paises de Europa bien inferiores â ella en clima, suelo etc., etc, y cien 
mil êtes. De quando en quando se ha hecho como que se queria mirar por esta 
patria, pero a vuelta de una distraction semejante (pues se [puede llamar dis- 
traccion) han retrocedido las gentes al sistema destructor. 

Siendo esto asi y desde este punto de vista que llaman los franceses, veo très 
clases de espanoles. Los de la primera son los ignorantes, tan lejos de compa- 
decerse de su pais natal , que no creen haya en el mundo tierra que igualar 
con él. Los de la segunda sienten, lloran, gimen, el todo inutilmente; tal vez 
hablan ; y entonces se les hace callar. Los de la tercera ven el mal, no ignoran 
el remedio, pero conociendo taies y taies obstâculos imposibles de vencer se 
meten en unrincon. De aqui el Egoismo, mas inocente; el otro, el Egoismo hor- 
roroso, culpable, maquiavelistico, iniquo, es el que se reduce a fabricar su casa 
en las ruinas de la nation. 

Quan lejos nos llevarian las reflexiones que naturalmente dimanan de esto? 
no quiero contristar su corazon de vmd. ni el mio que creo igualmente buenos 
y por consecuencia igualmente patriotas : y asi mudemos concluyéndolo con 
remitir a vmd. una copia del indice de dichas Cartas marruecas por las quales 
vmd. verâ quantas eran las que iban sobre asuntos que tienen conexion con 
este. 

Al hermano ya ausente mil expresiones, al présente otros tantos abrazos ; y 
â vmd. otros tantos encargos de que quiera mucho â su apasionado invariable 
amigo 

Cadalso. 
5 

Querido amigo : Â la fuente por agua. Deseo, y necesito me diga vmd. muy 
despacio ô muy deprisa, segun cl tiempo que tenga, todo lo que le parezea 
necesario acerca del estilo propio de las inscripeiones sépulcrales paganas y 
christianas; asi para satisfacer â un Erudito de por acâ como para confirmarme 
yo mismo ô corregirme en la idea que he formado de ellas. Esta duda se ori- 
gine de que habiendo extractado un monton de nombres de guerreros ilustres 
antiguos de una historia de Espana, me puse por diversion â acomodar un epi- 
tafio corto â cada uno (no como el Panthéon extremeno del reverendo Salas 
que se publicô dos anosha en Madrid) sino del modo que vmd. verâ adjunto '. 
De cuya lectura me dira vmd. con voluntad de amigo v philôsopho todo quanto 
le parezea, con igual confianza â la que gasto con vmd., interrumpiéndole sus 
ocupaciones por el interés de literatura )• gusto que me causan sus cartas. 

Un abrazo â cada hermano y todos manden à 

Cadalso. 



i. Son los epitafios que publicamos ahora. 



OBRAS INEDITAS 



5M 



Talavera la Real, 16 de Septiembre. 

Post annos XIV in obsessione coiisiimptos, 

très debellaios exercitus, totidem vie ta imperatoret* 

summique Scipionis 

frustra contra Numanliam arma gèrent is 

forlitudincm, peritiam, et fortunam superatas, 

nidlam sperantes salutem 

ga^as, pneros, maires, senes, Deos, et sctnelipsos 

in combattant patriam projecerunt 

Nitmantini. 

Inconnu memoriam hoc a poste ris Hispanis er cet uni est 

monumentum. 

6 

Querido amigo : Hagame vmd. la fineza de decirme si ha encontrado en ese 
archivo algun documento por donde conste que sea cosa bien hecha el olvidar 
a los sus amigos. Di'game vmd. que ley hecha en Cortes, que pragmâtica 
sancion con fuerza de tal , que acuerdo del Consejo, ô que diablo Colorado, 
verde, azul, ô pagizo le ha metido en la cabeza el no hacer caso de los que 
andamospor estos montes de Extremadura comiendo bellota utprisca gens mor- 
tàlium. Mil ahos ha (i lo menos asi me lo ha parecido) que vmd. no me escribe 
largo ni chico, verso ni prosa, serio ni jovial, carta ni esquela. Mire vmd. que 
i todos mis trabajos anteriores se me ha anadido el de ser sargento mayo'r de 
cavalleria, oficio en que sin duda alguna, a no dulcificarme vmd. la vida con 
sus renglones, se me alarganin las orejas, me crecerâ el vello, criaré callo en 
las manos y pies y se me trocarâ la voz en rebuzno, como ha sucedido a otros 
muchos de mis gloriosos antecesores. 

Que dira vmd. quando oiga, vea, û lea, û todo junto, una obra militar mia ? 
Se limpiarâ vmd. veinte veces los ojos, creyéndose engahado quando vea una 
leyenda que dice asi : 

Nuevo sistema 

de 

Tactica, Disciplina y Economia para la Caballeria espanola 

por Don Josef C. 

Lo estoy acabando, y si el verano é invierno que viene son gente de paz, iré 
a Madrid à imprimirlo : Si hay guerra, adios la teoria y todas sus bellas espe- 
culaciones. 

Si quiere vmd. saber el porque lie trabajado este asunto ha de saber vmd. 
que son dos las causas impulsivas. La i a es que me he visto precisado :i repetir 

i. Es inûtil advenir que Impcratorcs signifka générales (Nota de CaJalso). 

Revue hispanique. 20 



3 14 JOSE CADALSO 



el dicho de aquel sugeto que dijo en cierta ocasion anche son io pittore. La 2* 
nace de aquella copia que oî cantar una vez d una gitana ojinegra, canpi'cara 
etc. y era 

Mi abuela pariô d mi madré : 

mi madré me pariô d mi : 

en mi casa todos paren : 

yo tambien quiero parir. 

Cui'dese vmd. mucho mds que al archivo : olvideme vmd. menos que hasta 
ahora; y mande vmd. d 

Cadalso. 

Mil cosas d los hermanos. 

Montijo io de 1777 : ya me canso de hacer sietes. 



Estimado amigo : Gracias à Dios que no ha encontrado vmd. en ese archivo 
documento alguno que authorize el olvido de los amigos, antes bien ocasion 
para escribirme. 

Acoto la obra prometida, y dé vmd. en mi nombre la enhorabuena a su her- 
mano diplomdtico; en cuya compania Aid, Thien, Virthpintli, Jehovah, Jupi- 
ter, Dios, y el gran Causa Causarum guarde d vmd. muchos anos como desea 

CADALSO. 

Montijo 25 de 77. 

Se me olvidaba el vizcayno Jaungoicoa que significa Senor de alto Nota : en 
el idioma cdntabro no hay voz que signifique directamente Dios. 

8 

Haga vmd. quenta que he entrado en su quarto, descalzo de pie y pierna; 
con una soga al cuello ; una vêla encendida ; la melena enmaranada ; la barba 
hasta aqui (senalé d la cintura); los ojos bajos; que hice très jcnuflexioncs d 
proporcionada distancia (si su quarto de vmd. no es mayor que el mio volaron 
de las 3 las dos); que por sérias pedi licencia para hablar; que negdndomela 
vmd. por hallarse de un humor de todos los diablos, me fui d la cocina, v me 
cubrl el cuerpo deceniza; y volvi de rodillas ante su acatamiento, solicitando 
la misma gracia; que vmd. me la concediô, por que ya sève, séria muchisimade 
la crueldad; y querespirando dije, ô que dije suspirando, ô que sin suspirar, ni 
respirar, sino d manera de autômata con habla; porque el dolor me navra 
stupefacto (no) stu|xliecho(tampoco)stupehacido (menos). Comodiremos esto? 
Que el dolor me habrd automatizado (tambien suena mal) Cuidado que me lie 
metido en un berengenal de los buenos. Demos otro tiento para salir. Digo 
pues que el dolor me havrd petrificado (nada, nada : que me llevardn al gavi- 



OBRAS INEDITAS 3 15 



nete de la Historia natural), me bavrd dejado sin habla (largo es como un 
demonio, pero no tiene remedio.) Senor, pequé. Desde mi salida de Madrid, 
me ha escrito vmd., me ha remitido cosa de gusto; y yo ni siquiera he res- 
pondido : gracias, amigo del aima. Malhecho no tiene escusa, ni la hallo ni la 
busco. Solo tratode que vuelva vmd. a escribirme, mucho, bueno, y fréquente. 
He estado en el campo de Gibraltar. He entrado en la plaza que me ha gus- 
tado muy mucho; me he embarcado mandando 170 nombres del campo de 
San Roque a bordo de los jabeques del Rey : salimos dos veces de Algeciras 
tras losmoros; no dimos con ellos. Nos desembarcamos: el regimiento cumpliô 
su ano, y ahora estoy en Utrera para lo que vmd. quiera mandar d su amigo 

Cadalso. 
30 de Mayo 79. 

9 

Mi querido y apreciable amigo : Las cartas de vmd. me sirven como el mand 
diz que servia al pueblo circunciso. Si quiero saber noticias de su salud las hallo 
en su carta : si se me antoja oir buenos versos, los hallo alli mismo : si quiero 
lamentar el triste estado de la literatura , a eso me saven sus renglones. Pro- 
siga vmd escribiendo siempreque pueda; porque es tal el tedio que inspira este 
pueblo que ni aun para escribir tengo gusto, ni aun â los amigos de mi mayor 
aprecio como vmd. lo es, y sera siempre. Esta es una vida indolente, floja, 
insipida, y como dejé en Madrid mis libros, creyendo que habria mucho que 
hacer con el nuevo exercicio, y deseando evitar la nota de estudioso que se me 
ha echado en cara por los savios de mi carrera, me hallo mas solitario que 
en la Thebaida. Por lo quai vuelvo y volveré mil veces d repetir a vmd. el 
encargo de que me escriba diciéndome quanto ocurra de rc litteraria. 

Si se disipa esta niebla, hago dnimo de limar una tragedia que iré remitiendo 
a la censura de vmd. por actos : pero me temo no estar para ello. 

Mil abrazos d cada uno de los dos hermanos y toda la trinidad mande d 
quien es muy devoto de ella d saver 

Cadalso. 
10 

Estimado amigo : Su hermano de vmd. Dominguito, que es mds nombre 
de bien que vmd. (aunque no es grande la ponderacion) me dijo ténia vmd. 
unos 4 millones de versos que remitirme : y vmd., que es mds picaro que su 
hermano Dominguito, (y esta si que es exageracion) no me ha enviado uno 
siquiera. Porque? Si es olvido, lo siento mucho. Si es pereza, le alabo d vmd. 
el genio ; y esto mds tiene de simpatia con el mio. Adonde hay cosa como no 
hacer cosa alguna? Una de las cosas que como buen Cristiano alabo en la divina 
é inefable Providencia es haver criado el mundo de una vez y dejar luego que 



3 I 6 JOSÉ CADALSO 



losastrosden su giro, las estaciones se sucedan, el mar fluya y refluya, los ani- 
males se perpetuen etc. y no tener que renovar cada instante, dia, semana, mes, 
arïo, û siglo, cada una de las cosas que vemos, y de las que no vemos, sino a 
fuerza de microscopios, y telescopios, amen de aquellas à que no alcanza toda 
la telescoperia y microscoperia de Londres. Créera vmd. que me enfada mj 
relox, quando con harto dolor de mi corazon me pongo a considerar que es pre- 
ciso darle cuerda cada 24 horas? Si por algo deseo mi retiro es por tener un 
relox de sol fijo en mi huerto, jardin û corral. Vestirse, desnudarse, corner, 
descomer, beber, desbeber... puede haber mayores trabajos? es tanto mi odio 
al movimiento y amor à la quietud que queriendo ponderar mis méritos a una 
moza y desear mi premio, segun aquello de que dignus est mercenorius merced e 
sud, la dije muy despacio y tomando aliento diez ô doce veces (lo quai daria 
buena idea de mi fervor amoroso) : nirïa va he... venido... très... ô quatro... 
veces... d lo... mismo... y ...nada?... cruel!... y me volvî al propio paso à mi 
casa : me tumbé en la cama y dormi seis horas de siesta, para descansar. 
Quando leo que ha havido hombre que ha dormido uno, dos, très, ô mds dias 
seguidos, me muero de embidia. De todos los 8 tomos del Parnaso espanoi 
nada leo con gusto sino la cancion del sevillano Herrera al sueno : la se casi de 
memoria; y la recito todas las noches al tiempo de meterme en cama. Léala 
vmd. y dîgamesi no tengo razon. Sisueno,nose me aparece otro objeto que el 
de la Pereza quai la pinta Boilcau. Mdsquisiera haver compuesto aquella pintura 
que la Iliada, Odisea, Eneida, Paradiso perdido, Jérusalem rescatada, Araucana, 
Henriada etc.; aquello de 

soupire , étend les bras , ferme Vœil, et s'endort. 

no tiene precio y vale por veinte parnasos griegos, romanos etc. 

Si vmd. es del mismo humor no dudo que me quedaré sin los talcs versos 
prometidos por mas deseos que tenga de verlos. Pero haga vmd. un esfuerzo, 
sin exemplar, y mande que se copie algo y se me envie. 

Esta es la provincia mds triste, mds calurosa, mas enferma, mas inhospitablc 
de Espana : estoy mandando un esquadron en uno de los pueblos mds melan- 
colicos de ella : tengo aqui pocos companeros, y los taies son poco sociables : 
lie dejado mis libros en Madrid : no hay por aed una personaque me congenie : 
he tenido mis tercianas, de lasquales nadie se libra en este pais. Con que estoy 
sumamente melancôlico. Escn'vamc vmd. y me volverd el aima al cuerpo, pues 
segun me hallo, creo esta la casa por alquilar y el dueno se ha ido d picos par- 
dos. Conque asi, lo dicho diclio; y dando vmd. un abrazo d cada uno de sus 
dos hermanos de parte de este tan devoto de esa trinidad, no deseche vmd. de 
su memoria d su amigo que lo es con todas veras 

Cadalso. 



OBRAS INEDITAS 317 



en el sobrescrito Extremadura 

Por Mérida Talavera la Real (no la Reina) 

Rev mo P e Provincial : 

Mi dueno : En vista de la carta de V. P. R" 13 llamé â mi celda al hermano 
Fr. Joseph, y le mandé leer très hojas del Flos Sanctorum del padre Rivadeneira, 
dos capitulos de los exercicios de S n Ignacio, y una hoja de la Vénérable 
Maria Agueda de Jésus, ydespuésde haberle hecho tener média horade oracion 
mental, y recitar los siete salmos penitenciales, le hablé sobre el asunto consa- 
vido, con todo el fervor que me inspira i r0 la obediencia i V. P. R., 2 do el 
deseo de la salvacion de su aima y 3 el honor del convento. Tuve el consuelo 
espiritual de ver con estos mis ojos que un llanto copiosi'simo de amargura y 
arrepentimiento le inundaban las mejillas obesas y coloradas hasta banarle el 
vientre inmoderado y protubérante, de tanta magnitud y volumen que parece 
digno de qualquiera jubilado, y no de un lego de la orden. La gracia no solo 
suficiente, sino la eficienie le iluminô, y en la energia de las voces con que 
abjurô de la poesia profana éthnica, Ovidiana, Virgiliana, Horaciana, Catuliana, 
Tibuliana, Properciana, y otras ejusdem generis, le conoci digno de participar a 
las oraciones de V. P. R. a las que le encomiendo. 

Me prometiô dedicar su poesia en adelante â variosasuntos misticos, heremî- 
ticos, claustrales, dogmàticos, tvangélicos, monacales, edificantes, apostôlicos, 
verbi gratin : 

1. — A las cinco llagas de S" Francisco. Odas anacreônticas. 

2. — A San Antonio teniendo el nino Jésus en cueros sentado en su mano 
derecha. ïdilio anacreôntico. 

3. — A San Bernardo echàndole lèche la Virgen en la boca, como se ve 
en los quadros. Sdficosy adônicos. 

4. — A San Anton, criando su puerco. Caneton pindârica. 

5. — A los dos Angeles que fueron a Sodoma en busca de Lot y escaparon 
de un fierochasco. Seguidillas. 

6. — A las bodas de San Josef. Epitalamio, sin aquello de : Feu, Himeneo, 
■ven, ven, Himeneo. 

7. — • Al Juicio final, Jdcara. 

8. — A la obra del P. Sanchez « de matrimonio ». Madrigal. 

9. — La vida de S" Pablo. Romance en el mismo métro que los de Fran- 
cisco Esteban. 

Omnia sub correctione S ,œ R œ Ecl œ 

Perocomode todoslos sermones y consejos el exemplo es el que mas fuerza 
hace, yo mismo hago animo de ayudarle en esas obritas orthodoxas; por mâs 
que el mal demonio tan enemigo de nras. aimas como de la buena poesia me 
sugiera cada dia nuevas especies. Por exemplo un Letor joven, y vivo de nra. 



3 I 8 JOSÉ CADALSO 



orden (que se llama Don Juan Meléndez y concurre mucho à mi celda con 
libertad christiana y religiosa, mozo algo inclinado a los placeres mundanales, 
ri las hembras, al vino, y al campo y sobre todo afecto con demasia ri estas cosas 
modernas;acompanadodemuy buena presencia, 20 aiios no cumplidos, ypoco 
respeto ri los prelados) entrô el otro dia al tiempo de estar yo en profunda 
meditacion sobre el Infierno de Virgilio con aquello de 

Di, quitus imperium est animarum, Umbreeque silentes, 

Et Chaos, et Pblegeton, etc. etc. 

entra el susodicho mancebo y me dijo poco mas 6 menos : 

« Padre maestro : Benedicite : Me muero quando leo algo del vénérable Ana- 
creonte ô bien en su hermosïsimo original, ô ya en las primorosas traduccio- 
nes é imitaciones del Maestro Villegas. Cierta delicia ocupa mi espîritu y mi 
cuerpo. Tengo envidia al primero y zelos del segundo y asi lie compuesto las 
siguientes odas por el estilo de estos dos. >) 

Leyômelas (Padre Rev mo ), leyômelas; y quando crei' que el techo caeria, que 
el suelo se abriria, que el diablo se. lo llevaria, me encantô entre otras la 
siguiente 

ANACREÔNTICA 

Sobre el tcnior de In vida futura. 
Si es forzoso, Belisa, 
morir, y nadie puede, 
por mucho que la tema, 
librarse de la muerte 
ni conocer tampoco 
lo que después sucede 
ni donde nos quedamos 
niquien alla nos tiene, 
agora que vivimos 
gocemos los placeres 
los gustos y delicias 
que Venus nos ofrece. 

Del mismo ténor son las otras que componen un corto quaderno con tïtulo 
de Datilo, nombre escandaloso, v piarum aurium ofensivo, respecto de que 
como V.P. R. save, el susodicho Batilo fué un muchacho a quien el viejo rnal- 
vado Anacreonte queria un poquito mâs que como ri prôximo, al exemplo de 
Jupiter para con Ganimedes, Apolo para con Hiacinto, Alexandro para con 
Ephestion, Socrates para con Alcibiades, y etc. 

La silva amatoria que V. P. R>»» se sirve enviarme se leera en mi celda i 
los piadosos que acuden ri ella, se copiarâ de muy buena letra, y se le devol- 
verà; pero hasta entonces nondum venit hora tua. 

Al tal Letorcillo joven y di'scolo he procurado apartar de la errada senda de 



OBRAS INEDITAS 3 19 



la poesia : le he dicho muchas veces quanta lâstima nie causa su pesaminosa 
inclinacion, y quan pro/echoso le séria su talento, si lo dedicàra d otras cosas 
mas sôlidas como d comentar a Aristôteles, ô à compotier algunas novenas 
devotas à Santa Ursula y sus 11.000 companeras de martirio y de virginidad. 
Pero la arrastra su inata malvada tendencia al inflerno con todas las senales 
de proscrito pues se inclina con predeterminacion phi'sica al dicho pasatiempo, 
y d estudios serios de peor naturaleza quales son el Espi'ritu de las Leyes de 
Montesquieu, el derecho de gentes de Vatel, y otros de gran perjuicio espiri- 
tual, en conocido detrimento de su aima. Aun le he oido hablar con respeto de 
Newton y otros mathemdticos y phisicos buenos. 

No obstante le estimo mas que â otro algun joven novicio, corista, letor, y 
aun tengo mds concepto de él que de muchos padres graves catedrdticos, jubi- 
lados, presentados, definidores, y viendocon ldstima no solo el malogro de sus 
prendas intelectuales, sino tambien el positivo riesgo que corre su salvacion lie 
procurado apartarle d lo menos de la poesia con las siguientes amonestaciones 
(miento : no irdn hasta el correo que viene, pues no pueden estar copiadas d 
tiempo para el de esta noche.) 

Encomiéndome muy de veras d las oraciones de los hermanos en Christo Fray 
Domingo y Fray Bernardo, como tambien d las de V. R. suplicdndole me 
eche su benedicion y me tenga muy présente en sus coloquios con Dios. 

Fray Rotundo de la Panza. 

Nota : Sin perjuicio de remitir ut supra lie prometido las amonestaciones 
que hice al dicho Lectorete, en el correo que viene, hay tiempo y lugar opor- 
tuno para la siguiente octava que hice luego que vi sus primeras poesias : 

Quando Laso nmriô, las nueve hermanas 
lloraron con tristisimo gemido : 
destemplaron sus liras soberanas, 
que solo daban funèbre sonido : 
gimieron mds las musas castellanas 
creyéndose entregadasal olvido. 
Mas Phebo dijo : aliéntese el Parnaso ! 
Meléndez nacera, si muriô Laso. 

P. D. — Por en iar todo junto no fué esta carta al correo pasado, dete- 
niéndose hasta el de hoy. Devuelvo la silva después de haberla copiado y 
reservado la copia entre los papeles de mi mayor aprecio, como todo lo que 
venga del mismo autor. 

Al mismo sobre la dulzura de sus poesias : 



320 



JOSE CADALSO 



Sigue con dulce lira 
el métro blando y amoroso acento 

que el gran Phebo te inspira; 

pues Venus te da aliento, 
y el coro de las musas te oye atento. 

Sigue, joven gracioso, 
de mirto grato d Venus coronado ; 

y quedarâ embidioso 

aquel siglo dorado 
por Lasos y Villegas afamado. 

Dichosa la zagala 
d quien le sea dado el escucharte; 

pues tu musa la iguala 

a la Diosa de Marte : 
tal es la fuerza de tu ingenio y arte ! 

Aunque mas dura sea 
que mârmoles y jaspes de Granada 

quai otra Galatea ; 

6 sea nids helada 
que fuente por los hielos estancada, 

Al punto que te oyere 
te admitird en su cdndido regazo : 

si tu voz prosiguiere 

te estrechard su brazo ; 
y Amor aplaudira tan dulce lazo. 

Y las otras pastoras 

de embidia correrdn por selvay prado 
y verd la que adoras 
el triumpho que ha ganado, 

por havcr tus ternezas escuchado. 

Mas ay de aquellos nedos 
que intenten competir con tu blandura! 

solo hallardn desprecios 

de aquella hermosura 
que una vezescuehare tu dulzura. 

Dirdn su rabia y zelos 
en el bosque mds lobrego metidos, 
injuriando d los cielos ; 



y, oyendo sus gemidos, 
responderdn las fieras con bramidos. 

Entrada del Averno 
parccerd aquel bosque desdichado ; 

y do tu métro tierno 

huviere resonado 
el campo que à los buenos dard el hado. 

Paso mi primavera, 
(los anos gratos el amor y Phebo 
quien revocar pudiera !) 
y d juntar no me atrevo 
mi voz cansada con tu aliento nuevo. 

Sino, yo cantaria 
al tono de tu lira mis amores ; 

y al tono de la mia 

cantiras entre flores 
como suelen acordes ruisenores. 

Sigue, sigue cantando! 
no pierdas tiempo de tu edad florida : 

que yo voy acabando 

fastidiosa vida 
en milicia y en cortes mal perdida. 

En alas de la fama 
tus versos llegardn d mis oidos, 

si la trompa me llama 

d los moros vencidos, 
6 d los indios de Apache embravecidos, 

o al antdrtico polo 

llevando las banderas del gran CARLOS 
dirdme siempre Apolo 
tus versos ; y d escucharlos 

acudirân las gcntes y d alabarlos. 

Ni el estrtlpito horrendo 
de Neptuno que ofrece muerte impia; 

ni de Marte el estruendo 

turbard el aima mia, 
si suena en mis oidos tu armonia. 



OBRAS 1NEDITAS 



321 



Aun quando dura parca 
mayores plazos a mi vida niegue, 
y en la funèbre barca 
por la estigia navegue 
y à las delicias del Eliseo llegue 

oiré quando Catulo, 
à la sombra de un mirto recostado, 

con Propercio y Tibulo 

lea maravillado 
los versos que tu musa te lia dictado. 

Quando acudan ansiosos 
Laso y Villegas al sonoro acento, 
repiticndo embidiosos : 
Que celestial portento! 
à quien ha dado Apolo tanto aliento î 

y yo siendo testigo 
de tu fortuna que tendre por mia 
dire : « yo fui su amigo 



y por tal me queria ; 
y en dulcisimos versos lo decia '. » 

Harànme mil preguntas 
puesto en medio de todos : De quien ères ? 

Y quantas gracias juntas? 

Y à quai zagala quieres? 

Y como baila quando el plectro hieres? 

Y con igual ternura 

que el padre cuenta de su hijo amado 

la gracia y hermosura, 

y se siente elevado 
quando lo escuchan todos con agrado, 

responderé cantando 
tu nombre, patria, genio y poesia ; 

Y asombrarânse quando 
les diga tu elegia 

à la memoria de la Pbilis mia -'. 



11 



Condicion preliminar del tratado de coniercio literario que hacemos vmd. y 
yo in nomine individua trinitatis etc. Vmd. respondera à mis car tas y me escri- 
birâ otras de impulso propio siempre que quiera y no tenga nada que hacer, 
sin que yo forme la mejor queja y vice versa. 

Extraordinariamente (como dice la extraordinarîsima conclusion de la octava 
que vmd. me dice haverse impreso de letra de molde en el ano de mil sete- 
cientos y setenta y très de nuestra redempeion) extraordinariamente extraordi- 
naria, vuelvo i decir, es, ha sido y sera siempre la carcajada de risa que me 



1. Hace referencia esta estrofa a la canciôn de Meléndez, dirigida à Cadalso bajo el 
poético nombre de Dalmiro, que empieza asi : 

Caro Dalmiro, cuaudo à Filis suena 

tu deliciosa lira, 
el rio, per oirte, el curso enfrena, 

y el raar templa su ira, etc. 

(Nota de D. Leopoldo Augusto de Cueto, en su ediciôn de los Poêlas liricos del siglo 
XVIII.) 

2. Esta elegia empieza asi : 

i Oh ! rompa ya el silencio el dolor mio ! 
y es imitaciôn de la de Moratin ;i la muerte de la Reina Madré. (Nota de D. Leopoldo 
Augusto de Cueto, ïbîd.) 



JOSE CADALSO 



causa la calidad dcl panegirico del gallego mejor que huvo en Galicia, y el 
espanol mejor que huvo en Espana, y del Salomon gallego que fué llorado con 
sosiego porque fué gallego corao tambien si huviese sido manchego y que si en 
lugar de ser gallego o manchego huviera sido extremeno huviéra sido llorado 
con cefw nec non si huviera sido malagueho, y a serel Reverendisimo granadi no, 
huviera sido llorado con desatino; y en caso de ser aragone's, le huvieran llo- 
rado con el ojo del revês, y siendo mallorquin con lâgrimas de bacin et sic de 
caeteris. 
Gallego llorado con sosiego me hace â la memoria aquello de 

Bajalht par lo dura del penasco 
una bormiga vestida de damasco 
y lu ego 

y al enlrar en el yermo, 

hallôse luego con un nionje enfermo 

oyendo todo esto y conociendo la sujecion servil al consonante de quien no 
save ô no quiere manejarle bien, dijo uno 

Si comofué penasco fuera pena 
bajaria vestida de estamena 

y luego 

Si como yermo ha sido, fuera buerto, 
se encontraria con un mon je muerto. 

ô una cosa asi; que âfe mia hace vaalgunos anosque 01 este juguete, y no me 
acuerdo de las voces précisas, pero si de la idea, y de lasemejanza con el lance 
présente; porque aqui que nadie nos oye sino los dos hermanos y tal quai 
amigo de confianza quien mequitaria decir al oir que el gallego fué llorado con 
sosiego la siguiente retahila : 

Sarmiento fué llorado con sosiego, Y porque veas Phebo en un instante 

porque el dicho Sarmiento fué galle r 0\ la fuerza del maldito consonante, 

que, si hubiera nacido en la Bane; i, con que a las musas de las lengua 

ya le hubieran llorado con vive^ci ; de pena cargas y de gusto privas, 

pero siendo Sarmiento malagueho si al sumamente reverendo Padre 

le llorarian, ya se ve, con cefw, en Toledo le faja la comadre 

y al contrario si fuese de Ahneria, no hallando el consonante de Toledo 

se llorani tal vez con alegria. diria, que le lloran con un pedo, 

Pues que si huviera sido de Vahnciaï verso que causària mil enojos 

le llorarian todos con viole/nia. à la nariz no menos que à los ojos. 

Y en caso de que fuese granadino, Triste de mi ! si el hado dispusiera 
como le llorarian? con grau Uno. que mallorquin por nacimiento fuera, 
Pues démos que naciera en Albacetc : diria : ya se lia muerto el mallorquin 
le lloraran bailando el minuete. llorémosle con ojos de bacin ; 

Y «racias à que no naciô en Durango, y (en caso de que fuese montanès) 
que entonces le lloraran con fandango. lloradle con el ojo del < 

et sic de cceteris in saicula sa;culorum. Amen. 



OBRAS INEDITAS 323 



Si lo que se ha de publicar cou motivo de Fray Fiorez es igual d lo visto, 
serân dos monumentos eternos levantados d la ignorancia, pedanteria y a la 
ignominia de nro. pais y siglo. No hay una aima caritativa que delate al tribu- 
nal de la razon una obra semejante? Haga vmd. una visita muy formai de 
mi parte d Don Amador de Vera, autor de los Literatos en quaresma, para que 
escriva algo sobre este asunto, que a no estar tan lejos de Madrid Don Joseph 
Vazquez, autor de los Erudilos à la violeta, ya lo trabajaria, con gusto. El luto 
que insinua el Panegirista que debian llevar los Benitos habla de ser no por la 
muerte del elogiado, sino por el infortunio de tener en sus claustros seme- 
jantes elogiadores. Yo no soy amigo de hablar del govierno pero no puedo 
menos de hacer esta pregunta : porque se permite publicar esta especie de pro- 
ducciones que no puede causar otro efecto que el empeorarnos cada dia la fama 
en el mundo literario y confirmar d los extrangeros en la preocupacion en que 
estdn contra nuestras obras del siglo pasado y présente? Las academias devie- 
ran volver por la honra de la nacion y acudir al trono pidiendo alguna resolu- 
cion capaz de remediar este daiîo. Si yo llegase alguna vez à entrar en una de 
estas asambleas (lo que estoy muy lejos de merecer ni solicitar) no dejaria 
pasar sesion alguna, en que no solicitase esta especie. 

Va esto muy serio para el tiempo que hace y demasiado para quien acava de 
leer los extractos del papelon : remitamelo vmd. todo entero, si fuese su 
tamano cômodo para el correo : pero si después de bien leido le parece d vmd. 
digno (por lo ridi'culo) de remitirse, aunque de volumen tan grande como los 
desatinos que contiene, enviemelo aunque sea menester alquilar una carrete- 
ria entera como las que llevan el métal de Vizcaya, aquel métal tan poderoso 
hasta que se descubriô con abundancia el de Mexico y el Perd! Y vea vmd. su 
poco de moral de paso! Ni créa vmd. que sea importuna esta moralidad ; por- 
que no déjà de haver cierta connexion entre oro y plata y mon j es benitos. 

De la literatura de este pais no puedo decir a vmd. mas de lo que vmd. 
mismo me dice, y aténgase vmd. â su dictamen que es el mas verdadero juicio 
que se puede formar del estado de las cosas literarias de Salamanca ; pero, 
prescindiendo de lo savio, en lo demds es muy buena gente. 

Dard vmd. mil abrazos d sus hermanos d quienes quiero casi casi tanto como 
d vmd. de quien soy ex corde 

j. C. 

Abreviatura de mi nombre y apellido, muy semejante al dulcisimo nombre 
de Jesu Christo que tambien se suele poner J. C, cosa que me llena de con- 
suelo espiritual. 



324 JOSE CADALSO 

12 

El autor de los Eruditos d la violeta saluda al autor de los Literatos en qua- 
resma; le envia esta caria y le pide no la lea delante de algun majadero. 

Nota : y pide respuesta. 

Estimabilisimo y estimadfsimo amigo : £ Quepuede importar a vmd. queyo 
haya llegado a Salamanca ô me haya muerto en el camino, esté bueno û malo, 
alegre ô triste, libre ô enamorado, fastidiado 6 divertido, en una buena posada ô 
en el hospital? Pero d mi, si, me importa y muchoque vmd. sepa que le estimo 
mucho, y por tanto le dé noticia de haber llegado bueno, estar de buen humor 
philosôphico, bien establecido con mis libros, y bastantemente favorecido de 
estas gentes en Salamanca, doctisima universidad, donde no se enserïa mathe- 
mâthica, phîsica, anatomia, bistoria natural, derecho de gentes, lenguas orien- 
tales, ni otras frioleras semejantes, pero produce gentes que con voz campa- 
nuda pondrdn sus setenta y siete mil setecientos setenta y siete silogismos en 
Baraliptonfrisesoiuoriiiii ù Sapesino sobre como hablan los dngeles en su tertulia, 
sobre si los cielos son de métal de campanas, û liquidos como el vino mds 
ligero, y otras cosazas de semejante entidad que vmd. y yo nunca sabremos, 
aprenderemos, ni estudiaremos. 

Dos hermanos tiene vmd. en este mundo y un tio en el otro de quienes 
deseo noticias. Démêlas vmd. y muy frescas. A los dos que estdn todavia 
por acd, dard vmd. muchos abrazos de mi parte y casi iba d encargarle lo mismo 
para el que va pasô la barca de Aqueronte, pero no me atrevo d exponerle d 
vmd. d que por complacerme se fuese boniticamente a casa delà Sibila d pre- 
guntarla el camino y pedir el pasaporte : y que estando vmd. viendo los qua- 
dros de su Capilla, saliese ella, con una cara de esqueleto, un vestido de tela- 
rana, y una voz de vieja gangosay carraspena, le mandase comprar unos quan- 
tos terneros y carneros, matarlos, y luego ella hiciese mil gestos quales suelen 
hacerlos los endemoniados de hogaiîo; y después le diere d vmd. por no 
hacerle esperar tanto tiempo un ramo de olivo muy guapo con sus cintas, 6 
tal vez como no tuviese mucho que hacer aquel dia, tomase su mantilla y se 
fuese con vmd. en buen amor y compana, caminito de otro mundo donde se 
encontrarian de manos d boca con varios monstruos que no se ven en las 
ménageries de por aed; después varias animas deseosas de entrar como las de 
los Sres. Oronte y Palinuro; después la barca de Aqueronte el quai con aspe- 
reza de verdadero marino se haria de pencas para recibirlos, hasta que viese el 
ramo; después al desembarcar se hallarian con el cerbero que ladran'a ende- 
moniadamente hasta que le echase vmd. û la companera de viaje un pastelillo 
para que se entretuviese; después llegarian adonde estdn los chiquillos que 
murieron quando apenas podian decir caca; los que se mataron d la inglesa, 
los que murieron inocentes, y los amantes entre los quales estant mi Philis que 



OBRAS INEDITAS 325 



se muriô y me dejô, y se fué sin llevarme, por mas que yo la decia como 
Hernando de Herrera a su Lucinda 

Estréchame, Lucinda, entre tus bravos, 

y pasaremos juntos el Letheo. 

Después verian vmds. el puesto destinado para los verdugos alquilados para 
matar â sus hermanos, digo, los guerreros insignes como los que célébra la 
historia y yo no quiero nombrar ; después tirando sobre la izquierda encontra- 
rian con todos los bribones condenados por sus iniquidades à ser los unos fri- 
tes en aceite, otros a ser asados, otros a estar en las parrillas, otros a la cra- 
paudina, otros en escabeche, etc., etc., y después de todos estos despueses, 
volviendo sobre la derecha se hallaria vmd. en un campo como asi me lo 
quiero , donde encontraria la compaïïia mâs honrada del mundo de gente 
savia, quieta, y philosopha. Alli estaria con Seneca, con Marciaî, con Cervan- 
tes, con Garcilaso, con Léon, y con otros savios espaiïoles el vénérable Iriarte 
que saldria al preguntar vmd. â aquellos insignes nombres y a su conductora 

Dtcite, felices anima, tuque, optime vates, 
Qua regio Anchisen, quis habet iocus ? etc. 

Virgil, iEneid. Lib. VI. vers. 669 et sequ. 

13 

En el café mas concurrido de una de las principales ciudades del Planeta que 
llamamos Saturno suelen leerse las gacetas mâs auténticas y en el parrafo ûlti- 
mo de una de ellas, se incluyô poco ha, la siguiente noticia, que ha sido el mo- 
tivo de todas las conversaciones entre todos los estados politico, eclesiàstico, 
militar, escolâstico, y jurîdico de aquellos paises. Ha venido & mis manos por 
arte mâgico de una bruja que vive la puerta mds abajo de mi casa, y dice asi : 

« En un globillo compuesto de sôlido y liquido que anda dando vueltas alrede- 
dor del grande y ûnico luminar, hay una pequeha parte llamada Europa, habi- 
tada de unos bichillos sumamente despreciables que se llaman hombres. Una 
porcion de la tal Europa casi inculta y despoblada se llama Esparia. De la tal 
Esparïa una provincia se llama Extremadura, si'ncope de extremamente dura, 
nombre que le conviene perfectamente por su suelo, clima, y carâcter de sus 
habitantes famosos por haber aniquilado muchos millones de semejantes suyos 
en otra parte del tal globillo llamada America. En dicha Extremadura ô extre- 
mamentedura hay un monton de chozas medio caidas con nombre de Montijo. 
En el Montijo hay unos animales de dos pies sin pluma que llaman hombres 
porque en lo exterior se parecen algo a los hombres de otras partes. Entre los 
taies hombres, 6 lo que sean, del monton de casas caidas que llaman Montijo 
de la provincia extremamente dura, del pais inculto y despoblado que llaman 
Europa, menor parte de las quatro que componen el globulillo compuesto de 



326 JOSÉ CADALSO 



sôlido y liquide» que anda dando vueltas alrededor del grande y ûnico lumi- 
nar, vive un ente de tan extrana constitucion que no puede explicarse, sino 
poniendo aqui la distribucion de su vida, que es como sigue. 

Muy temprano le despiertan sucesivamente el canto de un gallo, el rebuzno 
de un burro, y el martillo de un herrador, alguna vez se aumenta esta mûsica 
con el chillido del niho que llora azotado por su madré, ô el de la mujer apa- 
leada por su marido, ô el de un muchacho descalabrado por una piedra que 
otro le tira. 

À esto se sigue estarse dos horas en cama à ver si puede dormir; v selevanta 
sin haver dormido. 

A esto se sigue llamar â otro animal semejante a él mismo que le sirve por- 
que le paga, y â quien paga porque le sirve (aqui ponia el gacetero una corta 
disertacion sobre amos y criados; para explicar â los Saturneos como creyéndose 
todos los hombres de la tierra descendientes de un mismo nombre y por con- 
siguiente hermanos, se sirven los unos à los otros por interés y no por amor. 
Se omite el traducir la disertacion por inûtil). A esto se sigue que el tal, à fuerza 
de quemarse la lengua, gaznate y paladar, toma por primer alimento un me- 
junje negro hirviendo, soplando y sorbiendo con mucho trabajo, compuesto de 
canela, cacao, y azûcar, desleido en un poco de agua. A esto sigue que entra 
en el quarto del tal otro tal y le dice : mi Capitan. de los 30 cavallos de la 
Compania 3 han estercolado tan blando que nos da mucho que sentir : los 
demis no tienen novedad en su importante salud. De los quarenta soldados, 
dos han sacado la espada sobre quai es mas alta si la Giralda de Sevilla û el 
campanario de Santa Cruz. Son muchachos; han quedadoamigos. Otros dos se 
han dado de estocadas sobre quai vale mas, si la Virgen de las Angustias de 
Granada ûla Virgen del Pilar de Zaragoza, son dos carabineros antiguos, hom- 
bres de juicio, que nunca han dado que decir en la Compania : ambos estàn 
heridos en la cabeza y con delirio; se curarân, si V. quiere, sin que se sepa. No 
hay mas novedad. 

A esto se sigue que el tal dice al otro tal : esta muy bien ; taparlo todo, 
menos lo que han estercolado duro los cavallos : de eso déle V. parte al sar- 
gento mayor. Avise V. quando den la orden para tomar la paga. 

A esto se sigue que el tal bosteza quatro ô cinco veces solo en su quarto; y 
se viste para salir à bostczar otras quatro ô cinco veces en la plaza con otros 
talcs. 

A esto se sigue que los cinco ô seis después de habcr bostezado juntos se 
separan para ir a corner cada uno su puchero en su mesa al mismo tiempo que 
caJa cavallo corne su pienso en su pesebre. 

A esto se sigue que se pasean juntos à mariera de rebano sin pastor y que 
durante el paseo hablan del buen tiempo, l lu via, cevada, trigo, etc. diciendo 
todos los dias lo mismo a la misma hora y con el mismo tono de voz. » 



OBRAS IXEDITAS 327 



El fragmente» de la Gaceta no decia mas, y los savios Saturneos es natural 
que habian especulado sobre la naturaleza de los vivientes en el Montijo; pro- 
poniendo premios a los que traten mejor y hagan mas juiciosas conjeturas 
sobre este que sera para ellos fenômeno. 

Si vmd. tiene algun amigo Colorado en estado parecido a este, téngale vmd. 
tanta lâstima quanto carino tiene â vmd. y i sus hermanos Cadalso. 

14 

Extracto de las actas de esta academia. El Viernes Santo propuso un acadé- 
mico (notando lo delgado de la voz de un capon que cantaba aquello de tibi 
soli), que conexion phisico-anatômico-harmômca tiene la voz humana con los 
testiculos, ô sea partes pudendas. El Sdbado Santo después de cantar el gloria 
y corner pro academia dijo un académico que el grito bdquico Evoe! Evoe! 
significa rigurosamente lo que dicen maestros borrachos sendas veces al salir 
de la taberna â saver tarrarra! tarrarra! 

El Domingo de Pascuas, perorô un académico fervorosisimamente sobre lo 
conveniente que es la confesion auricular por las conversiones que suele hacer 
por Pascuas; dando por si mismo un exemplo notable contando que cierta per- 
sona se le habia resistido hasta el cumplimiento de la Iglesia después de cl 
quai se ha ablandado al paso que el académico se ha puesto duro. 

El Lunes de Pascua fué la Academia a la Opéra, y un miembro de ella notô 
cierta sensacion â la primera cabriola abierta que hizo una bailarina famosa, 
por las piernas y muslos que naturaleza le ha dado, y servirdn de modelo en 
nuestra Academia. Se pregunta quai es la causa phisico-analôgico-simpdtica de 
este suceso. 

El Martes de Pascua, la Academia lue à un sermon muy afamado, y antes de 
concluirse el exordio, roncaban pasmosamente todos y cada uno. 

Los dias siguientes no ha habido cosa notable que apuntar como suele acon- 
tecer en otras muchas academias de este mundo. 

Hoy 15 de Abril présenta un individuo la siguiente 

ANACREÔN'TICA 

El tiempo a Venus grato y ;i la sombra de un niirto 

es el frio diciembre, gozan dulces placeres. 



burlando el duke fuego 
los hielos y la nieve. 



Tambien el triste otono 
delicias les promete 
Tambien la primavera quando Pomona y Baco 

gustar a Venus suele sabroso fruto ofrecen... 

quando brot.m las flores 



Pero, Venus, que di^o? 
todo tiempo convient- 
Gustan muchos amantes à los pechos que se aman 



y murmuran las fuentes. 

Gustan muclios amante: 

aun del estio ardiente quando juntarlos quieres. 



328 JOSÉ CADALSO 



Hagoànimo de formar para mi mismo una coleccion de mis cartas familiares 
y asi envieme vmd. las que tenga mias sino se ha limpiado el culo con 
ellas. 

15 

Querido aniigo : De Salamanca me avisa un amigo haver entrado en exer- 
cicios spirituales para ponerse en estado de hacer una compléta confesion gêne- 
rai; y ahade que habiéndole entregado su director la Biblia para sacar de ella 
los puntos de oracion mental, tropezô conlo de Job, y se le quedôtan impreso 
su estilo que de résulta ha compuesto el siguiente soneto '. 

Un abrazo â los dos hermanos y todos très manden a 

Cadalso. 



1. Falta en cl manuscrite). 



OBRAS INÈDITAS 329 



KALENDARIO M AN UAL 



KALENDARIO MANUAL Y GUIA DE FORASTEROS PARA EL CARNAVAL DEL ANO 
I768, DE DON JOSEF CADALSO, COMANDANTE DEL REXIMIENTO DE CAVALLERIA 
DE BORBON Y AUTOR DE LOS ERUDITOS A LA VIOLET A * . 

(Biblioteca National de Madrid, Ms. KK. var. poes. 4.) 

Kalendario manual y guia de forasteros para el Carnaval del ano de 1768 y 
otros, contiene los acontecimientos mas particulares, los Ministros que compo- 
nen los tribunales del amor, dias de gala, y otras noticias, con el estado mili- 
tar de mar y tierra, para la Guerra de Cupido ; impreso con superior privilegio 
de la decencia, en la oficina de Venus, calle de los Placeres, enfrente del tem- 
plo de la juventud por Adonis Jacinto del Eco, impresor de Camara y alcoba 
de Chipre. 

Los astrônomos de Chipre dan principio al càlculo del ano desde las ocho 
de la noche primera del Carnaval, y aunque por este cômputo, se deberia esta- 
blecerel principio de qualquiera mes, en la noche del 26 de Diciembre, acomo- 
dândose nuestro estilo al de la era vulgar, pero por la correccion Pétri Paulina 
se empieza à" contar este ano desde la noche de el 4 de Noviembre. 

Este ano es el de 68 de la libertad y expulsion de las Golillas : mutacion del 
chichisbeo en cortejo : el no se quantos de la fundacion de Saltantipolis : el ter- 
cero de la translacion del Principe à los Canos : el segundo de lamuerte de la 
Reina de los teatros, y de los tavernâculos en el Prado, y el primero de el vuelo 
retrôgrado de la paloma por los Pirineos. 

Cômputos del aùo. 

Aureo numéro 301 y 6 ciclo de poco importa. 
Fies tas movibles. 

El 4 el 12 y otras que se veràn. 



1. No puedo asegurar que este Kalendario manual no se ha publicado todavia; el dis- 
tinguido literato Sr. D. Emilio Cotarelo supone que esta impreso ya en un periôdico de 
fines del siglo pasado y también en una de las colecciones tituladas Almacèn defrutos lite- 
rarios (quiza la segunda). Lo cierto es que no figura en ninguna edicion de las Obras 
complétas; por eso no me parece inùtil imprimirlo 6 reimprimirlo aqui. 

Revue hispanique 21 



330 JOSE CADALSO 



Las 4 témporas. 
Ferias : Mascaras : Semana Santa y noches de verano en el Prado. 

Eclipses de sol. 

Muchos Indianos se eclipsardn de la noche a la manana. 

De la luna. 

Algunas vestales para Cddiz, Barcelona v Valencia : estos éclipses serin 
inconocibles para los caseros, mercaderes, sastres y otros. 



Reduccion del Almanak de Chipre al de Esparïa para mas fdcil inteligencia 
de los menos eruditos. 

Novietnbre. 

El 4 con motivo del baile de mascaras vendrdn por el aire su natural ele- 
mento muchos Senores desde el Sitio y se verân muchas exhalaciones por aquel 
camino. 

El 12 idem per idem : la co;telacion declarada contra las mulas de colleras, 
guardas de las puertas y criados que no tengan prevenidos los boletines de 
entrada y dominoes. Mas exhalaciones por aquel camino. 

El 19 mas templada la atmosfera de puertas afuera del Amphiteatro y nuis 
destemplada de puertas adentro. 

Diciembre. 

El 4 Santa Barbara fiesta de muchos. El 20 Santo Tomas ver y créer : el 
28 Santos Inocentes dias del autor de este papelito : muchos dias de mascara : 
frio para los cocheros, mozos de sillas, y lacayos de la Plazuelay mucho calor 
para los que estdn dentro bailando. 

Enero y Febrero. 

Adeldntase la estacion favorable para sembrar y recoger : el que la pierda 
aprenda otro oficio. Semana Santa Procesiones, Misereres en las Iglesias, que- 
dando solamente una luz y esa de tapadillo : raiedo d los Diciplinantes para 
meterse en los portales ; sillas de manos, y mantos de puntas de encages, todos 
los oficiales de la guarnicion puestos en venta desde el Jueves Santo hasta cl 
Martes de Pascua : vacaciones para los escrupulosos; otros dicen que ni por 
esas. El 24 Nuestra Senora de la Paz d quien pido no se enfaden algunos de 
mis letores. 

Mar^p. 

El 4 San Casimiro gala en Portugal. El 21 entra la naturaleza en la prima- 
vtra y el sol en Aries : entradas andlogas. 



OBRAS INEDITAS 33 I 



Abril. 

El calor va aumentando y el sol de Aries en Tauro : esto es creciendo, pues 
mayores son los cuernos de un toro que los de un camero. El 25 San Marcos 
procesion gênerai , no hay abstinencia en Chipre. 

Mayo. 
El sol en Gemînis esto es en los dos. 
El 15 San Isidro, paseos, meriendas y etc., etc., etc. 

Junio. 
El 1 3 San Antonio de Padua abogado de las cosas perdidas : santo mio de 
mi aima. Abrense los Jardines del Retiro desde el principio de este mes hasta 
el de Septiembre dura la quaresma en Chipre : en este tiempo debe haver 
abstinencia rigorosa de los manjares comprendidos en Julio. 

Julio y Agosto. 
Ni caracoles, ni coche, ni mosto : Julio, sigue la quaresma de Chipre buenas 
cosas en los Jardines del Retiro para el curioso observador. 

El 6 Santa Lucia abogada de los ciegos que no ven ô no quieren ver. 

El 14 San Buenaventura. 

El 16 triunfo de la Cruz de la moneda. 

Canicula. 
Sol en Léon y agua de cevada, agua de achicorias y agua de limon, nitro, 
nieve, parco en medio, y durante esta temporada se pondràn en el puerto de 
Guadarrama, cafés, botillerias, teatros, y otras diversiones, buenas cosas de 
los jardines del Retiro. 

Agosto. 

Idem per idem. Sol en Virgo : esto se entiende en otros climas, pues en el 
de Chipre, no solo no hay sol en Virgo, pero ni virgo en sol, y menos en la 
canîcula. 

El 3 1 San Ramon Nonato abogado de las que estdn pariendo como Dios 
manda. 

Septiembre. 

Sale la canîcula : ojalà no hubiéramos entrado : vamos preparando las man- 
tas. 

El 14 la"exaltacion de la Cruz de la moneda. El 21 feria de San Mateo : al 
buen entendedor pocas palabras. 

Octubre. 
Se acaba el paseo de los Jardines del Retiro : ique lastima! 
El 3 San Cândido : hay pocos del nombre de este bendito Santo, y con uno 
que hay sobra, y con esto se concluye el aho de Chipre. 
Dinero sobre todo. 



332 



JOSE CADALSO 



Juvileo. 

El Jueves en casa de Santiago. 

El Viernes en casa de Mendoza. 

Los Miércoles y Sdbados durante el Carnaval enfrente de la Real Biblioteca, 
y todos los dias del ano en la Puerta del Sol, Calle Mayor, casas de Geniani, 
Perez, Lumbreras, Tarsi, Larus, Vallejo, Gallinas, y otras de la misma clase y 
orden. 

Nota. 

Caballeros existentes en la insigne orden de la cadena. Noticia de sus madri- 
nas de hdbito y otras necesarias para el pleno conocimiento del fioreciente 
estado â que ha llegado esta orden en estos felicîsimos tiempos por las listas 
alphabéticas de la ùltimacampana de la orden, en la quai podria haber variacion 
en un mes para otro. 



A 

Alcan Pach. 

Alb Cordo. 

Almodo Sant. 

Adorn. B Ros. 

Alba Saman. 

B 

Benave Ros. 

Bey Sal. 

Benda Real B Gonz. 

Bobad Egin'a. 

Borbon Lac. 

Ban B Fuen. 

Bardai Cagi. 

C 

Ciru Sus. 

Cogo Pach. 

Cam Bi r Revillagi. 

Canet Co de Mo. 

Claramo Col. 

Cast. fuert Alcnc. 



D 
Davi Diog. 

E 

Espelct Torre Man. 

Eug Arram. 

F 

For Lia. 

Fontan Emb. de Fran. 

G 

Gra R Ricar. 

G. Hi Pénal. 

H 

Hues Mar de Mo. 

His Color. 

Hipol Bea Guem. 

/ 

Isab 1 del Hoyo Leso. 

Isab 1 Arno Laie. 

A' 

Konig Mich. 



OBRAS INEDITAS 



333 



Mir. 

Mira 

Medinas-O Arc. 

Montu 

Murill Bria. 

Miran de Art Peat. 

Man-B Oliba. 

Monsag Berdug. 

Mor-B Sarti. 



Osum Branqui. 

Orei. O Samani. 

P 

Pen Pal. 

Port Bento. 

Par Aroi Bad. 

Perale Cam. 

Penon O Car. 

R 

Repa Rox Ceba. 

Rox In Pedr. 

Regal-O Vive. 



Sant Rubi. 

Salust B. 

Someru Idia. 

Salbador-B Amavi. 

Sastite Ruche. 

Salvati-B Mirall. 



Teve B Sot. 

V 

Villafran Pesad. 

Valde Carz O Cresp. 

Villamay Losad. 

Villan P. 

Veg de Pozo Rice. 

Villa Pater Cancel. 

Valen Bar. 

X 

Xavie Orca Monsa. 

Xavie Mat. Bele a Marq. de R. 



Y doble numéro de ellos que se ocultan por buenas razones sin contar los 
cavalleros y candidatos, y otras tantas senoras que debian serlo ô va por vani- 
dad, pues la que no lo es en esta orden esta desairada ô ya por conveniencia 
ô por otras razones de estado. 

Las Madrinas senaladas con una B. que quiere decir Beleta, lo han sido ante- 
riormente de mas cavalleros existentes, difuntos, ausentes, ô expulsos de la 
orden. 

Los caballeros que sus madrinas estan senaladas con una cruz û O estân ô 
pretendientes û ocultos objetos inestinguibles y mas para los profesos. 
Excntos de la orden. 

Retirados con los honores y fueros que pueden servir para Consiliarios en 
los capitulos Maestros de novicios é informantes para las pruebas 6 los Preten- 
dientes. 

Fernan : : — Cadal : : — Gués : : — Lanças : : — Caves : : — Seguya : : 
Lain : : — Esete : : — y otros que han pasado de esta orden a una de las dos 
reformadas que son las del juicio y la del desengano. 



334 J 0SE CADALSO 



Trtbunales. 

Junta del Montepio que socorre a los cortejantes pobres de solemnidad. 
La Benabent : — La Salvatie. — La Osun. — La de Alcani. — Y otras 
muchas de igual calidad aunque de menos lucimiento. 

Fiscales de lo civil. 

Los senores capitulares de la villa de Madrid que hacen de bastoneros en los 
bailes de mascara. 

Junta Apostolica. 

La Bond. R 1 — La Grac. R 1 . — La Ezpel. — La Santiag. — Y otras que 
nos pasman à la francesa. 

Proto Medicato. 

Dos Ex mas . — Dos Seiîorias. — Dos Mercedes. — Mùsica y acompana- 
miento y hay bastante en que escoger. 

Trtbunales fuera de la Cor le. 

La opéra de Barcelona. — La de Câdiz. — La nueva escuela de teatro de 
Sevilla. — Las comedias de la légua. 

Nota. 

Haviendo incluido en la guia de Madrid el ano pasado el estado militar del 
exército v la Marina, no han querido los ministrosde Chipre quela suya carezca 
este suplemento. 

Exército de Chipre para campanas de Ctipido. 

Capitulo i°. 

Reaies guardias de Corps alquilados por la Comida, vestido, lavadura de 
ropa blanca, escarapela y un par de pesos al mes ; sirven bien, pero quando 
les falta la paga la cobran d palos. 

2°. 

Cadetes de Guardias. Cuerpo afamado en otros tiempos, no entra ya en 
parada con los demis del exército. 

3°- 
Reximiento de Mexico y el Peru son invencibles, estai) cargados de trofeos, 
el uniforme amarillo y blanco. 

4°. 
Reximiento de frayles, no hay reximiento mejor armado, municionado, ni 
mas pronto i entrar en campana ; no da quartcl , y tiene en las banderas 
un letrero que dice : vencer 6 morir. 



OBRAS INEDITAS 



35 



5°- 

Reximiento de la Grandeza, es un reximiento glorioso y triunfante, el uni- 
forme galoneado y bordado, y cargado de diamantes, oro y plata, solapa y 
cuello y vueltas de encages, admite todo género de gentes espanolas, extran- 
geros, plebeyos, nobles, pages y otros criados mayores. 

Nota. 

No faltan exemplares de haber enganchado lacayos, que con el tiempo han 
hecho servicio alternando con sus amos; no es reximiento, es légion. 

6°. 

Reximiento de la Puerta del Sol, este reximiento cargado de heridas, fun- 
ciones, enfermedades contraidas en campana, fué reformado el arïo de 1766. 
Algunas partidas sueltas que se han hallado después de la reforma estdn de 
guarnicion en la ciudad de San Fernando. 

Nota. — Hay otros cuerpos de tropas ligeras muy perjudiciales à la paz. 

Armada de Chipre. 



Navios 



Cahones 



Frasa ta s. 



La vanidad 100 

El escândalo 100 

La obstentacion 100 

La lujuria 100 

El marido 90 

El competidor 90 

La mantilla 80 

El coche alquilado 80 

La siesta de verano 80 

La noche de invierno 80 

El entretenido 80 

El pretendiente 70 

El plantado 70 

El falso 70 

El murmurador 60 

El desesperado 60 

El petardista 60 

El canapé 60 

El gabinete 60 

El prado 50 

El teatro 50 



La chimenea. . . 

El abanico 

El manguito. . . 
La ocasion . . . . 
La astucia. . . . 
La permanente. 
La casualidad . . 



Brulotes. 



El celoso. . . . 
El desafio. . . . 
La apariencia 
El interino . . 
La embidia . . 
El chismoso . 



Javeqaes de navios de aviso. 

La variedad 

La vieja 

El expreso 

El volante 



30 
30 
30 

30 
30 

30 
30 



10 

10 
8 
8 
8 
8 



16 
16 
16 
16 



Los navios senalados con âneoras, son de la antigua construccion de Chipre , 
sirven poco desde que se maniobra a la francesa, a la inglesa, a la italiana, a 
la turca y a la diabla. Los senalados con una fior de llis son de construccion 
francesa. 

FIN DE LA GUIA SIN FIN. 



VA R I A 



5. Notes sur la bibliographie française de Cervantes 

Dès le début, Don Quijote a fait fortune en France. Ce fut César Oudin qui, 
le premier parmi les étrangers, imprima le conte du Curioso Impertinente à 
la fin de la Silva Curiosa de Julio Infguez de Medrano (Paris, 1608, pp. 274- 
328). A peu près en même temps parut : Le Curieux Impertinent, en espa- 
gnol, et traduit en français par ]\eari\ Baudoin. A Paris, che\ Jean Rieher, 160S. 
L'année suivante on publia une traduction anonyme d'un autre épisode sous 
le titre : Homicidio de la Fidelidad y la Defensa del Honor. Le Meurtre de la 
Fidélité et la Défense de l'Honneur, où est racontée la triste [et pitoyable] avanture 
du berger Pbilidon et les raisons de la belle et chaste Marcelle, accusée de sa mort, 
en espagnol et en françois. A Paris, che^Jean Rieher, 1609 1 . 

Dans l'appendice E de son Hislory of Spanish Literature (Boston, III, pp. 
512-513) Ticknor nous parle des traductions françaises de Don Quijote dont 
la première, selon lui, ne remonte qu'à 1620. J'ai nommé celle de César Oudin, 
laquelle fut un peu devancée par la version anglaise de Thomas Sheltoiv 
Quant à la date de cette traduction française complète de la première partie 
du roman de Cervantes, il est certain que Ticknor s'est trompé en l'indiquant 
à une date aussi tardive. Au reste, s'il a tort, il a tort avec presque tout le 
monde. Il n'a fait probablement que copier la bévue de Fernàndez de Navar- 
rete (Vida de Miguel de Cervantes Saavedra, Madrid, 18 19, p. 516). Brunet 
(Manuel du Libraire, Paris, I, col. 175 1) a signalé une édition d'Oudin publiée 
en 1616; et cette fausse attribution a été généralement acceptée. M. John 
Ormsby dans le troisième appendice de sa traduction de Don Quijote (Londres, 
1885, IV, p. 421) donne la date 1616, et M. Henry Edward Watts la reproduit 
dans sa Life of Cervantes (Londres, 1888, p. 286). Le directeur de la Revue 
Hispanique répétait cette déclaration dans son excellente version du Licenciado 



1. V. Les numéros 10424 et 10416 dans le Catalogue des livres de ta bibliothèque 
de feu M . le Due de la Vaïlière (Seconde Partie, disposée par Jean-Luc Nyon l'Aine), 
Paris, 1788, III, pp. 275, 274; et le Catalogne des Itères composant la bibliothèque de feu 
M. le Union James d, Rothschild (Paris, 1887, II, p. 277). Les mots entre parenthèses ne 
se trouvent pas dans le Catalogue de Nyon. 



varia 337 

Vidriera (Paris, 1892, pp. 7-8, et note). De même, m'appuyant sur l'auto- 
rité de M. Foulché-Delbosc, j'ai suivi le renseignement de Brunet dans l'es- 
quisse bibliographique qui suit ma Life of 'Miguel de Cervantes Saavedra (Londres, 
1892, p. 545). 

Néanmoins j'avoue que j'ai beaucoup hésité avant de me décider. Dans 
leur réimpression d'Oudin (Paris, 1884, I., i., v.), M. Emile Gebhart et son 
éditeur nous disent que « la première partie de cette traduction est de 1614 ». 
D'ailleurs, dans le Catalogue de M. James de Rothschild (Paris, 1887, II, p. 
277) on cite un exemplaire de l'édition de 1614 dans la bibliothèque de M. Da- 
guin. Outre cela, il y avait — chose capitale — la date du Privilège qui se 
trouve au commencement de la troisième édition de 1620, la seule que j'eusse 
vue lorsque je m'occupais de mon étude. Cette date, qui est du 17 mars 1614, 
donne furieusement à penser, un retard de deux ans étant peu vraisemblable. 
Bien que personne, que je sache, n'ait dit l'avoir vue, l'existence d'une 
édition de 1614, sans être démontrée, devenait au moins probable. C'est ce 
que j'ai dû signaler. 

Eiïectivement j'avais raison d'hésiter. Fernandez de Navarrete, Ticknor, 
Brunet, MM. Ormsby et Watts, M. Foulché-Delbosc et moi, nous nous sommes 
trompés. Je viens justement de voir un exemplaire de l'édition princeps dont 
je transcris ici le titre que j'ai sous les yeux : LIngenievx \ Don \ Qvixote \ de 
la Manche \ Composé par Michel de \ Cervantes, | Tradvit Fidellemenl \ d'Espagnol 
en François, \ et | Dédie au Roy | Par César Oudin, Secrétaire Interprète de \ 
sa Majesté, es langues Germanique, Italienne, \ et Espagnole : et Secret, ordinaire de 
Mon- | seigneur le Prince de Coudé. | A Paris. \ Che^ Ieau Jouet, rué saiuct \ 
lacques au Rosier. \ M. D. C. XIV. \ Avec Privilège de sa Maiesté. | A la suite 
du Privilège, où l'on cite les « lettres Patentes de sa Majesté, sur ce données à 
Paris, le dixseptiesme de mars, mil six cens quatorze. Sellées du grand Seau 
de cire jaulne sur simple queue, Signe parle Roy en son Conseil. De Vabres. », 
se trouve la phrase « Acheué d'imprimer le 4. iour de Iuin, 1614 ». C'est, je 
crois, décisif. 

Il me semble que cette rectification d'une erreur où je me suis rencontré 
avec la plupart de mes prédécesseurs, ne sera pas sans intérêt pour les Cervan- 
tistes de la Revue Hispanique. 

James Fitzmaurice-Kelly. 

6. Note sur une édition de Don Quichotte. 

El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha compuesto por Miguel de Cervantes 
Saavedra. Edicion adornada con 800 laminas repartidas por el contexto. Barcelona : im- 
prenta de Antonio Bergnes y Compania M DCCC XXXIX ; 2 vol. in-4 : 646^655 pp. 
Portrait de Cervantes gravé sur acier ; illustrations gravées sur bois. 



33o VARIA 

Les gravures de cette édition, ainsi que le dit Salvd (Catàlogo, n° 1575), 
sont les mêmes que celles employées par le libraire Paulin pour la traduction 
française de Viardot. Ce que Salva a oublié d'ajouter, c'est que la Noticia 
sobre la vida y escritos de Cervantes placée en tête du tome I er , n'est que la tra- 
duction littérale de la Notice sur la vie et les ouvrages de Cervantes due au traduc- 
teur français. L'éditeur de Barcelone n'indiquant nulle part le nom de l'auteur 
de la Noticia et personne ne s'étant encore avisé, à ma connaissance, de relever 
ce fait que la similitude absolue de l'édition de Barcelone et de la traduction 
de Paris rend pourtant d'une constatation bien simple, il m'a semblé utile de 
rendre à Viardot ce qui appartient à Viardot. F. H. Graser. 

7. La troisième édition de la Guerra de Granada de Don Diego Hurtado 

de Mendoza. 

Dans l'Etude sur la Guerra de Granada de Don Diego Hurtado de Mendoza que 
j'ai publiée dans le n° 2 de la Revue Hispanique (pp. 101 à 165), je disais (p. 127) 
que la troisième édition était la seule dont je n'avais pu trouver d'exemplaire. 
M. Johannes Merck, de Hambourg, possède dans sa bibliothèque cette édition: 
il a eu l'obligeance, dont je le remercie, de m'en envoyer la description : 

Guerra de Granada, Hecha por El Rey de Espana Don Felipe II. nuestro senor, 
contra los Moriscos de aquel Revno, sus rebeldes. Historia escrita en quatro libros. Por 
Don Diego de Mendoza del Consejo del Emperador Don Carlos V. su Embaxador en 
Roma, v Venecia ; su Governador, y Capitan General en Toscana. Con licencia : — En 
Valencia, por Vicente Cabrera. A costa de Francisco Roveda Mercader de Libros, en- 
frente la Diputacion. — In-8, 6 ff. préls. et 331 pp. 

Les feuillets préliminaires contiennent : 

f. 1 : Titre. 

ff. 2 et 3 : Aprobacion de D. Gregorio Mayans i Ciscar, datée de Valence 
13 juin 1730, et l'Imprimatur. 

ff. 4, 3, et f. 6 recto: Luis Tribaldos de Toledo, al Leclor. 

f. 6 verso: Licencia dd Consejo à Fr« Roveda, datée de Madrid, 18 mai 
1730. 

Les pages chiffrées contiennent : 

pp. 1 et 2 : Brève memoria 

pp. 3 et 4 : Inlrodiiccion.... 

PP- 5—3 3 1 : De la Guerra de Granada. 

Je ne me trompais donc pas en écrivant d'une part (p. 118) : « Vaprobacion 
de Mayans est datée de Valence, 13 juin 1730. Il est probable que cette apro- 
bacion fut placée en tète de l'édition publiée à Valence vers 1730 par Viccntc 
Cabrera et que Fauli la réimprima simplement en tète de la sienne, » et d'autre 
part (p. 119) : « Cette 4 édition (Valence, 1766) n'est vraisemblablement qu'une 
reproduction à peu près fidèle de la troisième.... » R. Foulché-Deliîosc. 



BIBLIOGRAPHIE 



Histoire, etc. 



L'Espagne chez Homère, par Théodore Reinach. Chartres: imp. Durand, 
1894, in-8, 7 pp. (Extrait du n° d'avril de la Revue Celtique, t. XV). 

Souvenirs du pèlerinage espagnol à Rome (avril 1894) , par le chevalier 
Mac Swiney. Evreux : imp. Odieuvre, 1894, in-16, 128 pp. 

Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France 
depuis les traités de Westphalie jusqu'à la Révolution française, publié sous les 
auspices de la Commission des archives diplomatiques au Ministère des Affaires 
étrangères. Espagne, avec une introduction et des notes par A. Morel-Fatio, 
avec la collaboration de H. Léonardon. Tome I (1 649-1 700). Paris : Félix 
Alcan, 1894, in-8. — 20 fr. 

Le Bienheureux Jean d'Avila (1500-1569), par le P. J. B. Couderc, S. J. 
Lille et Paris : Desclée, de Brouwer et C ie , 1894, in-16, 141 pp. illustré. 

Spain, being a summary of Spanish history from the Moorish conquest to 
the fall of Granada (711 — -1492 A. D.), by Henry Edward Watts. London : T. 
FisherUnwin, 1894, in-8, xxvn -315 pp. 

The life and times of James the first, the conqueror king of Aragon, Va- 
lencia, and Majorca, Count of Barcelona and Urgel, Lord of Montpellier. By 
F. Darwin Swift. With a map. Oxford, 1894, in-8, xix-311 pp. 

Descubrimiento precolombino de la America. Ensayo crftico-histôrico por 
Baltasar Vêlez, Sacerdote colombiano, Cura y Promotor en la Ciudad y Dio- 
cesis de Pamplona, Misionero Apostôlico, etc., etc. Paris : Garnier Hermanos, 
1894, in-8, xix-i 16 pp. 

Collection de Codes étrangers VIII. Code civil portugais, promulgué le I er 
juillet 1867, mis en vigueur le I er janvier 1868. Traduit, annoté, précédé 
d'une introduction par Fernand Lepelletier... Paris : Durand et Pedone-Lauriel, 
1894, in-S, xxv-483 pp. 

The first divorce of Henry VIII [(Divorce of Katherine of Aragon) as told 
in the State Papers. By M rs Hope. Edited, with notes and introduction by 
Francis Aidan Gasquet. D. D., O. S. B. London : Kegan Paul, Trench, Trub- 
ner and Co., 1894, in-8, xx-375 pp. 



34° BIBLIOGRAPHIE 



Estudios cn'ticos acerca de la domination espanola en America por el P. 
Ricardo Cappa Tomo XII. Parte tercera : Industria naval. Vol. 3. Madrid : 
M. Murillo, 1894, in-8, 11-366 pp. — 3 pes. 

Sommaire: Expediciô:i de Anson. — La industria en el Perû, 1745-1824. — Piratas 
del Pacifico. — Callao. — Industria en el AtLintico. — Piratas corsarios. — La industria 
en Cuba. 

Historia gênerai de las islas Canarias, por Agustm Millares, de la Real 
Academia de la Historia. Tomo V. Las Palmas, Impr. de « La Verdad », de 
J. Miranda, 1894, in-4, 300 pp. Madrid : M. Murillo. — 3.50 pes. 

El côdigo pénal de 1870 concordado y comentado, por D. Alejandro Groi- 
zard )• Gômez de la Serna. Tomo V. Salamanca : Esteban Hermanos, impre- 
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Luis Vives, por A. Lange, autor de la « Historia del materialismo » ; tra- 
duction directa del alemdn, revisada por M. Menéndez y Pelayo. Madrid : Est. 
tipogrâfico de Agustîn Avrial. S. a. (1894) (La Espana Moderna), in-8, 90 pp. 
— 2.50 pes. 

Congreso geogrdfico hispano-portugués-americano, reunido en Madrid en 
el mes de Octubre de 1892. Cuarto centenario del descubrimiento de Ame- 
rica. Actas. Tomo IL Impr. del Mémorial de Ingenieros. Madrid : Murillo. 
1893-94, in-8, 638 pp. et deux cartes. — 15 pes. 

Prisiones espaiïolas; estudios penitenciarios, visitas d la cdrcel modelo, por 
El Abate Boussoni. Madrid : Impr. y lit.deTerceno, i894,in-i2, 16 pp. — 0.50 
pes. 

Apuntes histôricos sobre la villa de Torrijos (Toledo) y sus mas esclare- 
cidos bienhechores, por D. Miguel Antonio Alarcôn. Valencia, Imprenta de 
Francisco Vives Mora. — Madrid : E. Hernandez, 1894, in-8, 353pp. — 3 pes. 

Influjo civilizador de los Cenobios Medioevales en el Noreste de Espana. 
Discurso del Présidente del jurado delà Asociacion literaria de Gerona, por D. 
José Pellicer y Pages, licenciado en filosofia y letras, C. de las Reaies Acade- 
mias de la Historia y de Bellas Artes de San Fernando, etc., etc. Certamenxxu 
de la Asociacion. Gerona : Impr. de Paciano Torres, 1894, in-8, 42 pp. — 1.25 
pes. 

Historia natural y moral de las Indias, escrita por el P. Joseph de Acosta, 
de la Compania de Jésus, publicada en Sevilla en 1590 y ahora iiclmente reim- 
presa de la primera édition. Madrid : Ramon Angles, irupresor, 1894, 2 tomos, 
in-8, xxm-486 et xvi-392 pp. — 8 pes. 

La guerra del moro à fines del siglo xv, por don Marcos Jiménez de la 
Espada. (Madrid : Fortanet, 1894), in-8, 42 pp. (Tirage à part du Boletin de la 
Sociedad Geogrdfica augmenté de quelques notes). 

Historia de Montserrat , por el Abad D. Miguel Muntadas, continuada 



BIBLIOGRAPHIE 34I 



por un monje del mismo monasterio. Barcelona : Impr. de la Casa provincial 
de Caridad, 1894, in-8, 532 pp. grav. — 4.50 pes. 

Estado social del Perû durante la dominaciôn espaiïola. Discurso leido en 
la Universidad Mayor de San Marcos en Lima, en la ceremonia de apertura 
del aho escolar de 1894; porel Dr. Javier Prado y Ugarteche. Lima : Impr.de 
« El Diario Judicial», por M. Agois, 1894, in-8, xxn-191 pp. Madrid, Fé. — 2.50 
pes. 

Compendio de la doctrina catalanista, por Enrich Prat de la Riba y Père 
Montanyola, premiat en lo concurs regionalista del Centre Catala de Sabadell 
y aprobat por la junta permanent de la Unio Catalanista. Barcelona : Impr. de 
la Renaixensa, 1894, in-8, 52 pp. — 1.25 pes. 

Beaux-Arts 

Renaissance Architecture and Ornament in Spain. A séries of examples 
selected from the purest works executed between the years 1 500-1 560 meas- 
ured and drawn together with short descriptive text by Andrew N. Prentice. 
London : B. T. Batsford [1894], in-fol., 16 pp. and lx plates. 

El casco del Rey D. Jaime el Conquistador; monografïa critico-histôrica, 
por el Baron de las Cuatro-Torres, Conde del Asalto, Madrid : Est. tip. de 
Agustin Avrial, 1894, in-8, 32 pp. à 2 col. et gravures. — 2.50 pes. 

Recuerdos arqueolôgicos de Âlava. La basilica de Santa Marfa de Estiba- 
liz. Colecciôn de articulos publicados en el periôdico La Libertad, por el coro- 
nel teniente coronel de Ingenieros, D. Sixto Mario Soto, Académico corres- 
pondiente de la Real de Bellas Artes de San Fernando. Vitoria : Impr. de Galo 
Barrutia, 1894, in-8, 59 pp. et une photographie. — 2 pes. 

Folk-Lore 

Cien refranes andaluces, de meteorologfa, cronologfa, agricultura y eco- 
nomi'a rural, recogidos de la tradiciôn oral y concordados con los de varios 
paîses romànicos, por Francisco Rodriguez Marin. Segunda ediciôn anotada. 
Sevilla : Impr. de E. Rasco, 1894, in-4, 33 pp. (Madrid, M. Murillo). — 
1 pes. 

Voyages, etc.. 

Excursion en Espagne. Miraflores, par Tierny, archiviste du Gers. Mon- 
tauban : impr. Forestié, 1894, in-8, 15 pp. 

Excursion en Espagne. Las Huelgas et Avila, par Ch. Baudon de Mony. 
Montauban : impr. Forestié, 1894, in-8, 12 pp. 



342 BIBLIOGRAPHIE 



Edouard Conte. A travers Majorque (dans La Revue de Paris, n° 16, 15 
septembre 1894). Paris, 1894, in-8. 

Maurrice Barrés. Du sang, de la volupté et de la mort. (Un amateur 
d'âmes. Voyage en Espagne. Voyage en Italie, etc.) Paris : G. Charpentier et 
E. Fasquelle, 1894, in-18, 326 pp. — 3 fr. 50. 

Henry Bonnet. En Yacht : Autour de l'Espagne (dans La Revue de Paris, 
n° 13, I er août 1894). Paris, 1894, in-8. 

Un combat de taureaux à Saint-Sébastien, par le docteur G. Chevalier. 
Angers : Lachèse et C ie , 1894, in-8, 35 pp. 

Unter den Naturvôlkern Central-Brasiliens. Reiseschilderung und Ergeb- 
nisse der zweiten Schingû-Expedition 1888-1889 von Karl von den Steinen. 
Mit 5oTafeln(i Héliogravure, 11 Lichtdruckbilder, 5 Autotypen, und 7 lithogr. 
Tafeln) sowie iôoText-Abbildungen nach den Photographien der Expédition, 
nach den original aufnahmen von Wilhelmvon den Steinen und nach Zeichnun- 
gen von Johannes Gehrts nebst einer Karte von Prof. D r Peter Vogel. Berlin, 
1894, gr. in-8, xvi-570 pp. 

La tauromaquia ô arte de torear; obra utilisima para toreros de profesiôn, 
para los aficionados y toda clase de sujetos que gustan de toros, por José Del- 
gado (alias Hillo) : nueva ediciôn, seguida de un apéndice conteniendo los 
precios de las corridas de toros y novillos en la Plaza de Madrid. Madrid : 
Imprenta de José Rodriguez, 1894, in-8, 100 pp. — 1 pes. 

Diario de un peregrino, 1894. Recuerdos del viaje à Roma en la peregri- 
naciôn nacional obrera. Barcelona : Tip. « La Ilustraciôn » S. a. (1894), in-8, 
136 pp. avec gravures. (Madrid, Hernàndez) — 0.50 pes. 

Tauromaquia hispana ; pintura poética en octavas rimas, de las doce suer- 
tes o lances mas principales que acaecen en una corrida de toros, siguiendo la 
idea y représentation con que estân grabadas en el juego de estampas de D. 
Antonio Carnicero ; su autor D. Pedro Salanoba (publicada el ano 1790 y 
ahora nuevamente reimpresa). Madrid : Murillo, 1894, in-8, 16 pp. — 2 pes. 

Guia itinerario del ait pla de Barcelona y del Baix Vallès dividida en 76 
itinerarios por ArturOsona, en colaboraciôn ab Joseph Castellanos ab dos socios 
del Centre excursionista de Catalunya. Tercera ediciôn corregiday aumentada. 
Barcelona : Impr. de F. Altés y Alabart, 1894, in-8, 206 pp. — 2.25 pes. 

Littérature. 

The Humour of Spain selected with an introduction and notes, by Suscite 
M. Taylor. London Walter Scott, in-8, xvi-362 pp. 

Santa Teresa. Being some account of lier life and times together with some 
pages froiîi the history of the last great reform in the religious orders by 
Gabriela Cunninghame Graham. London : Adam and Charles Black, 1894, 
in-8. Tome I, x-463 pp. Tome II, vi-452 pp. 



BIBLIOGRAPHIE 343 



El arte escénico en Espana por José Yxart. Volumen I. Introducciôn. La 
tradiciôn. La decadencia. — El drama. — Echegaray, Gaspar, Sellés, Feliu y 
Codina. — Nuevas direcciones dramdticas. — En el extranjero. — ■ En Espana. 

— Pérez Galdôs, etc. Epïlogo Barcelona : Impr. de « La Vanguardia ». Madrid, 
Murillo, 1894, in-8, 364 pp. — 5 pes. 

Diccionario biografico y bibliografico de escritores y artistas catalanes del 
siglo xix ; apuntes y datos, por D. Antonio Elias de Molins. Cuadernos 36 à 
40. Barcelona, 1892 à 94, in-8 à 2 vol. (Torao II, pp. 413 à 572). Madrid : 
M. Murillo — Chaque livraison, 1 pes. 

El caso Garni; monomani'a maliciosa de forma impulsiva ; estudio de 
psiquiatria, por el D r P. Gêner, de la Sociedad Antropolôgica de Paris. Gerona : 
Impr. de Paciano Torres, 1894, in-8, 32 pp. — ■ 1 pes. 

El supernaturalismo de Santa Teresa y la filosofïa médica, ô sea los éxta- 
sis, raptos y enfermedades de la Santa ante las ciencias médicas : memoria pre- 
miada por la secciôn literaria de Salamanca. Tema 5 Porel Dr. Arturo Perales 
y Guticrrez, catedrâtico numerario por oposiciôn de la Facultad de Medicina 
de Granada ; con un prôlogo del Dr. Fernando Segundo Brieva Salvatierra. 
Madrid : Libr. de G. Del Amo, 1894, in-8. — 4 pes. 

Textes. 

The heart and songs or the Spanish Sierras by George Whit White. Illus- 
trated. London : T. Fisher Unwin, 1894, in-8, pp. 197. 

Anthero de Quental. Sixty-four sonnets Englished by Edgar Prestage. 
London : David Nutt, 1894, in-8, pp. xm-133. 

Ensayos religiosos, polfticos y literarios, por D. José Maria Quadrado Se- 
gunda ediciôn. Tomo II: (Escritos politicos, primer perfodo 1843-1846). Pal- 
ma de Mallorca : Tipo-litografia de Amengual y Muntaner, 1894, in-4, 500 pp. 

— 5 pes. 

Ripios ultramarinos, por D. Antonio de Valbuena (Miguel de Escalada) 
Segundo monton. Madrid : Libr. de Suàrez, 1894, in-8, 288 pp. — 3 pes. 

Poesîas escogidas de D. José Zorrilla publicadas por la Real Academia Espa- 
nola. Madrid : Murillo, 1894, in-8, 179 pp. — 1 pes. 

Coleccion de escritores castellanos. Tomo 105. Obras complétas de D. 
Angel de Saavedra, Duque de Rivas, director que tué de la Real Academia 
Espanola, présidente de la de Bellas Artes de San Fernando é individuo de 
numéro delà Historia ; coleccionadas de nuevo por su hijo D. Enrique R. de 
Saavedra, Duque de Rivas. Tomo I. Madrid : M. Murillo, 1894, in-8, xxxn-487 
pp. Portrait de l'auteur. — 5 pes. 

Poesfas inéditas de Don Juan Meléndez Valdés publicadas por R. Foulché- 
Delbosc. Madrid : M. Murillo, 1894, in-8, 32 pp. — 2 pes. 



344 BIBLIOGRAPHIE 



Cartas amatorias de la monja portuguesa Mariana Alcofurado, dirigidas 
al Conde de Chamilly, capitân del ejército francés. Madrid : Agustin Avrial, 
impresor « La Espana Moderna », s. d. (1894), in-4, 42 pp. — 3 pes. (tiré à 200 
exemplaires). 

Antologia de poetas mexicanos, publicada por la Academia Mexicana, cor- 
respondiente de la Real Espaiïola. Segunda ediciôn. Mexico, Tip. de la Secre- 
tan'a de Fomento. Madrid : G. Sanchez, 1894, in-4, vii-488-m pp. — 12 pes. 

Panoramas orientales; impresiones de un viajero-poeta. Conferencia dada 
en el Ateneo cientffko, literario y artistieo de Madrid la noche del 7 de Mayo 
de 1894, por D. José Alcali Galiano. — Madrid : Tip. de los hijos de M. G. 
Hernandez, 1894, in-4, 47 PP- — 1 pe s - 

El ingenioso hidalgo D. Quijote de la Mancha, compuesto por Miguel de 
Cervantes Saavedra y comentado por D. Diego Clemenci'n. Tomos VI y VII. 
Madrid : Imprenta de la Viuda de Hernando y Comp., 1894, in-8, 339 y 391 
pp. — Chaque vol., 3 pes. 

Les trobes en lahors de la Verge Maria, publicadas en Valencia en 1474, 
y reimpresas por primera vez. con una introducciôn y noticias biogrdficas de 
sus autores, escritas por Francisco Martî Grajales. (Primer libro impreso en 
Espana en 1474). Valencia, Impr. de Ferrer de Ortega. 1894, in-8, 92 pp. 
prels. et 60 ff. n. ch. Madrid : M. Murillo. — 7.50 pes. 

Obras de D. Marcelino de Aragon Azlor y Ferndndez de Côrdoba, Duque 
de Villahermosa, Conde-Duque de Luna, de la Real Academia Espahola; con 
un prologo de D. M. Menéndez y Pelayo, de la misma Academia. Madrid : 
Establecimiento tipogrdfico Viuda é Hijos de M. Tello, 1894, in-8, xvm-367 
pp., et portrait. (Non mis dans le commerce). 

Ecos de las montanas. Leyendas histôricas, por D. José Zorrilla, ilustrados 
por Gustavo Doré. Barcelona : Montaner y Simon, 1894, in-4, 446 pp. y 36 
grav. : « reducciôn de las de la grande y primera ediciôn publicada en 1868. » — 
6 pes. 

Enseignement 

Revista dos lyceus. IV an. Porto : Typ. de José da Silva Mendonça, in-8. 

N° 2. Julho de 1894, pp. 49 à 96. 

N° 3. Agosto de 1894, pp. 97 à 144. 

N os 4 et 5. Setembro e Outubro de 1894, pp. 145 à 240. 

Introduction to Commercial Spanish by Léon Delbos. London : Macmillan 
and Co, 1894, in-8, xii-205. -3/6. 

The living method for leaming how to think in Spanish by Charles F. 
Kroeh, A. M., Professor of languages in the Stevcns Institute of Technology, 
Hoboken, X. J. London: Englandand Hoboken, N. J.: Published by the Author 
[1894], in-8, 278 pp. 



BIBLIOGRAPHIE 345 



First steps in Spanish idioms containing an alphabetical list of idioms, ex- 
planatory notes and examination papers by Eduardo Tolrd y Fornés. Second 
Edition, revised. London : Librairie Hachette et C ie , 1894, in-8, vi-117 pp. -1/6. 

Périodiques. 

La Espana moderna. Director-propietario J. Ldzaro. 

Agosto de 1894. Madrid, s. d. (1894), in-8, 206 pp. — 3 pes. 

Setiembre de 1894. Madrid, s. d. (1894), in-8, 207 pp. — 3 pes. 

Octubre de 1894. Madrid, s. d. (1894), in-8, 208 pp. — 3 pes. 

Archivo do Distrito Fédéral. Revista de documentos para a historia da 
Cidade do Rio de Janeiro. Prefeito : D r Henrique Valladares ; Redactor : Mello 
Moraes Filho (Director Archivista) 1° Anno, Janeiro, 1894. Rio de Janeiro. 
Redacçào e Administraçâo : Archivo Municipal. 

Collections. 

Biblioteca ardbico-hispana. Torao IX. Index librorum de diversis scientiarum 
ordinibus quos a magistris didicit Abu Bequer ben Khair ad fidem codicis escu- 
rialensis arabice nunc primum ediderunt indicibus additis, Franciscus Codera, 
in Universitate Matritensi arabice lingue, et J. Ribera Tarrago. Tomo 1. 
Caesaraugustae in Typographia Fratrura Comas; Madrid M : Murillo, 1894, in-4, 
466 pp. — 20 pes. 

* Colecciôn de documentos inéditos para la historia de Espana, por el Mar- 
qués de la Fuensanta del Valle, de la Academia de la Historia y de la de Cien- 
cias Morales y Poh'ticas. Tomo CX, Madrid : Impr. de José Perales y Marti'nez 
1894, in-4, 512 pp. 

Colecciôn de libros raros que tratan de America. Volumen IL Très tratados 
de America (siglo xvtn). Relaciôn histôrica, politica y moral de la ciudad de 
Cuenca, poblacion y hermosura de su provincia, por el doctor D. Joaqui'n de 
Merisalde y Santisteban, corregidor y justicia mayor de ella — Razôn sobre el 
estado y gobernaciôn politica y militar de la jurisdicciôn de Quito en 1754, 
por Juan Pîo de Montufar y Frasco, gobernador y capitan gênerai de las pro- 
vincias de Quito. — Diario de todo lo ocurrido en la expugnacion de los fuertes 
de Bocachica y sitio delà ciudad de Cartagena de las Indias en 1741, formado 
de los pliegos remitidos à S. M. (que Dios guarde) por el Virrey de Santa Fé, 
D. Sébastian Eslava, con don Pedro de Mur, su ayudante gênerai. Madrid : 
M. Murillo, 1894, in-8, 256 pp. — 3 pes. 

Boleti'n de la Real Academia de la Historia. Tomo XXV. Cuadernos 1 à 3. 
Julio d Septiembre de 1894. Madrid : M. Murillo, 1894, in-8, pp. 1 à 256. — 
Chaque livraison 1.25 pes. 

Revue hispanique. 22 



\^6 COMPTES RENDUS 



Bibliographie. 

Catalogo de la Biblioteca pûblica municipal de Jerez de la Frontera. Jerez 
Impr. de « El Guadalete », 1894, irx-4. 3 IL, prels et 318 pp. à 2 col. (Non 
mis dans le commerce). 

Bibliografïa de Mindanao (epitome), por W. [E. Retana. Madrid, Imprenta 
de la Viuda de M. Minuesa de los Rios, 1894, in-8, 69 pp. — 1 pes. 



COMPTES RENDUS 



FilosofIa atnigua poética, del doctor Alonso Lôpez Pinciano... ahora nuevamente 

publicada cou una introducciôn y notas, por D. Pedro Muiioz Pena Yalladolid : Hijos 

de Rodriguez, 1894, in-8°, xxxiv-513 p. 

Cette réimpression, la première qui ait été faite depuis la publication, en 
1596, de l'œuvre principale du Pinciano, sera bien accueillie du public spécial 
auquel elle s'adresse. L'édition princeps est rare, et d'ailleurs fort imparfaite : 
celle que nous donne aujourd'hui M. Munoz Pena, déjà honorablement connu 
par un ouvrage sur Tirso de Molina, sera lue et consultée avec fruit. Elle se 
compose: i° d'une Introduction, dans laquelle l'éditeur nous entretient de 
l'auteur, de son œuvre, et de la nouvelle édition ; 2° du texte de la Fiîoso/ia ; 
30 de notes accompagnant et éclairant le texte. Nous nous bornerons à 
quelques remarques critiques sur chacun de ces points. 

M. M. P. semble, de propos délibéré, — et nous le regrettons, — s'être 
désintéressé de toute recherche biographique sur Alonso Lôpez : il s'en tient à 
ce que nous apprend Nicolas Antonio. C'est peu. Car, même pour l'intelligence 
d'une œuvre purement didactique, il y aurait intérêt à mieux connaître la 
personne, l'éducation, les relations, les lectures de l'auteur, la date de la com- 
position, etc. 

Un seul exemple suffira à le montrer. M. M. P. estime que la Fibsofia 
Antigua a été écrite « avec l'objet précis de réfréner les innovations de Lope 
— con objelo precisamente de contener esta innovation, » et il ajoute (p. vm) qu'il 
n'est pas douteux que l'ouvrage n'ait été écrit « en vista y cotno consecuencia del 
aplauso.. con que cran recibidas Un producciones de Lope. » Pour ma part, j'en 
doute fort; d'abord, parce que L'auteur ne semble se préoccuper ni peu ni prou 
du théâtre contemporain et de celui de Lope en particulier; en second lieu, 



COMPTES RENDUS 347 



parce que la chronologie se prête mal à cette conclusion. A quelle époque, en 
effet, l'œuvre a-t-elle été composée ? Le nouvel éditeur ne nous le dit point, 
mais il semble résulter du début de l'Epître première qu'il faut placer la date de 
la composition des premiers chapitres tout au moins vers l'année 1590. Or, à 
cette date, les œuvres dramatiques de Lope étaient-elles si nombreuses, et son 
influence déjà si considérable qu'il fût nécessaire, pour la combattre, d'un si 
grand effort ? Assurément non, car ce ne fut qu'à partir de cette date que Lope 
commença à «afyarse con la monarquia cômica », et par suite tombe l'hypothèse 
de M. M. P., qui voit dans la Filosofia une protestation indirecte, une « vo% 
de alerta » , contre el arte nuevo. 

Si nous connaissons mal Lôpez Pinciano, nous ne connaissons pas du 
tout les interlocuteurs qu'il introduit dans ses dialogues, Fadrique, Gabriel, 
Hugo. On aurait pu cependant se demander si ces personnages étaient pure- 
ment imaginaires. Il y a bien des apparences pour que l'un d'eux tout au 
moins, Fadrique, ait réellement existé ; sinon, les mots par lesquels Lôpez le 
caractérise n'auraient plus de sens : « un hombre que tan bien podia hablar en 
aquclla matériel (la politique) por haber de ella escrito muy bien. » On ne s'éton- 
nera pas des éloges que l'éditeur, après M. Menéndez y Pelayo, décerne à la 
Filosofia. Nous souhaitons qu'ils ne paraissent pas au lecteur quelque peu exa- 
gérés. Mais je crains que ce dernier n'éprouve quelque surprise à voir traiter 
de « ingénia genuinamente nacional », cet honnête commentateur du Filôsofo, 
dont le principal mérite, en somme, consisterait à s'être servi de l'antiquité 
contre ce qu'il y a de plus national en Espagne, lé théâtre. 

En ce qui concerne le texte, l'éditeur a respecté avec raison la forme ar- 
chaïque des mots (pornd = pondra, oyo = oigo); mais, selon l'usage à peu 
près constant en Espagne, il a substitué à l'orthographe du xvi e siècle, l'ortho- 
graphe courante et moderne, « par crainte d'effrayer le lecteur. » On aime à 
croire cependant que les lecteurs de la Filosofia Antigua possèdent une culture 
suffisante pour ne pas être trop dépaysés par les archaïsmes orthographiques 
de cette époque. Au besoin, quelques notes sur ce sujet auraient été les bien- 
venues. Celles de M. M. P. ont surtout pour but d'éclairer et de discuter la 
pensée de l'auteur. Il y en a d'excellentes (hidalgo, p. 67 ; behetria, p. 69, etc.). 
D'autres auraient pu, sans inconvénient, croyons-nous, être réduites ou même 
supprimées. Est-il bien nécessaire, par exemple, de nous apprendre (p 63) que 
Milon de Crotone n'a rien de commun avec le Milon que défendit Cicéron ?— 
Une dernière observation, qui s'adresse moins à l'auteur qu'à l'imprimeur. Les 
fautes d'impression abondent. Un errata, assez riche, en corrige un certain 
nombre, mais il en reste beaucoup, dont quelques-unes fâcheuses (Quintus de 
de Smyrne placé au V e siècle avant J.-C. (p. 92), la camion de Garcilaso à la 
flor Guido (p. 422) etc.) Serait-ce enfin être trop exigeant que de rappeler aux 
imprimeurs espagnols que les mots grecs ont une accentuation particulière î 



348 COMPTES RENDUS 



En dépit de ces légères imperfections, qui pour la plupart ne sauraient être 
imputées à l'éditeur, cette réimpression d'un ouvrage rare fait honneur au 
laborieux et distingué professeur de Valladolid. Il a bien raison de penser que 
des travaux de ce genre (quelque modestes qu'ils puissent paraître) valent mieux 
que ces généralisations plus ou moins brillantes et ces fastidieux « livres de 
textes » dont la Péninsule est inondée. Espérons que son exemple sera suivi, 
et que l'on ne nous fera pas trop attendre de bonnes éditions des vieux textes 
espagnols dont l'absence se fait si cruellement sentir. E. Mérimée. 

Jamds, por Angel Cuervo. Segunda ediciôn. Paris, en casa del autor 4, rue Frédériç- 
Bastiat, 1893, in-16, 204 pp. — 2 fr. 

Les romanciers, désireux de flatter la manie de cosmopolitisme qui sévit 
parmi nous, peuvent, à bon compte, sans quitter les alentours du grand Opéra 
ou du Parc Monceau, faire des études exotiques sur les colonies étrangères 
établies parmi nous. Et je soupçonne que plusieurs en réalité n'ont guère dé- 
passé ces parages. En revanche, il se trouve de temps à autre, parmi nos hôtes, 
des esprits curieux et observateurs pour lesquels la grande capitale est un objet 
préféré d'études : 

Spectatum veniunt, veniunt speclentur ut ipsi. 
Ces témoignages, assez volontiers superficiels d'ailleurs ou même malveil- 
lants, formeraient une collection de documents sur Paris et la société pari- 
sienne intéressants à consulter. M. Angel Cuervo, qui est un Américain-Espagnol, 
et, si je ne me trompe, le frère du très érudit grammairien D. Rufino Cuervo, 
apporte, dans sa nouvelle intitulée Jamds, sa contribution à la description mo- 
rale de Paris, qu'il habite, — nous apprend-il, — depuis unedouzaine d'années. 
M. Cuervo n'a d'ailleurs point la prétention, trop fréquente de l'autre côté de la 
Manche ou des Vosges, de s'ériger en philosophe et en moraliste. Il a simple- 
ment ouvert sa fenêtre, qui donne sur une rue modeste, et il regarde et écoute. 
En face de lui, est une laiterie, qu'il s'amuse à observer et à décrire; puis, des 
choses passant aux personnes, il s'essaye à tracer quelques portraits, qui ne se 
distinguent point naturellement par une extraordinaire originalité, car les types 
originaux ne courent pas les rues, et il y a des chances pour qu'un instantané 
pris sur le trottoir ne nous révèle que des physionomies banales ou vulgaires. 
L'essentiel, c'est que le cliché soit net et clair. Mais ici l'auteur, tout en préten- 
dant « prouver que le trop fameux naturalisme n'est pas un temple fermé aux 
profanes », ne consent pas à « s'abaisser jusqu'à copier servilement». 

Après avoir observé il invente, grâce « à la facilité que Dieu lui a octroyée 
pour forger des historiettes sur un mot entendu ou sur un simple détail remar- 
qué ». Distinguer dans le roman la part de l'observation exacte, et celle de l'ima- 
gination, je ne l'essayerai pas. J'imagine cependant que l'on peut, sans trop 
s'aventurer, rapporter à la première la description de la laiterie, avec ses batte- 



COMPTES RENDUS 349 



ries de bidons bien fourbis, ses alignements de fromages, de beurres, ses cor- 
beilles d'œufs frais, et aussi les croquis de M., de M me Pothuau, de Lili, l'hé- 
roïne de l'histoire, et d'André, le garçon boucher, le bon ami de Lili ; tout 
cela d'ailleurs enlevé rapidement sans insister ni trop appuyer, d'un crayon 
d'amateur, de flâneur (desocupadd). Quant à la part de l'imagination, nous la 
trouverions sans doute dans le dénouement tragique des amours de Lili et du 
romanesque garçon boucher. Les faits divers quotidiens de la chronique pari- 
sienne sont là pour attester que de tels dénouements ne sont p<*s invraisemblables . 
D'ailleurs le positivisme inconscient de la petite Lili, qui oublie et se console si 
vite, corrige ce que l'histoire peut avoir de mélodramatique. En somme, Jaunis 
est une jolie aquarelle d'un tout petit coin de Paris, pris au hasard et bien 
étudié : il fournira aux étrangers, auxquels il est destiné, une note plus vraie 
que la majorité de ces prétendus tableaux de mœurs parisiennes, signés de 
noms étrangers, et qui se ressentent trop, en général, des lieux et des personnes 
que fréquentent les auteurs. E. Mérimée. 

The life and times of James the first, the Conqueror.King of Aragon, Valencia, 
and Majorca, Count of Barcelona aud Urgel, Lord of Montpellier. By F. Darwin Swift. 
With a map. Clarendon Press, Oxford, in-8, xix-311 pp. 

L'ouvrage de M. Swift est médiocre ; en le lisant je comprends parfaite- 
ment que ce soit à M. Beazley et non à lui qu'ait été décerné le prix Lothian à 
l'université d'Oxford. M. Beazley possède de rares qualités auxquelles M. Swift 
ne saurait prétendre : la vision nette, le style pittoresque et tranchant, le don 
suprême de la narration, l'intelligence judicieuse et supérieure. Quant à 
M. Swift, il a consulté les autorités, il a fouillé les archives, il a vérifié les 
résultats déjà obtenus et, profitant du travail de M. de Tourtoulon, il a 
envisagé les faits d'une manière indépendante. Qu'il n'ait pas beaucoup ajouté 
à la somme de nos connaissances, cela n'a rien de surprenant : c'est déjà beau- 
coup que de nous avoir donné un résumé utile des principaux événements qui 
marquèrent la vie agitée de son gigantesque héros. Rien de plus intéresant que 
l'histoire de ce beau colosse barbare, brave, généreux, brutal, vantard, malin 
et naïf, qui porte le titre retentissant de Conquérant. A travers ses amours, ses 
ruses, ses guerres, ses singeries cruelles, on remarque en lui un tempérament 
de vainqueur. En nous les racontant dès ses timides débuts, M. Swift a réussi 
à en faire un récit assez vraisemblable ; il tend un peu trop son arc de temps 
en temps, mais le point de vue auquel il se place n'a rien d'inadmissible. Le 
style est assez clair, un peu fade pourtant. Je n'en puis dire autant du plan 
qui laisse beaucoup à désirer, à cause d'une faute radicale de développement. 
Je ne sais trop les motifs de cette disposition désordonnée, si ce n'est que l'au- 
teur n'a su regarder en face le but poursuivi : en tout cas le travail y perd sous 
tous les rapports. Dans le domaine historique, le livre de M. Swift est digne 



350 COMPTES RENDUS 



d'approbation ; mais la partie littéraire est d'une insuffisance pitoyable. S'il 
devait refaire son œuvre, je lui conseillerais de biffer tout à fait le vingt- 
troisième chapitre, salade bizarre ou Milà y Fontanals et M. Balaguer se trou- 
vent sur le pied d'égalité. Milâ y Fontanals, dont M. Gautier vient de faire un 
éloge mérité, fut un savant de premier ordre : personne n'en dirait autant de 
M. Balaguer. On voit que M. Swift ne sait rien de la littérature catalane ; il eût 
mieux fait de nous renvoyer directement à Milâ y Fontanals que de ramasser 
ce fatras d'idées rebattues. Au reste, l'ouvrage de M. Swift est marqué d'une 
connaissance des faits et d'une impartialité peu communes. Comme je l'ai dit 
plus haut, la brochure de M. Beazley dénote des dons incomparablement plus 
brillants que ceux de M. Swift, et les hispanisants ne peuvent que regretter 
que celui-là ait abandonné ses études espagnoles au bénéfice de l'histoire du 
moyen-âge anglais. A défaut de mieux, il faut se contenter du livre utile, 
méritoire, et intéressant de M. Swift. J'ai beaucoup de plaisir à le signaler 
aux lecteurs. James Fitzmaurice-Kelly. 

Spain : being a summary of Spanish history from the Moorish conquest to the fall 
of Granada (711-1492 A. D.) bv Henry Edward Watts. London, T. FisherUnwin, 1893, 
in-8, xxvii-315 pp. 

Cet ouvrage s'adresse apparemment au grand public ; comme simple vul- 
garisation il convient donc de le juger avec une certaine indulgence dont il a 
grand besoin. Le livre de Dunham, comme on nous le dit dans Pavant-propos, 
est suranné ; mais je ne trouve pas que celui de M. Watts vaille mieux sous 
aucun rapport. Comme narration il vaut beaucoup moins : et en tout cas la 
modestie ne nuit jamais. Ce qui, dans cette esquisse, a quelque valeur, vient 
des travaux de Dozy ; il est regrettable que l'on n'ait pas également utilisé les 
nouvelles recherches de M. Eduardo Saavedra et de M. Javier Simonet, et que 
l'on ait négligé la belle étude qu'a faite le P. Tailhan sur l'anonyme de Cor- 
doue. En outre, le ton de l'auteur est par trop dogmatique et je lui reprocherai 
de ne pas nous exposer les motifs qui l'ont poussé à soutenir des opinions 
abandonnées ailleurs. Le travail de M. Watts est plein d'assertions très dis- 
cutables ; les renseignements, les parallèles, les jugements littéraires sont des 
plus téméraires. Que penser de ce Theroulde ou Thorold (p. 34), jongleur 
français, qui, semble-t-il, écrivit la Chanson de Roland vers la fin du treizième 
siècle ? Que dire de l'assertion (p. 80) que le Poema del Cid est infiniment su- 
périeur à Roland} Cette idée, impérieuse et fixe, se retrouve partout. Il s'agit 
encore (p. 164) du Poema del Cid, lequel doit prendre rang au dessus de toutes 
les épopées européennes : reste à noter que le Poema date de 1200, c'est-à-dire 
(selon cette chronologie si personnelle) est d'un siècle antérieur à la Chanson. 
C'est un crescendo de galimatias dont la lecture est décourageante. Hors d'An- 
gleterre les écrits de MM. Gaston Paris, Paul Meyer, Léon Gautier, Morel- 



COMPTES RENDUS 3 5 I 



Fatio, Cornu et Vollmôller sont à la portée de tout le monde : à parcourir ces 
pages amphigouriques on dirait qu'ils ont travaillé en vain. Que croire d'un 
écrivain qui nous dit (p. 144) qu'Alphonse le Savant, le premier parmi les 
monarques modernes, s'adonna à la littérature ? Bien qu'il ne les ait pas lus, 
M. Watts a dû entendre parler des Lodi délia donna amante et il a facilement 
pu constater que Frédéric II mourut deux ans avant qu'Alphonse ne montât sur 
le trône. 11 se peut que M. Watts méprise les prétentions littéraires de Frédé- 
ric ; il me pardonnera peut-être si je me range plutôt à l'avis de Dante. 

Il paraît (p. 148) que les Siete Partidas remplacèrent le Fuero Ju^go. Voilà 
qui est bel et bon : le Fuero Viejo et le Fuero Real sont-ils donc supprimés d'un 
geste superbe? Comment s'étonner d'apprendre plus tard (p. 164) que les 
romances sont la base de l'histoire du pays et qu'en Espagne il n'existe pas 
d'autres monuments aussi dignes de foi ? On nous déclare (p. 166) que les 
chrétiens voulurent se séparer des Arabes autant qu'il leur fut possible dans 
leur genre de vie, leurs demeures, leurs habits, leurs occupations, leurs jeux, 
leurs plaisirs. En consultant les Prolégomènes d'Ibn-Khaldoun dans la traduc- 
tion assez répandue du baron de Slane (p. 307), on eût constaté que cet éloi- 
gnement n'était pas réciproque, et que les Arabes avaient l'habitude d'imiter 
les chrétiens dans les plus menus détails : « ils leur ressemblent par la manière 
de s'habiller et de se parer ; ils ont même adopté la plupart de leurs usages » 
Es remiendo de olro pano. 

Il est difficile de tourner deux pages sans qu'une bévue quelconque vous 
saute aux yeux ; les signaler serait une tâche interminable. Si l'on parle de 
YEspaùa sagrada (p. x) on nous dit que le dernier volume est le quarante- 
septième ; or le tome 51 a été publié en 1879. S'il s'agit d'une traduction an- 
glaise du Poema del Cid (M. Watts y revient toujours), l'auteur est incapable 
d'en avoir raison : il nous dit (p. 83, note) que l'ouvrage de M. Ormsby, si 
louable d'ailleurs, est de 1882 ; la vraie date est 1879. Il est également ques- 
tion (p. 128) de l'entrée à Valence de Jacques le Conquérant, le 25 septembre 
1238 ; cette entrée se fit le 9 octobre. Il y a pourtant des dédommagements. 

L'esprit chercheur de M. Watts l'a conduit à la découverte de poèmes 
espagnols des onzième et douzième siècles ; Como ahora llueven albardas ! C'est 
une précieuse trouvaille et des plus inattendues ; il serait à désirer que la publi- 
cation de ces romances ne fût pas retardée. De semblables erreurs fourmillent à 
un tel point que je ne puis les considérer comme des distractions; le premier 
hispanisant venu les relèverait aisément, mais il trouverait sans peine une 
tâche plus utile. Le style ne se prête pas à l'exposition nette des événements 
embrouillés du moyen-âge espagnol, et les idées de l'auteur sont en un désordre 
tel que les derniers chapitres sont presque inintelligibles. En somme, je ne 
saurais louer cette tentative insuffisante qui est entièrement à refaire. Toutefois 
je ne conseillerais pas à M. W'atts de l'entreprendre ; je souhaiterais plutôt que 



352 COMPTES RENDUS 



M. Webster ou M. Ormsby, admirablement doués tous les deux, s'empa- 
rassent du champ libre. On aurait dit d'avance qu'il eût été impossible d'écrire 
sur ce sujet un livre dépourvu d'intérêt ; M. Watts a peut-être voulu prouver 
le contraire : je lui rends justice en constatant qu'il y a pleinement réussi ; 
Bueno anda el ajo ! James Fitzmauricf.-Kelly. 

Celestina or the tragicke-comedy of Calisto and Melibea englished from the Spanish of 
Fernando de Rojas by James Mabbe anno 1631. With an Introduction by James 
Fitzmaurice-Kelly. London, David Nutt, 1894, petit in-4, XXXVI-287 pp. (The Tudor 
Translations, edited by W. E. Henley. VI). 

Il serait aujourd'hui banal de proclamer après tant d'autres que la Célestine 
«réunit le coloris, l'originalité, la verve, l'intérêt d'action, la vérité des 
caractères » ; bien que tout n'ait peut-être pas été dit sur cet incomparable mo- 
nument de la littérature castillane de la fin du quinzième siècle, il faut convenir 
que peu d'oeuvres de cette époque ont été l'objet d'autant de dissertations, 
d'études, de commentaires. Sans doute, l'édition critique qui, sévèrement éta- 
blie sur les premières éditions, permettrait enfin de se passer des mauvaises 
réimpressions contemporaines, reste toujours à faire et personne, à notre con- 
naissance du moins, n'a encore commencé ce travail ; mais en attendant, il est 
intéressant de constater que dans aucun pays la Célestine n'est tombée dans 
l'oubli, et qu'aujourd'hui comme il y a une cinquantaine d'années, à l'époque 
où paraissaient la traduction française de M. Germond de Lavigne (1841) et la 
traduction allemande d'Eduard von Bùlow (1843), e ^ e attire les vrais 
lettrés. M. Fitzmaurice-Kelly vient de réimprimer la première traduction 
anglaise, celle de James Mabbe, parue en 163 1. C'est Là une excellente 
idée et il est le premier à l'avoir eue : en France, en effet, on n'a pas 
réimprimé la traduction de Jacques de Lavardin (1578) et l'on a eu tort. 
Je ne sais rien de plus naïvement curieux que ces premiers essais de traduction 
faits à une époque où cet art était encore dans l'enfance : la Célestine, clair 
miroiter el vertueuse doctrine pour se bien gouverner, ainsi que la nomme le 
gentilhomme tourangeau, ne peut être lue que dans les éditions originales, 
quand on les trouve. Il en est de même des traductions italienne et allemande 
parues avant celle de Lavardin, et de la traduction latine ÇPornoboscodulascalus) 
du célèbre Gaspard Bartb, publiée à Francfort en 1624. Des traducteurs du 
seizième et du dix-septième siècle, Mabbe est donc le premier à avoir les 
honneurs de la réimpression, et je souhaite aux autres d'avoir la même bonne 
fortune : édition irréprochable et de grand luxe, préfacier de grand mérite. 
M. Fitzmaurice-Kelly n'a eu qu'un tort — encore faut-il ajouter que c'est 
vraisemblablement un tort imputable à son libraire — c'est de n'avoir pas écrit 
une introduction assez longue. Trente-six pages d'un texte un peu espacé sont, 
en effet, insuffisantes pour une introduction à la Célestine, surtout quand dans 
cette introduction sont indiqués certains rapprochements littéraires, certaines 



CHRONIQUE 353 



comparaisons d'écoles ou de genres, qui par leur nouveauté demanderaient à 
être expliqués et développés. J'avoue que l'on éprouve quelque surprise, avant 
tout autre sentiment, à lire: « The writer nearest akin to him (Rojas) in 
modem literature is Guy de Maupassant. » Peut-être M. F.-K. a-t-il raison et 
je ne demande qu'à me laisser convaincre, mais ce n'est pas en dix lignes à 
peine que peut être démontré le bien-fondé d'une telle assertion. Le rappro- 
chement d'un livre aussi ancien que la Célestine et de l'œuvre d'un contemporain 
me semble chose hasardeuse et, je le répète, peu à sa place dans une introduction 
où l'on ne peut, faute d'espace, établir la suite de parallèles d'où jaillirait 
l'évidence, si la thèse est juste. Cette réserve faite, il faut reconnaître en M. F.-K. 
un écrivain aux connaissances larges, aux aperçus originaux ; il est au courant, 
chose rare, des récents travaux sur le moyen âge qui éclairent d'un jour nouveau 
plus d'un côté de la littérature espagnole et il a su donner sur Mabbe bien des 
détails dont on doit lui savoir gré. La figure de ce traducteur était demeurée 
jusqu'ici à peu près inconnue: grâce à d'heureuses recherches dans les archives 
épiscopales de Wells, M. F.-K. a pu écrire une notice à laquelle on ne songera 
pas à reprocher son peu d'étendue en songeant aux difficultés qu'il a fallu 
surmonter pour l'établir. 

Le livre qui renfermerait la biographie et l'étude des œuvres des hispanisants 
de jadis n'existe malheureusement pas, mais il serait rendu singulièrement 
facile par des travaux de la valeur de celui-ci. La figure de Mabbe était peu 
connue; les exemplaires de sa traduction se faisaient rares: M. F.-K. mérite 
donc doublement la reconnaissance de ceux qu'intéresse la reconstitution fidèle 
et intelligente des débuts de l'hispanisme en Angleterre. 

R. Foulché-Delbosc. 



CHRONIQUE 



A Paris (Hôtel Drouot), on a vendu le S mai une importante collection de 
faïences hispano-moresques. Signalons parmi ces faïences: une plaque rectan- 
gulaire à reflets métalliques du xiv e siècle, que le peintre Fortuny avait trouvée 
incrustée dans une maison de l'Albaicin, à Grenade, payée 19.500 fr. ; un 
bassin de la fabrique de Valence du xv e siècle, décoré en bleu foncé et en jaune 
chamois, à reflets métalliques, 7.300 fr. ; un autre bassin de la même fabrique 
et de la même époque, décoré de feuillages et de marguerites dessinés en bleu 



3)4 CHRONIQUE 



et en jaune chamois, à reflets métalliques sur fond blanc, 5.100 fr. ; une assiette 
creuse de la fin du XV e siècle, à reflets métalliques très vifs sur fond d'émail 

blanc, 4. 100 fr. 

* 

Le 7 septembre est mort un des érudits dont pouvait à juste titre s'enorgueillir 
le plus l'Espagne, D. Aureliano Fernândez-Guerra y Orbe. Né le 16 juin 1816. 
il étudia le droit à l'université de Grenade et obtint très jeune la chaire de 
littérature et d'histoire. De 1839 à 1842 il fit jouer trois drames : La peïia de los 
enamorados, La hija de Cervantes, et Alonso Cano à la Torre del Oro; il composa 
également La Rica-hemhra en collaboration avec D. Manuel Tamayo. Mais le 
travail qui appela sur lui l'attention des savants tant étrangers qu'espagnols fut 
l'étude critique placée en tête de l'édition des œuvres deQuevedo, publiées en 
1859, dans la Biblioleca de Autores espaholes de Rivadeneyra. C'est le premier 
travail sérieux, c'est la première édition consciencieuse de l'illustre satirique. 
En 1856 il avait remplacé D. Gerônimo de la Escosura, à l'Académie espagnole 
dont il devint bientôt bibliothécaire perpétuel ; l'Académie de l'Histoire 
ne tarda pas à l'appeler à siéger parmi ses membres. Citons parmi ses nombreuses 
œuvres la Conjuration de Venecia de 161S, D. Pedro I de Casiilla, el Fuero de 
Avilès, une étude sur la Canciôn de las rainas de Itâlica, le Libro de Santoha, des 
monographies historico-géographiques et un grand nombre de travaux de tous 
genres. C'est une grande perte pour la science espagnole dont celui qui aimait 
à se dire estadiante de por vida était un des plus glorieux représentants. 

* * 
Au mois d'août est mort M. J.-P. Oliveira Martins. Né en 1845, cet écrivain 
distingué s'était tout d'abord occupé de littérature pure et avait publié une 
étude sur Braga et le Cancioneiro er un Essai sur Camoens. Il faut également 
signaler son travail sur ^Hellénisme el la civilisation chrétienne. Nous n'avons 
pas à nous occuper ici de ses études financières et sociales. 

* 

On célébrera l'année prochaine en Espagne le troisième centenaire de la 
naissance du grand peintre Velazquez. 

L'Académie des Beaux-Arts de Séville a déjà arrêté le programme des fêtes qui 
auront lieu à cette occasion dans la cité andalouse. 

Un concours sera ouvert afin de récompenser la meilleure monographie sur 
le grand peintre, sa vie et ses œuvres. On frappera une médaille commémo- 
rativeavecle buste de Velazquez et une légende faisant allusion au centenaire; 
il sera organisé un cortège auquel prendront part les corporations officielles et 
les sociétés littéraires et artistiques ; et il sera placé une plaque commémorative 
sur la façade de la maison où naquit le grand artiste. 



TABLES 

DE LA PREMIÈRE ANNÉE 
1894 



I. TABLE PAR NUMÉROS 



NUMÉRO 1 — MARS 1894 

A. R. Gonçalves Vianna. — Les langues littéraires de l'Espagne et du 

Portugal 1 

R. Foulché-Delbosc. — La transcription hispano-hébraïque 22 

E. Mérimée. — Etudes sur la littérature espagnole au xix e siècle. 

Jovellanos 34 

Une poésie inédite de Rodrigo Cota 69 

Los Besos de Amor, odas inéditas de D. Juan Meléndez Valdés 73 

Varia. — 1. Notes sur Guillén de Castro. — 2. Deux lettres inédites 

d'Isabelle la Catholique, concernant la famille de Rodrigo Cota 84 

Bibliographie. — Comptes rendus. — Chronique 88 

NUMÉRO 2 — JUILLET 1894 

R. Foulché-Delbosc. — Étude sur la Guerra de Granada de Don Diego 
Hurtado de Mendoza. (I. Mendoza à Grenade 1569-1575. — IL De 
la mort de l'auteur 1575 à l'édition princeps 1627. — III. Une édition 
supposée 1610. — IV. L'édition princeps 1627. — V. Les éditions 
postérieures. — VI. Étude du texte. — Appendice : Les Manuscrits.) 101 

Poesias inéditas de D. Juan Meléndez Valdés 166 

Varia. — 3. Un sonnet retrouvé de Cervantes. — 4. Le testament d'un 
Juif d'Alba de Tormes en 1410 19^ 

Bibliographie. — Comptes rendus. — Chronique 200 



356 TABLE DES MATIERES 

NUMÉRO 3 — NOVEMBRE 1894 

E. Mérimée. — Études sur la littérature espagnole au xix e siècle. 

Meléndez Valdés 217 

H. Peseux-Richard. — Humoradas, doloras et petits poèmes de Don 

Ramôn de Campoamor 236 

Obras inéditas de D. José Cadalso (Poesias. — Epitafios. — Cartas. — 

Kalendario manuaï) 258 

Varia. ■ — 5. Notes sur la bibliographie française de Cervantes. — 6. 

Note sur une édition de Don Quichotte. — 7. La troisième édition de 

la Guerra de Granada de Don Diego Hurtado de Mendoza , . . 336 

Bibliographie. — Comptes rendus. — Chronique 339 

II. TABLE PAR NOMS D'AUTEURS 

Cadalso (José). 

Obras inéditas, publicadas por R. Foulché-Delbosc 258 

Cervantes (Miguel de). 

Un sonnet retrouvé par F. H. Graser 196 

Cota (Rodrigo). 

Une poésie inédite, publiée par R. Foulché-Delbosc .... 69 

Fitzmaurice-Kelly (James). 

Notes sur la bibliographie française de Cervantes 336 

Compte rendu. The life and times of James the first, the Conqueror, 
king of Aragon, Valencia, and Majorca... By F. Darwin Swift. Oxford 

(1894) 349 

Compte rendu. Spain : being a summarv of Spanish history trom the 
Moorish conquest to the fall of Granada, by Henry Edward Watts. 
London 1893 350 

Foulché-Delbosc (R.). 

La transcription hispano-hébraïque 22 

Etude sur la Guerra de Granada de Don Diego Hurtado de Mendoza. . . . 101 
La troisième édition de la Guerra de Granada de Don Diego Hurtado de 

Mendoza » 338 



TABLE DES MATIERES 3 57 



Texte. Une poésie inédite de Rodrigo Cota 69 

Texte. Deux lettres inédites d'Isabelle la Catholique, concernant la 

famille de Rodrigo Cota 85 

Texte. Los Bcsos de Amor, odas inéditas de Don Juan Meléndez Valdés. 73 

Texte. Poesias inéditas de Don Juan Meléndez Valdés 166 

Texte. Le testament d'un Juif d'Alba de Tormes en 14 10 197 

Texte. Obras inéditas de Don José Cadalso 258 

Compte rendu. Revista lusitana, Archivo de estudos philologicos e 

ethnologicos relativos a Portugal, dirigido por J. Leite de Vascon- 

cellos. — 3 Anno, Numéro 1. 1893-1894. Porto, 1893 97 

Compte rendu. Colecciôn de escritores castellanos. Tomo 98. Fernân 

Caballero. Obras complétas. Fernân Caballero y la novela contempo- 

ranea por D. José Maria Asensio. Novelas. I. La familia de Alva- 

reda. Madrid, 1893 98 

Compte rendu. Colecciôn de escritores castellanos. Tomos 97, 100 y 

102. Historia crîtica de la poesia castellana en el siglo xvm por D. 

Leopoldo Augusto de Cueto, marqués de Valmar. Tercera ediciôn, 

corregida y aumentada. Madrid, 1893, 3 vol 210 

Compte rendu. Sofia Casanova. El doctor Wolski. Paginas de Polonia y 

Rusia. Madrid, 1894 214 

Compte rendu. Tirso de Molina. Investigaciones bio-bibliogràficas por 

Emilio Cotarelo y Mori. Madrid, 1893 215 

Compte rendu. Celestina or the tragicke-comedy of Calisto and Melibea 

from the Spanish of Fernando de Rojas by James Mabbe anno 163 1. 

With an Introduction by James Fitzmaurice-Kelly. London, 1894. . . 352 

Gonçalves Vianna (A. R.) 

Les langues littéraires de l'Espagne et du Portugal 1 

Graser (F. H.) 

Note sur une édition de Don Quichotte 337 

Texte. Un sonnet retrouvé de Cervantes 196 

Compte rendu. Les Jésuites et la pédagogie au xvi e siècle. Juan Bonila- 

cio, par le P. J. Delbrel. Paris, 1894 213 

Compte rendu. Rafaël Altamira — Juan Ochoa — Tomâs Carretero. 

Novelas. Madrid, 1894 214 

Isabelle la Catholique. 

Deux lettres inédites concernant la famille de Rodrigo Cota, publiées par 
R. Foulché-Delbosc 85 



358 TABLE DES MATIERES 

Juif d'Alba de Tormes (Un). 

Testament, publié par R. Foulché-Delbosc 197 

Marre (Aristide). 

Compte rendu. Estadismos de las Islas Filipinas, ô mis Viajes poreste 
pais, por el Padre Fr. Joaquin Martinez de Zuiîiga. Publica esta obra 
por primera vez W. E. Retana. Madrid 1893 211 

Meléndez Valdés (Juan). 

Los Bfsos de Atnor, odas inéditas, publiées parR. Foulché-Delbosc 73 

Poesi'as inéditas, publiées par R. Foulché-Delbosc 166 

Mérimée (E.) 

Etudes sur la littérature espagnole au xix e siècle. Jovellanos 34 

Etudes sur la littérature espagnole au xix e siècle. Meléndez Valdés 217 

Notes sur Guillén de Castro 84 

Compte rendu. Filosofi'a antigua poética, del doctor Alonso Lôpez Pin- 
ciano... ahora nuevamente publicada con una introduction y notas, 

por D. Pedro Munoz Pena. Valladolid, 1894 346 

Compte rendu. Jamas, por Angel Cuervo. Segunda ediciôn. Paris, 
1893 348 

Peseux-Richard (H.) 

Humoradas, doloras et petits poèmes de Don Ramôn de Campoamor. . . 236 
Compte rendu. Pequeneces... por el P. Luis Coloma. Quinta ediciôn. 

Bilbao, 1891 92 

Compte rendu. Novelas espanolas contemporâneas por B. Pérez Galdos. 

Torquemada en la cruz. Madrid, 1891 9 S 

Compte rendu. Curiosidades de la vida americana en Paris, por Angel 

Cuervo. Paris, 1 893 96 



Le Gérant, Aug. Picard. 
Archiviste-Paléographe. 



MAÇON, l'ROTAT FRERES, IMPRIMEURS 




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6001 
R5 

t.l 



Revue hispanique; recueil 
consacré à l'étude des 
langues, d es littéra- 
tures et de l'histoire 
des pays castillans, 
catalans, et portugais 



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